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Full text of "Talmud 11"

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LE 



TALMUD 



< 'v\^« i *i . 



DE 



JERUSALEM 

TRADUIT POUR LA PREMIERE FOIS 
PAR 

Moise SCHWAB 

Df LA BIBLIOTH&QUE NATIONALS 



TOME ONZlfcME ET DERNIER 

Traitis Sanhedrin (fin), Makkoth, Schebouoth, Aboda Zara, 
Horaioth, Niddah. 



PARIS 
MAISONNEUVE et CH. LECLERC, LIBR AIRES -fiDITEURS 

25, Q.UAI VOLTAIRE, 2$ 
1889 



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AVANT PROPOS 

•jmS nSmn, Dieu soitlouS ! s'ecriaient nos anc&resen achevant un long 
travail, et dirons-nous comme eux. La presente ceuvre est enfinarrivSe k 
son terme, roalgr£ ses difficult^ et longueurs fastidieuses ; il ne reste qu'i 
donner les tables g6n6rales de l'ouvrage entier, ainsi qu une vue d'en- 
semble, peut-6tre aussi une s6rie d'errato. Par son contenu m&me, ce 
dernier volume offre une sorte de 1 csum6 talmudique. Voici les 6 par- 
ties qui le composent : 4° traits Sanhidrin, ou de la juridiction crimi- 
nelle, seconde partie (suite et fin); 2° traite Maccoih, de la p6nalit£ des 
coups de lantere, ou du fouet; 3° tr. Schebouoth, des serments en 
jurisprudence ; 4° tr. Abdda zara, de l'idol&trie, ou des relations entire 
juifs et paiens; 5° tr. Horaiolh, des enseignements de doctrines par 
les assemblies coinp&entes ; 6° tr. Nidda, de menstruis. 

Les cinq premiers trails forment le complement de la 4« section 
mischnique, intitule Neziqin. Sur la 5° section de la MischnA, nom- 
m6e Qodaschim (des saintetis), il n'existe plusde guemara (dSveloppe- 
ment) selon le Talmud de Jerusalem. De la 6° et dernifere section mis- 
chnique, dite Toharoihy (des purees), il ne reste que le tr. Nidda, et 
encore au milieu du chap. IY du texte mischnique, le Talmud s'arr&e- 
t-il brusquement. Une note publtee d6s r Edition princeps k Venise, re- 
produite depuis lors dans les Editions suiv&ntes, avertit le lecteur qu'au- 
cun des 4 mss. qui ont servi de type & la i 1 * Edition ne contient davan- 
tage. 

En somme, il y a 14 une s£rie delois civiles, criminelles et religicuses, 
comme un specimen de chaque genre. D'une fapon g£n6rale, abstraction 
faite des pages touflues de casuistique qui constituent le 3° et le 5° de 
ces trails, on trouvera ici un assemblage de notes intSressantes pour 
l'arch£ologie, pour l'histoire, ou du moins pour les tegendes histori- 
ques, pour l'exSgfese, mftme pour Tanatomie. Dans chacune de ces bran- 
ches, combien d'anecdotes, combien de rapprochements curieuxl La 
linguistique mime y joue un certain role k propos de l'ltymologie soit 
grecque, soit latine, de termes sp£ciaux; le procide usit6 n'est pas 
toujours fond£; il est assurement original. On s'en rendra compte en 
voyant les mots de la liste suivante 1 : 

OYopovopio^, 230 n. dfiwtvTa, 199. 5pX wv > 223. 

aXn.op($, 200 n. aicoO^t), 204. aaTaOifa, 78. 

avBpidhrat, 207. ipxt(Jat^p, 99. aaOevifc, 125. 

1. Un mot grec, Pvp<rixrj, p. 190, propose par J. L6vy, n'est pas admis par 
Fleischer. 



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IV 



fto&mli, 187. 
frSlJux, 187. 
fJcoiJLoc, 215, 227. 
Yiveffi?, 180. 
8dtx?uXo$, 186. 
8tX<ptx^, 209, 239. 
a^ootac, 24, 45, 89, 225. 
Sfaxos, 179. 
Spaxcov, 210. 
etxovtov, 207, 264. 
Iicap^o?, 99, 181. 
e?Xapa, 244. 
ea^aptov, 188- 
tta;, 285, 290. 
euO£a>c, 295. 
cOtlxos, 58. 
tyt)T5s, 204. 
Cwviptov, 53. 
OejxiXiov, 54. 
xaxi, 59. 
y.aXapuipicv, 209. 
xaXov A(a, 181. 
xotctjXoi, 159. 
xapu<oTi<;, 187. 
xap?os, 193. 
xiak'zzpos, 3. 
xdtya, 294. 
xCpSyjXoc, 69. 
xigwTos, 195. 
xrptXfc, 198. 
xott(iv, 24. 
xoXcds, 232. 
xopjvyj, 224. 
xpaxtara, 182. 
xpaTcg, 180. 



Xdty>vo;, 235. 
piXatv* f^pa, 181. 
pofrk, 83. 
vi<pOa, 3. 
&vo$, 161. 
Ziovrfiy 38. 
Stttov, 195. 
S^Xoi, 55, 58. 
rcai&rfWYos, 47. 
rcdbwpos, 244. 
xeptox^, 233. 
ritXos, 299. 
•rfva*, 71. 
xsXspio;, 181. 
Kovfipix, 200. 
wpaYl^fe^j 64, 184. 
xpa-r^p, 231. 
5rpoao8©$, 297. 
urpsawxov, 209. 
tfuOwv, 21. 
aagxvov, 152. 
ffiXxyj, 205. 
ardS'.a, 187. 
<niyiQ, 206. 
crroX^, 56. 
CTpaT^Xarr^, 181. 
<7Tp6PiXov, 186. 
a-JY^Xr^o?, 72. 
criptts, 182. 
'«*>£, 209. 
?etyos, 182. 
•wpuk 211. 
t5|xo?, 43, 276. 
Tptir^opiov, 26, 27. 
Tpox'.y.o^, 182. 



*urc>S, 51. 
Crttarrete, 40. 
9avepa, 42 n. 
faffiav6s, 209. 
^pfleY^^wv, 223. 
^Xav(3tov, 53. 
wv^, 145. 



Ballista, 27i. 
Basis, 210. 
Burgarius, 223. 
Calendar, 181. 
Carrum, 238. 
Cancel li, 50. 
Gollyrium, 195. 
Comes tresorarius, 71. 
Compendiaria (via), 238. 
Ducenariiis, 178. 
Duces, 181. 
Epicureus, 39. 
Escoufe, 244 n. 
Fascia, 52. 
Gradus, 187. 
Halec, 203. 
Litra, 146, 183. 
Mappa, 208. 
Mappula, 160. 
Mula, 49. 
Nicolai, 186. 
Opinatio, 74. 
Secretarius, 99. 
Strata, 14, 25, 239. 
Tabula, 25. 
Thcatrum, 188. 
Thesauron, 42. 
Theriaca, 195. 
Tressis, 146. 
Triclinium, 292. 
Vellera, 195. 



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TRAITE SANHEDRIN 



CHAPITRE VII 



\ . [Aux termes de la Loi,] quatre genres de mort, auxquels on con- 
damne pour des crimes divers, sont prononces par les tribunaux ; ainsi 
on condamne k fttre lapide, ou brA16, ou k avoir le coil coupe, ou k 6tre 
Strangle. Simon met ces quatre genres dans un ordre different, savoir : 
la condamnalion k fetre br&ie,ou a &tre lapide, ou Strangle, ou a avoir le 
cou coupe. Ceci i s'applique aux condamnes k 6tre lapid^s. 

Eq fait, la seule automation accordec au Gouvernement (en Judee) pour 
rexecution capitale consistait dans la decapitation. On sait la loi sur la la- 
pidation, de ce qu'il est dit (Deuter. XVII, 5) : Vous les lapideres avec des 
picrres et ils mourront. Pour la peine consistant a etre bruie, on peut invo- 
quer les moW (L6vit. XX, 4) : On brUlera dans le feu, lux e% elks. La p&ialite 
de la decapitation est deduite par comparaison des termes dans deux versets ; 
il est dit d'une part (Exode, XXI, 20) : il sera vengi, et d'autre part (Levit. 
XXVI, 25) : Je porteraisur vous une epde vengeresse, qui vengera I 'alliance ; 
et comme la vengeance est precis6e dans ce dernier verset par le coup d'epee, 
elle sera la mfime dans le premier verset, ou elle est indeterminee. En faveur 
de la strangulation. On ne trouve pas de texte biblique 2 ; on en a conclu que 
pour toute peine capitale prescrite vaguement par la lpi, il n'est pas perrais 
de l'aggraver, mais de 1'alieger, et les docteurs estiment que la mort la plus 
douce est la strangulation. 

Selon R. Simon 3 , etre brule est une peine plus grave que d'etre lapide ; se- 
lon les autres docteurs, au conlraire, la lapidation est une peine plus grave 
que la combustion. Selon R. Simon aussi, la strangulation est pire que la 
decapitation ; selon les autres docteurs, a l'inverse, la decapitation est pire 
que la strangulation. En voici les raisons respeclives : R. Simon interprete la 
loi que toute fllle de Cohen (fiancee ou mariee), condamnee 4 la peine de mort, 
sera tuee par le feu 4 ; les autres docteurs disent que toute fiancee (fille de Co- 

1. L'&nonc6 emis plus haut, VI, 5, indique le precede de lapidation. 2. Cf . 
ci-aprte, §4. 3. Voir ci-aprfcs, IX, 8 (loi. 27b); x, 7 (loi. 29«). 4. Selon 
lui, puisque la loi specifie que la fille fiancee d'un cohen, condamnee i\ mort pour 
impudicite sera passible de la peine du feu, non de la lapidation, incombant 
& one simple israelite, il pa rait que la combustion est plus grave. 

T. xi 1 



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2 TRAITE SANHEDRIN 

ben ou autre) est condamnee k la lapidation. R. Simon raisonne ainsi : 
pour la fille d'un Cohen, la Loi a juge la fiancee coupable avec une gravite 
telle qu'elle la condamne k la peine du feu, et elle a allege la peine k Tegard 
d'une fille de Cohen mariee, au point de ne condamner cette derniere qu'a la 
peine de la lapidation ; done, pour une fille de simple israelite, dont l'6tat de 
fiancee est jugSe moins grave au point qu'elle est condamnee a la lapidation, 
elle sera, k plus forte raison, tr^itSe moins s6v£rement 6tant mariee, et devra 
etre d6capit6e. Les autres docteurs raisonnent ainsi : pour une fille fiancee de 
simple Israelite, la Loi aet6 plus s6v6re en la condamnant & la lapidation, qu'4 
Tegard de la m£me personne mariee, laquelle, en cas de peine de mort, sera 
tu6e par le feu; done, pour une fille de Cohen fiancee, la loi a 6t6 moins severe 
en la condamnant a la peine du feu, et la peine sera k plus forte raison all6- 
gee pour cette personne mariee, condamnee alors a la strangulation. 

R. Abahou dit, au nom de R. Yosse b. Hanina : toute fille dont la culpabi- 
lite entraine une peine de mort d'un degre infcrieur k celui qu'elle subirait 
chez son pere, savoir une fille de Cohen qui, en se conduisant mal chez son 
pere, est passible de la peine de mort, est passible au dehors de la peine de la 
strangulation ; done, le m6me crime commis par elle chez son pgre est passi- 
ble de la peine du feu, et commis chez la belle-mere (apres le mariage), il est 
passible de la lapidation. Ainsi, de ce qu'il est dit (L6vit. XXI, 9) : (Test son 
ptore qu'elle profane, elle sera brUUe dans le feu; R. Elifaer conclut que cette 
fille coupable chez son pere est condamnee k 6tre brftlde ; et chez sa belle- 
mere, elle est condamnee a £tre lapid6e. Aux t6moins convaincusde faux (qui 
ayant calomni6 cette fille, sont passibles de la m£me p6nalite), ainsi qu'4 son 
complice, on applique cette peine si elle est commune aux deux criminels, 
savoir: si tous deux subiraient la peine du feu, elleleur est applicable aussi, et 
si tous deux devaient subir la peine de la lapidation, elle leur serait appliqu6e 
aussi; en fin, si tous deux devaient subir la strangulation, elle serait applicable 
aussi aux faux temoins et aux complices. 

R. Abahou dit au nom de R. Yoss6 b. Hanina (pourquoi il y a discussion 
sur le point de savoir quelle mort est plus grave, par strangulation ou par 
decapitation) : les aulres docteurs font remarquer a leur interlocuteur (qui 
pretend que la strangulation est plus grave) que les habitants d'une ville en- 
tierement livree a Tidol&trie, passibles selon la loi (Deuter. XIII, 16) de la de- 
capitation devraient, comme tous les autres idol&tres, £tre lapidgs ; et en ad- 
metlant, pour la lolalite d'une telle ville, un all6gement de peine, celle-ci de- 
vrait 6tre reduite a la combustion ? Comment se fait-il que Ton ne se soit pas 
contente de leur appliquer une peine amoindrie, ou celle du feu ; pourquoi ne pas 
encore Talleger en leur appliquant la strangulation ? (Ceci prouve que la decapi- 
tation, au contraire, est plus grave). Par contre R. Simon leur r6plique par ce 
raisonnement : le faux prophete, qui rentre dans la regie des idol&tres (ibid., 
2-3),meriterait d'etre br&16 comme tel ; et en admettant pour lui un aUegement 
de peine, celle-ci devrait £tre reduite a la lapidation ; comment done se fait-il 



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CHAP1TRE Ml 3 

qu'au lieu de cela il soit condamnfi 4 la slraDgulation (preuve que celte der- 
niere peoalite est la plus grave). Selon R. Samuel b. SissartaY, il faut inter- 
vertir l'ordre present6 pour les raisonnements et attribuer aux uns les argu- 
ments des aulres. Ainsi les docteurs observent que le faux proph6te, comme 
tout autre idol&tre m6ritait la lapidation, et il e&t el6 juste de le condamner k 
une p£nalil6 moins grave, savoir a 6tre brftl6 ; en le coodamnant done k la 
strangulation, la Loi indique bien de lui appliquer la peine de mort la moins 
grave de toutes (car la decapitation serai t plus grave). R. Simon, au con- 
traire, replique par la rSgle relative a la ville entterement soumise k l'ido- 
lalrie : il serait juste que ces habitants.qui doivent Stre brftl6s, subissent la 
penality la moindre, ou celle de la lapidation, et au lieu de cela ils subissent 
la decapitation (la strangulation elait done plus grave). 

2. Celui qui est condamnS k 6tre bvdU estenfonci dans la terre molle 1 
jusqu'aux genoux (pour qu'il ne puisse pas bouger) ; on lui entoure le 
cou avec un drap dur, lequel drap dur est enveloppe dans un drap mou 
(pour ne pas blesserle cou), puis deux personnes tirentles deux bouts 
de cedrap, Tune d'un c6t£, etl'autre de l'autre, pour que le condamnS 
soitforc6 d'ouvrir la bouche; ensuite, on allume un fil (de mStal) qu'on 
lui verse dans la bouche, et ce Gl entre alors dans l'intestin et le brfile. 
R. Juda n'approuve pas cette mithode, car le condamnfi pourrait mou- 
rir avant d'etre br&16 : ilveutdonc qu'on lui ouvre par force la bouche 
pour y verser le mital. R. Eteazar b. Zadoq cite comme pr£c£dent lefait 
de la Glle d'un cohen, marine, condamn£e k fitre brfttee pour adultfere ; 
elle fut executee par une methode plus simple, en allumant aufour 
d'elle* du bois. On lui r<5pondit que ce tribunal n'Stait pas bien ins- 
truit. 

Pourquoi ne pas lui serrer di rede men t le cou par un drap dur ? On crai- 
gnait qu'il meure par cette compression (au lieu de p6rir par reflet du feu) ; 
or, on trouve que lorsque le ro i Ezfififrias boucha la source des eaux sup6- 
rieures du Guihon, il fit clore l'echappement par des eloffes douces (resistant 
mieux k l'imp&uosile de I'eau que le drap dur). — Quant au « fil », selon R. 
Qrispa au nom de R. Yohanan, e'est un fil de zinc que la Mischna a en vue. 
Ce fil, selon les rabbins de C6saree, est un compost de plomb et zinc (xorofr* 
epov) m61es. R. Yosseb. Aboun dit : ceci explique bien les termes de la Mis- 
cbni, disaot que « Ton allume le fil qu*on lui verse dans la bouche ». Mais les 
paroles suivantes de la Mischnd, « et ceci entre dans l'intestin, et le br&le » , 
sont mieux explicables s'il s'agit d'un fil de naphte, va?6a. — On a enseigne 3 ; 
40 ans avant la destruction du Temple de Jerusalem, le droit de prononcer 
les sentences capitales a 6te enleve aux israelites, et au temps de Simon b. 

1. Literal.: fumier. 2. Ou : on l'entoura de sarments que Ton alluma. 
3. M&ne trait6, 1, 1 (t. X, p. 228). 



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4 TRAITE SANHEDRIN 

Schetah on leur enleva le droit de connaftre des questions pgcuniaires. R. 
Simon b. Yohai s'Scria un jour : Beni soit Dieu de ce que je sois incapable 
de juger ! (je reste ainsi irresponsable). 

R. Eteazar b. R. Sadoq raconte qu'elant encore enfant, chevauchant sur 
l'epaule de son pere, il a vu condamner une Bile de Cohen impudique. On 
l'entoura de cordes faites de sarments, et on la brill a ainsi. « Gomme tu &ais 
alors un enfant, lui fut-il dit, ce temoignage n'est pas admissible pour faire 
foi», car lorsqu'il avait assists k ce fait, il avait eu k peine dix ans. Lors- 
qu'au contraire il marchait avec Rabbi, il ne devait pas avoir moins de trente 
ans ; car il n'est pas convenab\e de la part d'un grand personnage d'avoir un 
compagnon &g6 de moins de 30 ans. On enseigne en effet : Rabbi raconte 
Stre venu, en compagnie de R. Eleazar b. R. Sadoq, de Beth-Schirion 1 , et 
avoir mang6 des figues et des raisins a titre accidentel (non comme repas) 
hors de la tente*, a la fete des tabernacles. 

3. Celui qui est condamnS k Stre dScapitfi est execute par l'6p6e, 
comme le gouvernement (paien) le fait. R. Juda trouve qu'employer cette 
m&hode, c'est trop mipriser le condamne 8 ; il veut done qu'on mette 
la tete sur un billot pour la couper k la hache. Mais les autres.docteurs 
trouvent, au contraire, que la methode de R. Juda serait la raort la 
plus humiliante qui existe. 

R. Juda reconnaft que la mort par l'6p6e est la plus humiliante de toutes ; 
seulement, comme la Bible dit (L6vit. XVIII, 3) : Vous ne suivrez pas leurs 
coutumeSy il n'autorise pas cet usage. Les autres docteurs le rejettent par un 
autre motif, selon l'enseignement 6nonce par R. Yohanan : r assassin devra 
perir, est-il dit (Nombres, XXXV, 30), comme il a tue. Est-ce k dire que si 
le meurlrier a frapp6, il faudra le tuer par Tepee, ou s'il a tu6 k coups de 
bftton, il devra Stre tue de m&ne? Non, car il est dit d'une part (Exode, XXI, 
20) : il sera vengi, el d'autre part (L6vit. XXVI, 25} : je porterai contre votes 
le fer vengeur, qui vengera V alliance ; de Tanalogie des tcrmes on conclut 
que la peine capitale infligee en ce cas sera celle de la decapitation par le fer. 
Est-ce a dire qu'il faut tuer le coupable en lui perjant le corps au milieu des 
epaules? Non, car il est dit d'une part (Deut6r., XVII, 7) : tu feras disparai- 
tre le mal de ton milieu, et d'autre part il est dit (ibid. XXI, 9) : tu feras 
cesser (vengeras) le sang innocent au milieu de toi; on en conclut qu'il y a 
analogic de sens enlre les termes « disparition » et « rupture » des deux 
textes; comme pour Thomicide au meurlrier inconnu, la gGnisse doit avoir le 
cou rompu pres de la nuquc (ibid.), il en sera de m6me pour la decapitation 
de Tassassin (par le cou) et comme i.l'oiseau offert en sacrifice on tordait le 
cou (LSvit. I, 15 ; V, 8), en enlevant la t6te, de mfime ici on coupe la t§le au 
meurlrier. 

1. Cf. Ncubauer, Geographic, p. 264. 2. Geci revele un adulte. 3. A 
'inverse du privilege do la noblesse au moyen-Age. 



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CHAP1TRE VII 8 

(4). Celui qui est condamn6 * k Stre StoufK (Strangle) est enfonce dans 
le sable (terre molle) jusqu'aux genoux (pour qu'il ne puisse pas bou- 
ger); on lui entoure ensuite le cou avec un drap dur, lequel drap dur 
est enveloppe dans un drap mou (pour ne pas blesser le cou) ; puis 
deux personnes tirent les deox bouts de ce drap, Tun d'un c6t6 et 
Tautre de Tautre, jusqu'i ce que le condamnS meure par asphyxie. 

La p6nalit6 de la mort par strangulation n'est pas dite explicitement dans 
la loi biblique. On admet que c'est la peine capitale pr6vue par la Loi (lors- 
qu'elle s'exprime vaguement), et chaque fois que la Loi present la peine de 
mort sans specifier le mode d'application, i! n'est pas permis au tribunal de 
Taggraver ; maisil devral'all6ger. Tel est Tavis de R. Yoschia 2 . Selon R. Yo- 
nathan 3 , ce n'est pas que la peine de T6tranglement soit la mort la plus 
douce; settlement, elle represente Tapplication decette p6nalite" ind6termin6e, 
qu'il n'est pas permis d'aggraver, mais d'alleger ; voild pourquoi on a eu re- 
cours en ce cas k la p6nalile de la mort par I'etrangJement (non k la d6capita- 
tion). On dit ici que le proc6de pouretrangler est ainsi suivi : « Tun tire d'un 
cdt6, et Tautre de Tautre, jusqu'i ce que le condamne* meure ». Pourtant, 
objecta C ah ana devant Rabbi, ailleurs il est dit 4 : Tun tire la corde d'un cdte 
et le second la tire de Tautre c6te, tandis qu'ici (pour T6trangler) il est dit : 
cbacun tire k lui la corde roulee autour du cou du supplicie? (Pourquoi ce 
cbangement?) Rab lui repond : ailleurs (ou les 2 personnes sont placets en 
ligne droile Tune derriere Tautre) Tune tire la corde vers son visage et Tautre 
derriere elle ; tandis qu'ici Tun est place d'un cdte du condamne^ et Tautre de 
Tautre c6t6 (non derriere). 

4 (5).Voici quels coupables sontpunis de mort par la lapidation: celui 
qui cohabite avec sa mfere, ou avec la femme de son pfere, ou avec la 
femme de son fils, ou avec un homme, ou avec un animal ; ou une 
femme qui attire un animal pour qu'il abuse d'elle ; celui qui blasphfeme, 
celui qui rend un culte aux idoles ; celui qui livre ses enfants a Moloc, 
celui qui pratique la nScromancie ou la magie (Livitique, XX, 6), celui 
qui profane lejour du sabath; celui qui maudit son p&re ou sa m6re, 
celui qui commet un adultere avec une jeune fiancee de seconde adoles- 
cence (Naarah), celui qui par seduction determine un individu ou toule 
une ville k rendre le culte aux divinites paiennes ; le sorcier, un enfant 
pervers et rebelle envers ses parents (Deut6ron. XXI, 18). 

(6) Celui qui a cohabit (par erreur) avec sa mfere est soumis k 2 sacri- 
fices, parce que c'est : 1° sa mere; 2° la femme de son p&re; selon R. 
Juda, il n'est coupable que du premier fait. Celui qui cohabite avec la 

i. Siffra, section Qedoschim, ch. IX. 2. Torath Cohanim, IX, 11. 3. II 
est d'avis, comme R. Simon au § 1, que Tetranglemenf. est plus grave que la de- 
capitation. 4. MischnA, traite Zabim, HI, 2. 



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6 TRA1TE SANHEDRIN 

femme de son pfere est coupable, parce qu'elle est 1° la femme de son pfere ; 
2° Une femme mariee (adultere), soit du vivant du pcre, soit apres sa 
mort, fiancee ou mariee. 

(7) Le crime de fadultfere avec la femme du fils csUgalement double, 
quand meme elle naurait etc que fiancee au fils, et meme apres la mort 
du fils. 

Dans Enumeration faite ailleurs 1 des 36 crimes entrainant la p6nalit6 du 
retrauchement (dont un certain nombre se trouvent dans notre presente Mis* 
chn&), ils sont exposes au complet, afin d'indiquer par la que s'ilsont ete tous 
commis en un sen! etat d'ignorance, on est coupable autant de foil qu'il y a 
eudiverses sortes de crimes commis; s'ilya eu deux 6tats d'ignorance 
(sSpares par une reprise de connaissance du mal), lore m6me qu'il s'agirait 
d'une scule et mftme femme avec laquelle on aurait eu deux fois une relation 
illicite, on est autant de fois coupable. R. Simon fils de R. Hillel b. Pazi 
observa ceci devant R. Hillel b. Pazi : on sait par notre MischnA que si k 
regard d'une mftme femme, il y a plusieurs denominations d'un m6me crime, 
le criminel sera autant de fois coupable a ; mais si avec plusieurs femmes on 
a commis le m6me crime (p. ex. des relations pendant leurs menstrues), ou 
s'il y a plusieurs 6tats d'ignorance a 1'egard de la m£me femme (relations re- 
nouvelees avec la meme personne), les considerera-t-on comme devant se r6- 
sumer en un seul fait, ou non? Precisement pour cela, la Mischn4 Snoncee 
ailleurs enumere au complet la serie des crimes entraiuant lo retranchement, 
pour indiquer que chaque denomination provoque une culpability distincte 
(et il en sera de meme pour des Stats distincts d'ignorance). Or, il y a une 
discussion aboutissant a la mfime deduction : lorsque pour cinq relations suc- 
cesses avec une mftme femme l'homme a agi dans un seul d'6tat d'ignorance 
do l'interdit, mais la femme a eu conscience du d£lit entre chacun des 5 faits 
accomplis par ignorance, selon R. Yohanan, 1'homme seratenu d'offrir un seul 
sacrifice, etla femme sera soumise a 5 sacrifices ; selon R. Simon b. Lakisch, 
commcrhommesera seulement tenu d'offrir un sacrifice, la femme egalement 
n'en offrira qu'un (mais tous s'accordent 4 dire qu'au cas de plusieurs etats 
d'ignorance, communs au coupable, les culpabilites sont autant de fois rep6tees). 
Finalement, Enumeration est faite dans la dite Mischnd pour que Ton ne sup- 
pose pas que si plusieurs personnesont commis le crime portant un seul nom, 
ou si a plusieurs reprises d'gtats distincts d'ignorance une seule personne 
s'est rendue coupable, ce soit considSre comme le fait d'un seul 6tat d'igno- 
rance, entrainant une seule culpabilite ; c'est pourquoi Enumeration est 
faite au complet, ce qui indique que Ton sera autant de fois coupable — 3 . 
Quelle est la defense biblique (§ 6) qui interdise explicitement Tinceste avec 

1. MiscbnA, tr. Keritoth, I, I. 2. P. ex. pour l'inceste avec la m&re, qui est 
la femme du p6re. 3. Suit un tres long passage jusqu'A la Gn du §, traduit 
au tr. Schabbath, VII, 1 (t. IV, pp. 81-3). 



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CHAPITRE VII 7 

la mere? Le verset suivant (Levitique, XVIII, 17) : Tu ne dicouvriras pas la 
nuditi de tamdre. On sait que ce crime est punide retranchement de ce qu'il 
est dit (ibid. 29) : Si quelqu'un commet une de ces iniquitfs, une telle per- 
sonne sera retrancMe du milieu de son peuple. On connait la defense de 
cohabiter avec la femmede sonpdre, de ce qu'il est dit (ibid. 8): Tu ne d&cou- 
vriras pas la nv4iU de la femme de ton pire, et la penalite du retranche- 
ment pour ce crime est visee (au v. precite) : Une telle personne sera retran- 
chee, etc.; de plus, la peine de mort imposee en ce cas par le Tribunal est indi- 
quee par les mots (ibid. XX, 11) : Si quelqu'un cohabite avec la femme de 
son p&re, dicouvromt la honte de son pbre, ils seront condamnts a mort 
tons deux. La defense biblique d'avoir une relation illicite avec sa brue est 
contenue dans ces mots (ibid. 15) : Tune decouvriras pas la nuditi de ta 
belle- fiUe, et la penality du retranchement pour ce crime est prevue(au v. pre- 
cite) : Une telle personne sera retranchie % etc. ; de plus, la peine de mort impo- 
see en ce cas par le tribunal est indiqufe par ces mots (ibid. XX, 12) : Celui 
qui cohabite avec sa belle-fille sera mis & mort. Comment se fait-il que Ton 
6numere ici, aussi bien qu'au traite Keritlioth (des retranchements), lesdivers 
cas ou il y a double culpabilite? On comprend cette distinction audit trait6, en 
raison des ca&d'inadvertance, parce qu'alors il s'agit d'offrir un second sacri- 
fice d'expiation ; mais ici au point de vue criminel, peut-on supposer que le 
coupable seralapide deux fois? II faut ici la double indication, dit R. Judan 
pere de R. Mathnia, au point de vue des avertissements, car si le criminel a 
et6 avise de la gravity de sa faule speciale, soit en lui disant qu'il s'agit « de 
la femme de son p6re », soit « de sa mere », il subira la peine des coups pour 
chaque avis, outre la peine capitate. Pourquoi ne pas l'aviser du crime d'a- 
dultere? 11 peut s'agir du cas, repoad R. Abin, ou la femme est veuve. 

On a enseigne la-bas (k Babylone) que R. Juda dit : si sa mere n'a pas 6t6 
propre k epouser son pere (de sorte que le mariage n'etait pas 16gal), le cri- 
minel n'est qu'une fois coupable ; done, si le mariage de sa mere avec son 
pere avait et6 legal, selon R. Juda aussi ce criminel serait deux fois coupable 
(pour ses relations illicites avec la femme de son pere et avec sa m&re). Non, 
dit R. Abahou au nom de R. Yohaoan, peu importe que sa mere ait et6 propre 
a 6pouser son pere, ou non ; en tous cas, selon R. Juda, un tel criminel n'est 
qu'une fois coupable. Cette opinion se base, selon R. Yohanan, sur ce qu'il est 
dit (ibid. XVIII, 7) : e'est ta mbre, expression qui semble exclusive et indique 
que celui qui a commis le crime est seulement coupable d'inceste avec la 
mire, referant a ce crime tout le chapitre 1 . R. Aboun b. Hiya objecta devant 
R. Zeira : pourquoi in voquer seulement le texte relatif a Tinceste avec la mere, 
et omettre celui qui traite s6par6ment de la relation illicite avec la femme du 
p£re ? (Ne peut-on pas objecter que, pour cette derni&re defense, l'expression 
speciale e'est la nudit6 de ton pire exclut la culpabilite d'inceste avec la 
mere, & l'opposd de la precedente deduction?) Une autre deduction est impos- 

1. M6me formule au tr. Yebamoth, II, 1 (t. VII, p. 23); CI. tr. Qiddouschin y 1, 1. 



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8 TRAITE SANHEDRIN 

sible, fut-il repondu, car R. Yohanan adopte l'avis de R. Ismael, qui dit : 
('interpretation exigetique des mots « tu ne dicouvriras pas la nudity de ton 
pire» (ibid.) vise, non le crime de relation incestueuse, mais celui d'un 
commerce contre nature avec un mile. Mais le pere de quelqu'un n'est-il pas 
k regal de tout male? line telle relation (en vertu des termes precites) 
entralne une double culpabilite. En effet on a enseigne : celui qui a un com- 
merce contre nature avec son pere est 2 fois coupable (1° pour relation avec 
unmale; 2° avec son pere). Mais alors, dans l'enumiration des 36 crimes 
entratnant la peine du retranchement, on devrait etablir le compte de 37 (en 
comptant double ce dernier crime, de commerce contre nature avec son pere)? 
R. Mena repond : le crime de commerce avec un male se trouve deja eoonce 
pour un. 

L'expression tu ne dicouvriras pas la nuditi de la femme de ton pfre 
(ib. 8) se rapporte bien k la femme mariee au pere (qui n'est pas la mere); 
car la mere mariee au pere forme l'interdit du vorset pricident (ib. 7). Enfin, 
la defense s' applique aussi k la mere, qui n'est pas la femme legale du pire 1 , 
en raison de la suite (du mime verset) : c'est ta m&re, tu ne d4couvriras pas 
sa nudite. Comment R. Akiba, qui ne tire pas la mime deduction de ce 
verset, l'explique-t-il ? Selon lui, ces mots indiquent que la relation est inter- 
dite meme apres la mort du pere. Mais, d'apres R. Ismael, qui applique 
l'expression en question k la defense mime de la relation avec la femme du 
pere, d'ou sait-on qu'il y a interdit mime apres la mort du pere ? De l'expres- 
sion superflue e'est la nuditd de ton pire, il deduit qu'il n'y a pas de diffe- 
rence entre l'epoque ou le pere vit et sa mort. R. Akiba, au contraire, inter- 
prctc la premiere partie de ce verset, la nuditi de la femme de ton pdre, en 
cc sens qu'il s'agit la de la femme du pere (non de sa mere), que la suite, la 
nudile de ta mire, se rapporte k la vraie mire, qui est en meme temps 
femme du pere, et qu'enfin l'extension de l'interdit k la mere non mariie 
legalement au pere est indiquee par la fin : e'est ta mire, ne dicouvre pas sa 
nudity. Selon R. Ismael, qui n'admet pas autant d'interpritations, aquoi sort 
la fin du verset pricitie ? Elle sert a indiquer que l'interdit de relation per- 
siste apres la mort du pere. R. Akiba n'a-l-il pas besoin d'appliquer ces mots 
a ce dernier interdit? C'est vrai, et il deduit l'extension de l'interdit k la 
fomme non marine legalement avec le pere, de l'analogie entre les expres- 
sions similaires « c'est la nuditi de ton pere », « c'est la nudite de ta mere » : 
comme de ton pire, tout ce qui est de lui (constituant sa nudite) est dune 
relation difendue, soil k titre de penalite, soit sous le rapport de 1'avertis- 
scment; de mime, de ta mire, tout ce qui est d'elle (mime sans mariage 
legal) constitue une relation interdite. En somme, il en risulte que Ton semble 
expliquer seulement cc verset d'apris l'opinion de R. Juda (d'attribuer a ce 
crime d'inceste une seule culpability) ; car il n'est pas d'avis de baser l'interdit 
pour la mere, qui est aussi la femme du pere, sur I'interpritation de I'analo- 

1. P. ex. colle qui a 6te violee par le pere. 



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CHAPITRE VII 9 

gieentre les expressions « c'est la nudity de ton pere », « c'est la nudite de ta 
mere », avec les deductions de cette analogic. Ceci prouve, dit R. Zeira, 
qu*une analogie entre deux termes, dont un seul a son application imme- 
diate 1 , peut aussi servir de base a une deduction d'extension de l'interdit. 
Non, dit R. Judan, ceci ne se rapporte en rien a R. Akiba, car d'apres lui on 
peut tirer une deduction de l'anologie des termes, memo lorsqu'aucun d'eux 
n'a d'application directe. 

R. Jeremie demanda : est-ce que celui qui commet un inceste avec sa mere 
est aussi coupable du crime d'adultere ? Cette question est inutile, car si un 
autre avait cohabits avec cette femme, il serait certes coupable du crime d'adul- 
-<ere ; done, son Gls Test & plus forte raison. Toutefois, observa R. Yosse, 
selon les termes de la Misehn&, pour le commerce avec sa bru l'adultere est 
specific com me ayant lieu, tandis que pour le His il est question du crime de 
relation avec la femme du pere et avec la mere, non d'adultere (la question 
avait done lieu d'etre posee). On a en effet enseign6 : il en est de meme pour 
toutes les autres regies de relations illiciles, et l'interdit le plus grave domine; 
ainsi, celui qui a eu commerce avec sa belle-mere, qui est mariee, est coupa- 
ble du crime de relation avec la belle-mere, non d'adultere ; si la femme est 
sa bru et mariee, le complice est coupable du seul crime de relation avec la 
bru; si la femme est sa sceur et qu'elle est mariee, le complice est coupable 
du seul crime d'inceste avec la soeur. On ne saurait disculper un lei homme 
du crime grave, et le charger seulemcnt de celui qui est moins grave (celui 
d'adultere, dont lapSnaliUS est d'un degre moindre). Or, on a enseigne 2 : celui 
qui cohabite avec sa soeur est coupable de relation avec sa soeur et avec la 
fille de la femme de son pere (deux fois). Selon R. Yosse b. Juda, celui qui 
commet un tel inceste est seulement coupable pour un crime d'une denomi- 
nation (de soeur), et il en est de m£me pour la relation avec la belle-fille 
(quoique mar tee). R. Jeremie ou R. Abahou dit au nom de R. Yohanan : 
l'avis que vient d'exprimer R. YosstS b. R. Juda est conforme k celui de R. 
Juda son pere ; comme dans notre MischnA, il n'impose qu une culpabilitc 
pour la denomination essentielle de l'interdit, de mSme R. Yosse b. Juda 
n'attache d'importance qu a la premiere designation du crime. Puis, R. Jere- 
mie revint sur son assertion et dit que, selon R. Abahou au nom de R. Yo- 
hanan, R. Yoss6 b. Juda n'a pas adopte l'avis de son pere, R. Juda, car il y 
a une distinction notable & Stablir entre notre Mischnfc et l'avis pr6cit6 : ail- 
leurs, le crime d'inceste avec la mere peut exister sans qu'il s'agisse de la 
femme de son pere (une veuve), et il y a culpability, de m6me que Ton peut 
se rendre coupable de relation illicite avec la femme de son pere sans qu'elle 
soit la m£re* ; tandis qu'ici il s'agit de la fille de la femme de son p&re qui 
n'est pas sa soeur, auquel cas elle lui est permise. 

1. Ainsi, p. ex., l'expression « il a tlecouvert la nudite de son p6re » est n6- 
cessaire pour Stablir la necessity de cet avis. 2. Tossefta & cc traits, ch. X. 
3. Si done les 2 fails sont reunis, il y a double culpabilite. 



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10 THA1TE SANHfiDRIX 

7 ($) Si un homme a des relations conlre nature avec son semblable, 
ou avec un animal, ou si une femme fait approcber un animal pour se 
prostituera lui, l'animal sera soumisa la lapidation. 

(9) Puisque Tfetre humain a p6che, pourquoi Fanimal est-ilfrapp6? 
L'animal est innocent, mais il etait la cause d'un crime; ou encore, on 
ne peut pas le Iaisser vivre, car en le voyanl passer dans la rue, on dira : 
Voili Tanimal qui a etc la cause de la condamnation de tel individu i . 

La defense negative formelle d'avoir des relations conlre nature avec un 
m&le est exprimee par ces mots (Levilique, XVIII, 22) : Ne cohabite pas avec 
un 'in&le d'une cohabitation sexuelle. On sait que ce crime est puni de la 
peine du retranchement, de ce qu'il est dit (ib. 29) : 5/ quelqu'un accomplit 
une de ces abominations, cette dmesera retranchee, etc. ; de plus, en ce cas, 
le tribunal prononcera la peine capitale, comme il est dit (ibid. XX, 13) : Si 
un individu cohabite avec un mdle d'unc cohabitation sexuelle, cest une 
abomination qu'ils ont commise lous deux ; qu'ils soicnt punis de mort, 
leur supplice est merite. Or, Ton sait qu'en ce cas la penality est celle de la 
lapidation, par analogie des derniers mots dudit verset et de ceux usites pour 
le necromancien (ib. 27). On sait ainsi quelle est la culpabilite du complice 
actifjdoule sait-on pour le complice passif? Le verset precito peut aussi 
s'entendre dans le sens passif. Ce qui precede est 6mis d'apres l'avis de R. 
Akiba (qui admet les deductions Urges d'un versel) ; mais, selon R. Ismael, 
on le sait de ce qu'il est dit (Deut&ron. XXIII, 18) : // riy aura pas de for- 
nicateur (sodomite) parmi les enfants d Israel, ce qui englobe le complice 
passif. D ou sait-on, selon R. Ismael 2 , que ce dernier est passible du retran- 
chement? R. Jeremie r£pond au nom de R. Abaliou : comme ici on emploie 
le terme for nicateur, que Ton retrouve ailleurs dans ce texte (I Rois, XIV, 
2 i) : il avail eli aussi for nicateur dans le pays; its ont imite loutes les 
abominations des pa'iens, etc* Or, de meme que Ton Stablit un parallele entre 
les termes repetes de fornicateur, on suppose que le mot abomination (ex- 
prim6 au second verset) se retrouve au precedent texte, et qu'il enlraine la 
penalite afferente au crime coutre-nature ainsi qualify (passible du retran- 
chement, comme toutes les relations illicites). Aussi, R. Hiya b. Ada dit au 
nom de R. Hanina que Ton etablit un parallele entre les termes abomination 
de ces divers textes. Eneffet, ajoute R. Yosse b. Aboun, on trouve un ensei- 
gnement qui s'ex prime ainsi : par r expression its ont commis tous deux 
une abomination (Levit. XX, 13), on sait que tous deux sont passibles de la 
lapidation, qu'a tous deux s'adresse la meme defense, et que tous deux sont 
aussi passibles de la peine du retranchement (a defaut de la sentence du 
tribunal). 

1. Or, la Loi tient compte du respect dft aux individus. 2. II n'a pas re- 
cours aux deductions, admises par R. Akiba, du verset relatif aux relations illi- 
cites. 



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CHAPITRE VII 11 

La defense d'avoir des relations contre nature avec un animal est exprimee 
dans ce texte (ibid. XVIII, 23): Ne taccouple avec aucun animal ; tu te 
souillerais par Id. La penalite da retranchement se trouve dite dans ces 
mots (ibid. 29): Si quelqu'un accomplit Vune de ces abominations, cette 
personne sera retranchee, etc. De plus, le tribunal infligera en ce cas la 
peine de mort, comme il est dit (ib. 15) : Un homme qui s' decoupler ait avec 
un animal doit etre mis & mort. Or, Ton sait qu'en ce cas la p6nalite est 
celle de la lapidation, par analogie des deroiers mots dudit verset (XX, 16) et 
de ceux usites pour le necromancien (ib. XX, 27). D' autre part, on sait que 
celui qui subit (passivement) une relation contre nature avec l'animal encourt 
les m&mes peines ; e'est admis d'apres R. Akiba; mais d'apres R. Ismail, 
d'ou sait-on la defense en ce cas? R. Ismael la deduit (comme plus haut, pour 
la relation avec un m&le) par analogie des termes fornicatewr employes dans 
deux versets differents (1'eHendant au crimincl passif), et de mSme R. Akiba 
d£duit d'un meme verset l'extension de la defense au criminel passif. Toute- 
fois, la penalite du retranchement applicable & ce dernier ne se trouve pas 
dite selon Ismael (la deduction tiree plus haut, pour la relation avec un m&le, 
de r analogie des mots abomination n'exisle pas au present cas) ; de plus, la 
peine de mort applicable & un tel homme par le tribunal ne se trouve dite, ni 
d'apres R. Ismael, ni d'apres R. Akiba. II faut done recourir a l'interpreta- 
tion du verset suivant (Exode, XXII, 20) : Tout individu qui cohabile avec 
un animal doit itre mis d mort, et celui qui sacrifie aux (faux) dieux sera 
voui & Vanatlieme (le premier membre de phrase inutile, repetition de XV HI, 
15, sera applicable au criminel passif, et comparaison sera faite avec le sacri- 
ficateur aux idoles) : comme l'idolatre est passible de la peine de la lapidation 
et du retranchement, il en sera de meme pour le criminel passif par rapport 
k l'animal *. Entre ces deux interpretations, il y a une difference pratique. Au 
cas ou un homme a eu avec un male des relations contre nature, d'abord ac- 
tives, puis passives (inivit et initus est), selon R. Ismael, un tel individu est 
deux fois coupable (en raison des 2 versets auxquels se refi&re ce Rabbin) ; 
d'apres R. Akiba (qui tire la deduction d'un seul verset), il n'est qu'une fois 
coupable. Lorsqu'uo homme s'est approche d'un animal, puis a subi un con- 
tact, il est deux fois coupable, soit d'apres R. Akiba, soit d'apres R. Ismael 2 . 
En outre, celui qui a cohabite avec un m&le et avec un animal est deux 
fois coupable ; et celui qui a subi le contact d'un m&le et d'un animal est 2 fois 
coupable (d'apres tous). Celui qui a cohabite avec deux m&les est deux fois 
coupable, comme ses complices le sont ; et s'il a subi le contact de deux 
m&les, il est deux fois coupable, comme ses complices le sont. 

On a enseign6 : pour la relation avec le m&le, on ne considere pas l'enfant 
(jusqu'& 3 ans) a l'egal d'un homme fait ; mais pour la relation avec l'animal, 

1. Ceci indique Implication dela peine demort par tribunal, selon tous deux, 
et la peine du retranchement, selon R. Ismael. 2. lis ont recours, tous deux, 
& ± versets, pour deduire la penalite du criminel passif. 



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it TRAITE SANHEDRIN 

l'enfanl est aussi coupable qu'une grande personne. R. Eleazar en explique 
la raisoo : comme pour une relation intcrdite avec une fille, il y a crime lors- 
qu'elle atteint T&ge de trois ans et un jour, il en est do meme pour le crime 
contro nature avec un animal. R. Aboun b. Hiya demanda a R. Zeira : d'ou 
vient que R. Ismael et R. Akiba different d'avis pour la relation contre nature 
avec un male ou un animal, tandis qu'ils sont d'accord pour tout autre com- 
merce sexuel? C'est que, repondit R. Zeira, k tous les autres cas on applique 
Texpression consanguin (Levit. XVIII, 6), non usilee pour les crimes contre 
nature. Mais, fut-il objecte, ce terme n'est pas applicable k la femme mens- 
truee, et pourtant y a-t-il discussion a ce sujei ? (done ce n'est pas une raison). 
R. J6remiedit au nom de R. Abahou : de Tanalogie des termes s'approcher % 
usit6s pour les relations illicites et pour la femme menstru6e, on conclutqu'il 
semble qu'une rodme qualification (de consanguinity se r6fere a tousles cas. 
R. Hiya b. Ada demanda au nom de R. Hanina d'ou sait-on la defense m£mc 
de la relation avec une femme menstruee (avant de recourir k Tanalogie des 
termes s'approcher)? On la deduit, r6pond R. Yoss6 b. Aboun, de Temploi 
ulterieur (superflu) des mots : ne decouvrepas (ib. 19). L'interdit a la femme 
de provoquerTanimala s'approcher d'cllc est connu,dece qu'il estdit (ib. 23) \ 
Une femme ne devra pas so tenir devaat un animal pour qu'il s'accouple 
avec elle; e'est une union abominable. La penality du retranchement est ex- 
primee dans ces mots (ib. 29) : Siquelqu'un accomplit tine de ces abomina- 
tions, cettedme sera retrancfiee, etc. De plus, le tribunal inflige alors la peine 
de mort, selon ces mots (ib. XX, 16) : Etuno femme qui s'approcherait d'un 
animal pour qu'il s'accouple avec elle % tu la tueras ainsi que V animal; ils 
doivent&lre mis & mort; leur suppllceestmirite; or, par analogic de ces 
mots avec la defense du meme crime par 1'homme, on conclut que la penalite 
est celle de la lapidation* R. Aba b. Mamal objecta contre la Mischnd. (disant 
de lapider Tanimal pour le mal dont il a ete cause) : au cas oil 1'homme aurait 
commis un tel acte sans en avoir conscience, bien qu'il soit absous, Tanimal 
sera-t-il lapide? De meme, R. Simon objecta a l'inverse : celuiqui sciemment 
cultive son champ le Sabbat sera lapid6, et pourtant Tanimal n'est pas con- 
damne? II s'agit seulement (dans la Mischna) du mal cause par Tanimal par 
suite d'un acte honteux, selon Texplication par R. Samuel b. R. Isaac * de 
ces mots (Osee, VIII, 4) : De leur argent et de leur or ils ont fait des idoles, 
pour susciter le retranchement. Ceci ressemble a la malediction de celui qui 
dirait : que les osseraents d'un tel soient en poussiere pour avoir pouss6 son 
(ils vers le mal (seulement avec conscience). 

5. (10) Gelui qui blaspheme n'est condamn^ que s'il prononcele nom dc 
Dieu. R. Josu6 b. Korhah dit: Pendant la deposition des temoins (pendant 
la discussion qui la suit), on ne prononce pas le nom de Dieu,mais on lc 
remplace par un qualificatif ou attribut divin ; par ex. les t6raoins disent 

1. Rabba sur Genfcse, clj. 28. 



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CHAPITRE VII 13 

que l'accuse a blaspheme en disant : c que Yosse frappe (ou maudisse) 
Yosse. > Cependant, ou ne peut pas condamner un homme sans un te~ 
moignage clair, qui etablisse d'une fapon certaine qu'il a prononc6 riel- 
lement le nom de Dieu. Par consequent, 4 la fin de la deliberation (avant 
de prononcer la condamnalion de Taccuse), on fail sortir tout le monde, 
pour ne pas faire prononcer un blaspheme devant le public, et on de- 
mande au premier l6moin de dire exactement ce qu'il a entendu, et il 
le dit pendant que les juges se tiennent deboul, et ils font k leur v£te- 
ment la d6chirure dc deuil qui ne doit jamais £lre recousue (en enten- 
dant ce blaspheme). Le 2 e et le 3 e t6moins (s'il y en a trois) disent seu- 
lement, « j'ai enelndu exactement comme le premier l£moin, » et ils 
n'ont pas besoin de rep&er le blaspheme. 

Le blaspheme est interdit, comme il est dit (Exode, XXII, 27) : Ne maudis 
pas Elohim (Dieu ou les juges) on sait qu'en un tel cas la peine du retran- 
chement est applicable, car il est dit (Levit. XXIV, 15) : Sinn homme quelr 
conque matidit Elohim, il supportera son piche ; de plus, le tribunal lui 
jnfligera la peine d6 mort, scion ces mots (ibid) : et celui qui blasphdme le 
nom de VEtemel devra mourir. Comment le sait-on d'apres R. Ismail, 
puisque d'aprgs lui les ver3ets precites, ou il est question de malediction, se 
referent aux juges ? On le sait, selon lui, par raisonnement a fortiori : s'il est 
defendu de maudire des juges, k plus forte raison la defense existe k 
regard des attribute divins 1 , et si pour un blaspheme k regard des attributs 
divins on est passible du retranchement, on l'esti plus forte raison pour le 
m£me fait envers le nom du Dieu unique. Selon un enseignement, pour le 
blaspheme k regard des attributs divins, on transgresse la defense negative, 
passible de la peine du retranchement ; pour le blaspheme envers le nom uni- 
que, lapenalite sera la peine de mort (par voie humaine). Selon un autre en- 
seignement, le blaspheme des attributs n'est qu'une transgression de defense, 
et le blaspheme du nom divin est passible de la peine de mort ou du retran- 
chement. La premiere opinion se base sur ce qu'il est dit : 1° « tu ne maudi- 
ras pas Elohim; » 2° « celui qui maudit porle le peche », par allusion k la 
peine du retranchement ; le blaspheme du nom divin est passible de la peine 
de mort humaine, selon le verset (pr6cit6) : « il devra mourir. » La seconde 
opinion ae base sur ce que le verset invoque, « ne maudis pas Elohim », ne 
contientrien de plus, tandis que l'autre verset contient (en ses deux parties) 
la mention des deux penalites. 

R. Jeremie dit au nom de R. Samuel b. R. Isaac : cet enseignement (de R. 
Josue b. Qorha dans la Mischnfi,) prouve que Tenquete (avec prevention) pourra 
Aire instruite contre une personne, meme s'il y a doute surlaveracite de Facte 
incrimine. Yoici un exemple : un tel, selon la rumeur publique, est accuse 
d'assassinat ; on If soumettra au jugement, jusqu'A. ce qu'il ait fourni des te- 

1. Voir Siflra, section Emor, ch. 19. 



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14 TRAITE SANHKDRIN 

moins a decbarge. Mais, objecta R. Yoss6, est-ce a dire que Ton peut saisir 
uq homme quelconque dans la rue et lui imposer la honte d'une accusation? 
Voici comment il faut l'entendre : Si selon la rumeur un assassinat a eu lieu 
et des temoins pourraient attester quel est l'assassin, on arrttera et meltra en 
prison l'homme soupQonne, jusqu a preuve du contraire. 

Sur I'avis de la Mischna, que le t&noin est tenu de rSpeter Tassertion d6- 
lictueuse de l'accuse, est-ce a dire que Ton invite le temoin a redire un blas- 
pheme? Voici la formule de declaration : « Par le nom divin que j'ai 6nonce 
devant vous (en jurant comme temoin), il l'a blaspheme et il a maudit. » Les 
temoins ne sont pas tenus (comme les juges le sont) de dechirer leurs v6te- 
ments a cette enonciation ; car ils l'ont deja dd faire en entendant la premiere 
fois enoncer le blaspheme. De l'expression suivante : « les juges seront debout, 
etc. », dit R. Simon b. Lakisch, il rSsulte que les juges peuvent aussi recueil- 
*ir les t6moignages en 6tant debout. On peut encore deduire des termes d& la 
Mischna six regies : 1. On adopte I'avis de R. Samuel b. Isaac de juger quel- 
qu'un m6me en cas de doute; 2. on admet l'avis de R. Simon b. Lakisch, la 
faculty pour les juges de recueillir debout les attestations ; 3. mfime a l'audi- 
tion d'un blaspheme par oui'-dire, les juges sont tenus de d6chirer leurs v6te- 
ments ; 4. apres qu'un premier temoin a 6nonce l'attestation, il suffit au 2 § et 
au 3° de le conflrmer; 5. cette dechirure est une de celles qu'il n'est plus per- 
mis de recoudre; 6. des que Ton a eu connaissance directe que le nom divin 
a 6te blasphem6, il faut dechirer ses vStements. R. Hiya dit que R. Yossa 
objecta contre la 3° regie la MischnA suivante 1 : « Le crieur le precede en 
disant qu'un tel (lis d'un tel va au supplice pour tel crime ; tels et tels sont les 
t&noins, toute personne qui peut invoquer un argument en favour de l'ac- 
cuse n'a qu'a le faire valoir » (en r6sulte-t-il qu'& l'audition du crime commis 
par le condamne, tous les assistants dussent dechirer leurs vdtements ?) Non, 
e'est obligatoire apr6s le premier recit (ou 2 e audition), non au-del&. Quelle 
est la regie 4 l'audition d'un blaspheme par un pal'en? D 'apres celui qui dit 
queRabsaqeh (II Rois, XIX, 1) 6tait un paien, la dechirure (accomplie aussi 
pour lui) est toujours obligatoire ; d'apres celui qui est d'avis que c'6tait un 
juif, on n'y est pas tenu pour un paicn. R. Oschia dit : pour un tel blas- 
pheme emis par n'importe qui, juif ou paien, il faut operer la dechirure, car 
il est dit (Jeremie, XXXII, 27): A moi VEternel, Dieu de toute chair, y a-t-il 
un objet mr.rveilleux / (Toutes les creatures sont egales devant lui). Est-ce 
encore obligatoire de nos jours? R. Yossa, R. Jeremie, au nom de R. Hiya 
b. Aba, R. Hiskia, R. Jeremie au nom de R. Yohanan dit : depuis le trop 
grand nombre des blasphemateurs, on a cess6 de dechirer les v&ements. Est- 
ce obligatoire maintenant pour le blaspheme des qualificatifs? On peut le sa- 
voir par ceci : comme R. Simon b. Lakisch passait dans la rue (strata), un 
cutheen le rencontra et blasphema ; R. Simon fit la dechirure. Le cuthSen 

1. M6me traite, VI, 2 (t. X, p. 277). CI. J, tr. Nazir, VI, 1. Voir Fischer, Tal- 
mudische Chrestomathie, pp. 170-2. 



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CHAPITRE VII IB 

ayant repris, R. Simon dut recommencer a dechirer. Et les blasphemes ayant 
continue, R. Simon fit descendrc le cuthSen de son ane f et, le frappant sur le 
corps, lui dit : afils de cutheen, la mere a-t-elleassez de vGtements a me four 
nir pour que je les dechire ? » Cela prouve que maintcnant encore on dSchire 
pour chaque blaspheme 1 . 

6 (It). Celui qui rend un culte aux divinites paiennes est condamn6 & 
mort, soit qu'il leur rende le culte ordinaire, soit qu'il tue un animal en 
leur honneur, soit qu'il leur offre l'encens ou la libation de vin, ou qu'il 
se prosterne devant elles, ou qu'il les adopte pour Dieu en disant : « Tu 
esmonDieu. » 

(12) Mais on n'est pas condamne & mort pour les avoir embrassfes 
ou baisies, ou balayees, ou arros6es, ou baignees, ou ointes, ou habilhtes, 
ou chaussSes, quoiqu'il soit detendu de le faire, en raison de la defense 
negative (Exode, XX, 5). Au mfime litre de defense negative il estd&endu 
de jurer ou de faire un vceu au nom de ces divinitSs. Se prostituer & 
l'idole Baal-Peor (Belfegor) conslitue son mode d'adoration, ainsi que de 
jeter une pierre a Markoles (Mercure). 

La defense de se livrera l'idolatrie estexprimeeen ces termes (Exode, XX, 5) : 
Tu ne les adoreras pas; la peine du retranchement est applicable a ce 
crime, car il est dit (Nombres XV, 30) : 11 blasphkme TEternel, ilseraretran- 
ohe y etc. Mais puisqu'il y est question de blaspheme, comment appliquercette 
p£nalit£ k l'idolatrie? Cela ne fait rien, car au fond c'est la meme negation de 
ladivinite ; c'est ainsi qu'il arrive de dire & son prochain 2 : tu as gratte toute 
la marmite, ou : tu n'as rien laissS (les 2 expressions sont Squivalentes). 
Comme exemple, R. Simon b. Eleazar raconte que deux individus etaient 
assis devant une 6cuelle debouillie; Tun etendit la main, prit le" contenu de 
l'ecuelle jusqu'au fond et ne laissa plus rien. De me" me, ni le blasphemateur, 
ni ridolalre ne laissent par devers eux aucun precepte religieux 4 remplir. 
En fin on sait que la peine de mort applicable en ce cas par le tribunal est cello 
delalapidation, car il est dit (DeutSron. XVII, 5) : TuferassortirVhommeou 
la femme qui auront accompli un tel fait, tu les mbneras devant tes portes 
etc. ; vous les lapiderez d coups de pierres, et quHls meurent. 

Pour les idoles il est dit (Exode, XX, 5) : tu ne les adoreras pas, en rdgle 
g6n6rale ; et tu ne te prosterneras pas devant eux, ce qui est un fait special ; 
or, le proslernement faisait deja partie de l'ensemblo; et si c'est 6nonce & 
part, c'est dans le but d'&endre la regie, savoir : de meme que le prosterne- 
ment represenle un acte isole entrainant une culpabilite a part, il en sera de 
m&me pour chaque action condamnable s6parement 3 . Bien que R. Simon b. 
Eleazar 4 ait dit : « Si quelqu'un a sacrifie, fait de l'encens, ou offert une li- 

4. Ci. J., tr. Moed Qaton, III, 7 (t. VI, pp. 340-1). 2. Cf. Siflra, section 
Schelah, n° 112. 3. J., tr. Sabbat, VII, 2 (t. IV, p. 89). 4. Ci-aprfcs, § 13. 



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16 TRAITfe SANHEDRIN 

balion a une idole, le tout dans un meme etat d'ignorance, il n'est qu'une fois 
coupable », il recommit toutefois que celui qui d'une part a fait un acte d'ado- 
ratiou habituelle a Pidole ct d'autrc part un acte d'adoration conforme au culte 
divin, comme p. ex. de se prosterner, sera deux fois coupable, savoir pour 
ctiacun de ces actes. Cependant, lorsque R. Samuel dit au nom de R. Zeira (4 
R. Tanhoura b. Judan) le motif pourquoi Ton est coupable d'idoltttrie mfime 
pour un acte d'adoration different du culte divin, il alleguale verset (Levit. 
XVII, 7) : lis ne devront plusoffrir leurs sacrifices aux boucs, n'en resulte-t- 
il pas la culpability roeme pour un acte d'adoration non usuelle ? Modifle un 
peu ta deduction, r6pondit l'interlocuteur *, car ce verset est applicable aux 
saintet£s (a la defense d'egorger les sacrifices horsdu Temple). 

H. Yossa dit au nom de R. Yohanan 2 : celui qui sacrifie a l'idole un agneau 
defectueux (contrairement a Tusage du culte divin) est coupable. Pourquoi ? 
C'est conforme & ce qu'& dit R. Ila de deduire une telle extension de ces mots 
(Deut6ron., XII, 4) : Vous riagircz pas ainsi envers VEternel votre Dieu, 
c.-4-d. tout ce qui sert au culte de votre Dieu (fiU-ce un animal defectueux, 
impropre aux sacrifices) ne pourra pas etre offert a l'idole. R. Aboun b. Hiya 
objecla ceci devant R. Zeira : L'ex prcssion tu ne les adoreras pas (Exode, 
XX, 5) est une regie g6n6rale ; la suivante, tu ne te prosteimeras pas devant 
eux % est une regie specialc ; on devrait dire que la regie gSnerale comprend 
seulement ce qui est contenu dans le detail special, savoir seulement la de- 
fense de se prosterner devant l'idole, non d'accomplir les autres actes d'ado- 
ration. De mfime, R. Aboun b. Cahana objecla devant R. Ila qqe l'exprcssion 
« Vous n'agirez pas ainsi » (Deut^ron., ibid.) est une regie g6n6rale (compre- 
nant tous les actes de fait et d'adoration) ; I'expression celui qui sacrifie aux 
faux dieuxsera voui & Vanathhne (Exode, XXII, 20) est un detail special, 
puis l'expression sauf d Dieu seul est de nouveau une regie generate; on 
devrait done* dire que Ton comprend dans la generality les details semblables 
au fait special, en englobant par extension la culpability de celui qui embrasse 
ou baise l'idole (faits bien distincts du culte divin). Pourquoi done est-il ques- 
tion de la genuflexion? N'est-ce pas pour indiquer que ce fait mdme est un 
acte de culte (sans £tre une ceuvre manuelle) ? De mSme, baiscr ou'erabrasser 
l'idole n'est pas un acte manuel de culte (et, par consequent, n'entrent pas 
dans la regie des interdits). 

D'ou sait-on que le fait seul d'avoir dit a l'idole « tu es mon dieu » cons- 
tilue une idol&trie? On le sait, dit R. Aboun au nom des rabbins de l&-bas 
(de Babylone), de ce qu'il est dit (ibid. XXXII, 8) : lis se prosterndrent 
devant lui (le veau d'or), lui sacrifibrent et lui dirent : Voild tes dieux, 
6 Israel (il en resulte que le dire est mis en parallele avec le sacrifice). Au 
contraire, fut-il objects, ne devrait-on pas conclurede \k que, pour Stre cou- 
pable du crime d'idol&trie, il faut avoir sacrifie h l'idole, encensS et dit? 
Non, r6pondit R. Yosse, car au verset prScite on expose seulement tous les 

1. B., tr. Zebahim, L 10G. 2. CI. B., tr. Aboda Zara, f. 51. 



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CHAPITRE VII 17 

details afin de faire ressortir davantage la conduite honteuse des enfants 
d'lsragl ; ils se prosternkrent, non devant Tfitre supreme ; ils lui sacrifid- 
rent, non 4 Dieu : ils lui dirent, non au Tres-Haut. Mais alors, comment 
invoquer ce verset a I'appui de la defense de s'adresser a Tidole par parole? 
On le sait par analogic entre le terme dire employe ici, et le meme mot 
usite pour Tincitation a Tidolatrie,(Deuteron. XIII, 7) : comme en ce dernier 
cas la parole equivaut a Facte, de meme en general le fait de dire a Tidole 
qu'on la reconnait comme telle constitue un acte defendu. 

En reponse a Tobjection faite plus haut par R. Aboun b. Hiya, que la 
genuflexion u'etanl qu'un detail par rapport a la generalite de la defense de 
Tidolatrie, elle ne devra pas constituer un acte defendu, R. Zeira repondit 
par ce verset (ibid,, XVII, 3) : // va et adore des dieux Grangers devant 
lesqueh il s'agenouille, ou devant le soleil, ou devant la lune; or, Tenonce 
de ces deux derniers details prouve qu'au lieu de proceder par regie gene- 
rate, suivie d'un detail special, on a recours a des extensions de principe 
(et, par toutes sortes d'actions du culte aux faux dieux, on se rendcoupable 
d'idolatrie). Mais, objecta R. Aba b. Zimna devant R. Zeira, puisqu'il est 
ecrit (L6vit. XI, 9, 10) : Vous pourrez manger... cequia des nageoires et 
des ecailles; et ce qui n!a pas de nageoires et des icailles ne pourra pas etre 
mange, il en resulte que Ton se trouve d'abord en presence d'une regie gene- 
rate (exprimee par le terme eau), puis devant un detail special (le terme 
canauXy etc.), enfin Texpression generate revient; or, cette succession de 
regies diverses aboulit a l'exclusion des 6tres rampants qui se trouveraient 
dans des recipients d'eau (et a les autoriser, fussent-ils sans nageoires, ni 
ecailles), tandis que d'apres ton avis de ne pas tenircompte du detail special 
a la suite de la g6n6ralite, il faut admettre seulement des extensions (de 
fagon a maintenir l'interdit meme de ces rampants?) En effet, repondit 
R. Yohanan b. Marieh, dans le verset precile au sujet de Tidolatrie, on ne 
tient pas compte de la succession des details, et Ton a recours aux extensions 
en raison de la conjonction et de Texpression et (ou) devant le soleil. Mais, 
dit R. Yohanan b. Marieh, est-ce a dire que chaque conjonction et pourra 
etre retranchee ? (D6s que cette conjonction a un but d'extension dans le 
textc de Tidolatrie, pourquoi ne Taurait-elle pas dans la defense relative 
aux poissons?) C'est que, repond R. Samuel b.Abdima, Textension n'est pas 
admissible dans le second verset, en raison de la repetition du detail spe- 
cial ; sans cette particular^, on aurait dit que tout poisson n 'ay ant pas de 
nageoires et d 'ecailles qui vit dans les eaux (ordinaires) est interdit, mais 
que ceux qui vivent dans les reservoirs et les viviers sont permis (malgre 
ce defaut) ; c'est pourquoi le texte repete : et tout ce qui est dans I'eau, etc., 
sera interdit par extension ; mais comme, de plus, le texte repete Texpres- 
sion « dans les canauxou puits », cette specialite sert a exclure de Tinterdit 
les poissons qui vivent dans ces recipients. Selon R. Samuel b. Nahmeni au 
nom de R. Oschia, le fait de dire a une idole « tu es mon dieu » est Tobjet 
T. xi 2 



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18 TRAITE SANHfeDRIN 

d'un litige enire Rabbi ei les autres docteurs (k savoir si c'est un crime ou 
non). Celui qui s'est prosterne devant elle, dit R. Yohanan, est coupable 
d'apres Paveu de tous, pour le fait d'avoir plte le dos. Quelle difference y 
a-t-il entre cet acte et celui de remuer les levres (pour parler k Fidole ?) 
R. Yohanan repond que cette analogic m£me est en discussion 1 ; d'apres 
R. Simon b. Lakisch, m£me le fait de la genuflexion est contesle comme 
acte entrainant la culpabilite. En effet, dit R. Zeira, un verset confirme ce 
dernier avis, en disant (Nombres, XV, 16) : Vous aurez uneseule loi pour 
Vacte commis par miprise ; un acte done entraine la penalite, tandis que le 
texte n'est pas formel pour la parole de blaspheme, ou pour la genuflexion. 

7 (15). Celui qui livre un de ses descendants k Molokh n'est coupable 
que s'il lui reraet son enfant et le fait passer par le feu. Si Tenfant a 
6t6 livre k Molokh sans passer par le feu, ou s'il a passe par le feu sans 
avoir 6t6 livr6 k Molokh, lep&re n'est pas coupable : il faut les 2 actes 
r&inis. Un conjurateur de morts est le Python ; celui qui fait parler le 
mort de sa tombe, ou necromancien (L6vit. XIX. 31), le fait par opera- 
tion magique parler dela bouche; ils sont passibles de la peine capitale 
par iapidation, et celui qui consul te les morts transgresse une defense 
(ibid.). 

La defense de livrer un de ses descendants i Molokh est sp6cifiee en ces 
termes (L6vitique, XVIII, 21) : Tu ne dxmneras pas de ta postiriti pour la 
faire passw & Molokh ; on sait qu'un tel criminel sera puni du retranche- 
ment, comme il est dit (ibid. XX, 3) : car il a livri de sa postkrM & Molokh, 
il sera retranche y etc. ; enfin, il subira la peine capitale imposSe en ce cas 
ipar le tribunal, d'apres ce qui est dit (ibid. 2) : Tout homme des en/ants 
£ Israel ou un itranger habitant parmi les Israelites, qui awra livri de sa 
postiriti & Molokh devra 6ire mis a mort ; les gens du peuple le lapideront 
d cov/ps de pierres. Par Fexpression « tu ne livreras pas de ta postSrite » on 
aurait pu croire 2 que le fait seul de livrer un enfant, sans le faire passer k 
Molokh, est un acte criminel ; e'est pourquoi le texte ajoute ensuite : « pour 
la faire passer », et lors m£me que l'enfant a 6te livre, puis fait passer, sans 
que ce soit k Molokh, on n'est pas coupable en raison du dernier terme « k 
Molokh » ; on est seulement coupable en le livrant k cette idole, non k une 
autre. De plus, meme en ayant livr6 et fait passer l'enfant a Molokh, on 
devient seulement coupable si le passage a et6 effectue par le feu, comme il 
est dit (Deut6ron. XVIII, 10) : Que Von ne trouve pas an milieu de toi quel- 
qu'un faisant passer son fits ou sa fille dans le feu ; or, par analogie entre 
le terme passer, employe ici et dans le verset precite, on d6duit qu'il s'agit 
dans Tun et l'autre texte d'un passage par le feu. En somme, il resulte de ces 

1. D'aprfcs Fun, les deux actes sont analogues et ont la m6me gravity crimi- 
nelle; d'aprte Fautre, ils different entre eux. 2. Torath Cohanim, section 
Kedoschim, ch. 10. 



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CHAPITRE VII < 49 

diverses deductions que Ton est seulement coupable apr6s avoir livri un 
enfant et l'avoir fait passer par le feu k Molokh. 

R. Nassa dit au nom de R. fileazar : le pere n'est jamais coupable que s'il 
livre son enfant aux prStres idol&tres, puis le prend officiellement de leurs 
mains et le fait passer. Quel est le mode de passage usuel k Molokh? On a 
enseigne * que cela consiste k attirer l'enfant et a le faire passer d'un cdte k 
l'autre; lorsqu'au contraire on l'a fait passer k pied, on n'est pas coupable, et 
on ne Test pas non plus pour avoir fait passer un membre de la famille 
autre que l'enfant, tel que son pere, sa mere, son frere, sa soeur ; de meme 
on est absous pour se faire passer soi-m&ne, mais selon R. £i£azar 
b. R. Simon, ce dernier fait est un acte criminel. La culpabilite est la m6me 
tant pour Molokh que pour une autre idole ; selon R. Eleazar b. R. Simon, 
un tel acte n'est criminel qu'a regard de Molokh, pour lequel la culpabilite 
n'existe qu'& regard des enfants. R. Yohanan justifie l'avis de R. fil&zar 
b. R. Simon (de condamner celui qui se fait passer lui-meme au feu), en 
raison de ce qu'il est dit : « que Ton ne trouve pas au milieu de toi » ; c'est-4- 
dire que ton corps ne se trouve pas passer. 

De ce qu'il est dit (ibid. 11) : je le relrancherai du milieu de son peuple 
(d'une fagon superflue), on lapplique k d'autres idolatries (d'Stendre le 
crime d'idolatrie m£me aux actes non usuels aux cultes strangers), entrafnant 
la penalite du retranchement. En un tel cas (contraire k 1' usage), le tribunal 
applique la peine de mort, en raison des termes (superflus) : « il a livre de sa 
posterity k Molokh ; il devra mourir. » Or, pour avoir passe soi-m6me, on est 
absous, parce qu'en ce cas on passe forcement ; c'est done que le mode habi- 
tuel de proced6 du Molokh est d'attirer Tenfant et le faire passer par le feu 
d'un cdte k l'autre : en ce cas on est coupable. Comment done R. fileazar 
b. R. Simon (qui parait admettre le peu de gravite du passage vers Molokh) 
dit-il qu'un tel passant sera condamne ? II y a un cas possible de culpabilite, 
e'est celui d'un homme qui passe en sautant (au lieu de marcher; cet acte est 
passible de la penality. R. Aboun b. Hiya demanda devant R. Zeira : pour- 
qnoi ne pas dire que le fait de livrer un enfant sans le faire passer depend 
du sujet en litige entre Hiskia et R. Yohanan? Or, ils discutent sur le point 
de savoir si Thomme donnant k autrui l'ordre d'6gorger un animal qui ne lui 
appartient pas est aussi coupable que celui qui 6gorge lui-m£me, comparant 
cet acte k celui d'une vente, faite aussi par autrui : Hiskia le declare coupable, 
admettant la comparaison 2 ; R. Yohanan n'admet pas la comparaison et 
absout un tel homme (done, par analogie, selon le prgopinant, le p£re qui a 
livre son enfant, m£me le faisant passer au feu par un autre, est coupable ; 
selon R. Yohanan, il ne le serai t pas). 

R. Aba ou R. Hiya dit au nom de R. Yohanan 3 : on peut voir dans les 
termes de la Bible a ce sujet que tout objet proclam6 roi (adore), fiH-ce un 
Sclatde bois, ou un caillou, sera tenu pour une idole, avec ses consequences 

1. Tossefta, ch. X. 2. V. ci-aprfcs, tr. Schcboudth, VIII, 8 fin (f. 38d). 
S. Siflri, section Eqeb. 



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20 TRAITfi SANHtiDRIN 

(mais le passage seul par l'idole de Molokh entrafne la peine de mort). Quant 
k l'expression (precipe), « Je le retrancherai da milieu de mon peuple, » elle 
a pour but d'Gtendre cette pSnalite au m6me acte accompli par d'autres idoles. 
En effet, dit R. Nassa au nom de R. fiteazar (a I'opposSde R. Yohanan), 1'in- 
terdit s*6tend k toutes sorles d'idoles, que Ton fasse passer des fils ou des 
filles. Ainsi, Ton a enseigne : qu'il s'agisse de Molokh ou d'une autre idole 
quelconque, soit que Ton ait adore l'idole par le sacrifice d'un fils ou d'une 
fille, soit qu'on l'adore en lui sacrifiant son pere, ou sa m&re, on est coupable. 
Toutefois, dit R. Zeira, ce dernier acte entrafne la culpabilite, si ce n'est pas 
l'usage d'adorer ainsi l'idole (de faire passer devant elle dans le feu 1 ) ; mais 
lorsque c'est l'usage de l'adorer ainsi, on n'est pas coupable pour le fait 
d'avoir fait passer un parent dans le feu pour elle. Selon R. II a, lors mfime 
qu'il est d'usage d'adorer ainsi l'idole (autre que Molokh), on est coupable 
si, pour elle, on a fait passer un parent au feu 2 , et meme deux fois (d'abord 
parce qu'un tel acte sert k l'adorer, ensuite parce que cela ressemble k l'ado- 
ration du Molokh). A l'appui de l'opinion de R. Ha, on peut citer Tenseigne- 
ment suivant : Selon R. Simon, le Molokh rentre dans la g6n6ralite des cas 
d'idol&trie, et pourtant le texte biblique PSnonce k part pour indiquer que ce 
cas comporte un allegement special, a savoir que Ton est seulement coupable 
en livrant un enfant. R. Tanhoum b. Jeremie dit 3 : l'avis 6mis plus haut par 
R. fil6azar b. R. Simon (de declarer coupable Facte de livrer un enfant, seu- 
lement a regard de Molokh) est conformed l'avis de son pgre R. Simon ex- 
prim6 ici : De meme qu'au dire de ce dernier Molokh fait partie de la g6n£- 
ralite des idoles, et la Bible l'enonce a part pour indiquer que ce cas com- 
porte un allegement special, a savoir que Ton est seulement coupable si on 
lui livre un enfant; de raSme R. fileazar est d'avis que pour Molokh seul le 
texte insiste sur la gravity de livrer des enfants, mais pour d'autres idoles, 
on est Sgalement coupable en livrant d'autres personnes. — ♦. 

R. Pinhas dit devant R. Yossa au nom de R. Hisda 5 : si c'est l'usage d'ado- 
rer specialement une idole en ce qu'un pere fait passer devant elle au feu ses 
enfants, ct au lieu de cela il lui sacrifie un de ses parents, ilest deux fois coupable 
(1° pour l'acte d'idol&trie, 2° a titre d'assimilation avec Molokh). R. Zeira se 
rSjouit, supposant entendre ainsi confirmer l'avis (precit6) de R. Ha, son mailre, 
d'accord avec l'avis de R. fileazar b. R Simon (que, pour la livraison des 
enfanls, on est seulement coupable au titre d'adorateur de Molokh). Qu'as-tu, 
lui dit R. Pinhas ? L'opinion que j'ai Iransrnise au nom de R. Hisda se r6fere 
a celle des autres docteurs (£tablissantla culpability, et m6me double, pour 
toute idole autre que le Molokh, devant laquelle on ferait passer un enfant 
par le feu). Pour cela, repliqua R. Zeira, ton avis 6tait inutile (il va de soi). 

4. Pour lo Molokh seul, la Bible reserve specialement Tinterdit aux enfants 
sans l'etendre aux parents. 2. M6me remarque. 3. Ci-dessus, § 8 (42). 

4. Suit un passage reproduit textuellement du § 9, & propos du meme R. Eleazar. 

5. Siflri, section itee/i, ch. 81. 



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CHAP1TRE VII 21 

II est defendu de se livrer a la n£cromancie 1 , com me il est dit (LSvitique, 
XIX, 31) : Ne votes tournezpas vers les nteromaticieris. A un tel crime se 
rattache la peine du retranchemeDt, car il est dit (ibid. XX, 6) : la personne 
qui se tournera vers les nforomanciens, ou vers les devins, sera retranchee 
etc. De plus, en ce cas, le tribunal applique la peine de mort, comme il est dit 
(ibid. 17) : Sipatrmi eux il y aun homme ou une femme qui soit nicro- 
mancien ou devin, ils devrontelre mis Amort. Pourquoi, comme on enumere 
ici k part le devin, n'est-il pas compte parmiles criminels passiblesdu retran- 
chement (et seulement le necromancien) ? C'est que, repond R. Hiskia au nom 
de R. Simon b. Lakisch, les deux crimes sont formulas dans une seule 
defense : « Ne vous tournezpas, etc. » t SeIon R. Yossa au nom de R. Simon 
b. Lakisch, cette conjonction a lieu parce que la defense relative au devin 
semble provenir d'un precepte afBrmatif 2 . S'il en 6tait ainsi, dit R. Zeira 
devant R. Yossa, nul autre que toi n'aurait-ii lieu d'enumerer le cas du devin 
parmi les criminels passibles du retranchement ? (Si la defense negative placee 
en t£te du verset se refere indifferemmentau premier sujet enonc6, ne devrais- 
tu pas ajouter l'autre sujet?) Voici la raison, repondit R. Zeira : l'ordre suivi 
par le texte biblique a ete adopte par la Mischnd, et comme Tun des textes 
cites (ibid. 17) etablit une distinction entre le necromancien et le devin, la Mis- 
chn& admet les 2 cas passibles de la peine de mort (distinction non admise 
pour le casentrainantle retranchement). — Le na (necromancien) estle python 
(rcyOwv), celui qui parle du creux de Tepaule 3 , le W* (devin) est celui qui 
parle de la bouche..Tous deux sont passibles de la peine de la lapidation, et 
celui qui se laisse interroger par eux contrevient k la defense exprimee par les 
mots (Deut6ron. XVIII, 11) : Ni quelqu'un consultant les morts. Cei der- 
niers mots, selon un enseignement, visent celui qui interroge k l'aide d'un 
cr&ne de mort (par sorcellerie) ; d'apres un autre enseignement, le magicien 
ranime le mort en operant par sorcellerie. Quelle difference y a-t-il entre ces 
deux precedes ? Par le premier, le mort se presente regulierement, filt-ce un 
samedi, et l'homme le plus simple peut evoquer meme un roi ; par le second 
procede, le mort se presente irregulierement, non le samedi, et un simple indi- 
vidu ne saurait 6voquer un roi. R. Houna dit qu'un verset confirme Topinion 
premiere, disant que la necromancie consiste a evoquer le mort par sorcellerie, /^% 

comme il est dit (I Samuel, XXVIII, 8) : Decouvre-moi, je teprie, Vavenir par 
Vesprit de la magie iin, el fais-moi montrer celui que je te dirai. Que faut- 
il conclure de cette insistance mise dans la demande? C'est que, dit R. Mena, 
la magicienne avait un grand nombro de paroles magiques k sa connaissance 
pour ses evocations (et Saul d£sirait qu'elle eftt recours au premier proc6d6). 
D'ou sait-on qu'elle eut recours k la n6cromancie? De ce qu'il est dit (Isaic, 

1. Torath Cohanim, section Qtdoschim, ch. IX. 2. La defense paralt ne se 
rapporter qu'ik la necromancie, et le sujet suivant n'est qu'un d6riv6 du premier ; 
V. Siflra, section Qedoschim, VII, 10. 3. Selon Raschi, e'est celui qui place 
sous l'aisselle un mort et en tire des sons. 



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22 TRAITE SANHEDRIN 

XXIX, 4) : Ta mix s'Slkvera de la terre comme cello d'un ndcromancien 
(preuvequ'une telle voix sort du sol). A Tappui de l'avis de R. Yossa (con- 
cernant Pomission du devin parmi les criminel? passibles du retranchement), 
on peut invoquer l'avis suivant des autres docteurs : selon R. Ila au nom de 
R. Yossa, la Mischnfi. r6unit tous les cas dont raccomplissement (la mise en 
oeuvre) est passible du retranchement ; or, ajoutent les docteurs, un acte est 
accompli par les nforomanciens, qui au moment d'operer br&lent de l'encens * 
pour les demons (tandis que le devin ne le fait pas et parle seulement). 

11 (14). Celui qui profane le Sabbat par un acle pour lequel on est 
passible de la peine de retranchement en cas de fait volontaire, ou du 
sacrifice d'expiation en cas de fait involontaire, celui qui maudit son pfere 
et sa mfere, est coupablc s'il les maudit par un nom de la Divinite; si 
c'est par un attribut divin, la culpability est la meme, selon R. Meir ; mais 
les autres sages declarent un tel homme acquitte. 

9 (15). Celui qui cohabite avec une jeune fille fiancee est seulement 
coupable si elle est adolescente, vierge, fiancee, chez son pfere ; si 2 
hommes cohabitent tour 4 tour avec elle, le premier sera lapid£ et le 
second Strangle 2 . 

' Le « profanateur » est avis6 dela defense, parcequ'il est dit (Exode, XX, 
10) : Tuneferas aucun travail, etc. Ce d&it est passible de la peine du 
retranchement, selon ces mots (ibid. XXXI, U) : Toute personne qui fera 
un travail en ce jour sera retranchSe. De plus, en ce cas, le tribunal appli- 
que la peine de mort, en raison des mots : Ceux qui le profanent (le Sabbat) 
seront mis & mort. En raison du grand nombre de dglits sabbatiques passi- 
bles du retranchement, pourquoi ne pas augmenter Penum6ration, limitee a 
36, des cas de retranchement? La pluralite des delits sabbatiques, repond 
R. Yoss6 b. Aboun, a seulement lieu si quelqu'un enfreignajjt.A.volonteL.]^ 
repos du sabbat, ignore quechaque travail en particulier estinterdit(encecas, 
on est plusieurs fois coupable pour actes accomplis par megarde, entrainant 
des sacrifices expiatoires) ; mais k Tinverse, si Ton a conscience des travaux 
accomplis, tout en ignorant la solennite du jour, on n'est certes qu'une fois 
coupable (voila pourquoi le sabbat compte pour un seul cas passible 
de retranchement). La defense de maudire ses parents est indiquee par ce 
texte (Levitique, XIX, 3) : Que cttacun de vous respecte son pbreet sa mbrc. 
La penalite du retranchement en ce cas et Tapplication de la peine de mort 
par le tribunal sont indiques en ccs termes (Exode, XXI, 17) : Celui qui 
momdit son pbre ou samhre sera mis & mort ; et d'autrc part il est dit 
(Levit. XVIII, 29) : Celui qui accomplit Vunede toutes ces abominations 
sera retranche t etc. — 3 . 

1. Cf. B., tr. Krithoth, f. 3b. 2. La p&ialite du second est telle, parce 
qu'alors la fille n'etait plus vierge. V. tr. Qiddouschin, I, 1 (t. IX, p. 194). 
3. Suit un passage jusqu'a la tin du §, traduit au tr. Kethouboth, 111, 9 (t. Vlll, 
p.U). 



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CHAPITRE VII 23 

12(16) Le s6ducteur est un particulier qui dit qu'il y a une divinity dans 
tel endroit, qui mange, boit, fait tel bien ou tel mal 9 il sera condamn6 k 
mort. n y a une difference entre le sSducteur et les autres coupables ; 
ceux-ci doivent fetre avertis par les tSmoins, lesquels ne se cachent pas 
pourassister au crime iTinsu du coupable; le sSducteur fait exception, 
on lui apposte des t&moins en cachette sans Favertir. Voici comment on 
se conduit envers le s6ducteur : s'il s'adresse k deux personnes pour les 
s6duire, ces 2 personnes tSmoins l'amfenent au tribunal (qui jugera) et le 
lapideront. 

(17) S'il s'adresse 4 une seule personne, comme elle ne peut pas 
le faire condamner seule, cette personne lui dira : « Je connais d'au- 
tres individus qui voudront te suivre ; il faut que tu leur paries. > Si le 
seducteur est assez adroit pour ne pas vouloir s'exposer k parler k plu- 
sieurs individus, la personne en question chercherai l'amener dans un 
endroit oules tSmoins se tiennent en cachette. Alors la personne dira au se- 
ducteur : c R6pfete-moi ce que tu m'as dit d6j& Apropos dela Divinite. > 
Si celui-ci le rSpete, la personne en question cherchera d'abord il'en- 
dStourner, en lui disant : c Comment veux-tu que nous abandonnions 
notre Dieu qui est au ciel, pour suivre des divinitSs qui ne sont que bois 
et pierres? > Si le seducteur se repent et change d'avis, on le laisse libre. 
Mais s'il insiste en disant qu'il faut absolument adopter cette divinity, 
les t&noins qui se trouvent en cachette et qui entendentses paroles l'amfe- 
neront au tribunal (qui jugera), puis le lapideront. 

(18) Le seducteur dit : cje servirai l'idole, ourj'irai l'adorer, > : ou 
allons l'adorer ; ou : je lui sacriflerai ; ou : j'irai lui sacrifier ; ou : al- 
iens lui sacrifier ; ou : je l'encenserai ; ou : j'irai l'encenser ; ou : 
allons l'encenser ; ou : je lui ferai des libations ; ou : j'irai lui faire libation ; 
ou : allons lui faire libation; ou : je m'y prosternerai ; ou : je vais mepros- 
terner ; ou : allons-nous prosterner. Detourner une ville entifere consiste 
k dire : allons et adorons les idoles \ 

(19) Le magicien est coupable s'il accomplit un acte magique, mais non 
s'il en fait seulement le simulacre pour tromper la vue. R. Akiba dit au 
nom de R. Josu6 : il peut arriver que 2 personnes cueillent des cour- 
ges par magie 2 , et pourtant l'une d'elles pourra Stre dispens6e et Tautre 
sera coupable. C'est que le veritable auteur de Facte sera coupable, et ce- 
lui qui aura seulement trompS les yeux ne sera pas coupable. 

Qaoiqu'il soit dit (Exode, XXII, 17) : tu ne laisseras pas vivre de sorcibre, 
la defense est aussi bien applicable a l'homme qu'a la femme ; seulement, la 

1. La Guemara sur ce § est traduite au tr. Yebhamoth, XVI, 6 (t. VII, p. 218). 
2. C'est agir. 



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24 TRA1TE SANHEDR1N 

Loi connaissant et nous enseignant les habitudes etablit la regie en parlant 
des femmes, chez lesquelles la sorcellerie est plus frequente que chez les 
hommes. R. Eleazar dit : la peine de mort appliquee en ce cas est celle de la 
lapidation ; il a pour motif Tanalogie entre le verset pr6cite et cet autre (ibid. 
XIX, 13) : ni animal ni homme no viwa Id; or, comme dansce dernier 
verset la penalite pr6vue est celle de la lapidation, la meme sera applicable 
uu crime de sorcellerie. Les autres docleurs n'adoptent pas Tavis de R. £l6a- 
zar, sebasant sur Tanalogie entre la defense « de laisser vivrexme sorctere, » 
et cet autre verset (Deuteron. XX, 16) : tu ne laisseras vivre aucunedme, etc; 
or, comme od sait (par Josue, XI, 14) qu'en ce dernier cas la peine de mort a 
et£ appliquee en passant les hommes au fil de l'gpee, de m£me le crime do 
sorcellerie sera puni par la decapitation. Je prefere, dit R. Akiba, avoir re- 
cours k cette seconde analogie, dont les termes sont formellement com para- 
bles k la premiere. Quant a R. Juda, il invoque la raison suivante, tiree do 
la juxtaposition des versets : aprfes le verset qui defend de « laisser vivre une 
sorciere, » il est dit (Exode, XXII, 18) : Celui quicohabite avec un animal 
sera mis d mort ; on en conclut que, comme l'animal sera mis a mort par la 
lapidation, le sorcier le sera aussi. 

Un jour, R. Eleazar, R. Josue et R. Akiba se rendirent aux bains publics 
taqyisatat) de Tiberiade ; ils apergurent un Min (magicien), qui, ayant enonce 
une parole magique les retint prisonniers sous la votite du bain. Vois, dit R. 
Eleazar a R. Josue, ce qui tc reste a faire (pour nous tirer de la). Celui-ci, a 
la sortie du magicien, prononga a son tour des paroles, en sorte que la porte 
de sortie retint le magicien. Chaque entrant lefrappait d'un coup (au coeur), 
et chaque sortant le frappail au dos. Le magicien les pria de delier le lien qui 
le retenait. D61ie d'abord, lui dirent-ils, ce que tu as fait 4 notre 6gard, et 
nous ferons de m£me. Puis, ils se delterent reciproqnement. Lorsqu'ils sorti- 
rent, R. Josue dit au magicien : si c'esL la tout ce que tu sais faire, tu le tiens 
de nous. Allons a lamer, repliqua-t-il, et vous verrez. Arriv6-la, le magicien 
prononga une formule, et la mer se fendit. N'est-ce pas ainsi, dit-il, qu'agit 
votre maitre Moise a la mer rouge? Oui, dirent les rabbins ; mais tu reconnaU 
bien que Moise passa au travers. Certes, r6pondit le magicien, et il s'enga- 
gea sur le fond de la mer. AussiLdt R. Josue ordonna k Tange prepos6 aux 
flots d'engloutir Therdtique, ce qui fut realise. 

Un jour les mSmes se rendirent a Rome, et s'arretdrent dans une localite 
oil ils virent des enfants s'amuser k entasscr du sable, en disant : e'est ainsi 
que Ton agit en Palestine, en assignant telle partie a 1'oblation sacerdotale et 
telle autre a la dime pour les Levites. II parait, dirent les Rabbins, qu'il y a 
ici des Juifs. Arrives dans une localite, ils regurent Thospitalite d'un des 
habitants. Lorsqu'ils s'assircnt a table ponr le repas, ils remarquSrent que 
chaque plat servi etait au prealable transporte dans une petite salle, xcCtcov ; 
eprouvant la crainte de manger des parties de sacrifice, offerts aux idoles (ou 
servant i de la magie), ils dirent au maitre : dans quel but fais-tu d'abord 



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CHAPITRE VII 25 

transporter dans une petite salle distincte chaque mets que tu nous sers ? 
J'agis ainsi, repondit-il, par respect pour mon vieux pere, qui a fait voeu de 
ne jamais sortir de sa chambre, jusqu a ce qu'il ait vu des savants d' Israel. 
Va done aupr^s de lui, repliquerent-ils, et pric-le de venir chez Ies savants 
qui sontici. Le vieillard se pr6senta. Qu'as-tu, lui dirent-ils? Je demande 
aux sages, rgpondit-il, de prier Dieu en faveur de mon (lis qui n'a pas d 'en- 
fant. R. Eleazar s'adressant alors k son compagnon Josue lui dit : Vois, Jo- 
sue b. Hanania, ce que tu dois faire. II dit aux assistants de lui apporter de 
la semence de lin. Lorsqu'elle lui fut apportee, on le vit la semer sur la table 
(tabula), puis la repandre, la laisser se d6velopper, enfin Tarracher, jusqu'a 
ce qu'il lira de la une femrac par les cheveux (laquelle, par ses sortileges, 
avait suscile la sterilite de la maitresse de maison). Defais le lien que tu as 
nou6, lui dil le rabbi. Elle s'y refusa. Si tu n'obeis pas, dit-il, je te denonce. 
Je n'ai pas le pouvoir de delier, dit-elle, car le noeud de ce sortilege git au 
fond de la mer. R. Josue ordonna alors a l'ange de la mer de rejeter le lien : 
ce qui arriva. Apres que le sort fut conjure, des rabbins prierent en faveur 
du maitre, qui eut le bonheur d'aveir un fils appeie R. Juda h. Bethera. lis 
dirent alors : si nous ne sommes arrives la que pour susciter la naissance dc 
ce juste, cela nous suffit. — R. Josue b. Hanania dit 1 : je puis prendre des 
courges et des melons 2 , et en faire des boucs ou des cerfs, qui a leur tour sc 
reproduiront. R. Yarjai dit : je marchais dans une rue (strata) de Sephoris, 
et je vis quelqu'un prendre une pierre et la jeter en Fair ; cet objet retombe 
k terre etait devenu un veau. Mais, R. fileazar n'a-t-il pas dit au nom de R. 
Yosse b. Zimra 3 , si tous les habitants de la terre se rSunissaient, ils ne 
pourraient pas cr£er une mouche et lui donner un souffle de vie? On peut 
done afflrmer que le magicien n'a rien fait de tel ; mais il a d& appeler son 
domestique, qui a vole pour lui un veau du troupeau, et l'a substitue k la 
pierre tombee. R. Hin6na b. R. Hanania dit s'dtre promen6 sur le rivage de 
Sephoris et avoir vu quelqu'un jeter un cr&oe en Tair, qui retomb6 fut meta- 
morphose en veau. II vint raconter le fait a son pdre, qui dil : en manger est 
un fait coupable; sinon, e'est un fait equivalent k celui de fermer Tceil 4 . R. 
Josue *b. Hanania dit que R. filiezer pouvait citer jusqu'i 300 halakhoth$ a 
l'occasion du commandement relatif k la sorciere, et de toutes je n'en ai re- 
tenu que deux : De deux personnes qui cueillent des courges, Tune est cou- 
pable, non l'autre ; la premiere seule fait un acte, la seconde est celle qui 
ferme seulement les yeux. R. Drossa dit qu'il y a 900 enseignements k ce 
sujet, savoir 300 cas coupables, 300 cas sans p6nalite, et 300 cas de culpabi- 
lity en principe, sans entrainer en fait une penalite (comme de fermer les 
yeux). 

1. Voir la biographic de ce rabbin dans le supplement au Maguid, an VIII, 
col. 42. 2. c Zucche e peponi », traduit Lattes dans ses Giunte al lessico 
Talmudico. 3. Voir Midrasch Rabba sur Genese, ch. 39. 4. Fait de magie 
bl&mablc, mais non condamnable. 5. M. Derenbourg, Essai, etc., p. 223, 
ajoute : c 300 est souvent un chiffre indelini chez les docteurs. » 



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26 ' TRA1TE SANHEDR1N 



CHAP1TRE VIII 

4. L'enfant pervers et rebelle (qui est puni d'apres la Bible, Deut6- 
ronome, XXI, 18-21), doit-6tre majeur, et d'autre part il ne doit pas 
6tre un homme fait et compl&ement developpS physiquement 1 ; les sages 
s'expriment en termes d^cents a eel egard. Car il est 6crit (ibid.) : Si 
un homme a un fds, non une fille, ni un homme (adul(e). Le mineur 
echappe a loute penality, Slant dispense d'accomplir les prSceptes reli- 
gieux. 

R. Zeira, R. Abahou, R. Yoss6 b. Hanina au nom de R. Simon b. La- 
kisch, expliquent le verset (Exode,XXI, 14): Slun homme premidite contre 
sonprochain de le tuer par ruse ; or, le m&le est un « homme », a partir du 
moment ou il cuit 2 ; et k partir de quand peut-il cuire (engendrer)? Depuis 
le jour ou. le pubis s'elargit, par analogie avec la marmite sur le feu ; des que 
le contenu cuit, le recipient se noircit a Text6rieur (productis pilis). R. 
Zeira dit que R. Schila b. Abina a enseigne 3 : des termes si un homme a un 
fils, etc. (DeutSron. XXI, 18), on conclut qu'un tel fils ne devra pas elre 
dejfc capable d'etre pere ; or, des qu'il est apte k cohabiler avec une femme et 
d'engendrer, e'est corume s*il etait pere, et non fils, a Toppose des termes 
bibliques : fils, non pere. (Test conforme k la regie enoncee par R. Yossa au 
nom de R. Schabtai : la limite de temps pendant laquelle un fils pourra 6tre 
pervers et rebelle est seulement de six mois 4 . R. Yossa dit: toutes les regies 
6nonc6es a ce sujet semblent le conlraire de la logique (l'inverse est pluldt 
vraisemblable) ; et ce qui leprouve, e'est qu'une fille ayant ce defaut (cas peu 
frequent) devrait etre plutdt condamnable qu'un fils, et pourtant elle est 
absoute. De meme, il parait plus juste de condamner un adulte pervers 
qu'un enfant, tandis qu'en realite la loi absout l'homme fait, et condamne 
pour ce defaut un adolescent plus jeune. Ou encore, il semble que Ton est 
plus coupable de voler des Strangers que de voler ses parents, et pourtant 
la Loi est plus severe pour ce dernier crime que pour le premier. Cela prouve 
done que les diverses regies de la Bible a ce sujet ressemblent a des ordon- 
nances royales (qu'il faut suivre sans explication). 

2. Ce fils est coupable de gourmandise et d'ivrognerie lorsqu'il mange 

un TpiTY;|A6picv 5 de viande et boit un demi log de vin d'ltalie (tr6s fort) j 

1. Litteralement : Ex quo 2 pilos produxerit usque dum barba inferiori ves- 
titus fuerit, non autem superiori. 2. Jeu de mots sur le sens du terme TP1 
qui signitie ici : il premidite, et ailleurs (Genese, XXV, 29) : il cuit, c.-i-d. ici, 
ouil se fait. 3. Voir Siffri, section Ki-Thetst, n° 218. 4. Selon une autre 
version, 3 mois ; ni enfant, ni homme fait. 5. Par son ttymologie, ce mot 
signifie un tiers de livre; mais le Talmud, comme on va voir, ne prend pas c e 
mot k la lettre. 



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CHAPITRE VIII 27 

selon R. Yoss6, il devra avoir mang6 une livre (Maneh) de viande et bu 
un log de vin pour &re coupable. S'il a mang6 et bu cette quantity dans 
un repas de service religieux, ou k lacdr&nonie de l'embolisme du mois, 
ou en consommant la 2 e dime k Jerusalem, ou en mangeant soit des 
chairs de charogne, soit de bStes d£chir£es, ou des reptiles et des vers, 
ou des fruits non r6dira£s, ou de la 1" dime dont l'oblation n'est pas 
prilevie, ou de la 2 e dime et des consecrations non rachetees (hors Je- 
rusalem), enfin un objet qui est prescrit ou interdit par une loi religieu- 
se, ou tout mets hors la viande, ou toute boisson, hormis le vin, il ne se- 
ra pas considers comme fils rebelle, jusqu'4 ce qu'il ait mangd de la 
viande (permise) et bu du vin, car il est dit (ibid.) : un gourmand et un 
ivrogne, et bien qu'il n'y ait pas de preuve formelle qu'il faille expli- 
quer ainsi ces 2 termes, il y est fait allusion par ces mots (Proverbes, 
XXIII, 20) : Ne sots pas parmi les gens ivres de vin, les gmirmands de 
viande. 

3. S'il a vole son pere et mangfi chez lui, ou void d'autres et mange 
chez eux, ou vole d'autres et mange chez son pfere, il ne sera consid^re 
comme fils rebelle que lorsqu'il aura vote de son pfere ce qu'il mange 
chez d'autres. R. Yosse b. R. Juda dit : il devra avoir vote son p&re et sa 
mere pour etre coupable. 

R. Yosse dit (§ 2) : Tptxyj^opiov veut dire une demi livre, et le fils n'est 
coupable que s'il l'a mangee a peine passee au feu. S'il la mange crue, c'est 
un mets de chien ; s'il la mange tr&s cuite, c'est le manger des gens ordi- 
naires (non d'un vorace, ou voleur; et en ces deux cas, le fils ne sera pas 
condamne). — i. 

« S'il a mange des chairs de charogne, ou de betes dechir6es, ou des rep- 
tiles ou des vers », il n'est pas condamne, car il est dit (Deuter. ibid.) : Us 
le hactient, mats il ne les icouie pas, k Texclusion de celui qui n^coute pas 
son Pere celeste. 

La premiere defense du vol (§ 3) est expriotee en ces termes (Exode, XX, 
15) : tu nevoleras pas, et la seconde defense par les mots (Levit. XIX, 11) : 
tu ne voleraspas, vous ne vokrezpas 2 (superflus) ; ceci signifie qu'il ne faut 
voler ni pour contrarier (pour irriter le vole, en attendant la restitution), ni 
pour payer plus tard le double de la valeur du vol, ni mSme pour le rembour- 
ser au quadruple ou quintuple. Ben Bag- Bag dit 3 : tu ne dois pas reprendrc 
ton propre bien au voleur par derrtere lui (en cachette), de sorte que tu pa- 

1. Suivent 2 passages jusqu'i prfcs de la fin, traduits : 1° au tr. Pesafcim, VII, 
10 (t. V, p. 114) ; 2° au tr. Moed Qaton, II, 3 (t. VI, p. 318). 2. Torath Coha 
nim, section Qedoschim ; B., tr. Baba mecia', fol. 6l b , et ci-aprfcs, XI, 2 (fol. 30»). 
3. Tossefta au tr. Baba Qamma, ch. 10. 



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US 



og TRA1TE SANHEDRIX 

railrais un voleur, mais lui reclamer ouvertement, par justice. R. Aba ou R. 
Yohanan dit au nom de R. Oschia ; le Tils rebelle n'est coup able que s'il vole 
de l'argent pour acheter de la yiande; selon R. Zeira au nom de R. Oschia, ii 
n'est coupable qu'en gaspillant l'argent. Qu'en tend-on par la ? Ce n'est pas 
de donner au-dela du montant dA, corame p. ex. de dire « voici 5 pieces et 
donne-moi la valeur de 3 » ; ce serait de Tineptie ; proposer 3 pieces pour ce 
qui vaul 5 est assez frequent parmi les korames (c'est marchander) ; mais il 
s'agil de celui qui (profitant du bas prix) achete pour 5 pieces ce qui vaut au- 
tant, mais le gaspille parce qu il en a de trop. — Qu'appelle-t-on voleur et 
qu'appelle-t-on brigand? R. Ha repond : celui qui vole, flH-il apergu par des 
t&noins, est un voleur; celui qui enleve le bien en presence du maftre est un 
brigand. S'il en est ainsi, objecta R. Zeira, celui qui avait l'intention d'en- 
lever un objet de force, fut-ce en presence du maitre, et fa pris simplement, 
n'est pas un brigand. Qui appelle-t-on alors un brigand, selon l'avis de R. 
Zeira ? Celui qui aurait arrache un objet de force, en presence de dix person- 
nes, repond R. Samuel b. Sisarta au nom de R. Abahou *. La meilleure preu- 
ve a l'appui est dans ce verset (II Sam. XXIII, 21) : II ravit la lance aux 
mains de Vigyptien, et letuadesa lance. 

4. Si le pfere veut mettre un tel fils en accusation, et la mere s'y op- 
pose, ou vice-versa, le filsne pourra pas etre taxe de rebellion; il faut 
pour cela l'assentiment des 2 parents. Selon R. Juda, il ne sera pas non 
plus tax6 de rebellion s'il y a disproportion (d'aspect) entre la mere et 
le pfere. 

5. Si J'un des deux parents est manchot, ou bancal, ou muet, ou 
aveugle, ou sourd, il est absous, car il est dit (Deut. XXIII, 19) : son 
pere et sa mire le saisiront, ce qui est impossible k un manchot, et le fe- 
ront sortir, fait impossible k un bancal; et diront, fait impossible au 
muet ; voici noire fils, ce qu'un aveugle ne peut constater; il n'icoute pas 
notre voix, ce k quoi le sourd ne peut pas pr6tendre. 

5. lis Pavertissent d'abord devant 3 temoins, puis (en cas ^infrac- 
tion) lui infligent la peine des coups de lanifere. S'il a recommence son 
d61it, il sera juge par un tribunal de 23 membres ; seulement, pour lui 
faire subir la lapidation, le tribunal devra avoir en sa presence les 3 
premiers juges (qui l'ont d&jk condamn6), pour se conformer aux mots : 
Cehri-ci noire fils (ibid.), celui qui a dejk subi la peine de la flagellation 
est devant vous. 

R. Yohanan pour expliquer le motif de l'avis de R. Juda '§ 4) dit : le de- 
faut d'aptitude de la mere a 6tre digne d'epouser le pere (ou la question de 
disproportion) n'est pas absolue (il s'agit seulement, selon R. Juda, d'un point 
d'egalite au p£re). — Quant k la condition emise auparavant (que le fils devra 

1. B., tr. Baba Qamma, f. 79. 



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CHAPITRE VIII 29 

avoir vole aussi la mere pour Stre coupable), ne peut-on pas observer que ce 
qui est k la mere appartient en droit au p6re? (A quoi bon 6tablir la distinc- 
tion?) II peut s'agir du cas, repond R. YossS b.«R. Aboun, ou elle se trouvait 
pres des aliments, prSparant le repas, et le fils a vole de ceux-ci (c'6tait done 
du bien appartenant dSsormais a tous deux). 

^interpretation tirSe du verset precite (en vertu de laquelle les parents qui 
accusent leur fils doivent etre sans defaut, § 5), est applicable aussi aux juges 
(ils doivent Stre aussi sans defaut), car il est dit (Deuter. XXI, 2) : ils sorti- 
ront, k Texclusion du bancal ; et ils diront (ibid. 7), a Texception du muet ; 
nos mains rCont pas versi ce semg, a Texclusion du manchot; nos yeux n'ont 
pas vu % a l'exclusion de l'aveugle (en ces divers cas, le texte serait inapplica- 
ble). La Bible nous indique par la que les juges doivent Stre aussi complels 
de leurs membres que leur justice sera impartiale. R. Yohanan dit : si Tun 
des premiers juges meurt, le coupable ne sera plus lapide. Mais que nous ap- 
prend-il la ? N'est-il pas dit deja dans la Mischn§. que « pour Iui faire 
subir la lapidation, le tribunal devra avoir en sa presence les trois premiers 
juges » ? Non, dit R. Oschia, R. Yohanan nous enseigne un fait nouveau (en 
plus que la Mischna), a savoir de ne pas supposer qu'un second jugement 
(pour un second vol) sera egal au premier, et entrainera la peine de la lapida- 
tion ; e'est pourquoi il dit qu'a la mort de Tun d'eux, il faut tout recommen- 
cer. 

6. S'il a fui avant le prononcS du jugement, et dans l'intervalle de 
temps l'adolescence s'est achevee (productis inferioris barbae pilis), il 
sera acquittd ; mais s'il n'a fui qu'aprfes le prononce du jugement, puis 
l'adolescence s'est achevSe, il reste coupable. 

R. Oschia dit 1 : Zeira m'a raconle au nom des habitants de Jerusalem, 
que 3 sortes d'individus peuvent, s'ils le demandent, obtenir leur par- 
don; ce sont : la femme soup$onnee d'adultfere par le mari, le fils rebelle 
(que les parents peuvent excuser), et un vieillard opposS au tribunal 
(celui-ci peut le gracier de sa peine). Mais pour la femme soupf onnte, 
n'est-ce pas deji dit textuellement dans la Mischnft, que si le mari se 
refuse k la faire boire, elle est dispensSe de Fgpreuve? D'apr&s le texte 
de la Mischna, on pouvait croire que le mari a la faculty de renoncer 
k Tepreuve aussi longtemps que le rouleau sacre (6crit de la main du 
prttre k cet effet) n'est pas 6crit, non aprfes ; Zeira ajoute done que e'est 
loisible mfime aprfes. Toutefois, il ne faut pas que cet Scrit ait d6ji 6t6 
efface dans l'eaui boire, aprfes ce fait solennel (qui consiste 4 effacer 
le nom divin), le jugement suivra son cours. Pour le fils rebelle 6ga- 
lement, n'est-ce pas d6j& dit textuellement dans notre Mischna (§ 4), si 
< le pfere veut et la mere ne veut pas, ou si la m6re veutet le pfere ne 
1. V, J., tr. Sdta, IV, 3 (t. VII, p. 273). 



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36 TRA1TE SANHEDRIN 

veutpas, le filsne sera pas condamnd commc pervers »? D'apr£s ce 
texte, on pouvait croire que la renonciation est possible aussi long- 
temps que le proc&s n'a pas et6 instruit, mais non depuis le moment 
oulefils a 6t6amen6 devant la justice; Zeira nous apprend done que, 
malgre la presence de ce fils en justice, on peut y renoncer. Toutefois, 
ilnefaut pas que lejugement ait 6t& dej4 prononcS; apr&s quoi, il 
serai t trop tard. 

Enfin, quant au vieillard rebelle, le tribunal a la faculte de le grader 
de la peine eapitale, mais cela ne va pas jusqu'A pouvoir reint^grer un 
telindividudans son si6ge juridique. 

A mon arrivte auprfes de R. Juda b. BSthera k Necibine, les deux 
premiers points ont ete confirm^ selon mon avis, non le troisieme, 
relatif au vieillard opposant, afin de ne pas encourager les discussions 
en Israel. — Pourquoi, selon SchammaT, la femme soup^onnee dont le 
mari est mort reprend-elle son douaire sans boire Teau d'epreuve ? 
Elle argue que si le mari 6iait present, elle boirait; selon Hillel, au 
contraire, elle ne boira pas, mais ne recevra pas le douaire, le doute 
reslant en TStat '. 

7 (10). Le fils rebelle est ainsi jug6 en vue de son avenir. La loi dit : 
mieux vaut qu'il meure moins coupable que s'il avait comrais de plus 
grandes fautes, car la mort des pScheurs est un bien pour eux et pour 
le monde, tandis que celle des jusles est un malheur pour eux (pour les 
leurs) et pour le monde. Le vin et le sommeil des impies est une jouis- 
sance pour eux et pour le monde ; celui des justes est un mal pour eux 
et pour le monde. La dispersion des impies est agr^able 4 eux et au 
monde; celle des justes est f&cheuse pour eux et pour le monde. La 
reunion des impies est un mal pour eux et pour le monde; celle des 
justes est une satisfaction pour eux etpour le monde Le calme pour 
les impies est un malheur pour eux et pour le monde ; celui des justes 
est un bienfait pour eux et pour le monde. 

Dieu a pr6vu qu'un tel fils finirait par gaspiller les biens de son pere et de 
sa mere, et s'adonnant a ses mauvaises habitudes il s'installerait au carre- 
four des routes pour d<§pouiller les passants, ou les tuer en cas de resistance ; 
aussi la Loi dit : mieux vaut qu'il meure 6tant encore innocent qu'apres avoir 
commisdes crimes, « car la mort des pe"cheurs est un bien pour eux et pour 
lo monde, tandis que celle des justes est un malheur pour eux et pour le 
monde. Le vin et le sommeil des impies est une jouissance pour eux et pour 
le monde ; celui des justes est un mal pour eux et pour le monde. » R. Aba- 
hou ajoute qu'il en est ainsi si la grande quantite prise de pain suscite le 

1. Suit un passage traduit au tr. Kethouboth, IX, 7 (8) (t. VIII, p. 122). 



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CHAPITRE VIH 31 

sommeil, cependant, dit R. Jonatan, en prendre un peu et dormir est bon ; 
il en r&ulte le calme d'esprit nScessaire aux etudes. 

8 (6). Le voleur qui s'introduit par effraction merite d'6lre tu6 
(Exode, XXII, 1, 2), non pas poiuviiuuriroe, qu'il acommis, mais pour 
prSvenir la fiu (de tuer le proprietaire). Si ce voleur a cause des dom- 
mages en brisant quelque cHose, il doitle payer s'il se trouve dans des 
circonstances a nepas raeritcr lamort. Mais s'il mirite la mort, il ne | 
doit plus payer dommage *. \ 

On a enseign6 que R. Ismael dit : Voici Tun des trois versets du Pentateu- \ 
que, qui sont6nonc6s au Ggur6. 1° 11 est dit (Exode, XXI, 19) : silt blessi 
se reUve et qu'il puisse sortir appuy6 sur un bdton, Vauteur de la blessure \ 
sera absous 2 . 2° II est dit (ibid. XXII, 3) : Si le voleur est Ifouvt dans une 
cachette, si le soleil a brille sur lui (gclaire son delit), son sang sera vengi. 
Or, ce n'est pas pour lui seul que le soleil brille, mais on entend par \k : comme r ^ 
l'eclat du soleil a cela de special qu'il est le symbole 3'une paix tienfaisante 
pour tous tes habitants de la terre ; dem£me, pourle voleur frapp6, lorsqu'ii 
est evident (clair comme le soleil) que celui-ci n'en voulait pas k la vie du vote 
lequel Pa tu£, le meurtrier sera coupable. 

Tantdt le voleur qui arrive en cachette veut seulement voler ; lantdt il se 
propose mfime de tuer. On peut Stablir un double doute et dire que peut-£tre il 
avoulu voler certainement, en recourant au besoin au meurtre, ou peut-Stre 
mdme le vol 6taitdouteux et s'en abstiendrail-il k la Gn. 

Or, tu dis que si le voleur etait decide avec certitude k voler et que lo pro- 
prietaire le tue, ce dernier est passible de la peine capitate ; k plus forte rai- 
son cette penalite est applicable k celui qui vole avec doute. Ceci prouve un 
grand souci de la vie d'autrui, etl'on raisonnera ainsi : si pour le culte idolft- 
tre, qui comporte cette gravity particultere de rendre impur le pays oil il se 
produit, d'etre une profanation du nom divin, on repousse le doute (et Ton 
suppose qu'il y a certitude d'au moins un crime sur deux, le vol ou le meur- 
tre) ; a plus forte raison, le souci de la vie est au-dessus du doute seul (le vol, 
sans intention de tuer, ne suffit pas pour justiGer le meurtre, acte cou- 
pable). 

11 est ecrit (ibid) : Si le voleur est trouvS dans une cachette et qu-i I soit 
frappi, puis meurt, le meurtrier n'est pas responsable. R. Hiya enseigne : 
il r6sulte de ces mots que le proprietaire qui tue le voleur « dans une cachette, 
n'est pas responsable ; » mais il le serait pour avoir frappg le voleur hors 
<Tune cachette ; selon R. Simon b. Yohai" au contraire, mSme pour avoir 
frappS le voleur hors d'une cachette, le proprietaire n'est pas coupable, car 
rhomme aime autant Pargent que la vie, el le voleur en voyant le proprie- 

1. Selon le principe : Non bis in idem. 2. Voir J., au tr. Kethoubotb, 1V> 
4 (t. VIII, p. 52-53), od Pexplication ex£g6tique de ce verset est donn£e. Cf- 
Mekhilta, section Mischpatim, ou Exode, ibid. 



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32 TRAITfe SANHtoRIN 

taire arriver sur lui pour reprendre son bien, est capable de se relourner 
contre ce dernier et de le tuer (c'est done un cas de legitime defense). De 
meme, dit R. Houna, si le voleur, apres avoir pris le sac d'argent et s'6tre 
tourn6 pour sorlir, est parti, puis le proprietaire tombe sur lui et le 
tue, ce dernier n'est pas coupable ; R. Houna base son avis sur ce qu'il est 
dit (Deuteron. XXI, 6) ; dans V effervescence de son cceur (elle pourrait susci- 
ter un retour offensif du voleur sorlant, et le proprietaire qui Pa tue elait en 
cas de legitime defense). Rab dit : toute personne que je surprends en ca- 
chette chez moi, je la tue, sauf Hanania b. Schila, car je sais qu'il vient seu- 
lement pour avoir une part de mon repas. R. Isaac dit : des que de gaiete de 
coeur Hanania b. Schila s f applique a agir ainsi, c'est unacte indigne de 
lui. 

9 (7). Voici les personnes que Ton peut empfoher de commettre un 
crime mftme en les tuant : celui qui poursuit son prochain pour le tuer, 
celui qui veut violer un homme ou une fiancee nubile. Pour tous les 
autres crimes, p. ex. depoursuivre un animal (ad ineundum),ou depro- 
faner le Sabbat, meme pour le culte que le coupable veut rendre aux 
divinit&spai'ennes, on ne peut pas tuer celui qui veut les commettre, 
pour Tempftcher de le faire. 

Celui qui poursuit son prochain pour le tuer, soit a la maison, soit aux 
champs, pourra 6tre emp£ch6 de ce crime, dfit-on le tuer. L'on agira ainsi, 
soit a regard de celui qui poursuit son prochain pour le tuer, soit contre celui 
qui voudrail commettre un autre crime (de relation interdite) prevu par la loi 
biblique, mais non s'il s'agit d'un grand-pretre qui voudrait epouser une 
veuve (c'est interdit), ou d'un simple cohen qui voudrait epouser une femme 
repudtee ou celle qui a d^chausse son beau-fr&re pour se soustraire au levi- 
rat, ou une b&tarde, ou une fille des descendants des tribus soumises voulanl 
Epouser un simple Israelite, oua l'inverse, si un descendant des tribus sou- 
mises ouun b&tard veut epouser une fille de simple Israelite. Une fois Facte 
criminel accompli, il n'est plus permis de tuer l'homme (il apparlient a la jus- 
tice). S'il y a des moyens dirimants autres que la mort ! , il n'est pas permis 
de tuer. Selon R. Juda, si la femme (qui est en butte au projet de relation il- 
licite) dit de laisser celui qui la poursuit, on n'ira pas jusqu'd. Ie tuer, de 
crainte qu'en cas de voie de fait le criminel ne prenne les devants et la tue de 
suite. 11 est Evident qu'un assassin (d6j& passible de la peine capitale) devra 
payer les vases qu'il aura brises apres son crime, ou le dommage commis ; 
mais quelle est la regie pour ce qu'il deteriore en poursuivant la victime ? R. 
Zeira et R. Oschia different d'avis a ce sujet : le premier le rend responsable; 
le second le dispense. Sile pers6cuteur de son prochain pour letuer est a son 
tour poursuivi (le premier reprenant le dessus et le menajant de mort), faut- 

1. P. ex. en meltant un membre dans rimpossibilite d*agir. 



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CHAPITRE IX 33 

il sauver le premier, qui est en danger if aux depens du poursuivi, mime en 
letuani ? (question non risolue). Si le plus grand desdeux, depersecuteurde- 
vient poursuivi, devenant inferieur en force au petit, faut-ille sauver au de- 
triment du petit en tuant ce dernier ? Mais, objecta R. Jirimie, n'a-t-on pas 
enseigni 2 : Si la tile et la majeure partie du corps sont sorties (du sein de 
la mire), on n'y touchera plus 3 , car on ne risque pas une vie (de la mire) 
pour une autre (de Tenfant) ? (N'en risulte-t-il pas la regie de ne pas sauver 
le plus grand au detriment du petit ?) La c'est different, ripond R. Yossi b. 
R. Aboun au nom de R. Hisda, on ne sait lequel des deux suscite la mort k 
r autre (done on n'y touchera pas 4 ). On a enseigni que R. Eleazar b. R. Simon 
dit : on empichera un israelite de devenir idol&tre, ddt-on le tuer ; car si 
cette rigle existe lorsqu'il s'agit de Texistence humaine, a plus forte raison 
eat-elle applicable 4 Thonneur de reconnaftre le vivant eternel. 



CHAPITRE IX 

1. Voiciceux qui sont condamnisi itre brftlis: celui qui cohabite 
avec une femme et sa fille, ou la fille d'un Cohen, mariie ou fiancee, 
qui commet un adultire ; dans la rigle relative au commerce avec la 
mirede son ipouse et celle-ci, on comprend l'union avec sa fille, avec 
la fille de sa fille, avec la fille de son fils, avec la fille de son epouse, 
avec la fille de la fille ou du fils de son ipouse ; enfin celui qui le corn- 
met, soitavec sa belle-mire, so it avec la mire de sa belle-mire, ou 
avec la mire de son beau-pire 5 . 

2. Voici ceux qui sont condamnis k la decapitation: l'assassin et les 
habitants dela ville coupables de paganisme (Deutiron. XIII, 16). Un 
individu qui a assassini quelqu'un avec une pierre ou avec un instru- 
ment de fer, ou qui l'a tue en le maintenant dans l'eau ou dans le feu 
de maniire k ce qu'il ne put pas en sortir, est condamni k mort ; 
raais si en le poussant dans l'eau ou dans le feu, l'autre pouvait en 
sortir, bien qu'il soit mort, le coupable n'est pas condamni k mort. S'il 
a excite un chien ou un serpent contre quelqu'un, il n'est pas con- 
damni 4 mort. Si en tenant le serpent, il lui a fait mordre quelqu'un, 
R. Judaditque l'auteur de ce fait est condamni k mort; mais les 
autres docteurs ne le condamnent pas. 

1. V, J., tr. Schabbath, XIV, 4, et tr. Aboda Zara, II, 9. 2. Mischna, tr. 
Oholoth, VII, 6. 3. Pour le couper et sauver la mire. 4. La question du 
grand poursuivi par le petit subsists 5. Toute la Guemara sur ce § est tra- 
duite au tr. Yebhamoth, XI, 1 (t. VII, p. 154). 

T. xi 3 



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34 TRAIT* SANHftDRIN 

II est6crit (Nombres, XXXV, 17,18): « Si s'armant d'une pierre avec 
laquelle on peut tuer, il a frappe quelqu'un qui en est mort, celui quia frap- 
pe devra p6rir ; c'est un assassin passible de la morl. Si, arm6 d'uo objel en 
bois avec lequel on peut tuer il l'a frappe, c'est un assassin qui devra perir. > 
Pour ces deux objets, il y a l'expression « avec quoi on peul tuer » (c'est la 
mesure entrainant la culpabilile) ; tandis que pour le fer aucun de ces mots 
(ni cette mesure) n'est employ^, vu que m6me une petite aiguille sufflt pour 
tuer, car elle peut se fixer dans le larynx et tuer 1'homme '. II faut done 
que la pierre ou le bois soient assez gros pour qu'un coup donn6 avec eux 
entraine la mort. On condamne aussi 1'homme qui a place son prochain juste 
en face du cheval (qui en le pietinantl'a tu6), ou en face de la fltehe partie, 
ou en face d'un javelot lance, ou s'il a maintenu son prochain dans un froid 
tel que mort s'en est suivie, ou s'il l'a forc6 de boire de mauvaises eaux, 
ou s'il a fait ecouler sur lui la gouttiere dont la masse d'eau de pluie l'a 
suffoqu6, ou s'il a ouvert sur lui un canal et l'arrivee subite de l'eau l'a 
noye (en tous ces cas, Tassassin a caus6 la mort de cet homme, et il est con- 
damnable). 

Pourquoi, selon R. Juda, 1'homme qui fait mordre autrui par un serpent 
est-il coupable comme un assassin ? II est cause du poison depos6 dans le trou 
produit par la morsure du serpent. Les autres docteurs n'admettent pas 
cette culpability car selon eux le venin ne devient mortel, en passant par les 
trous des morsures, qu'aprSs 6tre rejet6 par le corps mordu (c'est done un 
mal indirect). 

3. Un individu a donn6 des coups & un autre, et Ton a jug6 ces coups 
mortels ; puis la victime allant mieux, on a juge qu'elle allait guerir ; 
enfin son 6tat s'est aggravS, et la victime est morte ; dans ce cas, le cou- 
pable est condamnG & mort. R. Nehemiah dit qu'il est acquits, carTam6- 
lioration que la victime avait 6prouv6e prouve qu'elle n'est pas morte 
des coups 2 . 

R. Isaac demanda : comment se peut-il que lorsqu'on a juge la victime de- 
voir vivre, et qu'ensuite elle meurt, l'auteur des coups soit condamne & 
payer ? N'est- ii pas dans la nature finale des vivants de mourir (et qu'im- 
porte la supposition erronee que la victime survivrait) ? Comme a la pre- 
miere supposition l'auteur des coups devait payer, en vertu du verset (Exode, 
XXI, 19) // donnera settlement le montant du ch&mage et les frais de g%*6- 
rison, il reste devoir cette somme aux h6ritiers (m6me k la morl de la vic- 
time). De mfrne a l'inverse, demanda R. Isaac, en cas de supposition que la 
victime mourrait, et qu'elle a ensuite survecu, pourquoi l'auteur des coups lui 
paye-t-il les frais divers ? Est-il habituel qu'un mort vive (et des que la vic- 

1. Siflri, section Masse, ch. 160. 2. Litt6ralement : le fait r£el (de la sur- 
vivance) est sur pieds. La Guemara de ce §, sauf la phrase suivante, est traduite 
au tr. Nazir, IX, 5 fin (t. IX, p. 190). 



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CHAPITRE IX 35 

time etait suppose devoir mourir, l'agresseur devrait 6tre dispense de 
payer) ? Ea vertu du verset precite, fut-il repondu, l'agresseur resle sourais 
a l'obligalion de payer pour le chomage et la gu6rison. 

4. Si un individu a voulu tuer un animal et qu'il ait tu6 un homme, il 
n'est pas condamne k mort. S'il a voulu frapper un paien, non un Israe- 
lite, ou un avorton, non un fetre nd viable, ou s'il a voulu frapper un 
bomme dans une partie oii le coup n'aurait pas 6t6 mortel, mais que le 
coup ait porte au cceur, oil il etait mortel, le coupable n'est pas con- 
damne k mort ; s'il a eu Tintention de frapper au coeur, ou le coup au- 
rait 6t6 mortel, mais le coup a porle sur un endroit ou le coup n'a pas 
6te mortel, quoique la victime soit morte, le coupable n'est pas condam- 
ne A mort. S'il a voulu frapper une grande personne que le coup n'aurait 
pas tu6e, mais le coup a porte sur un enfant pour lequel il etait mortel, 
le coupable n'est pas condamne k mort. S'il a voulu frapper un enfant 
que le coup aurait tu6, mais, lecoup a porte sur une grande personne 
pour laquelle il n'etait pas mortel, quoique la grande personne soit morte, 
le coupable n'est pas condamne k mort. Mais s'il a voulu frapper sur une 
partie du corps ou le coup aurait 6t6 mortel, et le coup a porte au coeur 
ou le coup etait ggalement mortel, le coupable est condamne k mort. 
De mfeme, s'il a voulu frapper une grande personne pour laquelle le coup 
aurait &i& mortel, et si le coup aport6sur un enfant qui en est mort, 
le coupable est condamne k mort. R. Simon dit : si quelqu'un a voulu 
tuer un individu et a atteint un autre, il n'est pas condamne k mort. 

Hiskia demanda : celui qui a jete une pierre assez grosse pour tuer et a 
non seulement tu6, mais brise des vases d'un tiers, est-il dispense du paie- 
ment en raison de la deduction biblique de ne pas encourir double peine, ou 
est-il tenu de payer, le dommage etant dft a un autre ? Et meme 1 , demanda 
Hiskia, si celui qui a jete la pierre trop petite pour tuer se trouve avoir tue 
Tun et brise les objets d'un autre, est-ce qu'en raison du manque d'intention 
de tuer (la pierre etant petite) etde la dispense de la peine capilale, le paie- 
ment est dft ou non (par suite de Paccident mortel)? R. Simon (de notre 
Mischn&) a professe selonl'avis de l'ecole de Rabbi 2 : « Si quelqu'un a voulu 
tuer un individu et a atteint un autre, il n'est pas condamn6 a mort .» Or, cet 
avis est conforme k celui de R. Nathan, au nom duquel on a enseigne : Si se 
trouvant aupres d'une compagnie de gens il leur dit qu'il avait eu l'intention 
de tuer Tun d'eux (sans designation), cela Squivaut en iait a l'intention de 
vouloir tuer un tel et d'atteindre un autre, de sorte que le meurtrier sera ab- 

1. Admettant qu'au premier cas, de peine capitale d'une part, et d'argent dfl 
d'autre part, il y ait dispense de cette seconde peine. 2. V. J., tr. Baba 
Qamma* IV, 5. 



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36 TRA1TE SANH^DRIN 

sous (et, k plus forte raison lorsqu'il dit avoir vis6 un lei, nominativement, et 

avoir atteint tel autre). 

5. Si un assassin est confondu avec d'autres personnes, on les acquit- 
te tous ; selon R. Juda, on les met en prison. Si divers condamn6s, cha- 
cuni un autre genre de mort, sont confondus entre eux, on leur ap 
plique le genre de mort le moins douloureux. Si un condamnS k fitre lapi- 
d6 est confondu avec un condaranS k Sire brftte, R. Simon dit qu'ils sont 
lapides tous les deux, car c'cst le genre de mort le moins douloureux des 
deux ; les autres docteurs disent qu'ils seront briites, car au contraire, la 
mort par brulure est moins grave que celle par lapidation. R. Simon 
ditalors aux autres docteurs: Si la mort par brulure n'6tait pas la plus 
grave, la Bible ne l'aurait pas prescrite pour une femme marine, fiUe 
d'un cohen, qui commet un adultfere. Mais les autres docteurs lui r£- 
pondirent : Si la mort par la lapidation n'elait pas la plus grave, la Bible 
ne l'aurait pas prescrite pour celui qui rend un culte aux divinitgs 
paiennes. Si un condamn6 4 la decapitation est confondu avec un con- 
damne k la strangulation, R. Simon dit qu'ils auront tous les deux lecou 
coupe; les autres docteurs disent qu'on les Strangle (car l'&ranglement 
est moins p6nible que l'autre genre de mort). 

R. Yohanan dit que notre Mischnft parle d'un assassin qui se trouve ro616 
k d'honnetes gens (voila pourquoi tous sont dispenses de la peine). Selon R. Si- 
mon b. Lakisch, il s'agit d'un assassin dont lejugement n'estpasprononc6,qui 
se trouve m616 parmi ceux qui sont entierement juges (et comme la procedure 
exige que l'accuse soit present au prononce, detail irrealisable en ce cas, tous 
seront dispenses). De m£me, dit Samuel, notre Mischnfc suppose p. ex. le cas 
d'un boeuf condamne a la lapidation, qui se trouve m616 k d'autres avant le 
prononc^ du jugement (et il y a dispense pour la m£me cause que Fassassin 
perdu de vue). Mais alors comment appliquer k ce cas l'avis 6nonce par R. 
Juda, « de les r6unir tous dans une voftte » (on ne s'explique pas l'opposition 
faite par R. Juda, et en tous cas le rSsultat final est de tuer tous ces bceufs). 
Pour la gradation des p£nalit£s (enonc6e dans notre Mischn&), R. Simon dit 1 
que la peine du feu est plus grave que celle de la lapidation ; selon les autres 
docteurs, la lapidation est plus grave que la peine de feu. R. Simon dit que 
la strangulation est pire que la decapitation ; selon les autres docteurs, la de- 
capitation est pire que la strangulation. 

6. Si un individu a commis deux crimes, dont chacun est puni d'un 
genre de mort different, on lui applique celui qui est le plus grave des 
deux. S'il a commis une action qui m&rite doublement la mort a , on ap- 

1. Voir ci-dessus, Vll, 1, et ci-apr&s, X, 7 fin. 2. P. ex. l'adultdre avec sa 
belle-mere mariee entraine la condamnation : 1° & 6tre brA16 pour adultere avec 
cette personne, 2° & 6tre 6trangl6 pour adultere avec une femme mariee. 



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CHAP1TRE IX 37 

plique au coupable le genre de mort le plus grave des deux. R. Yoss6 
dit que si Taction est criminelle par deux causes, il faut savoir quelle 
cause est la plus anciennei. 

Si apres avoir subi la peine des coups 2 fois pour infraction d'une d6fense, 
quelqu'un la transgresse uue 3 e fois, le tribunal Tincarcerera dans un eachot 
voute, et la, apres lui avoir donne fort peu a manger et k boire (de fagon k 
contractor les intestins) on lui fera manger de Torge, jusqu'i ce que les intes- 
iins Sclatent. S*il est certain que quelqu'un a assassin^, sans qu'il y ait attes- 
tation conforme, on placera le coupable dans un eachot vou!6 ; on le fera d'a- 
bord manger et boire fort peu, puis on le gavera d'orge, de fa;on k provoquer 
one mort indirecte. 

LA-bas (k Baby lone), on a enseignS l'explication de ce qu'enseigne ici 
R. Yosse.« Si Taction est criminelle par deux causes, on sera jug6 d'aprds celle 
qui est la premiere en date. » Ainsi, p. ex. si la belle-m&re avec laquelle on 
a eu des relations illicites s'est remartee apres le mariage de sa fille, ce crime 
entralne la condamnation k Stre brulS ; si elle etait marine avant le mariage 
de sa fille (avant que le coupable soit son gendre), le crime est passible de 
la strangulation. Quelqu'un a des relations illicites avec sa belle-mSre, et il so 
trouve qu'elle eat en m£me temps sa bru. Comment est-ce possible ? A Spouse 
une femme, et le fils d'A epouse la mfere de celle-ci, ou bien il Spouse une 
femme et la fille du frere de la femme (soit la petite-fille de sa belle-mere) et 
la fille de la sceur de celle-ci ; par consequent, en ayant une relation avec la 
grand'mere de ces deux dernteres, il est coupable k la fois du crime de rela- 
tion avec sa belle-mere, et avec la m6re de sa belle-m6re et avec la m6re de 
son beau-pere. Or, si en cas de relation illicite avec la belle- mere, celle-ci se 
trouve en m6mc temps $tre sa bru, qu'en dit R. YossS? Et s f il est vrai que se- 
lonlui, on ne joint pas a ce crime celui de Tadultere, tient-il compte du crime 
d'6tre sa bru, dont la pgnalitg, plus grave, est celle de la lapidation? De 
m£me, que dit R. Yoss6 si les deux causes d'interdit (d'etre sa bru et marine) 
8ont simultanies? II fut repondu que des questions semblables k celle-ci ont 
Ate posees k R. Ismael, au nom de qui Ton a enseignS: Si une femme est de- 
venue veuve, puis remariee a et6repudiee, et a 6t6profan6e,et elle s'est pros- 
tituee, enfin le grand pretre a cohabits avec elle, il est 4 fois coupable (pour 
les 4 faits survenus successivement a cette femme) ; mais si Tordre difftre, et 
que la femme se soit d'abord prostitute, avant la survenance des autres 
faits qui la rendent interdite k cet homme, il n'est qu'une fois coupable pour 
son commerce avec elle*. Si elle estdevenue en m£me temps veuve et femme 

1. P. ex. si la femme Stait la belle-m&re du coupable avant d'etre marine, on 
le punit du genre de mort present pour adultere avec la belle-mere; si elle Stait 
marine avant d'etre sa belle-mfcre, on le condamne pour adultere avec une femme 
marine. 2. Lorsqu'il n'y a pas d'aug mentation d'interdits graduSs, ils ne 
s'ajoutent pas Tun a l'autre ; or la question est de savoir si en cas ^augmenta- 
tion settlement il y a distinction dans la serie d'interdits, ou non. 



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38 TRAITE SANHEDR1N 

rcpudiee (si les deux causes d'interdit* sont simultanees), qu'en dit R. Ismael 
et est-il d'avis que si le second crime est plus grave que le premier, Us comp- 
tent tous deux en cas dejonction, ou non, ainsi qu'en cas de deux interdits 
reunis? (Questions diverses non resolues). — Un « assassin sans t&noins » 
dont parle la Mischnfc est celui, dit Rab, qui a &e vu par des temoins places 
chacun dans un coin (attestations isolees, n'entrafnant pas de peine capitale) ; 
selon R. Yosse b. R. Hanina, il s'agit du cas ou le meurtrier n'a pu 6tre averli 
de la gravite du crime (faute de lemps ou de proximite). 

7 (11). Quiconque enteve la couverture (qui sert k couvrir les vases sa- 
cr&), ou blaspheme Dieu par des sacrileges, ou cohabite avecune femme 
aramSenne, est frapp6 par les z61ateurs2. Le cohen qui fonctionne au 
Temple k l'&at impur ne sera pas traduit devant le tribunal par ses 
freres (6gaux) ; mais les adolescents du sacerdoce (apprentis) le feront 
sortir de Penceinte sacreeet lui briseront le cr&ne k coup debuche. Un 
Stranger 4 la race sacerdotale qui aura servi au Temple sera passible 
de la strangulation, selon R. Akiba; d'aprfes les autres docteurs, il 
sera puni de la mort par voie celeste (non par les hommes). 

Le mot mop signifie caisse (Ziavrfi). Selon R. Juda, c'est le nom d'un vase 
sacre usile au Temple, comme il est dit (Nombres, IV, 7) : les montants qui 
garnissent la table. « Celui qui blaspheme Dieu par des sacrileges », comme 
font les Nabateens 3 qui maudissent le Createur et ils estropient ce nom de n:lp 
ton possesseur ou formateur en celui de •pup ou "|Yi2p (qui n'a pas de sens). 
« Celui qui epouse une Arameenne. » R. Ismael a enseignS * : Tinterdit du 
Molokh s'applique a celui qui epouse une pai'enne ; et s'il a des flls d'elle, il 
eleve autant d'ennemis de Dieu (opposes au judai'sme). 

11 est ecrit (ibid. XXV, 7) : Pinhas fils d'Eleazar fils d'Aron le Poitiifevit, 
etc. ; or, il a vu 5 1'acte (copulationem), et il s'est souvenu de la doctrine 
mischinique, disant: « celui qui cohabite avec une Arameenne sera frapp e 
paries z&ateurs, » ce qu'il ex^cuta. Toutefois, fut-ildit, Facte de frapper est 
la conduile des zelateurs, car les sages consultes ne l'enscignent pas. Mais 
peut-on dire de Pinhas qu'il ait agi contrairement a Tordre des docteurs ? 
/PTa-t-il pas au contraire consulte Moise?) En effet, dit R. Juda b. Pazi, on 
voulut placer Pinhas a l'ecart (pour avoir agi comme il l'a fait) ; seulement, 



1. Si elle a conclu p. ex. un mariage douteux avec A et un mariage valablo 
avec B, elle devra 6tre r6pudi6e par suite du premier, ce qui valide Tunion avec 
le second mari,et il arrive que ce dernier meure aussitAt. V. B., tr. Qiddouschin, 
fol. 77. 2. Le dernier p£ch6 est celui de Zimri, veng6 par Phineas, dit 
M. Dcrenbourg, ibid., p. 238, n. 3 : il n'est cntre dans la loi de Moise que par 
une fausse interpretation (M. Meghilla, III, 9). M. J. L6vy, s. v., a pour mop, 
Schale (enveloppe). 3. V. J., tr. Baba bathra, VIII, 7 (8). 4. J., tr. Jfc- 
ghilla, IV, 11 fin (t. VI,p. 254). 5. V. Midrasch Rabba sur Nombres, ch. XX. 



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CHAPITRE X 39 

il fat constate que Pinhas avail agi par inspiration de FEsprit-Saint, comme 
il est dit (ibid. 13) : le pacts d'un sacerdoce tiernel luisera assurt, & lui et 
& sa posterity aprds lui, en recompense de sa belle action qui a valu le par- 
don & Israel. Pourquoi R. Akiba punit-il de ia strangulation l'etranger qui a 
fonctionne au Temple ? Comme il est dit d'une part (pour le faux prophete 
Deuter. XIII, 6) : il mourra^ terme usitiaussi pour Yitranger qui s'approche 
(Nombres, XVIII, 7) ; d'apres lui, il est logique de conclure de cette analogie 
des termes a r analogie de penality (sans la comparer a une autre peine). Les 
autres sages au contraire disent que la peine de mort suivra par voie celeste, 
car il est dit d'une part (ibid.)— Ildevra mowrir, et d'autre part (ibid.) XVIII 
28) : tout homme qui approchera de la residence de Vfiternel mourra ; 
mieux vaut, seloo eux, etablir une correlation entre deux textes traitant des 
simples Israelites, qu'entre un texte relatif au prophete et un autre concer- 
nant le simple isra61ite. 



CHAPITRE X ( BJ> KU 
1. Tous les Israelites ont part 4 la vie future, geifon cesmots(Isaie, LX 



21) : ceux de ton peuple soul tous jus les, ils^possbderonl la terre pour 
V fremiti, un rejeton de ma plantation y une ceuvre de mes mains, pour 
elre glorifie. Voici ceux qui n'ont pas de part 4 la vie future ; celui qui 
pretend que la resurrection des morts n'est pas6nonc6e dans la Bible 1 , 
ou que la loi n'emane pas du ciel, ou Tepicurien (Epicureus). R. Akiba y 
comprend aussi celui qui s'adonne 4 la lecture des livres exterieurs (ou 
h6retiques), ou celui qui, 4 la vue d'une plaie, dit 4 voix basse (pour 
exorciser) les mots (Exode, XV, 26) : je ne Cimposerai aucune des mala- 
dies suggerees a Vfigypte, car je suis I'Eternel qui te guirit. Abba Saul 
y englobe celui qui enonce le nom divin par ses quatre lettres (le tetra- 
gramme dit comme il est ecrit). 

2 . II est ecrit (Nombres, XV, 31) : Car il a meprisi la pcvrole de I'MterneU 
Par ce texte, on sait quelle est la p6nalit6 en cas de m6pris (de negligence) des 
paroles de la loi ; d'ou sait-on quelle est cette peine si Ton a seulement nie la 
valeur d'un verset du texte, ou de la traduction, ou d'une deduction a fortio- 
ri ? C est pourquoi il est ecrit (ibid.) : il a ddtruit sesprtceptes. Comme exem- 
ple d'un verset (memo insignifiant), voici celui-ci (Genese, XXXVI, 22) : la 
smwrde Lotan fut Timnd. Comme texte chald6en, voici parexempleles mots 
(ibid. XXXI, 47) : Laban le nomma le monceaudu temoignage; enfin, com- 

i. V. Tanfcouma, section WaBra. 2. En tete se trouvent 2 longs passages 
deji traduits, le 1- tr. Pla, I, 1 fin (t. II, p. 21), le 2« tr. Ydma, VIII, 8 (t. V, p. 
256). 




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40 TRAITE SANHEDRIN 

me exemple pour lequel la bible emploie le raisonnement a fortiori, on peut 
citer ce passage (idid. IV, 34) : Car Cain sera vengi sept fois. On pout en- 
tendre aussi d'une autre fagon le verset pr£cit£, « il a m6pris6 la parole de 
l'fiternel ». et dire qu'il s'agit de celui qui rappelle les paroles de la Loi dans 
un eodroit malpropre. Ainsi, R. Ila et ses compagnons etaient assis le soir 
devant l'auberge (ou les ordures sont deposes), et Tun d'eux proposa un 
8ujet d'etude biblique. D'autres s'y opposerent, en disant : si c'6tait le jour 
nous verrions que nous avons des immondices sous les yeux ; done, main- 
tenant aussi (sans les voir), une telle 6tude est interdite. 

Bar-Qappara dit i : Ahaz et tous les rois impies d'Isrm£l n'ont pas de part 
au monde futur, comme il est dit (Os6e, VII, 7) : tous leurs rois sont tombis; 
nul cTentre eux ne m'invoque {m&me au deladu tombeau). Mais, fut-ilobjecte> 
Ahaz ne compte-t-il pas dans la serie, fa*Te(a,des Rois (justes) ? N'est-il pas 
dit (Isaie, 1, 1) : Au temps d'0zias % de Jotham, d y A haz, d\Ez ichias, rois de 
Juda ? On lui sait gre, rcpondit-il, d'avoir montre de la hontelle"son impiete. 
On en a la preuve, dit R. Aha au nom de R. £l6azar, ou R. Yosse au nom 
de R. Josue B. L6vi, en voyant qu'a l'arrivee du prophete Isaie pour le mo- 
rigener, ce roi s'enfuit dans un endroit impur pour se soustraire en une telle 
place aux reproches qu'il senlait lire meritoires, supposant avec raison que 
la Providence ne reside pas dans une place impure. C'est pourquoi il est 6crit 
(ibid. VII, 3) : USttrnd dit & Isaie : va done vers A has, et Schear Yaschoub 
ton fits ira vers Vextrimili du conduit de la haute piscine, au chemin du 
champ du foulon, did ; or, ce dernier mot, au lieu d'avoir le sens de foulon 
peut aussi avoir le sens de « se couvrir le visage », comme fait celui qui s'en- 
fuit (par honte). Ceci signifie qu a l'arriv6e du prophete le roi s'enfuit dans 
un endroit impur pour se cacher l&. Selon R. Juda, Ahaz compte parmi les 
rois justes, parce qu'il a souffert de la perte de son fils a!n6, comme il est 
dit (II Chron, XXVIII, 7) : Zxkhri hirosd'Ephraim, tua Maasiahou fils du 
roi. Selon R. Oschia le grand, ce roi est compt6 comme juste, i cause de son 
pere Jolham qui fut juste. Mais Maoass6 n'avait-il pas un pere juste ? Oui, 
son pere (Jotham) fut juste; mais le fils de Manasse fut egalement impie, 
landis que Ton compte comme juste fizechias, dont le pere etle fils a furent 
•des impies. Ainsi, d'fizechias il est dit (Isaie, XXXVIII, 17) : Voici, une 
grande amertume m^dtt'swvenuedans ma prospSriti ; e'est-a-dire, je suis 
chagrine de celui qui me pr6c&de, savoir Ahaz, et de celui qui me suit, ou 
Manasse. Pour Ahaz au contraire, le pere etait un juste, etson fils aussi, 
ainsi qu'il est 6crit (Proverbes, Xl,21) : Demain en main, le michantnede- 
meurera pasimpuni; mais la race des justes sera dilivrie; or, il u'est pas 
dit la « du juste », mais « des justes », pour indiquer que la race fun fils) qui 
se trouve entre deux justes (le pere et le fils) sera d6livr6 du ch&timent. Voici 
une autre explication du meme verset « de main en main, le mechant ne 
demeurera pas impuni, mais la race des justes sera delivrfo » : selon R. 
1. V. Rabba sur LSvitique, ch. 36. 2. Jotham et Ez&hias. 



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CHAPITRE X 41 

Pinhas, il s'agit Ik de celui qui ayant fait du bien voudrait aussitAt £tre re- 
compense. 11 aemble, dit R. Simon, qu'un tel homme veaille dire : void le 
sac, le seld de paiement, et la mesure saa, pour me mesurer sur le champ. 
Ce qui prouve qu'il en est ainsi, c'est que si les patriarches avaient voulu le 
salaire pour leurs bonnes actions accomplies en ce monde, ils n'auraient plus 
Iaiss6 de m6rite it leurs descendants apris eux ; or, Moise dit a Israel (L6vi- 
tique, XXVI, 42) : Je me suis souvenu de mon alliance avec Jacob, etc. 
(l'alliance rappelee consiste dans l'abnigation des patriarches). 

Jusqu'a quand l'effet de cette vertu se fait-il sentir ? Selon R. Tanhouma au 
nom de R. Hiya, ou Rabba b. Nahman au nom de R. Berakhia, ou R. Hel- 
boaunom de R. Aba b. Zabda, TelTet s'est fait valoir jusqu'au roi Johaz, dont 
il est dit (II Rois, XIII, 23) : Dieu les prit en affection et eut pitii cTeux. . . 
jusqualors ; jusqu ace moment, le merite des patriarches fut effectif. Selon 
Samuel, ceteffet fut bienfaisant jusqu'a Osee, car il est dit (Osee, II, 12) : 
Maiatenant je revilerai sa laideur aux yeux de ses amants, et nul homme 
nepourra plus la dilivrer de mes mains (la vertu des patriarches **n*rara 
plus d'effet en sa favour). 

Or. par homme on entend, soit Abraham, dont il est dit (Genfcse, XX, 7) : 
Maintenant, rends la femme de V homme, car e'est un prophbte; soit Isaac, 
dont il est dit (ibid. XXIV, 65) : Quel est cet homme qui marche dans les 
champs & noire rencontre ; soit Jacob, dont ifest est dit (ibid. XXV, 27) : 
Jacob est un homme intigre. Selon R. Josu6 b. L6vi, cet effet fut bienfai- 
sant jusqu'a filie, car il est dit (I Rois XVII I, 36) : II arriva & Fapproche du 
soir qu'filie le propMte s'avanga et dit : titernel, Dieu d' Abraham, Isaac 
et Jacob ; aujourcPhui il sera reconnu que tuts le Dieu en IsraVl, et je suis 
Ion serviteur, etc i. Selon R. Judan, la vertu des patriarches eut son bon effet 
jusqu'au roi £z6chias. comme il est dit (Isaie, IX, 6) : Pour que la domina- 
tion augmeme,quHl arrive une paix sans fin sur le tr&ne de David et son , . \ 
royaume, pour quHl le consolide et VUaie par le droit et la justice, SA ^ 
prisentjusqu'&C&terniU,le zile de rfiternel-Sebdoth fera cela (et non 
plus le werite transcendant des patriarches). R. Aha dit : la vertu des pa- 
triarches produit son bon effet & jamais, comme il est dit (Deuteron. IV, 31) : 
Car V&ternel ton Dieu est un Dieu de misiricorde, etc., et, bien qu*il s'a- 
gissede « la On des jours » (selon une expression pr6c6dente), Dieu rioubUe- 
rapas l'alliance contractie avec des anctlres ; ce qui est un indice du main- 
lien ulterieur de l'alliance avec les tribus. Selon R. Judan b. Hanan au nom 
de R. Berakhia, l'fiternel dit aux Israelites : Mes enfants, lorsque vous sup- 
poserez que la vertu des patriarches cesse d'avoir son effet bienfaisant pour 
vous, ou que les qualiles de vo£ premieres mires ne vous sont plus favora- 
bles, allez et rattachet vous k ma grace ; car il est dit (IsaVe, LIV, 10) : Si 
m&melesmontagnessemouvaientet les colUnes se diplagaient, en attri- 

1 . Tu donneras une marque eclatante que tu te souviens encore des vertus des 
patriarches, mais non plus k l'aveair. 



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x/ 



42 TRAITE SANHEDR1N 

buant le premier membre de phrase a la vertu des patriarche3, et le sui- 
vant a la verlu des premieres meres ; pourtant ma grdce ne te quiUera 
pas, et mon alliance de pais ne bougera pas, dit Vftternel qui a pitii de 
toi. 

« L'6picurien » (heretique). R. Yohanan et R. fiteazar different d'avis k ce 
sujet. D'apres Tun, ils'agit decelui qui Iraitela loi avecmepris ; d'apres Pau- 
tre, c'est celui qui meprise les rabbins. De m6me, R. fileazaret R. Samuel b. 
Nahraan : selon Tun, cet 6tat ressemble a celui d'un monceau de pierres ; 
lorsqu'une d'elles vacille, le lout menace de s'6crouler i (et comme tons les 
preceplcs religieux se liennent, le mepris de Tun 6quivaut a la negation dc 
tout). D'apr&s I'autre, cet etat ressemble k une maison remplie de paille, et 
bicn qu on l'enleve de 14, il y restera malgrg tout un fetu quelconque qui cau- 
sera la ruine dumur (de m6me, rh6r6sie k regard du moindre detail religieu x 
suscite le scepticisme g6n£ral). 

Rab dit : Qorah 6tait un homme fort riche, ayant decouvert le trfoor (the- 
sauron) de Pharaon entre Migdal et la mer (cache -la depuis Joseph). Selon 
Rab, Qorah etait un Spicurien. Pourquoi ? II avait fait fabriquer un talith 
(surplis d'office) entierement en bleu-ciel, puis il se rendit aupres de Moise, 
et lui dit : Moise notre mattre, est-ce qu'un tel talith est soumis a l'obligation 
de porter des tsitsilh (franges bleues)?Oui, reponditle maitre, car il est dit 
(Deuteron. XXII, 12) : Tu disposeras des cordons & ton usage (verset su- 
perflu par rapport au m6me precepte, d6ja present dans Nombres, XV, 38). 
Est-ce qu'une maison remplie de volumes bibliques est soumise k l'obligation 
de la Mezouza? Oui, dit Moise, car il est dit (Deuter. VI, 9) : tu les ecriras 
sur les linteaux de ta maison et sur tes portes (de ces termes superflus, on 
conclut a l'extengion de l'obligation). Qorah demanda encore : si quelqu'un a 
sur le corps une tache (ou affection) grande comme un pois, comment le con- 
siderera-t-on ? Comme impur, r£pondit Moise. Si le mal se propage sur la 
peau, quelle sera la rdgle ? L'individu sera tenu pour pur. A ce moment, Qo- 
rah s'ecria : La Loi n'a pas e 6 r6vdlee par le Ciel, Moise n'est pas prophete, 
ni Aron grand-pretre. Surquoi, Moise repliqua 2 aussitdt : Mattre de l'Univers, 
si le sol en cet endroit avait une ouverture existant 14 des 1'origne de la Crea- 
tion, c'est bien; sinon, qu'elle soit cr6ee d'a present (en manifestation de ta 
puissance), comme il est dit (Nombres, XVI, 30) : Si VEternel cree un ph4~ 
nomine, R. Simon b. Lakisch dit : trois hommes ont soumis Jeur pouvoir 
proph&ique k ce genre d'6preuvess, savoir Moise, filie, Mich6e. Moise a dit 
(ibid. 29) : Si ces hommes meurent comme tout le monde, je ne suis pas 
I'eniuoyi de Dieu. filie dit (I Rois, XVII I, 37) : Exauce-moi, titeinel, exauee- 
moi, a fin que ce peuple te reconnaisse ; sinon , fais retourner leu r coeur^n 
arriere (a leur idolatrie). Enfin Michee (ibid. XXII, 28) r^pondit (au roi Se- 

1. J. f tr. Motd Qaton, III, 7 (t. VI, p. 343). 2. Midrasch, rabbasur Nom- 
bro, ch. 18; sur Deuteronome, ch. 2. 3. Litteralement : k l'explication 
claire, favepa. Voir N. Brull, Jahrbiichcr, an I, p. 219. 



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CHAPITRE X 43 

dccias) : Si jamais turetourncs enpaix, VlZternel rCawa pas parte par 
tnoi.— II est dit (Nombres, XVI, 30): lis descendirent vivanls, ettx avec tous 
leurs biens, dans le gouffre. R. Berakhia en conclut au nom de R. Helbo 
que mfime les noms de ces r6voltes disparurent des contrats, t5[io$, ou ils 
etaient ioscrits. R. Yosse b. Hanina dil : meme l'aiguille eraprunt6e d'eux ei 
qui se trouvait entre les mains d*un autre isra61ite fut engloutie en m6me 
temps qu*eux, puisqu'il est dit : « ils descendirent vivants, dans le gouffre, 
avec tous leurs biens. » Et qui pria en leur faveur? Ce fut Moi'se, rgpond 
R. Samuel b. Nahman, selon ces mots (Deuteron. XXXIII, 6) : Que Ruben 
vive et ne meure pas (or, les rebclles de Qorah etaient de la tribu de Ruben). 
Selon R. Josue b. Levi, Hanna pria Dieu en leur faveur ; c'est conforme a 
f explication suivante donnee par ce rabbi au nom de R. Yosse : la secte de 
Qorah continuait toujours a s'enfoncer plus avant sous terre, jusqu'i rarrivee 
de Hanna priant pour eux en ces termes (I Samuel, II, 6) : VEternel fait 
mourir et faitrevivre; il fait descjndre dans I'abime et en fait remon- 
ter. 

« R. Akiba ajoute : Celui qui lit dans les livres exterieurs, apocryphes » , 
comme les livres de Ben-Sira et de Ben-Lanah ; mais pour les Sifri Hami- 
ram * et pour les livres Merits depuis cette epoque, celui qui les lit, lit pour 
ainsi dire des lettres, car il est dit (Ecclesiaste, XII, 12) : Ce qui est plus que 
cela (que ces paroles), mon fils, sois sur tes gardes; faire beaucoup de li- 
vres serait sans fin, et une longue miditation estune fatigue pour le ccrrps. 
Or, les livres bibliques avec leur contenu ont et6 donn6s a l'homme comme 
un sujet de meditation ; mais il ne faut pas aller jusqu'a la fatigue. II est dit 
auparavant (ibid. 11) : Lesparoles des sages sont comme des aiguillons, \ 

miliYT. Ce dernier mot, dit k. Tlouna,* "signlfie : une belle demeure, de me- j 

nffiTcjue HL-bas (a Babylone) on nomme ainsi une pierre pr6cieuse (margarita). { 

Selon une autre explication, le mot signifie : ballon, ou jouet de Giles ; comme \ 

le ballon, rejet6 puis regu d'une main a Tautre, finit par rester au repos dans [ 

une main ; de m&ne Moi'se regut la Loi du Sinai, la transmit k Josue, celui-ci I 

aux vieillards 2 ; ceux-ci la remirent aux proph6tes, qui k leur tour la livre- J 

rent dgfinitivement aux membres de lagrande assemblee (Synagogue)* Selon | 

une autre explication 3 , ce mot a trois sens divers : 1° on le nomme Marda\ £ 

parce qu'il enseigne un certain savoir mSme a la vache (pour qu'elle trouve I 

. son chemin), 2° il est nomme Darban, parce qu'il depose de son intelligence £ 

dans une genisse : 3° Malmad (signifiant aiguillon, quoique de la racine \ 

« enseigner »), parce qu'il apprend k la vache k cultiver, pourfournir des vi- f 

vres a son maitre (de meme, les paroles des docteurs oflrent les m&mes avan- l 

1 Des altegoristes, selon Perles, Revue des ttudtt juives, III, pp. 112-8 (Cf. 
Graetz, t. IV, 2« 6d., p. 467). M. Isidore Weil, Revue, ibid., pp. 27G-282, tra- 
duit : Amorrh6ens. Cf. Joel, Blicke in die Religionsgeschichte, I, pp. 69-75. 
2. V. Mischn*, tr. Abdth, I, 1. 3. iMidrasch Rabba sur Nombres, ch. 14 5 
Pcsiqta, ch. 3. 



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44 TRAITfe SANHEDRIN 

tages). R. Hama b. Hanina dit : si Thomme met un frein a sa vache (pour r6- 
gler sa marche), k plus forte raison doit-il en mettre un k son mauvais pen- 
chant (a sa passion) qui le detourne de la vie en ce monde et du monde fulur. 
II est dit aussi (ibid.) : Et les membres des reunions (les savants) sont com- 
me des clous enfoncis (plants). Pourquoi n'est-il pas dit : Comme des clous 
fixts, ou comme des arbres plantes ? Parce qu'ils ont adopte de preference le 
fer pour donner l'image de la solidite, en faisant ressortir Taction du mar- 
teau, qui enfonce les clous (en signe de la valeur des savants). Selon un au- 
tre, ces mots signifient ceci : comme apres avoir fixe un clou, lors mftrae qu'on 
le retire ensuile, on reconnait ['emplacement qu'il a occupe ; de m£me, d&s 
que les mains de la majorite se sont etendues contre un seul (l'ont gloigne 
du cercle des docteurs), si meme ils le rapprochent ensuite, il finira par re- 
cevoir d'eux ce qui lui revient (la punition qu'il merite) — *. 

Selon une autre explication, les mots « comme des clous plantes » signifient 
ceci : lorsque les paroles de la Loi sont 6mises par les auteurs comme il con- 
vient de les interpreter, el les sont agreables aux oreilles des auditeurs 2 , et 
semblenl plantees ; mais lorsqu'elles arrivent retorquees et tortueuses, elles 
paraissent dures aux auditeurs et pointues comme des clous. « Les membres 
des reunions », est-il dit (ibid.). On entend par la le grand tribunal superieur 
(SynWdrin), comme il est ecrit (Nombres, XI, 16) : R&unis-moi 70 hommes 
des anciens d 1 Israel. Selon un autre, ces mots signifient ce qui a ete dit en 
assemble. R. Simon b. Lakisch dit : si quelqu'un me declare qu'il y a un li- 
vre de chroniques en Babylonie, j'irai volontiers le chercher ; tandis qu'a pre- 
sent la quantite de livres enfouis est si grande (si inconnue) que si tous les 
rabbins se reunissaient, ils n'arriveraient pas a rapporter de 14 les livres ca- 
ches 8 . — Elles sont donnies par un seul pasteur, est-il dit (Ecclesiaste, XII, 
il). Cela signifie que Dieu dit : Si tu as entendu emettrenn enseigpemenl, filt- 
ce par un petit en Israel qui t'a plu *, sache-lui autant de gr6 que si c'etait un 
gra&d bomme, et de plus comme a un sage, k un prophete, et meme au pas- 
teur, qui estle legislateur Moise, car il est dit (I sale, LXIII, II) : Son peup'.e 
serappela les jours antiques de Molse (et dit) oil est celui qui les fit mot- 
ter de Id avec le berger de son troupeau ? ou est celui qui mit au milieu de 
lui son esprit saint ? Enfin, ce n'est pas comme si cette parole gmanait du 
pasteur, mais de la Providence m6me, car il dit : « Elles sont donn6es par un 
pasteur unique ». Or, Fuji est Dieu, dont il est dit (Deuteron. VI, 4) : icoute 
Israel, FSternelestnotre Dieu, VEterntl est un. 

« Celui qui prononce des mots k voix basse (pour exorciser), et dit 
(exod, XV, 26) : Aucune des plates dontfai frappi Ffigypte ne Catlein&ra, 
car moir£ternelje te prcserverai.* Toutefois, dit Rab, c'est seulement vrai 
s'il a crach6, avant de reciter ce verset (signe de mgpris pour la Divinite), 
qu'il n'aura pas de part a la vie future. II en sera de meme prive, dit R. Josue 

1. Suit un passage traduit au tr. Sabbat, VI, 2 (t. IV, p. 68). 2. Rabba sur 
Cantique, IV, il. 3. B., tr. Pesahim, fol. 62. 4. Siffri, section Eqeb, ch. 41 . 



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CHAPITRE X 45 

b. L6vi, s'il dit ce verset (L6vitique, XIII, 9) : Lor squ' une affection Upreuse 
atteindra un homme, puis crache.« Abba Saul y englobe aussi celui qui pro- 
nonce le nom divin par ses 4 lettres » (lit le tetragramme tel qu'il est^crit). 
R. Mena dit : Ce sont par exemple les Samaritaios, qui prononcent (com me 
Theodoret : IABE) ; mais R. Jacob b. Aha dit : on ecrit ce nom par les 
lettres n* et Ton prononce avec les lettres 7K, Adonai*. 

2. Trois rois et quatre simples particuliers n'ont pas de part k la vie 
future. Les trois rois sont : Jeroboam, Achab et Manassg. R. Juda dit : 
Manass6 aura une part 4 la vie future, car il est dit (II Rois, XXXII, 13): 
II pria Dieu qui Cexauga y accueillit sa supplication, et le rcihtigra d Je- 
rusalem, dans son royaume. Mais les docteurs repliquent : Dieu l'a rein- 
t6gr6 dans son royaume, non dans sa part de vie future. Les quatre 
simples particuliers sont : Balaam, Doeg, Ahitofel, et Guehati. 

Tous les rois (posterieurs k Jeroboam) ont commis de nouveauz p£ch6s ; et 
pourquoi les reprocher k Jeroboam ? Parce qu'il a fait 6riger 12 veaux d*or 
(offerts a r adoration des 12 tribus d'lsrael); pourtant maintes fois, les Israeli- 
tes ont 6rige des veaux dor. On a enseigne* que R. Simon b. Yohai" dit : les 
Israelites ont fabriqu6 13 veaux (d'or), dont Tun 6tait commnn a *qw, 
lri\k6<jvx. En effet, il est dit (Nombres, XXXI 1, 4) : Voild tesdieux, 6 Israel 
(avec Fadjectif possessif tes t au pluriel), cequi s'entend des 12 veaux friges 
pour les 12 tribus ; mais Texpression Void ton Dieu (N6h6mie, IX, 18), au 
singulier, vise l'idole commune k toutes les tribus. Est-ce que le roi Ahab n'a 
pas faire pire que Jeroboam ? Or, il est dit (I Rois, XVI, 31) : II arriva que f 
eomme s'il eut itt peu de chose pour lui, de suivre les pichis de Jiroboam 
fils de Nibat, etc. Les faits les plus legers accomplis par Achab ne valaient- 
ils pas les plus graves accomplis par Jeroboam ? Pourquoi done Jeroboam 
6tait-il mis en cause avant tout ? Parce qu'il a ete le premier l'auteur du mat 
de l'idol&trie. Qu'avait fait Achab ? Chaque jour, apr&s s'6tre bien orn6, il al- 
lait se poster devant Hiel 2 , a sa porte, au moment de sa sortie, lui deman- 
dant combiefl il valait en ce jour ; Hiel lui rSpondait : tant et tant, montant ^\ 
d'estimation qu' Achab donnait en Equivalence au culte de faux dieux. Ainsi, il 
est 6crit (ibid. XXI, 20) : Parce que tu t'es vendu pour faire ce qui dSplait 
aux yeux de VSterneL R. Levi inlerpreta six mois avec bl&me le verset sui- 
vant (ibid. 25) : Certes, iln'y avait pas eu d* homme comme Achab qui se 
fid vendu pour faire ce qui est mal aux yeux de Internet. Une nuit, Achab 
apparut en songe avec R. Levi et lui dit : Quel pec he ai-je commis envers toi 
et en quoi ai-je 6t6 inconvenant envers toi, pour que tu interprfetes le com- 
mencement seul de ce verset, non la Gn, disant : Selonque sa femme Jeza- 
bel V avait inciti ? Des lors, il se mit pendant six mois k interpreter ce verset 

1. V. Ben-Chanania, Forschungen des Witsen. Talmud Vereins, par Low, 1867, 
n* 10, col. 155 (oppose a Geiger, Zeits. d. DMG., XII, 138). 2. Grand-prttre 
idolttre, d&ignt au verset precis. 



t-Q 



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40 TTUlTfi SANHftDRIN 

a Teloge d'Achab ; « Certe9, il n'y a pas eu de roi corame Achab, que ga fem- 

me Jezabel avait incite » . 

I] est ecrit (I Rois, XVI, 34) : En son temps, Hiel de Beth-El bdtit J4ri- 
cho qu'il fonda sur Abiram son aini, et il posa ses portes sur Segoub son 
puini *. Or, Hiel 6Lait un fils de Josafal (tribu de Juda), et quel rapport avait- 
il avec Jericho situ6e dans le territoire de Benjamin ? C'est que Too fait pro- 
venir une acliou meritoire de celui qui en est digne *, et le fait blamable 
remonte au coupable (Achab seul avait enfreint la defense de Josue). Aussi, 
est-il dit(ibid) : « Sur Abiram son afne, il Fa fondle, et sur Segoub son 
puine il a pose ses portes. » Or, par Abiram son ain6, l'impie aurait pu 
deja se rendre compte de ses crimes (en voyant la perte de ses fils) ; 
mais seulement par son ills puin6 Segoub il s'en rendit compte. lis 
avaient voulu augmenter leur avoir ; mais le feu 6tant survenu et leur cau- 
santdes pertes, ilsne marchaientplus qu'en chancelant, conformement ace 
qui est dit (ibid, fin) : selon la parole (la malediction) que Internet Dieu dl Is- 
rael avait prononcie par Josu6 fils de Noun. UestScrit (ibid. XVII, 1) : 
£lie le tisbite des habitants de Galaad dit d Achab : Vive Vfiternel Dieu <F Is- 
rael devant lequelje me liens (je le jure), en ces anndes il n'y aura de rosie 
ni depluie, que selon ma parole. Or, quel rapport y a-t-il entre ce verset 
et le precedent (precile)? Mais voici ce que dit Dieu a filie : Ce Hiel est un 
homme important ; va le voir et le consoler de ses chagrins. Je ne puis y 
aller, dit filie, Pourquoi ? Si j'y allais, ses gens me diraient des choses 
qui t'irriteraient et que je ne pourrais pas supporter. S'il en est 
ainsi, repondit la Providence, et qu'ils enoncent une parole qui pour- 
rait m'ifriter, je te promets de realiser tout ce que tu decideras. filie 
alia done, et les trouva occup^s a mediter ce verset (Josue, VI, 26) : Josui 
jura en ce moment par ces mots : Maudit soil devant VEternel V homme 
quise liverait et rebdtirait cette ville de Jericho ; par son aini y il la fonde- 
ra, et par son puini il posera ses portes. Soit beni, s'ecria Elie, le 
Dieu des justes, qui realise les paroles des justes. Achab 6tait pre- 
sent, et leur dit : lequel est superieur des deux, Moise ou Josue ? Moi'se, re- 
pondirent-ils. Or, dit-il, il est ecrit dans la loi de Moi'se (Deuteron. XI, 16) : 
prenez garde quevotre cceur ne soit sdduit, que vous ne vous ditourniez et 
n'adoriez des dieux Grangers, et que vous ne vous prostemiez devant eux. 
Apres quoi il est dit (ibid. i7) : la coldre de VEternel s'enflammera contre 
vous, il fermera les cieux, et il n'y aura pas de pluie. Or, il n'y a guere 
d'idolequeje n'aie adorSe en ce monde ; pourtant, tous lesbienset lesagre- 
ments qui existent sur terre se trouvent dans mon palais ; si done les paroles 
de MoTse ne se sont pas realisees, celles de Josue se realiseraient-elles ? Sur 
quoi, filie s^cria: « S'ilen est selon tes paroles, je jure par rfiternel vivant 

1. V. ci-apr&, § 9(1. 29«i). 2. Cf. B„ tr. Bababathra, f. 119; Siffri, section 
Behaalothekha, ch. 68 fin. 



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CHAPITRE X 47 

Diea d'Israel devant qui je me trouve, qu'en ces ann6es k venir il n'y aura 
de rosee, ni de pluie, que selon ma parole .» En entendant ces mots, Achab 
se mil it pleurer, comme il est 6crit (I Rois,XXI, 27) : Lorsqu 1 Achab enten- 
dit ces paroles, il dfohirasesvetements,rev4tit un sac, jetina,se coucha 
dans un sac et marcha lentement. Quelle fut la dur6e du je&ne ? Elle fut de 
trois heures ; ainsi, lorsqu'il avait Thabilude de prendre son repas k la troi- 
pteroe heure, il mangeait a la sixieme heure ; et au jour ou il n'eftt pris son 
repas qu'& la sixieme heure, il le prenait a la neuvieme. Et il marcha dn ; 
par ce dernier mot, dit R. Josue b. Levi, on entend qu'il marcha nu-pieds. II 
est ecrit (ibid. 28) : L 'fiternel s'adressa & ftlie le Tisbite en lui disant: tu 
vois qu y Achab s y est humilie devant moi. Le Tres-Saint dit k filie: vois quel 
avan tage j'oflre k la terre, puisqu'un homme a beau avoir peche devant moi 
d&s qu'il se repent, je l'accueille, comme il est 6crit: « tu vois qu' Achab s'est 
humilte devant moi », qu'il a. fait penitence ; par suite, je ne ferai pas surve- 
nirlemal de son temps, mais au temps de son (lis la punition frappera sa 
maison. Et quel mal a fait Achaz (son fils) ? II a erigg un tr6ne dans le parvis, 
comme il est dit (I Rois, VII, 7): leportique du trdne quHls ont construit 
dans la maison du Templet. R. Honiaditau nom de R. fileazar 2 : ce roi 
regut le nom d'Ahaz, parce qu'il saisit (Ahaz) les salles de reunions (synago- 
gues) et les salles d'6tudes (pour les d6lourner de leur objet). Or, Ahaz res- 
semble aun roi qui, ayanl un fils, le confie k un pedagogue, rcatSxfWY^, 
lequel veut tuerle fils, mais se dit: si je le tue, je serai coupable et meriterai 
lamort; je vais done me contenter de lui enlever sa nourrice, etl'enfant 
mourra seul (d Inanition). Ainsi agit Ahaz, en dispersant les reunions des 
docteurs juifs, et dit : s'il n'y a pas de chevreaux, il n'y aura pas de boucs ; s'il 
n'y a pas de boucs, il n'y aura pas de troupeau ; s'il n'y a pas de troupeau, il 
n'est pasbesoin de pasteur, etdes lors 1'univers n'a que faire. De m6me, 
Ahaz s'imaginait pouvoir raisonner aussi comme suit : s'il n'y a pas de petits, 
il n'y aura pas de grands ; s'il n'y a pas d'adultes, il n'y aura pas de sa- 
vants 3 ; sans savants, il n'y aura pasde prophetes ; a d6faut de ces derniers, 
Tesprit saint ne se rev&era plus, et des lors il n'y a plus lieu d'avoir ni salles 
de reunion, ni salles d'6tudes, s'imaginant que la Providence n'gtablira plus 
sa residence en Israel. 

R. Jacob b. Abay6 dit au nom de R. Aha que Ton connait le fait de la des- 
truction poursuivie par Ahaz, de ce qu'il est dit (Isaie, VIII, 17) : J'espbrerai 
en VEternel qui cache sa face devant la maison de Jacob, et je me confierai 
en lui. Or, nulle heure n'a 6te plus penible pour 1'univers que celle ou Dieu 
dit k Moi'se (DeutSr. XXXI, 18): Quant a moi, je cacherai ma face en ce 

1. Le commentaire Pne-MoscM observe, k juste titre, que ce verset ne se la- 
tere pas au roi Ahaz. II nous semble pourtant que, sans supposer une faute d'im- 
pression, ce verset peut confirmer Tid6e du rabbin, selon beaucoup d'exemples 
analogues. 2. V. Rabba sur L6vitique, ch. 11; sur le livre d'Esther, ch. 1. 
3. Si les maltres ne cherchent pas k former des disciples, dit M. Schuhl, Sen- 
tences, p. 72, la science n'aura bientdt plus de repr&entants. 



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48 



TRAITfi SANHfeDRIN 



jour. Malgrl la gravity de cet instant, « j'ai conflance en lui », en ce qu'U m'a 
dit du bautdu Sinai' (ibid. 21) quelle (la loi) nesera pas oubliie dela bouche 
desaposttriti. D'ailleurs k quoi cela te sert-il (k toi Ahaz, de vouloir miner 
les etudesj? Me voici ainsi que les enfants que Vfiternelm'a donnis, est-il dit 
(Isaie, VIII, 18); or, ce n'etaient pas ses enfants, mais ses disciples, et ce 
texte prouve combien ceux-ci etaient chers au prophete, qui par affection les 
appelait ses enfants. Qu*a done commis Manasse? II est 6crit (ibid. XXXVIII, 
4) : En ces jours, fizichias tomba mortellement malode, etc., cartu es mort $ 
et tune vivras plus; e'est-i-dire tu es mort pour ce bas-monde, et ne vivras 
pas dans le monde futur. Pourquoi, demanda le roi? Parce que tu ne veux pas 
$ 4 (\t*Q X I avo * r ** e descendants. Et pourquoi ne cherches-tu pas k en avoir en te ma- 
^ . I riant? J'ai vu, dit le roi, que j'Steverai un filsimpie ; je prSfire done ne pas 
V* l J^ ^^f en avoir. Prends mafille, repondit le prophete, peut-6tre que par la jonction 



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La 



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de mon m6rite au tien, un fils vertueux en naitra 1 . Pourtant, il n'eleva qu'un 
fils mauvais, comme il est dit (ib. XXXII, 7) : les vases de ses vases sontmau* 
vais. Le roi lui dit: ce n'est pas pour t'ecouter que je me hate, mais pour sui- 
vre l'avis de mon ancfitre, qu'en cas de songe ou de vision p&rible, on.6chap- 
pera en adoptant a la hate une de ces 3 choses: la priere, la bienfaisance, la 
penitence — 2 . 

R. Samuel B. Nahman dit : le roi £z6chias (dont il est dit qu'il se touma 
vers le mur) leva les yeux vers le mur eleve* par la Suoamite, comme il est 
dit (11 Rois IV, 10) : faisonsune petite chambre sur le mur, oil nous met- 
irons pour lui un lit, une table, unsiige, une lumidre . II s'ecria devant ce 
mur : Mattre de l'univers, la Sunamite a 6rig6 une cellule pour filisge, et en 
recompense tu as ressuscite son fils ; puisque mes anc&tres font rendu tant 
d'hommages, k plus forte raison tu me laisseras la vie. R. Hinena B. Papa 
dit : le roi regarda les murs du Temple, selon ces mots (Ez&hiel, XLII, 8) : 
En plafant lew seuil avec le mien, leur linteau avec le mien; et le mur 
est entre $ux et moi ; e'est-a-dire c 'etaient des personnages importants qui ne 
pouvaient pas k toute heure venir prier comme ils l'auraient voulu ; mais grftce 
au voisinage, ils pouvaient prier chez eux, et Dieu leur en sut autant degr6 
que s'ils avaient prie au Temple. Or, dit le roi, puisque mes ancelres font ren- 
du tant d'hommages, a plus forte raison tu me laisseras la vie. Selon les 
rabbins, fizechias songeait au mur (a rinterieur) de son coeur, comme il est 
dit (Jer&nie, IV, 19): Mes entrailles, mes entrailles, je souflre dans Vinti* 
rieur de mon corps, le c&ur me bourdonne, je ne puis me taire, et il dit 
devant Dieu : Mattre de l'univers, j'ai examine les 248 membres que tu m'as 
donnes, et je ne trouve pas t'avoir irrite par aucun d'eux ; done laisse-moi 
la vie. 

II est ecrit (Isaie, XXXVIII, 4) : la parole de l y liter nelfutd Isaie en ces 
termes : Va dire & £zechias, prince de monpeuple, rtiternel Dieu de David 

1. V. B., tr. Berahkdth, I. 10>. 2. Suivent % passages deja traduits, le 1" 
tr. Taanith, 11', 1 (t. VI, p. 153), le 2* tr. Berakoth, IV, 4 (t. I, p. 89). 



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CHAP1TRE X 49 

ton pdre rrCa dit avoir exauci ta priire; fai vu tes larmes couler ; voici,fa- 
jouteA tes jours quinze armies. Quoi, serScriale prophete, jeviensde lui parler 
en ce sens (de sa fln prochaine) ; comment puis-je maintenant lui parler dans 
le sens contraire ? Or, c est un homme important (comme roi), etil ne roe 
croira pas ? C'est un homme modeste, fut-il repondu, et il te croira ; en outre 
le bruit de ta premiere proph&ie ne s'est pas encore repandu dans la ville. 
// arriva qu' Isaie n'itait pas encore sorti de la cour intirieure, est-il dit 
(II Rois, XXI, A) ; or, au lieu du mot cour, tel qu'on le lit, il est 6crit : ville 
(par allusion a ce que cette nouvelle n'etait pas encore, connue en ville). 
Lorsque Manass£ se leva et se mit k courir apres Isaie pour le tuer, celui-ci 
put s'enfuir et se cacher dan9 un troac de cedre f . Comme des franges de 
son vStemerif depassaient Tarbre, on s'en apergut, on le reconnut, et on vint 
en faire part au roi, qui dit : Allons scier l'arbre ; ce qui fut fait, et Thomme 
fut decouvert. II est dit (ibid. XXIV, 4) : Dieu nevoulut pas lui pardonner. 
Ilresulte de ces mots que leroi, k qui jamais il ne fut pardonn6, n'e&t pas 
de part au monde futur. Comment alors est-il dit que Manasse eut part ? 
N'est-il pas dit (ibid. 3) Outre les pichis de Manassi fils d'Ezichias roi de 
Juda ? Cette appreciation se rapporte aux faits ant6rieurs au repentir de ce roi. 
Et n'est-il pas dit (ibid), pour tons les motifs (F irritation suscitis par Manassi? 
Ces mots aussi se liferent k une 6poque antSrieure au repentir du roi* Mais 
n'est-il pas dit aussi (II Chroniques, XXXIII, 23) : II ne s'est pas humilie 
devant Dieu comme Cavaitfait Manassi son p&re, et il se rendit coupable de 
plus en plus ? (Ne semble-t-il pas que ce dernier etait encore plus coupable 
que son pere ?) Non, il n'a pas commis de pSches en plus, mais il les a renou- 
nouvetes. 

N'est-il pas ecrit (II Rois, XXI, 16) : Manassi versa aussi beaucoup de sang 
innocent, jusqu'd en remplir Jirusalem depuis un bout jusqu'd, V autre ? 
Or est-il possible k un 6tre bumain de « remplir Jerusalem de sang innocent 
d'un bout a l'autre » ? On veut dire par lit que le roi tua Isaie, Equivalent k 
Mol'se,dont il est dit (dans les memes termesns* NombresXH, 8) : face & face je 
luiparlerai. II est ecrit (II Chroniques, XXXUI, 10): VEternelpar la & Manassi 
et d son peuple, mais ilsne Vicoutirentpas. Ilfitvenir alors contre eux les 
chefs de Varmie du roi des Assyriens, lesquels mirent Manassi dans lesfers. 
Par ce dernier terme, on entend de jerunes cedres en pleine s6ve (dont les 
rameaux sont solides comme le for). R.C£vi dit: on fit unesorte de mule (mula) 
d*airain, dans laquelle on plaja le roi Manassi, et Ton mit le feu dessous. 
Lorsqu'il se rendit compte de la gravite de la situation, et qu'il eut invoqu6 
en vain toutes les idoles du monde dont il avail souvenir, il dit se rappeler que 
son p&re lui avait fait lire dans la synagogue le verset suivant (DeutSron. IV, 
30) : « Dans ta detresse, quand tu auras essuy6 tous ces malheurs aprts de 
longs jours, tu reviendras a rfiternel ton Dieu, et tu ecouteras sa voix ; car 
rfiternel ton Dieu estun Dieu clement, il ne te d61aissera pas, il ne con- 

1. Litteralement : il rencontra un c6dre qui i renglQuUJU -. 

T. 11 * 



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50 TRAITE SANHfiDRIN 

sommora pas ia perte, et il n'oubliera pas Talliance de ses peres, qu'il leura 

juree. » Je vais done Finvoquer, et s'il me r6pond, e'est bien ; sinon, lous les 

Stres, 9UY), ou idoles,sont semblables. Les aages de service fermerent les fenS- 

tres pour que la priere de Manasse ne mont&t pas jusqu'a Dieu, et ces anges 

lui dirent: Maitrede l'univers, Thomme qui a servi i'idol4trie et a place une 

idolej usque dans le parvis du Temple, tu voudrais ladmeltre au repentir! 

> Dieu leur r6pondit : si je n'accueillais pas son repentir, ce serait fermer la 

\ porte 4tous les gens qui se repentent du mal. Que fit done Dieu? II creusa, 

| pour lui une ouverture au-dessous du trdne c&esle, par ou la supplication du 

1 roi parvint jusqu'au Seigneur. Aussi est-il ecrit (II Chrontques, XXXIII, 13) : 

II pria Dieu, qui Vexauca, dcouta sa supplication, et le ramena. R. fiiea- 

zar b. R. Simon dit : En Arabie, on appelle l'acte de creuser amw (ouvrir 

une echappee). — // Is ramena & Jerusalem, dans son royaume (ibid). 

Comment le ramena-t-il ? Selon Samuel B. Abouna au nom de R. Aha, il le 

ramena par le vent, comme on dit : « II ramene le vent ». Et Manasse sutque 

VEternel est Dieu. A ce moment Manass6 dfolara qu'il y a une justice et un 

juge. 

Quelle fut la mechancete commisepar Balaam ? Par ses conseils a Balaq, fils 
de Sippor, il parvint a faire perir des Israelites au fil de l'6pee. II lui dit : 
le Dieu de cette nation hait la prostitution ; mettez vos filles en cet 6tat, et 
par ce moyen vous dominerez les Israelites. Mais, dit Balaq, les Moabites 
m'ecouteront-ils et livreront-ils leurs filles ? Commence, repondit Balaam, par 
offrir tes propres filles, et tes sujets en te voyant agir feront comme toi. 
Ainsiil est 6crit (Nombres, XXV, 15) : Le chef des peuplades d'une famille 
paternelle de Midian (i'exemple du chef fut suivi par ses subordonnes). Que 
firent-ils ? lis 6rigerent des cellules avec treillage (cancelli), depuis la localite 
de Beth-Yeschimon jusqu'au Mont-de-N6ige * ; ils y installment des femmes 
charg6es de vendre des grillades (ou patisseries). La plus vieille se tenait 
au dehors, et la plus jeune a Tinterieur. Quand les Israelites avaient mange 
etbu, et que Tun d'eux sortant se promener voulaitacheter quelqueobjet dans 
Tune de ces boutiques, la vieille lui vendait Tobjet pour sa valeur ; mais la 
jeune Tengageait a venir le prendre pour un prix inferieur. Elle agissait 
ainsi le premier jour, et de meme au second et au troisieme jour. A partir de 
ce moment, lui disait-elle, tu es comme un membre de la famille ; tu n'as qu'& 
entrer et choisir ce qui te convient. Une fois entr6, il trouvait devant lui une 
gourde pleine de vin ammonite, qui est tres fort, qui incite le corps k la pros- 
titution, ayant une odeur p6netrante. Le vin des paiens, appele plus tard 
vin de libation, n'etaitpas encore interdit aux Israelites. La jeune Clio deman- 
daitalorsau visileur veux-tu boireun verredevin ? II repondit: oui. Elle le ser- 
vait et il buvait. Aussitdt qu'il avait bu, le vin enfiammait en lui la passion, 
comme le poison d'un serpent, etrhommedisaitalajeune personne de TScouter 
(de s'abandonner). Elle lui faisait repeter Texpression de son d6sir, et aussitOt 
1. Siflri, section Balaq, n» 131. 



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CHAPITRE X 51 

apris elle tirait la forme (vh:o$) de Peor (I'idole Phegor), en disant a Phomme 
de r adorer, s'il veut qu'elle se prSte k ses desirs. Quoi ! s'Scriait l'homme, est- 
cequeje me prosterne devant une idole6trangere?Tun'aspas kie prosterner, 
lui disait-elle : il suffit de te dScouvrir devant cette forme. Voil& pourquoi les 
docleurs ont dit * : Se decouvrir devant Baal-Peor, c'est Padorer, comme l'a- 
doration de Mercure consiste a jeter une pierre devant cette statue. Ou encore 
apres avoir bu de ce vin, lors de l'excitation qui suivait, la jeune fille propo- 
sait, en echange de son consentement, que l'lsraeiite se ddtourne de la loi 
mosaique, comme il estecrit (Osee, IK 10) : lis itaimt arrives a Baal-Peor 
else ditournbrent a leur honte ; ce furent alors des abominations $ amour; 
c'est-4-dire ils devinrent abominable3 a leur p^re qui est aux cieux. 

R. Eleazar dit : comme il est impossible d'arracher un clou d'une porte 
sans enlever du bois, de meme il est impossible de se separer de Tidole 
Peor sans laisser une partie de son &me (ou : un certain nombre de vies). 
II est arrive un jour, k Sabbatai de Oulam, de louer son &ne k une pai'enne, 
qui voulait se prosterner devant Peor. Arrives a la maison de Peor, elle dit 
a Sabbatai deTattendre au dehors jusqu'a ce qu'elle ait accompli au dedans ses 
genuflexions devant Peor. Lorsqu'elle sortit, il lui dit a son tour : attends- 
moi ici, quej'entre et que je fasse comme tu viens de faire. Que fit-il alors ? 
Une fois entr6, ilaccomplit un besoin et s'essuya au nez de Peor. Tous 
ceux quiTapprirent louerent Thomme pour cette action et dirent : jamais per- 
sonne n'a aussi bien agi que lui. Une. fois, Menahem habitant de Goba- 
tha-Arih, occup6 & deplacer des tonneaux, vit^enir a lui une nuit le demon 
ou prince (prepose) de Peor (qui voulait Temp^cher de le maudire) ; Mena- 
hem prit la broche, se tourna contre 1'esprit malfaisant et le mit en fuite. 
Une seconde nuit, le meme esprit revint et dit a Menahem : pourquoi me 
maudis-tu ? L'interpelle, ayant eu peur, finit par promettre de ne plus le 
maudire. Une autre fois un Sultan vint d'une province d'outre-mer pour se 
prosterner devant l'idole Peor, et dit a ses gens de lui apporter un taureau, 
un bouc, un mouton pour se prosterner devant Peor. II n'est pas besoin de 
toutcela, lui dirent-ils,il suffit que tu te decouvres devant I'idole. Que fit alors 
le souverain ? It excita contre eux (les idol&tres) des hommes sanguinaires, 
sanguinarily qui les frapperent et leur fendiren tie cr&ne avec des baches. 
Aussi, il s'ecria : Malheur a vous et k vos erreurs ! 

II est 6crit (Nombres,XXV, 3,4) : Le courroux du Seigneur s'alluma con- 
tre Israel, et le Seigneur dtt & MoVse : Prends tous les chefs du peuple, et 
fais-les pendre au nom du Seigneur & la face du soleiU Dieu avait dit k 
Molse: place leurs chefs comme jugessur eux, et qu'ils tuent les pecheurs 
en face du soleil. C'est ainsi qu'il est ecrit (ibid. 5) : Moise dit auxjuges d'ls- 
rael que chacun de vous immole ceux des siens qui se sont livrts d Baal- 
Peor. Quel 6tait le rombre 2 des Juges en Israel ? lis etaient 78,600, savoir 
les chefs des mille Itaient 600 ; ceux des centaines 6taient 6000 ; ceux des 
1. Cf. ci-dessus, VII, 12. 2. V. ci-dessus, I, 4 (7). 



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5fc TRAIT* SANHfiDRIN 

groupes de 50 etaient 12000, et enfin ceux des dizaines 6taient au nombre de 
60000 ; ce qui fait qu'au total les juges figuraient au nombre de 78,600. 
Moi'se leur dit : que chacun de vous tue deux personnes, et le total des tues 
s'6l6vera& 157,200. II est dit (ibid, 6) : Quelqu'un des Israelites s'avanpa, 
amenant parmi ses freres la madianite, aux yeux de Molse. Par ces der- 
niers mots, on semble dire que Thomme qui s'avanga s'exposa avec malice 
aux yeux de Moise. 

L'homme lui dit : Est-ce que tes ongles sont ceux d'une madianite, ou a-t- 
elle le pied fendu (en signe de purete) ? Et pourtant celle-ci est pure, et celle- 
ik impure. Pendant ce temps, Pinhas present se dit : N'y a-t-il personne 14 
qui tue un tel homme et soit tue pour lui ? 

Oil sont les lions, dont il est dit (Genese, XLIX, 9) : Juda est un jeune 
lion, ou (Deuteron. XXXIII, 22) : Dan est un jeune lion, ou encore (Gendse, 
XLIX, 27) : Benjamin est un loup qui cteivre ? Des que Pinhas vit qu'aucun 
homme en Israel ne voulait se charger d'un tel rdle, il quitta subitement le 
tribunal ou il siegeait, prit une lance 4 la main, passa le fer (un poignard) 
sous sa ceinture (fascia), cts'avanfa en s'appuyant sur le bois de sa lance, 
jusqu'ace qu'il ftit arrive k la porte de l'homme en question. A son arriv6e 
les gens lui dirent : d'ou vient Pinhas, et o& va-t-il ? Vous reconnaissez bien 
comme moi, leur repondit-il, qu'un membre de la tribu de L6vi peut aller 
aupres de celle de Simon en tous lieux. Laissez-le aller, dirent-ils alors ; 
peut-Stre les Pharisiens ont-ils permis ce'fait i. Des que Pinhas fut entr6, 
Dieu accomplit en sa faveurgjx miracles : 1° Au lieu que Zimri se retirftt 4 
la hate de la concubine, par l'intervention de l'ange tous deux se trouvaient 
alors joints ; 2° le fer futtourne contre la matricede lafemme, laquelle une 
fois percee laissa voir Torgane de Thorn me au milieu d'elle, pour que les 
calomniateurs ne puissent pas pretendre que Pinhas 6tant entr6 ao milieu 
de ces gens s'elait adonne aux memes turpitudes ; 3° l'ange leur ferma 
labouche, de sorte qu'ils ne purent appeler leurs compagnons au secours ; 
4° ils n'echappereut pas a Tepee, et resterent cloues sur place ; 5° Tange 
eleva pour Pinhas le linteau de Tentree, de sorte que tous deux puissent pas- 
ser par dessus leurs epaules (avant de se disjoindre);6° des qu'il sortit et vit la 
peste accomplir ses ravages parmi le peuple, iljetales cadavres a terre et se 
mit a prier. Aussi il estdit ( Ps. CVI, 30) : Pinhas se leva, pria, et V&pid4mie 
cessa. 

Lorsque les Israelites vinrent pour se venger du mal que leur avaient 
cause les Madianites, ils trouverent \k Balaam fils de P6or ; qu'y faisait-il? II 
venaitchercher la recompense pour avoir cause la mort de 24000 Israelites 
dans la plaine de Sittitn *. Pinhas lui dit : tu n'as suivi ni Tordre de ton Cr6a- 
ieur, ni celui de Balaq ; tu n'as pas obei a ton Createur, qui t'a dit de ne pas 
suivre les envoy6s de Balaq, et cependant tu les as suivis ; tu n'as pas ob& 
non plus k Balaq, qui t'a charge de maudire les Israelites, et tu les as b&ris. 

1. Copulationis causa. 2. V. Rabba sur Nombres, ch. 82. 



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CHAPITRE X 53 

Aussi, a mon tour je ne te remettrai pas de salaire (et ferai le contraire), ainsi 
qu'il est 6crit (Josu6, XIII, 23): Les filsd' Israel ont tud Balaam fits de Peor 
le devin sur leurs cadavres ; cette derniere expression (superflue) signifie 
que Balaam 6tait equivalent a tousles autres morts. Selon une autre explica- 
tion, cette expression signifie : comme « les cadavres » n f ont plus d'identitS, 
il en est de m6me de Balaam ; ou encore cela signifie que son « cadavre » 
surnageaitau-dessusde tous les autres. Mais Pinhas, lui pr6sentant le frontal 
du grand prStre, le fit descendrc sous terre. Enfm, selon une autre explica- 
tion, cette expression rappelle le grand nombre de « cadavres » Israelites 
tomtas par sa faute, ce dont Balaam recat alors la recompense complete, sans 
management. 

Doeg Slait un homme trds verse dans l'etude de la Loi 1 . Lorsque des Israe- 
lites vinrent demander k David si, pour I'offre des pains de proposition (ex- 
poses au Tabernacle), il est permis d'enfreindre le repos sabbatique, il leur 
repondit: c'est permis pour le fait de les ranger (les placer), non pour petrir 
la p&te, ni pour preparer les pains. Doeg, present, demanda qui avait pro- 
fessedevant lui? C'est David fils de Jess6, fut-il repondu. Aussittt, Doeg alia 
aupres de Saul, roi d'lsragl, lui donner le conseii de mettre a mort les habi- 
tants de Nob la ville aux pretres. Ainsi, il est dit (I Samuel, XXII, 17) : Le 
roi dit aux courriers, places auprbs de lui; entourez les pretres de Vfiter- 
nel, et tuez-les, car its ont pris le parti de David : Us savaient quit s'est m- 
fui, et ih ne men ont pas fait part. Quels etaient ces hommes? R. Samuel 
b. R. Isaac dit qu'ils (les coureurs) etaient Abner et Amassa. lis dirent au 
roi : Qu'avons-nous sur nous qui t'appartienne ? Cette ceinture, frovaptov, et 
cet habit, x^av&tov : nous te les rendons. Mais les servitewrs du roi ne voulit- 
rent pas ttendre la main contre les prtitres de VBternel. Et le roi dit d Doeg 
(ibid). L'orthographe diffgrente de ce dernier m6t airn, dit R. Juda b. Pazi, 
vise une critique a l'adresse de Doeg, a qui le roi dit : tu es pris comme un 
poisson at au filet; comme tu as cause la majeure part du mal (par ton con- 
seii), vatoi et porte la main sur les pretres de Dieu, comme il est dit (ibid. 
18) : Doeg Vidomite les entoura, etfrappa les prttres. Mais comment se fait- 
il qu'il soit dit ensuite (ib.) : 150 cCentre eux portaient le pectoral de Un (I'in- 
signe de lagrande pretrise)? R. Hiya n'a-t-il pas enseigne que Ton nenomme 
pas deux grands pretres k la fois? C'est vrai, et le texte pr6cit6 indique seu- 
Iement que tous les cohanim tues 6taient dignes de devenir pontifes. Com- 
ment Doeg fut-il tenu a distance? R. Hanina et R. Josu6 b. L6vi emettent 
deux avis divers a ce sujet: d'apr^s Tun, une flamme sortit du Saint des Saints 
et briila autour de lui ; d'aprfcs Tautre avis, des disciples pieux (Imixo?) se 
joignirent k lui, et tandis qu'ils suivaient son enseignement, il oubliait de son 
cdte d'observer les paroles de ce verset (Job, XX, 15) : 11 a englouti des ri- 
chesses, il Us vomira, Dieu luUmSmc les tirera de son ventre (aprts quoi, 
ils se leverent contre lui et le tuerent). 

1. Rabba sur Genese, ch. 32. 



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54 TRAITE SANHEDRIN 

Ahitofel aussi etait un homme fort vers6 dans l'etude de la Loi ; or, il est 
dit (II Sam. VI, 1) : David rivmit encore tous les jeunes gens d'lsratt au 
nombre de trente mille. Des premiers terraes au sens explStif, dit R. Bera- 
khia au nom de R. Aba b. Cahanas, on conclut que David nomma en un seul 
jour 90000 individus au titre de vieillards (juges), sans y comprendre Ahito- 
fel; car il est dit: « David ajouta encore tous les jeunes gens en Israel au 
nombre de 30000. » Le mot « ajouta » (l'addition) etait d'un nombre egal a 
30000, de meme que l'extension vis6e par le mot « encore » ; a quoi il faut 
ajouter le nombre formel de 30000, exprim6 dans ce verset; total : 90000. 

On trouve que lorsque David vint op6rer le transport de I'arche de Tal- 
liance divine, il ne la porta pas comme la Loi le present 3 (sur l'cpaule, Nom- 
bres, VII, 9), mais its transportbretU Varcltt dc Valliance divine sur un 
chariot neuf, etc. (II Sam. VI, 3). Plusieurs fois I'arche souleva les Cohanim 
en l'air, et ils retombaient a terre. David fit alors chercher Ahitofel et lui 
demanda: Ne peux-tu pas me dire pourquoi I'arche souleve les Cohanim en 
Fair, qui retombent ensuite a terre ? Fais-le demander, r6pondit Ahitofel, a 
tous ces jiges que tu as nomm£s. David s'ecria : que celui qui saura le 
moyen de faire maintenir I'arche debout, et ne l'indiquera pas, soit pere'e par 
sa propre 6pee. Sacrifie done devant I'arche, dit Ahitofel, et elle ne tombera 
plus. Aussi, est-il dit (ibid. 13) : Aprhs que les porteurs de I'arche d'al- 
liance divine eurent marcht six pas, il igorgea un bwufetun animal gras. 
R. Hanina et R. Mena professent des avis divers a ce sujet : d'apris l'un, 
apres chaque arrSt un bceuf et un veau gras furent 6gorg6s, et au moment 
d'arriver definitivement, sept taureaux, et sept boucs furent ofiferts ; 
d'apres I'autre, & chaque station le sacrifice etait de 7 taureaux et 7 boucs, et 
lors de l'arrei final, on sacrifia un bceuf et un veau gras. Aussi Dieu reprocha 
a Ahitofel de n'avoir pas dit a David un verset que les jeunes enfants 6non- 
cent chaque jour dans la Synanogue, savoir ces mots (Nombres, VII, 9); 11 
n'en fut pas donne aux fits de Qehath, car its sont chargis du xuU&sacrl^ 
de porter sur V&paule, ettu lui as dit d'affwr-fcS 'sacrifices. De m&ne on 
trouve que lprsque Davi^I voulut creuser les fondations, 6e;jiXisv, du Temple, 
V il creusa &/1500 coud6es\de profondeur sans trouver le fond de I'abime. A la 

fin, il rencontra un tesspi qu'il voulut soulever : « Tu ne pourras pas, lui 
ditletesson. -^Pourquoi?— Je suis la pour arreter i'effort de l'abfme 
(qui, sans moi, submergerait la terre). — Depuis quand es-tu la, demanda 
David? — Depuis que Dieu a fait entendre sa voix au Sinai', disant (Exode, 
XX, 2): Jesuis Vtiternel ton Dieu, la terre a trembly s'est enfonc6e, et je 
suis placS ici pour emp6cher l'abfme de prendre le dessus. » Malgrecet aver- 
tisscment David ne I'ecouta pas, et le souleva. Aussitdt, l'abfme surgit et vou- 
lut inonder (eteindre ce monde). Ahitofel place la se7fit?pour le coup,' David 
est sur le point de sre perdre, et je vais regner. En effet, David dit: que celui 
qui sait obvier a ce danger et ne le fait pas soit finalement Strangle*. Ahitofel 

1. Rabba sur Nombres, ch. 4. 2. V. ibid., et ch. 12, et ch. 21. 



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CHAPITRE X S5 

prononga alors les parole* necessaires/et le mat fat enraye. David commen^a 
alors&entonner fes G6ntVques'(Ps. CXX) : ({antique des d^gres, chant pour 
centdegres, c*est= ; ^»dtrer"pour chaque serie Ae cent coudees,jil entonnait un 
chant. Malgre eel? (malgre son intervention) ^hitofel flnit^parStre etrangl6. 
Voil& pourquoi, dit R. Yoss6, le proverbe s'exprhntfainsi : J'homme doit 
craindre les effets dela malediction de son maitre, meme pour rien. R. J6re- 
mie ditau noqd de R. Samuel b. Isaac : le rouleau livre par Samuel 1 k David 
a ete 6cr it pgr Ahito fel, sous Inspiration de TEsprit-Saint. Etque faisait Ahi- 
tofel ? Lors<Jue quelquim allaiTle'corisulter sur un point quelconque, Ahito- 
fel lui diaait d'agir de telle ou telle sorte, et que s'il ne veut pas lui ajouter 
foi, qu'ty'aille consul terl'oracle des Ourim et Toumim. Puis, l'homme allait 
consular, et il trouvait par Toracle que la chose est bien ainsi. Aussi, est-il 
ecrit (/I Samuel, XVI, 23) ; Leconseil qu'Ahitofel donna en ce temps-Id etait 
aussijestimi que si quelqu'un eitt demande leconseil de Dieu. Pour le mot 
« qi/elqu'un », le texte n'a pas le terme homme 2 (lu ainsi, mais non 
6crj£), car la Bible n*a pas pu lui donner 1'appellation d' homme (en raison de 
so/i conseil f^cheux donn6 k Absalon). Comment fut-il eloigne? Lorsqu'Ahi- 
tcjfel oil que son conseil n'avait pas ete adoptd, il sella son dne, partita et se 
fendit chez lui (ibid. XVII, 23). Ahitofel donna trois recommandations a ses 
fils, et leur dit : 1° ne vous revoltez pas contre la royaute de David, car nous 
/voyons que la Providence Ta favorise, mSme en public; 2° ne faites pas de 
/ commerce avec celui que la chance favorise pour le moment ; 3° si au moment 
de la fete de Pentecdte, le temps est clair, "vm, semez de beaux froments 3 . lis 
n'ont pas su si par le terme precite « clair », on entend la rosee avec priva- 
tion de pluie, ou s'il s'agit d'un temps humide sans froid. 

Guehazi etait egalement un homme fort instruit dans T6tude de la Loi, 
mais il avait trois defauts : il etait jaloux, de moeurs rel&ch6es, et il ne croyait 
pas 4 la resurrection des morts. 1° jaloux; car lorsque 6lis6e occupait lachaire 
& la salle des Etudes, Guehazi s'asseyait k la porte, et comme les disciples lo 
voyaient la n'eotrant pas, ils se disaient : s'il n'entre pas, ce n'est pas k nous 
d'entrer, de sorte que le maitre professait, sans que personne en tiriit profit. 
D&s que Guehazi fut parti, les disciples se multiplierent, comme il est dit (II 
Rois, VI, 1) : Lesfils des prophbtes dirent & ftlisee: I'endroit que nous habi- 
tons est trop itroit ; c'est-a-dire il ne contenait plus la masse, by\oU de disci- 
ples qui s'y trouvaient ; 2° il etait de moeurs rel&chees, car la sunamite avait 
dit k son mari (ibid. IV, 9) : Je sais que c'tst un homme divin et saint, pas- 
sant toujours prbs de nous *. Or, dit R. Ydna, il 6tait saint, mais son disci- 
ple (Guehazi) oe l'etait pas. Selon R. Abin, £lis6e fut sinsi qualify pour n'a- 
voir jamais regarde les femmes ; selon les Rabbins de Cesar6e, il le fut pour 
n'avoir jamais vu une goutte accidentelle (seminis) sur ses v&ements. La ser- 

4. Au sujet de Tarchitecture du Temple. 2. Midrasch sur Psaume, ch. 3. 
3. V. B., tr. Baba bathra, f. 147. 4. V. J., tr. Yebamoth, II, 4 (t. VII, p. 28), 
passage a completer par les pr6sentes lignes. 



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56 TRAITE SANHEDRIN 

vante de R. Samuel b. R. Issac dit : c'est moi qui I'avais lelinge de mon mai- 
tre, et je n'ai jamais vu sur ses effets une vilaine marque (semen). Enfin 
il est dit (ibid) 27) : Guehazi s avanga pour la pousser. Par ce dernier terme, 
dit R. Yoss6 B. Hanina, on sous-entend ' qu'il voulut la saisir par ses beau- 
t6s plastiques, savoir par les seins. — 3° II ne croyait pas a la resurrection 
des morts ; car on trouve que Jorsque £lis6e vint pour ressusciter le fils de la 
Sunamite, il lui dit (ibid. 29) : P rends mon bdton en mains etva; si tu ren- 
contres quelqu'un, ne le b&nis pas pour le saluer, et s'il te salue ne lui ri- 
pondspas. Or Guehazi n'a pasagiainsi, etlorsqu'un homme le rencontrait et 
demandait : d'ou vient Guehazi et ou va-t-il ? Celui-ci repondait avec ironie 
de le laisser, car il va ressuciter un mort ; mais l'interlocuteur repliquait : Ce 
n'est pas toi qui ressuscites les morts, mais l'&ternel dont il est 6crit (I Sa- 
muel, II, 6) : Internet fait mourir et fait revivre, il fait descendre dans la ' 
fosse et en fait remonter. Le disciple revint sans avoir rien realise et re- 
tourna aupres du maitre, qui lui dit : Fftt-il seulement endormi , fenfant 
n'eQt pas ete reveille par toi (faute d'avoir observe mes recommandations.) 

Lorsque Naaman le chef des armies du roi d'Aram vint aupres d'filisee, 
ilarriva avec deschevaux et des chariots (II Rois, V, 9). Le mot cheval, dit 
R. Yohanan, ecrit au singulier, seprononce comme s'iUtaitau pluriel; c'est une 
allusion a ce que le chef offrit au prophite de Tor et de l'argent, des etoles, 
<rcoXi^, etdes etoffes precieuses, des pierres et perles fines; mais filisle ne les 
accepta pas. Aussi est-il ecrit (ibid. 16) : 11 insista pour les faire accepter, 
mais Vautre refusa. Sur ce; Guehasi vint et dit (ibid. 20) : Vive Dieuje jure 
avoir couru aprds luiet n'avoirpris de lui rien nolo ; Torthographe defec- 
tueuse (h omis) de ce dernier mot est une allusion £ ce qu'en rdalite Guehazi 
alia, le trouva, lui prit un objet et le cacha dans sa chambre *. A son arrivee 
aupres d'£lis6e, celui-ci dit : d'ou vient Guehazi et ou va-t-il ? Tu as refuse la 
recompense due aux justes. L'interpelle rtpondit (ibid. 25, 27) : Ton serviteur 
n'a itini fd ni Id. Mais il(£lisiej lui dit: Mon esprit n'est-ilpas alUldquand 
cet homme s'est retourne de dessus son cliarriot au devant de toi ? Est-ce le 
temps de prendre de Vargtnt et des vStements pour acheter des oliviers, des 
vignes, du gros et du menu bet ail, etc ? Cest pourquoi la Idpre de Naaman 
s'attacherad toi 3. II est ecrit (ibid. VII, 3) : // y avait d Centric de la porte 
4 hommes Upreux. Ce furent, dit R. Juda au nom de Rab, Guehazi et ses 
trois fits. II est <5crit (ibid. VIII, 7) : Blis&e vint d Dam as, et Ben-Hadad roi 
cVAram tomba malade. Qu'etait-il venu faire la ? II elait venu pour se rap- 
procher de Guehazi ; mais il le trouva enticement pris (occupe) ce jour la. Ce 
fait prouve que parfois on repousse de la gauche quelqu'un que Ton rappro- 
chera de la main droite. H. Yohanan interpr&te de m6me ces mots (Job, XXXI, 
32) : Jamais Vitranger ne passait la nuit en plein air (pris de moi) ; mes 
portesitaient toujours euvertes au voyageur ; c'est-a-dire on repousse parfois 

1. Par jeux de mots entre nam, il la poussa, et ms> Tin, V eclat de sa beauti. 
2. V. Rabba sur Nombres, ch. 7. 3. Rabba sur L6vitique, ch. 16 et 17. 



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CHAPITRE X W 

de la gauche, ei Ton rapproche avec la droite (mime ceux qui ne meritent pas 
d'ttre recaillis). Co n'estpas ainsi qu'agit £lis6e, qui repoussa Guehazi des 
deux mains. Aussi, filiate tomba doublement malade, d'abord comme tout le 
monde, ensuite pour avoir repouss6 Guehazi. 

R. Hanania et R. Josue b. Levi disent : lorsque les docteurs com parent et 
dirent que « trois rois et quatre simples Israelites n'ont pas de part A la vie 
future », on avait voulu compter aussi parmi eux Salomon ; mais une voix 
celeste se Gt entendre et dit (ibid., XXXIV, 33) : Dieu prendra-t-il ton avis 
pour punir un tel homme ? Te dira-t-il « Sois son juge & ma place, parte 
selon ce que tu sais ? * David vint alors s'etendre devant eux pour les sup- 
plier de n'en rien faire ; selon d'autres, une flamme de feu sortit du Saint des 
Saints et br&la autour d'eux (en signe de protestation). En outre, Ha qui avait 
('habitude de jedner lors d'un malheur public, pour obtenir de la Providence la 
cessation du mal, ne vit plus ses prieresexaucSes, de puis le jour ou il flt partie 
des docteurs qui avaient compte Salomon parmi ceux qui n'ont pas de part a 
)a vie future. Les interpretes hagadiques de la Bible disent 1 que tous ont part 
a la vie future, selon ces mots (Ps. CVIII, 9,): A moi Guilad, & moiMenassi; 
Ephraim est la force de ma ttle, Juda est mon tigislateur,Moab est le vase de 
mon ambition ; sur Edom je jette ma sandal e. Or, « a moi Guilad » e'est 
Achab roi d Israel, qui est tombe k Ramoth Guilad ; « AmoiManassg », 
selon le sens naturel (Manasse roi de Juda); « Ephraim est la force de ma t*te», 
savoir Joroboam (lis de Nebat d'Ephrath ; « Juda mon legislateur », e'est 
Ahitofel ; Moab est le vase de mon ambition » ou Guehazi ; « sur Edom je 
jetterai ma sandale », sur Doeg TEdomite. Israel dit devant TEternel : Mattre 
de 1'univers, qu'allons-nous devenir depuis que David roi d'lsraSl nous traite 
avec m6pris ? il ditde nous (Ps. LV, 24) : les gens sanguinaires et rusis ne 
partagent pas leurs jours. Dieu leur r6pondit : Montez pour devenir compa- 
gnons Tun de l'autre, selon ces mots (Ps. LX, 10) ; Sur moi, Philistin, 
fais des acclamations en ce sens : Montez Philistins,montez pour leur inspirer 
le goftt des bonnes csuvres, pour qu'ils soient amis lesunsdes autres. 

3. Les contemporains du deluge n'ont pas de part k la vie future et ne 
ressusciterontpas au jour dujugement dernier, car il est dit (Gen&e, VI, 
3) : Mon esprit ne jugera pas toujours en V homme ; les hommes de 
cctte generation n'ont done a esperer ni jugement, ni nouveau souffle. 
La generation du temps de la dispersion des hommes (tour de Babel) 
n'a pas de part k la vie future, car il est dit (ibid. XI, 3) : Dieu les dis- 
persa de la sur la surface de toute la terre ; or, « Dieu les dispersa > 
en ce bas monde, et illes dispersa c de \k >, les 6cartant dela vie future. 
Les habitants de Sodome n'ont pas de part k la vie future, car il est di, 
(ibid. 11) : Us habitants de Sodome elaientdes impies etde Iris grands 

1. Rabba sur NOmbres, ch. 14. 



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58 TRAIT* SANHEDRIN 

peclieurs contre YElernel; « impies «> en cc bas monde, et cp£cheurs» en 
la vie future. Mais ils ivssusciteront pour le jugement dernier. R.N6h6- 
miedit : ni lesuns, ni lesautres, ne ressusciterontpour lejugement, comme 
il est dit (Psaume I, 5) : Cesl pourquui les impies rC 'assisleront pas en 
justice, ni les pechcurs dans la cummunaxite des pistes. Les premiers 
mots, « aussi les impies n'ussislero Upas en justice », s'applicjuent aux 
contemporainsdu d61uge ; et la suits, a ni les pecheurs », se refere aux 
habitants de Sodome. Mais on lui ohjecta cecl : ils ne se trouvent pas, il 
est vrai, « dans la communaute des justes >, mais ils sont parmi les 
impies (qui assisteront au jugement dernier). Les explorateurs n'ontpas 
dc part k la vie future, car il est dit (Nombres', XIV, 34) : Ils mouru- 
rent les hommes qui repandirent a faux d'aussimauvaises nauvelles sur 
le pays, par la peste, devant Vfiternel. Or, « ils moururent » en ce bas- 
monde ; c par la peste,> pour la vie future. 

4. Ceux qui sojournment (40 ans) au desert n'ont pas de part k la vie 
future, et ils n'assisteront pas au jugement dernier, car il est dit (ibid. 
35) : dans ce desert ils seront aneantis 9 etils muurront la. Tel est l'avis 
de R. Akiba Selon R. Eliezer au contraire, k eux s'applique ce verset 
(Ps. L, 5) : As<embleZ'tnoi mes gens pieux qui ont conclu avec moi une 
alliance par le sacrifice. La horde de Qorah ne remontera plus du sol, 
car il est dit (Nombres, XVI, 33) : la terre les a reconverts, en ce bas- 
monde, et ils ont disparu de la communaute, en la vie future. Tel est 
l'avis de R. Akiba JR. EliSzer au contraire dit de leur appliquer ces 
mots (I Samuel, II, 6): L'£ternel tueet ressuscite, il fait deseendre 
dans la fosse et en fait rcmonter. 

5. Les dix tribus ne reviendront plus, car il est dit (Deuteron. XXIX, 
28) : II les rejettera dans un auhe pays *, comme ce jour ; or, comme 
c ce jour > une fois 6coul6 ne revient plus, de m6me les dix tribus 
partiront etne reviendront plus. Tel est Tavis de R. Akiba. R. EliSzer 
au contraire dit : comme le jour aprfes avoir et6 sombre redevient 
clair, de mfeme les dix tribus dont le sort aura ete obscurci, brille- 
ront d'une nouvelle clarte. 

Les « contemporains du deluge » (§ 3) ne verront pas le monde futur, 
comme il est dit(Genese, VII, 23): 11 fit disparaitre tous les tires, en ce bas 
monde, et ils disparurent de la tei're, dans le monde futur. On a enseigne* 
qu'au dire de R. Neh6mie, Ton peut tirer une deduction de ce qu'il est dit (ibid. 

1. Dans 8es Jahrbucher furjiidische Geschichte u. Literatur, an I, p. 65, n. 7 
N. BrQll rappelle qu'au livre IV d'Ezra (c. XIII, ed. Volkmar, p. 193), il est dit 
que ces tribus ont ete exilees dans un pays inhabite, k Arzareth, et que ce mot 
est la forme latinisee demriK yiM, « autre pays ». 



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CHAPITRE X 89 

\l 3 S):monespritnejugerapastoujours en I'homme; selon R. Juda, il 
faut entendre par ces mots que Dieu dit ne plus vouloir mettre son esprit (ou 
souffle) en eux lorsqu'il le rendra aux autres hommes (dans la vie future) ; 
selon R. Simon, il faut entendre par Ik que Dieu dit ne plus mettre son esprit 
en eux lorsqu'il donnera aux justes la recompense de leurs bonnes oeuvres. 
D'autres expliquent ces mots en ce sens que Dieu dit ne pas vouloir rendre le 
souffle k son 6tui corporel. R. Josu6 b. Levi dit que leur bouillonnement (des 
eaux) tendait a l'an^antissement (des habitants), comme il est dit (Job, VI, 
17): Au temps de la secheresse, elle sivarwuU ; aux premier cs chaleur s, elle 
disparait de son lieu; orle mot « chaleur » vise leur ardeur (au mal). R. 
Yohanan dit: chaque goutted'eau que Dieu fit pleuvoir sur les contemporains 
du deluge avait e\6 chauffee d'abord dans l'enfer, puis versee sur la terre, 
selon les mots (ibid.): dans sa chaleur elle disparait de son lieu. Chez R. 
Hiskia et Rabbi, on dit que Dieu juge les impies dans l'enfer pendant un an ; 
d'abord, il fait pSnetrer au milieu d'eux le malheur (? xdbwt), puis il les mene 
dans le feu; et lorsqu'ils errentdans la souffrance, il les ramenedans la neige, 
d'ou ils jettent des cris, comme il est dit (Ps. XL, 3) : llm'a fait remonter de 
la fosse du mugisstment (des eaux), de la boue du bourbier, pin ; par ce 
dernier terme, il est fait allusion k la place oil ils poussent des gemissements 
rjn. Mais apres avoir subi leur jugement, ne devront-ils pas aussi leur part k 
la vie future ?Non, car il est dit (Proverbes, XIII, 1): le moqueur rticoute 
pas la reprimande (its n'en sont pas dignes). — « Les habitants de Sodome 
n'ont pas de part a la vie future 1 , et ne verront pas le monde k venir, car il est 
dit (Gen6se, XIII, 1 1) : Les habitants de Sodome sont des impies pichant 
enters l'£ternel. lis sont impies et picheurs en ce bas-monde, gravement 
dans la vie future. Selon une autre explication, ils sont impies (mechants) les 
uns envera les autres, pticlieurs en fait de relations illicites, envers Vltternel 
par ridol&trie, gravement par Thomicide. 

« La generation qui a v6cu au d6sert n'aura pas de part a la vie future » 
(§ 4); elle ne verra pas le monde k venir, car il est dit (Nombres, XIV, 35): 
dans ce desert ilsfiniront, et Id ils mourronl ; e'est-fc-dire ils finiront en ce 
monde, et ils mourronl dans le moode futur. De m6me il est dit (Ps. XCXV, 
4 i) : fai jure dans ma colbre qu'ils ne viendrontpas dans mon repos. « Tel 
estTavis de R. Akiba; selon R. Eii6zer, on leur applique ce verset (Ps. L, 
5) : Rassemblez-moi mes gens pieux qui concluent mon alliance sur le sacrifice. 
R. Josu6 dit 2 d'invoquer ces mots (Ps. CXIX, 106): faijurietje tiendrai, 
car il arrive parfois de ne pas donner suite k un engagement. Hanania, neveu 
de R. Josu6, dit d'invoquer ces mots (Ps. XCV, U):faijure dans ma cotere; 
or, sur un serment prononce ainsi, on peut revenir. On a enseign6 que R. 
Simon b. Menassia dit de leur appliquer le verset « Rassemblez-moi mes gens 
pieux, qui concluent mon alliance sur le sacrifice ; » mes gens pieux sont 
ceux qui m'ont fait la grdce de m'ecouter : qui concluent mon alliance, par 

1. Ibid., ch. 41. 2. J., tr. Haghiga, 1, 1 (t. VI, p. 266). . 



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60 TRAITE SANHEDRIN 

allusion k l'ordre severe qui a frappa les survivants au desert ; sur le sacri- 
fice, que les croyants out offert et egorg6 en moa noon. On a enseigne que R. 
Joaue b. Qorha dit qu'au sujet de ces generations il est ecrit (Isaie, XXXI, 
10) : Ceux que CEtcrnel a rachetes retourneront & Sion, etc. Rabbi dit : les 
uns et les autres (les gens de la generation du desert et les membres des dix 
tribus) ont part a la vie future, comme i! est dit (ib. XXVII, 13) : II arrivera 
en ce jour que lagrande trompette retentira, et viendront ceux qui etaient 
tgarte dans le pays d'Assyrie, savoir les dix tribus, ceux qui itaient repous- 
ses en Eyypte, la generation qui erra dans le desert ; les uns et les autres se 
prosterneront devanl VEterneU sur la montagne sainte, d Jerusalem. La 
horde de Qorah n'a pas de part a la vie future et ne verra pas le monde a 
venir, car il est dit (Nombres, XVI, 33) : la terre les rccouvrit, en ce bas 
monde, et ilsfurent perdus au milieu de l y assemblies pour le monde fulur. 
On aenseign6 que R. Juda b. Bethera dit de tirer une deduction du teste 
suivant (Ps. CX1X, 176) : Je me suisegari comme un agneau perdu; cher- 
che ton serviteur ; or, comme en general un objet perdu finit par 6tre re- 
trouvg, de m6me la perle dont il est question dans ce verset sera retrouvee un 
jour (dans le monde fulur). Qui pria en leur favour 4 ? Selon R. Samuel b. 
Nahman, Moi'se pria Dieu pour eux, puisqu'il est dit (Deut6ron. XXXIII, 6) : 
Que Ruben vive et nemeure pas. Selon R. Josue b. Levi, Hanna pria pour 
eux ; c'est Pavis qu'au fondle meme rabbi a exprirne endisant : la horde de 
Qorah allait toujours s'enfon$ant de plus en plus sous terre, jusqu'4 I'arrivee 
de Hanna, qui pria pour eux, en disant (II Samuel, II, 6) : U&lernel tue et 
ressutcite, il /ait descendre dans la fosse et en fait remonter. 

Les dix tribus (§ 5) n*ont pas de part a la vie future, et elles ne verront 
pas le monde & venir, comme il est dit (Deuteron. XXIX, 28): 11 les rejettera 
dans un autre pays y comme cejour; or, comme « cejour » une fois ecoule 
ne revient plus, de meme les dix tribus partiront et ne reviendront plus. Tel 
est l'avis de R. Akiba. R. Simon b. Juda habitant de Kefr-Ebous expliqu* 
le verset pr£cil6 en ce sens : si leurs actions sont comme en « cejour », ils 
ne reviendront plus ; sinon, ils reviendront — 9 . 

Antonin vint aupres de Rabbi 3 et lui demanda de prier Dieu en sa favour. 
Rabbi pria et dit : puisse Dieu te preserver du froid, car il est dit(Ps. CXLVll, 
17) : devanl la rigueur de son froid, qui peut rtsister. Rabbi, lui dit Anto- 
nin, ceci n'est pas un souhait important, car il suffit de se couvrir d*un velo.- 
ment suppl&nentaire pour ne plus "avoir froid. Rabbi s'6cria alors: puisse 
Dieu te preserver de la chaleur que subit parfois le monde I Voila une vraie 
priere, dit Antonin, et puisse-t-elle Stre exaucSe, car il est dit (Ps XIX, 7) : 
rienrtechappe au soleiL R. Yohanan dit : la horde de Yofcanan b. Qorah * 

1. Cf. ci-dessus, § 1. 2. Suit un passage traduit au tr. Mtghilla, I, 10 (t. 
VI, p. 221); Cf. J., tr. Aboda Zara, III, 1 (fol. 42c). 3. Rabba sur L^vitique, ch . 
16. 4. Composto de gens qui, malgr£ l'opposition de J6r6mie, tonigrfcrent 
alors en Egypte. 



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CHAP1TRE X 64 

n'a pas de part k la vie future, comme il est dit (Osee, V, 7) : lis ont piche 
a.nire VE-.:rr,cU car ils Qnicr.gaidrc o\ serf ants ttranjers; m.rinlenant % 
un mois les devorera avec leurs biens (tant ils etaient impies). R. fi.'eazar et 
R. Juda expriment a ce sujet des avis divers : d'apres Tun, ils ne furent exi- 
les que lorsqu'ils furent incirconcis (qu'ils renoncerent k la circoncision) ; 
d apres l'autre, ils furent exiles k partir du jour oik ils furent b&tards. Selon 
le premier avis, ils gtaient eux-m£mes transgresseurs des preceptes bibliques 
tels que la circoncision ; selon le deuxieme avis, ils etaient b&tards par la fau- 
te de leurs peres (et non de leur faute). R. Yohanan dit : l'exil d'Israel eut 
lieu lorsque les isra&ites se divis&rent en 24 (un grand nombre de) groupes 
d'heretiques, selon ces mots (EzSchiel, II, 3): Fils de Vhomme, je Venvoie 
vers les fils & Israel, vers les nations rebelles qui se sont revolties contremoi ; 
eux et leurs anctlres ont pechi contre moi, jusqu'd ce jour. R. Berakhia et 
R. Hellx/clisent au nom de R. Samuel b. N ah man qu'IsraSl a 6te exil6 en 
trois provinces differentes, une fois au deli du fleuve Sabbation, ensuite k 
D^p h n ^i pr£fl Antioche, enfm dans un endroit ou un nuage descendit sur les 
exiles et les enveloppa (ou ils disparurent). Comme/les dix tribus ont subi 
tour k tour trois exils, de m&ne les tribus de Ruben et Gad, ainsi que la demi» 
tribu de Manass6 ont subi trois exils, selon qu'il est dit (ibid., XXIII, 31): 
Tu as marchtpar le chemin de la scsur; aussi je mettrai sa coupe en tes 
mains. Lorsque les unes reviendront de l'exil, les autres retourneront aussi 
en Palestine, comme il est dit (Isai'e, XL1X, 9) : Pour dire d ceux qui sont 
garrotUs « sortez »,ce sont ceux qui ont 6t£ exiles au-deladu fleuve Sabbation, 
d ceux qui sont dans les t&nebres, « montrez-vous », c'esW-dire a ceux qui 
ont 6te exiles dans un lieu oil un nuage est descendu sur eux et les a env*- • rx ' 
loppes. Ils paitront sur les chemins (ibid), et leurs pdturages seront sur les , 
lieux ilevis, par allusion aux exiles k Daphng pres Antioche. r 

64. Les habitants d'une ville qui se livre k l'idol&lrie n'ont pas de 
parti la vie future, car il est dit (Deut6ron. XIII, 13) : des gens sans 
aveu * sont sortis de ton seiti el ont seduit les habitants de leur vttteT 
risleroht seulement tues, lorsque les d6tracteurs sont de la m&me ville 
et dela m&me tribu, que la majorite des gens aura 6te detourn£e, et ce, 
par des hommes. 

Si les d&racteurs sont des femmes, ou des mineurs, ou si la mino- 
rity est seule livr6e k ridolfttrie, ou si les detracteurs sont des gens du 
dehors, on les consid&re comme isoles. 

Pour chacun d'eux, il faudra deux t6moins et un avertisseraent, avant 

de pouvoir les condamner de ce fait. Toutefois, le cas de gens isol& a 

ceci de plus grave que des gens nombreux, rSunis, en ce que les isol£s 

sont condamnSs k la peine de mort par la strangulation, k la suite de 

1. Voir N. Brull, Jahrbiicher etc. t an I, p. 64. 2. Jeu de mots sur S?*ba, 
qui, d£compos6 en deux mots, peut se traduire : qui ne monte pas* 



f '/ 



s 



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62 TRAITK SANHEDRIN 

quoi, leur fortune est sauve (et revient a leurs h^ri tiers), tandis qu'un 
ensemble de malfaiteurs sera condarani k la decapitation, avec privation 
de leurs biens. 

« Une ville » est condamnee si elle est dans ces conditions, non un village 
ni mGme un fort bourg. • ^ 

II ne faut pasqu'il y ait moins de cinq hommes d6tournes, ni plus de dix, 
pour constituer la culpability. Tel est i'avis de R. Meir. Selon R. Juda, it 
devra y avoir & cet effet au moins cent membres de la tribu, jusqu'4 la ma- 
jeure partie de ceux qui la composent. Si deux hommes n'ont entrain^ k 
Tidol&trie que deux individus d'une ville (dont Je reste a 6te entraine par d'au- 
tres personnes), est-ce que ces deux subirontla loi des detracteurs et seront 
passibles de ia peine de la lapidation, ou seront-ilsconsideres comme seduits 
et subiront-ils la peine dela decapitation ? De mSme, s'il y avait dans la ville, 
outre les habitants, quelques Strangers, ces derniers comptent-ils pour par- 
faire le nombre devant servir a constituer la crimirialite ? En outre, s'il y a 
dans la ville des viviers contenant des animaux sauvages, ou des oiseaux, ou 
des piscines avec poissons, ou des oiseaux dont les nids sont au moins a dix 
coudees au dessus du sol, faut-il aussi les detruirc comme des biens de la 
ville ?(diverses questions non resolues). R. Simon dit * : la peine du feu est 
plus grave que la lapidation; selon les auires docteurs, c'est Tinverse, la lapi- 
dation est plus grave que la peine du feu. R. Simon dit que la strangulation 
est pire que la decapitation ; les autres docteurs disent ('inverse. 

(5)11 est dit (Deut. XIII, 13) : tu frapperas les habitants de la ville au fil 
de Vip&e, etc. Ceci nous enseigne que les &niers et les chameliers qui 
passent d'un endroit k l'autre, peuvent sauver une telle ville 2 . Puis il 
est dit : Metsla en anathbme avec tout ce qu'elle contient, et tue m bes- 
tiauxpar le sabre. On en conclut ceci : mSme les biens des justes se trou- 
vant dans ceite ville devront etre aneantis ; mais ce qui est en dehors 
d'elle sera sauvS; tandis quele bien des impies, soit dans elle, soit au 
dehors, devra fitre anSanti. 

8 (6) 11 est dit (ib. 17) : tu riunirastout le butin sur la place publique, 
etc. S'il n'y a pas de place publique, on en fait une ; s'il y en a une au- 
pr&s d'elle au dehors, on y r&init le butin amassS. Puis: tu bruleraspar 
le feu la ville avec tout le butin, enti&rement a I'Eternel ton Dieu, non ce 
quiappartient au ciel. On conclut de \k que Ton devra racheterles sain- 
tet£s qui s'y trouvent. On laissera pourrir sur place les oblations sacerdo- 
tales ; on enfouira la seconde dime et les ecrits sacrSs (la bible). « En- 
tterement k Tfiternel ton Dieu > ; e'est que, selon R. Simon, le tr^s saint 

1. V. ci-dessus, VII, 1 et 4. 2. S'ils sont rest£s fiddles, ils font ben^Gcier 
leurs compatriotes nouveaux de leur propre fidelite, aprfcs 6tre restes au moins 
trente jours en ville. 



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CHAPITRE X 63 

dit : si vous exercez une stride justice 4 regard de la ville idol&tre, je 
considererai ce sacrifice k T6gal d'un holocauste offert devant moi. 
Elle sera un monceau tternel, qve Von ne reedifiera pas, et ne sera 
mfimepas transformee en jardins, ou potagers. Tel est 1'avisdeR. Yosse, 
legaliteen. R. Akiba dit : « ellene sera plus reconstruite > telle qu'elle 
etait d'abord, % mais on pourra convertir le sol en plantations de jardins, 
« El tu ne garderas ricn en main de la miseen analhemc a/in que V&- 
ternel revienne sur les effete de sa colbre, donne les preuves de sa miseri- 
corde, qu'il ait pitie de toi et le fasse grandir ; car aussi longtemps 
que les impies sontde ce monde, la colore k leur 6gard subsiste ; mais 
avec leur destruction, la colfere disparait du monde. * 

Selon R. Simon *, comme il est dit (pour la ville idol&tre) : « ses bestiaux », 
on n'englobe pas dans la destruction les premiers-n6s 2, ni les dimes qu'elle 
cootient ; « sod butin », non l'argent consacr6 au culte, ni la seconde dime 
qu'il y a 3 . R. Yoss6 b. Hanina demanda : comment estimera-t-on ce qui se 
trouve dans Tangle special a quelques femmes pieuses ? (Est-ce comme des 
v&ements leur appartenant, ou comme des biens gdneraux ?) On peut savoir 
largponse de ce qu'il est dit (ibid.) : Selon R. Simon, on d6duit de Tex- 
pression ses bestiaux de n'englober dans la destruction totale, ni les pre- 
miers-nes d'animaux (meme defectueux), ni les dimes qu'elle contient, et de 
l'expression son but in de ne pas englober 1'argent consacr6 au culte, ni la 
seconde dime qui se trouve dans une telle ville (de ro§me, les biefcs des fem- 
mes pieuses ne soot pas a l'egal des autres biens). Celui qui use des biens 
consacres qui se trouvent dans une ville livree a l'idol&lrie (et vou£e k la 
perte), selon R. Yohanan, ne com met pas de prevarication ; selon R. Simon 
b. Lakisch, il en commet une. R. Yohanan objecta a R. Simon b. Lakisch : 
comment peut-on soulever la question de prevarication a regard de gens con- 
damn6s a mort ? Or, lorsqu'ilest dit 4 qu'en 5 cas d'obligation du sacrifice 
expiatoire ily a aussi la peine de mort, on devrait dire qu'il y a 6 cas, en y 
comprenant le cas de la ville condamnee ? II y a ceci de particulier pour elle, 
fut-il repondu, que mSme l'holocauste d'une telle ville doit perir (comme tous 
ses sacrifices). R. Iladit au nom de R. Simon b. Lakisch : c'estune prevarica- 
tion d'user des saintetes d'une telle ville, pour le cas justement oft un 
detracteur (un habitant devenu infid&le) aura consacre un animal. Pour- 
quoi ne pas Toffrir en sacrifice ? (Au lieu de le faire perir, ne vaudrait-il pas 
mieux le racheter apres la survenue d'un defaut, et offrir un autre animal 
pour le montant ?) C'est qu'il est dit (Proverbes, XXI, 27) : Le sacrifice des 
impies est une abomination (on n'offre rien venant d'eux). — 5 . 

R. Simon dit (§ 8) que Ton peut s'en rendre compte para fortiori : si les 

1. Tossefta a ce traite, ch. 14. 2. Des animaux m£me defectueux. 3. Ce 
n'est plus le bien de la ville. 4. Mischna, tr. Temourd, IV, 1. 5. Suit une 
phrase traduite au tr. Baba Qamma, IV, 8 (t. X, pp. 39-40). 



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«4 TRAITE SANlrflDRIN 

biens qui n'ont pas de connaissance, ue sackant faire ni le biea ni le mal, 
dont vou£s au feu selon le pr6cepte biblique, parce qu'ils ont caus6 une com- 
munautede sejourentre les justes et les impies ; a plus forte raisoo celuiqui 
aappliqu6 son esprit & d^tourner son prochain du bon cheroin pour le faire 
pencher vers le mal m6rite d'etre puni. R. fileazar dit : on peut invoquer, 
com me preuve & l'appui de la destruction obligatoire des biens d'une telle 
ville, ce qui arrivfe a Lot ; il n'a sSjournS k Sodome qu'en raison de son avoir, 
et il add quitter la ville entiereraentdepourvu de tout, comme il est dit (Gene- 
ae, XIX, S3) : hdte-toi de te sauver Id-bas, qu'il te suffise desauver ta vie. II 
est 6crit (I Rois,XVI, 34) : De son temps, Hiel de Beth-El construisit Jtri- 
cho; quel rapport y a- t-il en tre Hiel descendant de Josafat, et Jlricho des- 
cendant de Benjamin ? On rappelle ces fails, pour attribuer Facte coupable 
(dtfendu) k celui qui Ta commis *. De mfime il est dit (ibid.) : Par Abiram 
son aini il Va fondle, et par Sigoub son puini il a posises portes. Par ce 
dernier il pouvaitse renure compte de ses fautes, et comme ils eurent tous 
pour but une augmentation de richesse, ils furent au contraire frappSs de 
malheurs. Ils marcherent en vacillant, comme il est dit (ibid.) : selon la pa- 
role de Vftternel Dleu &Isra2l, qu'il aexprimee par Vintermidiairede Josut, 
filsde Noun Aleut dit (Deuteron, XIII., 17) : Lefeu brUlera le tout&Vtiternel 
ton Dieu f et qu'il ne te reste rien en main. On a enseign6 que R. Simon b. 
fillazar dit 2 : ils (Hiel et les siens) n'ont pas reconstruit Jericho mftme, mais 
une autre ville, A laquelle ils donndrentce nom, supposant qu'apres l'avoir 
6difi6e nouvellement, il est permis de l'habiter (que la defense de restau- 
ration prononcge par Josu6 ne lui est pas applicable). Pourtant, disent 
R. Yoss6 et R. Josue b. Qorha, de ce qu'il est ecrit (Jo sue, VI, 56) : Maudit 
soit celui qui reconstruirait cette ville deJiricho y on conclut la defense de 
reconstruire mime une autre ville qui porterait ce nom ; c'est permis k la 
condition de lui donner un autre nom. De mime qu'apres sa reconstruction 
(par d'autres) il est permis de Phabiter ; il en est demgme de la defense de 
retourner en figypte pour y demeurer d6finitivement,car il est dit (Deuteron., 
XVII, 16) : Vous ne continuerez plus & retourner par ce chemin ; pour 
le domicile fixe, c'est inlerdit ; mais c'est permis dans un but d'achat, ou 
d'affaires, icpcr/porch, ou de conqu6te. 

CHAPITRE XI ' 

i 

4 . Voici ceux qui sont condamnSs k £tre Strangles : celui qui frappe 
son p&re et sa mire, celui qui viole un homme, Tancien qui agit contrai- 
reraent k la decision du grand tribunal de Jerusalem (Deut6ronome, 
XVII, 12), un faux prophfete, celui qui prophase au nom d'une divi- 
nity paienne, celui qui commet un adult&re avec une femme marine, 

1. Voir § 2 commencement, les explications. S. Tossetta k ce tr., cb. XIV. 



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CHAPITRE XI 65 

les faux t6moins qui ont depose que la fille d'un cohen a commis un 
adultfere et qui ont 6te convaincus de faux, celui qui coramet un adul- 
tire avec la fille d un cohen qui est marie. Celui qui frappe son pfere ou 
sa mere n'est condamne k mort que s'il a fait une blessure. Voici sous 
quel rapport la malediction est plus grave que le coup : celui.qbrmaudit 
sonp&reetsa mfere, en prononjant la malediction quijgst punie de 
mort, est condamne quand m£me il le fait apres la mort de ses parents, 
tandis que celui qui frappe son pere ou sa mere apr&s la mort n'est pas 
condamne k mort (puisqu'apres la mort il n'y a pas de blessure). 

On connatt la defense de frapper son pere et sa mere, de ce qu'il est dit 
(ibid. XXV, 3) : II le frappera de 40 coups, pas davantage (d'oili Ton deduit 
la defense de blesser son procbain) ; or, par a fortiori on peut en conclure k 
la defense de frapper ses parents 4 . Si celui qui doit, en vertu d'un ordre bi- 
blique, frapper son prochain, ne devra pas donner un coup de trop; k plus 
forte raison celui qui n'a pas d'ordre pour frapper recevra la defense de frap- 
per. « II n'est condamne k mort, est-il dit, que s'il a fait une blessure. » Par 
quelle blessure devient-il coupable (et 4 quel caslesien est-il comparable)? La 
compare-t-on k celle qui serait faite un jour de sabbat, ou la juge-t-on sous le 
rapport du dommage? Car, si on la compare k la defense de blesser quel- 
qu'un pendant le sabbat, celui qui frappe est coupable m£me s'il ne cause pas 
de defaut corporel ; si au contraire on examine la blessure sous le rapport du 
dommage, il n'y a de culpabilite qu'en cas de lesion de l'organe, et non pas du 
mal seul ? (question non resolue). 

2. Celui qui vole un homme n'est condamne k mort que s'il l'a amen6 
chez lui et s'il l'a vendu ensuite. R. Juda dit qu'il n'est condamne k 
mort que s'il l'a amene chez lui et s'il s'est fait servir par lui avant de 
le vendre, comme il est dit (Deut6r. XXIV, 7) : s'il Va asservi, et Va 
vendu ; si quelqu'un a vole son fils et s'il l'a vendu, il est condamne k 
mortd'apres R. Ismael le fils de R. Yohanan b. Broqah; mais les autres 
docteurs disent qu'il n'est pas condamne k mort. De mftme celui qui a 
vole un individu k moitie esclave et k moitie afifranchi sera condamne, 
§elon R. Juda; les autres docteurs ne le condamnentpas. 

il^L'ancien qui agit contrairement k la decision du grand tribunal de 
Jerusalem est condamne k mort, car il est dit (Deuteronome, XVII, 8) : 
lorsqu'une affaire te sera Irop difficile a dimeter, dans une cause crimu 
nelle ou civile. II y avait dans le temple trois tribunaux, dont le pre- 
mier siegait pres la porte dite de la montagne sainte ; le deuxieme 
siegait plushaut, prfes la porte du parvis, et le troisiftme occupait la 
place la plus 61evee, en siegant dans la cellule au bois. 

1. Mekhilta, section Mischpatim. 

T, xi 5 



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66 TRAITfc SANHtiDRIN 

Si dans la province un ancien n^tait pas d'accord avec les autres 
juges sescollfegues, ilvenait aveceuxi Jerusalem, d'abord a premier 
tribunal qui si6gait & Yentrte de la montagne sainte et disait c Voici 
mon opinion, voici celle de mes coll&gues; qu'en dites-vous?» Sice 
tribunal avait sur ce point line tradition, il la leur communiquait ; 
sinon, ils allaient au deuxi&me tribunal s&mt au parvis, pour lui dire : 
c Voici mon opinion, voici celle de mes collfegues ; qu'en dites-vous? > 
Si le deuxiftme tribunal avait une tradition, il la disait ; sinon, ils 
allaient tous au grand tribunal supSrieur, dont la juridiction s'Stendait 
sur toutlsrael, selon ces mots (ibid. 17) : de Vendroit que Dieu choisira. 
Cet ancien en retournant dans sa ville 6lait bblig6 de se conformer k la 
decision du tribunal de Jerusalem. Cependant, s'il continue & enseigner 
comme auparavant, sans 6gard pour Topinion du tribunal de Jerusalem, 
il n'est pas condamn6 ; mais s'il fait ex6cuter sesjugements contrairesi 
la decision du tribunal de Jerusalem, il est condamn6& mort, selon ces 
mols (ibid. 12) : Vhomme qui agit avec premeditation , etc. Le disciple 
qui a rendu un jugement pareil pour le faire exScuter n'est pas con- 
damn6 4 mort ; de sorte que la circonstance aggravante (qu'il ose rendre 
ce jugement sans avoir Tautorisation) devient pour lui un avantage (qui 
Texonfere de la peine de mort). 

— i. Pourquoi, selon R. Yohanan B. Broqah, celui qui a vole son fils etl'a 
vendu est-il condamne ? Parce qu'il est dit (ibid. XXIV, 7) : des fils d'lsrael 
(done, la defense se rapporte m6me k un pere, k 1'egard de son propre fils). 
Pourquoi les autres docteurs ne le condamnent-ils pas ? Parce qu'il est ecrit 
(ibid.) : de ses frdres, d'ou Ton peut inferer que la loi ne concerne pas le fils. 
Pourquoi R. Juda est-il d'avis de condamner celui qui a vote un individu k 
moitte affranchi et k moitie esclave ? Parce qu'il est dit : « de ses freres, » ne 
le fut-il qu'en partie, il y a vol d'homme ; les autres ne condamnent pas un tel 
vol parce qu'ils deduisent de ladite expression « de ses freres » qu'il doit s'a- 
gir d'un homme entterement frere. 

De ce qu'il est ecrit (ibid. 8) : lorsquune affaire sera trop difficile pour tot 
& dimeter (§ 3), on conclut qu'il s'agit de rhomme leplus capable du tribunal 
de r6soudre les difficulty K L'expression pour toi vise rhomme de conseil ; le 
#errae suivant "Ul (affaire) a aussi le sens de parole (ou rhomme qui sait park- 
ier); entre le sang et le sang, entre celui des menstrues et celui de la virginity, 
ou entre celui des menstrues et celui d'une gonorrhee, ou de la lepre; entre 
un jugement etCautre, entre une cause financiereet une question capilale, 
ou entre la penalite de la lapidation et celle du feu, ou de la decapitation, ou 
de la strangulation; entre une plaie et Vautrc, entre un lSpreux enfermS pro- 

1 . En tftte de ce § 2, est un passage d6j& traduit ci-dessus, VIII, 3 ; Cf . tr. Baba 
Qama, 111, 4. 2. Siflri, section Schoflim, n» m. 



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CHAPITRE XI 67 

visoirement et celui qui Test deflnitivement, entre les plaies des individus et 
celles des vetements, ou des maisons. Les paroles ; par ce terme on entend 
Facie de faire boire l'eau d'epreuve a une femme soupQonnee d'adultere, ou la 
gemsse sacrifice pour un homicide au meurtrier inconnu, ou la purification 
qui suit la guerison d'un lepreux; de disputes, terme qui vise les estimations, 
les mises en anatheme, les echanges, et les consecrations, tu te Ibveras, de la 
seance du tribunal, et tu monteras vers la ville qui exige unemontee (ou Jeru- 
salem). Selon une autre explication, tu monteras pourte rendredel& a lamai- 
son detection *, qui ne sera erigge que sur une hauteur de la terre, comme il 
est dit (EzSchiel, XVII, 23) : Sur la haute montagne d'lsraM je le plantei % ai, 
et id ilproduira des branches et donnera du fruit. — Et tu viendras (con- 
tinue le verset du Deuteron. XVII, 8); ce terme superflu vise Textension au 
tribunal de Yabneh (sile tribunal sup6rieur s'y installe) ; c'est-a-dire, expli- 
que R.Zeira, en cas d'une consultation faite devant ce tribunal 2. Siun vieillard 
oppose & la decision du tribunal professe la doctrine contraireaexecuter, etagit 
de meme, il est condamnable ; s'il enseigne vaguement un avis oppose a un 
tribunal, sans agiren consequence, il n'est pas condamnable ; s'il professe un 
avis oppose, & condition formelle de ne pas etre execute, il n'est pas condam- 
nable ; mais s'il professe un avis oppose en conseillant de le suivre, lors meme 
qu'il ne met pas cet avis en pratique, il est condamnable. R. Ila dit que R. 
Ismael a enseigne de meme que raccomplissement par Pancien entraine sa 
culpabilite; car il est ecrit (ibid.) : qu'il fait. R. Houna dit : si un docieur 
enseigne un point de doctrine disant I'avoir appris ainsi, puis il a occasion 
demettre cet avis en pratique, on considere retroactivement son enseignement 
comme fait en vue de la pratique. Si quelqu'un professe un avis qu'il accom- 
plit aussidt apres et que Taction concerne d'autres, onpeut Timiler, non si elle 
interesse celui-la meme qui l'accomplit. R. Simon B. Menasia dit 3 : la beautei 
la force, les richesses,les honneurs, la sagesse, lavieiilesse (venerable), la pos- 
terity sont la parure des justes, leur joie et celle du monde, comme il est dit 
(Proverbes, XVI, 31) : Les cheveux hlancs sont une cowronne d'honneur qui 
se trouve dans le chemin de la justice. II est dit aussi (ibid. XVII, 6) : la 
couronne des vieillards, ce sont leurs petits-en fonts, et la gloire des enfant* 
ce sont leurs pires. Et ailleurs(ibid. XX, 29) : La force des jeunes gens est 
lew gloire, et les cheveux blancs sont Vhonneur des vieillards, et en fin 
(Isaie, XXIV, 23) : lalune rougira de honte et lesoleil sera confus, quand 
Vitemel rdgnera, etc.,et que ses vieillards seront environnis de gloire. On a 
enseigne que R. Simon R. Gamaliel dit: les sept qualites (precitees), que le s 
docteurs aiment & rencontrer chez les justes, se trouvaient toutes realisees 
par Rabbi et ses fils. R. Yohanan dit aussi les avoir trouvees tous chez Rabbi, 
Qui est Rabbi? C'est R. Juda Naci (exilarque). R. Abahou dit : le nom de Rabbi 

1. Ibid., section Eqeb, n° 37. 2. Si ensuite Tancien s'est montre rebelle, on 
16 ram£nera dans « la cellule au bois, » ou on le condamne a mort. V. Deren- 
bouig, ibid., p. 321. 3. Tosselta & ce tr„ ch. 11. Cf. traite Abdth, VI, 8 . * 



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4S TRAITS SANHfcDRIN 

s 'applique & la mtoe personne queR. JudaNaci, appele aussi Rabbenou (noire 

maitre) * . 

3. Sous un autre rapport, les paroles des docteurs sont plus graves 
que celles de la loi ecrite. Ainsi, lorsque l'ancien enseigne ce qui est 
contraire k la parole du Pentateuque, s'il dit par exemple qu'il ne faut 
pas mettre des phylactferes, il n'est pas condamnlTirmorl^jcar tout le 
monde connait cette 161 de la Bible (Deut£r. VI, 8), et l'ancien ne peut 
tromper personne. Mais s'il enseigne ce qui est contraire seulement k 
la tradition fix6e par les docteurs, comme d'avoir 5 cases dans les phy- 
lactftres (aulieu de 4), il est condamng. 

4. L'ancien qui agit contrairement k la decision du tribunal de Jerusa- 
lem, et qui est condamn£ k mort, n'est pas ex£cut£ dans sa ville, ni 
ra6me dans Yabneh (quand le tribunal se fut exile k Yabneh), TnafiTon" 
Famfene k Jerusalem (quand le tribunal est encore Id), et on le garde jus- 
qu'i la fete prochaine, pour l'exScuter quand on s'y assemble de tous les 
pays en p61erinage, selon ces mots (ib. XVII, 18) : tout le peaple Vapprcn- 
dra et aura peur. C'est Topinion de R. Akiba. R. Judah dit qu'il ne 
faut pas tourmenter le condamne, en lui faisant souffrir la longue at- 
tente de la mort, mais on I'exScutera de suite, et Ton £crit dans tous les 
pays: c Tel individu, fits d'un tel, a et6 condamne <1 mort par le tribu- 
nal. » 

— 2 . Du precepte biblique a l'egard des phylacteres il resulte qu'en 4 
cases il doit y avoir qualre chapitres relatifs k ce sujel ; celui qui les aurait 
places dans cinq cases serait coupable d'infraction aux ordres rabbiniques. 
R. Aba ou R. Yohanan dit au nom de R. Oschia : celui-14 seui est coupable 
qui enseigne a faux un sujet dont l'essentiel est present par la Bible et dont 
le developpement est donne par les rabbins, p. ex. les inlerdils de charogne 
ou des reptiles qui sont daos ce cas. Selon R. Zeira au contraire, on n'est 
coupable qu'apres avoir nie etprofesse la negation d'une defense faile en prin- 
cipal par la Bible, et dont les details ont 6le enonces dans les doctrines des 
rabbins, pour des sujets analogues a une charogne ou a des reptiles, mais non 
s'ils'agit de ces derniers sujets eux-memes (explicitement detailles); car la 
culpabilite consiste k retrancher et ajouter k ce qui est susceplib'e de diminu- 
tion ou d'augmentation (non a ce qui est deja determine). Le visage de R. Oschia 
brilladejoie 3 en entendant Tavis de R. Yohanan dit en son nom. Te rejouis. 
tu, lui dit R. Yohanan, de ce que je parais avoir besoin de ton avis? En rea- 
it6, je n'en ai pas besoin, d'autant moms que d'autres ont depasse ton opinion 
(comme Ta fait Zeira). Toutefois encore treize ans apres, R. Yohanan suivit 
les legons de R. Oschia comme celles d'un maitre, bien qu'il n'eul pas besoin 

1. Le saint, ajoute le commentaire. 2. En t6te se trouve un passage traduit 
au tr. Berahoth, 1, 7 (t. I, p. 17). 3. Cf. J., tr. Eroubin, V, 1. 



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CHAP1TRE XI 69 

de ses avis. A us si, R. Samuel dii au nom de R. Zeira, qu'il lui suffise pour 
recompense d'avoir accueilli chaque jour son maitre ; car celui qui accueille 
son maitre avec veneration teraoigne pour ainsi dire du respect k Dieu 
meme *. 

Contre R. Zeira (qui exige pour la culpabilite, qu'il y ait diminution et 
augmentation), R. Berakhia fit cette objection : N'a-t-on pas enseign6 2 que la 
surface d'une tache lepreuse devra equivaloir a un carre grand comme un 
poids de Cilicie? N'en r6sulte-t-il pas que si un vieiliard, oppose a cet avis, 
proclamait l'impurete d'une telle tache oblongue, il changerait la mesure, en 
augmentant la longueur et diminuant la largeur du m6me objet ? En effet, 
r6pond R. Aba Mare, il existe un tel avis au sujet de la mesure des plaies. 
D'autre part, R. Aba b. Mamal objecta ceci: N'a-t-on pas enseigne 3 que si, 
au lieu des deux chapitres qui entrent regulierement dans la composition d'une 
Mezouza, on en met un de plus, celle-ci devient impropre? (N'est-ce pas la 
one augmentation impliquant une diminution?) C'estvrai, fut-il repondu, et 
ce que notre Mischna dit de l'augmentation ^relative aux phylactdres se re- 
fere aussi a la Mezouza. Mais, objecta R. Hamnona, n'a-t-on pas aussi ensei- 
gne pour les tsitsith (franges du vetement) qu'ils doivent avoir quatre doigts 
de long composes de 4 fils ? Si done le vieiliard rebelle professe que ces 
franges n'aient qu'une longueur de 3 doigts de 4 fils, n'est-ce pas une infract 
tion condamnable ? Non, car il y a seulement diminution de la longueur, sans 
aucune augmentation (et il faut les deux). Mais, objecta R. Hagai devant R. 
Yosse, pour l'olfre de Taction de gr&ce composee de 5 saas 4 , ou de 2 ephas, 
chacune de celles-ci sedivise en 10/10, dont 3 et 1/3, pour les mixtures a 
rhuile, autant pour les gateaux, et autant pour les flans ; si ensuite, au lieu 
d'attribuer une moitie de rhuile k la premiere sorte, et l'autre moiti6 aux deux 
dernieres sortes 5 , il la repartit en 3 parts, dont une 6gale pour chaque sorte, 
n'est-ce pas une opposition a la decision des docteurs ? Elle est sans impor- 
tance, fut-il r6pondu, car la part diminuee a la premiere sorte est repartie 
sur le reste. 

5. Le faux proph&te est condamne s'il prophetise ce qu'il n'a pas en- 
tendu, ou ce qui ne lui a pas ete dit; mais celui qui ne fait pas connaitre 
sa prophetie, ou le prophete qui agit contrairement A sa proph&ie, ou un 
autre individu qui n'ecoute pas le proph&te, n'est pas condamn£ par des 
homines, car rficriture dit: jelui en demanderai compte maumime 
(Deutironome, XVIII, 19). 

« Prophetiser ce que Ton n'a pas entendu », e'est le cas de Sediciaa b. Ca- 
naana ; « ou ce qui ne lui a pas ete dit, » comme e'est arriv6 a Hanania b. 
Azour. R. Josueb. L6vi dit: Hanania b. Azour etait d'abord un vrai prophite 
seulement il lui arriva une erreur, xi'foXo? (de compte), carce qu'il avait en- 

1. V. Schuhl, Sentences, p. 274. 2. Tr. Nega'im, VI, 1. 3. Tr. Menahoth, 
111, 7. 4. Ibid., VII, 1. 5. B., id., fol. 89. 



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A 



70 TRA1TE SANHEDR1N 

tendu prophttiser par Jer6mie dans la rue sup6rieure, il lc prophetisait dans 
la rue inferieure. Mais il sMtait trompe sur l'indication de temps, ei il se disait 
que finalement le compte ne doit pas 6tre tel, car apris qu'il se sera ieouUen 
Babylonie un espace de 70 ans, je mesouviendrai de vous (Jeremie, XXIX, 
10). Or, toute la vie du roi Manass6n'a6teque de 55 ansjqueTonretranche de 
la vingtans*, periode de temps pendant laquelle le tribunal d'en haut suspend 
la peine de retranchement, plus 2 ans pour leregue d'Amon, et 31 ans pourle 
regne deJosias 2 , ainsi qu'il est ecrit (ibid. XVIII, 1): « II arriva en cette 
ann6e, au commencement du regne de SedScias, roi de Juda, Tan V, au cin- 
quteme mois, que Hanania b. Azour le proph&te, qui etait de Gabaon, en la 
roaison de TEternel, s'adressa a moi en presence des cohanira et de tout le 
pcuple, en ces termes: ainsi aparle Tfiternel Dieu Sabaoth, Dieu d'Israel, 
disant qu'il abrise le joug du roi de Babel ; dans deux ans d'ici je ramenerai 
en cet endroit tous les vases de la maison du Seigneur, que Nabuchodonozor 
roi de Babel a enleves de cette ville etqu'il a cmportes a Babel, » Jeremie dit 
alors k Hanania: tu declares que « dans deux aus » Dieu fera rapporter, etc., 
tandis que j'affirme que Nabuchodonozor viendra alors enlever le reste : Us 
viendrontA Babel, est-il dit (ibid. XVII, 22j et Id its seront. Donne-moi une 
preuve de ton assertion, luidemanda Hanania? Quant a moi, repondit Jeremie, 
je ne le puis, je prophetise les malheurs, car Dieu me fait prSdire le mal, et 
il peut ensuite le regretter ; mais comme toi tu prophetises le bien, c'est a toi 
de fournir la preuve de tes paroles. Non, dit Hanania, c'est a. toi de prouver 
que mon calcul sur le compte des annees est inexact. S'il en est ainsi, s'6cria 
Jeremie, je vais done donner un indicemiraculeux a regard de cet homme; 
c'est qu'il mourra en cette ann6e, comme i( est dit (ibid. XVIII, 16) : Car il a 
parte comme un revolle eontre VEternel. En effet, la mort arriva selon cetle 
prediction, ainsi qu'il est dit (ibid. 17) : Hanania le prophbte mourut en cette 
annie, au septidme mois. Mais le 7 e mois Tisri fait partie de I'annSe sui- 
vante; pourquoi done est-il dit en cette annee? Ceci prouve qu'il mourut la 
veille du nouvel an, et sentant sa fin venir il ordonnaa ses fils et k ses gens 
da cacher sa mort, et de ne la faire connaitre qu'apres le nouvel an, de fa$on 
a faire taxer de mensonge la prophelie de Jeremie. 

« Celui qui ne fait pas connaitre sa prophdlie ; » tel fut Jonas b. Amithai*. 
R. Y6na dit que ce meme prophete etait veridique ; car on trouve que lors- 
que Dieu lui dit (Jonas, 1,2): Leve-toi, et va vers la grande ville de Ninive, 
invoque-la, car lemal deses Iiabitants est monte jusque devant moi, le 
prophete se dit : Je sais que ces nations sont disposees k se repentir da leurs 
fautes 3 ; je vais done les moraliser par des propheties, et elles se repentiront. 
Cependant la Providence arrive et punit de leurs raefails les ennemis d'Isra£! 
; (les isra&ites endurcis dans leurs fautes) ; je n'ai done pas d'autre ressource 

1. V. J., tr. Biccmirim, II, 1. 2. De Menass6a 55 ans— 20, reste 35 ans, 
plus les suivants, 2 et 31 = 68 ans. 3. V. [Pirke R. fili^zer, ch. \;Mekhilta. 
section Bo, ch. 1. 



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CHAPITRE XI 71 

que de fuir ce pays, comme il est dit (ibid. 3) : Jonas se leva pour fuir de 
devant V&ternd & Tarsis ; il descendit a Jaffa, oil il trouva un navire 
faisant voile vers Tarsis; il pay a son prix et prit place. « Celui qui n'6« 
coute pas le prophete », comme fit le compagnon de Michee *, dont il est dit 
(II Rois, XX, 8) : Un individu de la race des prophhtes dit & sonprochain: 
parlaparolede Dim, etc. , frappe-moi done, et il le frappa. « Ou enfin le 
proph&te qui agit contrairement k sa propre proph&ie », tel qu'Ido le voyant, 
qu'un faux prophete ramena chez lui pour le repas. Ce faux prophete, dit 
R. Samuel b. R. Isaac, etait Amazia, le pontife de Beth-El. R. Yosse dit : 
une telle supposition est un bris d'oeufs (parole sans goftt) ; selon lui, e'etait 
Jonathan fils de Gerson fils de Menasse s . On trouve que lorsque David vint 
et le trouva se livrant k l'idol&trie, il lui dit : Quoi, toi le petit fils d'un tel 
juste (Menasse), tu te livres a l'idol&trie I Jonathan lui repondit : par tradition 
de mon grand-pire, je sais qu'il faut plut6t se livrer k un culte etranger que 
de demander Faumdne. Loin de la, s'6cria David, ce n'est pas ce que Menass6 
a voulu dire, mais ceei : livre-toi a un travail qui t'est 6tranger (vil), plut6t 
que de demander l'aumdne 3 . 

Lorsque David vit combien Jonathan aimait l'argent, il le prgposa a la garde 

des biens (comes tresorarius) du Temple,comme il est dit (I chroniques,XXVI, 

24) : Sabud fils de Gerson fils de Menasse itait priposi aux triors; or, le mot 

Sabuel veutdire qu'il estretourne vers Dieu 4 de toutes ses forces, comme 

pr£pos6 aux tr6sors, ayant re$u le titre de comes tresorarius. Les compa- 

gnons demandirent devant R. Samuel b. Nahman 5 : comment se fait-il que 

ce Jonathan, quoique prfctre d'une idole, ait vecu si longtemps (sous les 

regnes de David, de Salomon et au-dela) ? C'est, fut-il ripondu, parce qu'il 

se montra avare dans son culte rendu k l'idole. En quoi son avarice se reve- 

lait-elle ? Si quelqu un lui apportait un bceuf, ou un agneau, ou un chevrean 

en sacrifice k l'idole, lui demandant d'obtenir en sa faveur l'intercession de 

ridole, le prfttre repondait : k quoi bon ? Que peut-elle te servir ? Elle ne 

mange, ni boit, ne fait ni bien, ni mal. A l*interc6dant qui demandait alors 

ce qu'il y avait a faire, il disait : Va et apporte-moi une 6cuelle, irfvgg, de 

farine,enyajoutantdix ceufs; et je te rendrai l'idole favorable. Aussitdt que 

l'auteur de cette offrande 6tait parti, le prtlre la mangeait. A un per- 

sonnage qui survint un autre jour, le prfitre repondit de meme. Si elle nesert 

a rien, observa le premier, pourquoi agis-tu ainsi ? (Pourquoi la petite 

offrande ?) Je la sollicite, repondit le prttre, pour subvenir k mon existence. 

Comment se fait-il, objecta-t-on a R. Samuel b. Nahman, que Jonathan soil 

restt prttre jusquau jour ou les captifs du pays furent emmenis (Juges, 

XVIII, 30), puisque sous David il etait revenu au Judai'sme ? R. Samuel b. 

1. Selon l'avis du commentaire, ce passage est complete a Taide de la Tossefta, 
ch. 14 fin. 2. J., tr. Berakoth, IX, 3; B., tr. Baba bathra, iol. 119. 
3. Schuhl, Sentences, p. 351. 4. Ou SnS W, decomposition par jeu de mots 
du nom Sabuel. 5. Midrascb, #azith, sur Cantique, II, 5. 



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72 TRAITE SANHEDRIN 

Nahman, leur repondit : lorsque David mourut ei que Salomon remplaga son 
chef de conseil, ouyxXtqto<;, celui-ci retourna a son aberration premiere (a 
1'idolAtrie). 

« Ou enfin le prophete qui agii contrairement a sa propre prophetic, » 
comme fit Ido le voyant, puisqu'il est ecrit (I Rois, XIII, 11-18): il y avait 
un certain vieux prophete qui demeurait a Beth-El, a qui son fils vint raconter 
toutes les choses que l'hommede Dieu avait faites ce jour-14 a Beth-El... Et 
leur pere leur dit: par quel chemin s'enest-il alle; or, ses enfants avaient vu 
le chemin par lequel l'homme de Dieu qui 6tait venu de Juda s'en 6tait alle. 
Et il dit a ses fils : Sellez-moi mon &ne, et ils le sellerent, puis il monta dessus. 
Et il s'en alia apres l'homme de Dieu; il le trouva assis sous un chgne, et il lui 
dit: Es-tu l'homme de Dieu venu de Juda? Et il lui repondit: oui, c'est moi. 
Alors il lui dit: viens avec moi a la maison, manger du pain. Mais l'homme 
repondit: Je ne puis retoumer avec toi... Et il lui dit : moi aussi je suis pro- 
phete comme toi, et un ange m'a parl6 au nom de l'Eternel, me disant : Ra- 
mene-le avec toi dans ta maison, qu'il mange du pain et boive de Peau. Mais 
il mentait ». En quoi mentait-il? La pr&endue intervention divine etait men- 
songere. II est dit ensuite (ibid.) : Comme ils etaient assis a table, la parole 
de VEtemels'adressa au prophete qu'il ramena. Or, il n'est pas dit « qui a 
et£ ramene, » mais « qu'il ramena » ; on pent en tirer une deduction par a 
fortiori: Si celui qui a fait manger son prochain par mensonge aun merite tel, 
que la Divinity a daignelui parler; a plus forte raison est mSritoire celui qui 
donne & manger 4 son prochain par principe de virile (en vue du bien). Quant 
au compagnon de Michee, il estdit (ibid., XX, 35-42): « Un hommede la race 
des proph&tes dit a son prochain: par la parole de Dieu, etc. II lui repondit : 
parce que tu n'as pas 6cout6 la voix de l'fiternel, tu vas te retirer de moi, et un 
lion te tuera. Quand il se fut separe d'avec lui, un lion le trouva et le tua. 
Puis il trouva un autre homme et lui dit : frappe-moi ; cet homme le frappa, 
et le blessa. Apres cela, le prophete s'en alia et s'arrdta, attendant le roi sur 
le chemin et se deguisa, ayant un bandeau sur lesyeux. Comme le roipsssait, 
il cria vers le roi et dit : Ton serviteur etait alle au milieu du combat; puis 
quelqu*un se retirant m'a amen6un homme et m'a dit de le garder... 11 est 
arrive comme ton serviteur faisait des affaires $a et la, cet homme ne s'est 
point trouve, etle roi d'Israel dit: telle est ta condamnalion ; tu l'as decide. 
Alors cet homme enleva vite le bandeau de ses yeux, et le roi d'Israel recon- 
nut qu'il etait d'entre les prophetes. Et le prophete lui dit: Ainsi a dit l'Eter- 
nel : parce que tu as laisse aller d'entre tes mains i'horame que j'avais con- 
damn6 k l'interdit, ta vie repondra pour la sienne, et ton peuple pour son peu- 
ple. » Auparavant, il estdit (ibid., 20) : « Alors l'homme de Dieu vint, et 
parla au roi d'Israel, et dit : Ainsi adit Tfiternel, parce que les Syriens ont 
dit que l'filernel est le Dieu des montagnes, non des vallees, je livrerai entre 
tes mains loute cettegrande multitude, et vous saurez que je suis Dieu. » Au 
commencement, il y a deux fois l'expression et dit ; la premiere semble dire a 



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CHAPITRE XI 73 

Achab, si Ben-Hadad tombe sous sa main, de ne pas Fepargneri, ni d'en avoir 
piti6 ; la seconde expression se refere aux mots « parce que iu as laisse partir 
l'homme que j'avais mis en anath4me, etc; » je lui ai dress6 des embiiches 
et des interdits pour te le livrer 2 , et tule laisses aller en paix. Aussi, « ta vie 
r6pondra pour la sienneet ton peuple pour son peuple. » On trouve que lors- 
que Israel livra alors combat, seul le roi Achab mourut entre tous, comme il 
est ecrit (ibid. XXII, 34) : Alors quelqu'tm tira de Varc de toute sa force et 
frappale roi & Israel entre Us jointures de la cuirasse. Et le roi dit & son 
cocker .- d&towrne-toi et mdne-moi hors du camp, car on m'a fort blessi. 
Comment fut realisee l'expression « etton peuple pour son peuple? » R. Yo- 
hanan au nom de R. Simon b. Yohai* repond : la goutte de sang versee par 
ce juste (et le prophete bless6 par Phomme qui le frappa) servit d'expiation 
pour tout Israel. 

6. Celui qui prophase au nom d'une divinite paienne, quoiqu'il 
parte conform&nent 4 la loi, declarant impur ce qui Test et pur ce qui 
Test, est condamne. Celui qui commet un adultfere avec une femme 
marine, mfeme avant la cohabitation de celle-ci avec son mari, est con- 
damn6 4 Stre Strangle. Celui qui commet un adultere avec une femme 
mariee qui est la fille d'un cohen est aussi condamne 46tre Strangle, 
quoique cette femme soit condamnSe 4 elre brtilee. Enfin les lemoins qui 
ont voulu faire condamner cette fille d'un cohen et un autre individu, 
en faisant contre eux une fausse deposition, et qui sont demenlis 
(convaincus de faux), sont condamn6s 4 subir le genre de mort auquel 
ilsont voulu faire condamner Pindividu 3 . 

R. YossS b. Hanina dit *: les defenses qui precedent rentrent toutes dans 
la categorie du 8 e commandement (Exode, XX, 16): tu ne porteras pas contre 
ton prochainun faux temoignage; seulement, comme une defense negative 
n'entraine pas de peine capitale, on exclut de cette deruiere rfcgle le 
cas du prophete idol&tre (etil est passible de la peine de mort). Soit que le 
prophete ait donne un signe, soit qu'il ait accompli un miracle 4 Tappui de 
son assertion, qu'il s'agisse d'une incitation a I'idol&trie, ou d'une modifica- 
tion dans un precepte quelconquc de la Bible, il ne faut pas suivre le pro- 
phete mensonger (Deut6ron. XIII, 3). Le prophete qui a pour but d'annuler 
une prescription biblique est coupable 5 ; selon R. Simon, s'il prophetise pour 
maintenir une partie d'une loi et annuler le reste, il est absous. S'il s'agit de 
Tincitation 4 l'idolfctrie, soit que la prophetie ait en vue de dStruire toute la 
croyance en Dieu, soit de detruire seulement une partie, ce prophete selon 

1. Midrasch Rabba sur Lamentations, 1, 13. 2. M6me Midrasch sur L6vi- 
tique, ch. 26. 3. lis seront 6trangl6s, et non condamn^s 4 6tre briites, quoique 
leur t&noignagne etit pu faire condamner la fille du cohen & ce genre de mort. 
4. Cette deduction se retrouve plus explicite ci-aprfcs, tr. Makkoth, 1, 1, commen- 
cement. 5. Tossefta, 4 la fin de ce traits. 



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74 TRAITtf SANHEDRIN 

R. Simon, devra Stre etrangle ; selon les autres docteurs, il sera Iapid6 ; ce- 
pendant pour tout autre pr6cepte biblique que le prophfcte voudrait annuler, 
les docteurs font aussi d'avis de lelapider, mais R. Simon dit de le punir en 
proportion de ses intentions (opinatio). — Lorsqu'un prophete 6nonce sa 
prophetie pour la premiere fois, s'il donne un signe ou une preuve 4 l'appui 
(ou dSmontrable 4 l'avenir), on l'ecoute ; sinon, on ne P6coute pas. Lorsque 
deux prophetes 6noncent le meme fait simultan6ment, ou s'ils proph6tisent 
dans la m6me locality, les avis de R. Isaac et de R. Oschia different k ce 
sujet : d'apres Tun, chaque prophete devra encore prouver sa declaration ; 
d'apr&s Tautre, c'est inutile (en raison de la coincidence des deux propheties, 
on les croit sans preuve). Mais, objecta le premier interlocuteur au second, 
n'est-il pas 6crit (II Rois XX, 8,) : tiztchias demanda & Isaie de lui donner 
une preuve (de v6racite de sa prophetie) ? Li. c'est different, rgpondit le 
second interlocuteur, Isaie s'occupait de la question de resurrection des 
morts en parlant ifiz6chias (voili pourquoi il dut prouver son dire), comme 
il est dit (Os6e, VI, 2) : II nous rendra la vie dans deux jours ; au troi- 
siime jour il nous ritablira, et nous vivrons en sa presence — 4 . 

1. Suivent 2 phrases d£j* traduites, la 1™ tr. Kethouboth, IV, 7 (t. VIII, p. 58) 
la * ci-dessus, VII, 1. 



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TRAITE MAKKOTH 



CHAPITRE PREMIER 



1 . Dans les cas suivants, les tSmoins convaincus de mensonge ne su- 
bissent pas, pour leur faux t£moignage, la peine qu'ils ont voulu 
faire infliger k une autre personne. Un cohen ne doit pas epouser une 
femme divorcee, ni une femme qui a fait la ceremonie du decbaussement 
(Deuteron. XXV, 9) ; s'il l'^pouse, les enfants qui naissent de cette 
union ne sont pas aptes k remplir les fonctions sacerdotales. Si done les 
faux temoins ont depose contre un cohen qu'il 6tait n£ d'une telle 
union, pour le rendre impropre aux fonctions sacerdotales, on ne leur 
inflige pas la m£me peine, et on ne les rendra pas impropres aux fonc- 
tions sacerdotales s'ils sont cohanim ; raais on leur inflige la peine du 
fouetpour leur faux t£moignage. S'ils ont fait une deposition eontre 
quelqu'un pour le faire condamner k l'internement dans les villes de 
refuge (Nombres, XXXV, 25) et s'ils sont dementis, ils ne sont pas con- 
damnes k cet intendment, mais k la peine du fouet. 

Des temoins ont depose qu'un homme a donn£ a sa femme la lettre 
de divorce et qu'il doit par consequent, lui payer le douaire ; le mari 
dit qu'il n'a jamais donne cette lettre et qu'il n'est pas oblige de payer 
le douaire. Ces temoins sont en suite dementis ; ils devraient done Stre 
condamn£s k payer au mari la valeur, au payement de laquelle ils 
avaient voulu le faire condamner. Mais on prend en consideration que 
m&me sans leur temoignage, le mari aurait pu etre oblige de payer, un 
jour ou l'autre, s'il voulait plus tard donner k sa femme la lettre de 
divorce, ou bien les heritiers du mari devraient payer le douaire s'il 
venait 4 mourir. 

Par consequent, on ne condamne pas les faux temoins k payer la 
valeur enli&re du douaire ; mais on appr£cie ce qu'il vaut pour un 
acheteur qui voudrait risquer son argent pour l'acheter ; or, cette 
valeur est douteuse, car si la femme devient veuve, ou si elle divorce, 
elle a des droits au douaire, et si elle meurt, son mari h6rite d'elle. 

R. Yoss6 b. Hanina dit ' : tous les ^nonces (y compris ceux du § 2, relatifs 
1. V. ci-ctosus, tr. Sanhidrm, XI, 6 (8). 



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76 TRA1TE MAKKOTH 

k la conviction de faux sur l'accusation d'etre passible de la peine des coups) 
font partie de la regie comprise par le huitieme cotntnandement (Exode, XX, 
16): tu ne porteras pas contre ton prochain defaux temoignage; mais comme 
c'est une defense negative ne pouvant pas entrainer la reversibility dela m6me 
peine, on a exclu ce cas de faux, et on lui applique ce verset (Deuteron. XIX, 
19) : Vous lui ferez comme il avait m&diti (Tagir envers son frdre. Ainsi, 
lorsqu'on peut appliquer iquelqu'un Teffet de ce dernier verset, on accomplit 
k son 6gard les effets dela defense negative de « ne pas porter de faux temoi- 
gnage » (soit Papplication double de la penality des coups); mais lorsque Teffet 
du verset precit6 n'est pas applicable (comme c'est le cas ici), on ne lui appli- 
quera pas la defense negative du « faux temoignage » (le nombre des coups 
sera simple). Selon une autre explication, les mots « vous lui ferez » signi- 
fientque Ton n'agira pas ainsi envers sa postSrite. Selon R. Josue b. Levi, 
en voici le sens : lorsque le tribunal dispose de deux punitions differentes, 
l'une d'elles englobera les deux 1 , non lorsqu'il s'agit d'une punition celeste. 

II est Scrit 2 (L6vitique, XXI, 15) : line profanera pas saposUriti au mi- 
lieu de son peuple (par l'union d'un coben avec une femme qui n'est pas 
digne de lui). Par ce texte on sait que 1'enfant issu d'une telle union serait pro- 
fane ; d'ou sait-on que la femme aussi Test par cette union ? On le sait par a 
fortiori : puisque 1'enfant qui n'a commis aucune faute pour naitre, est de- 
clare profane; a plus forte raison la femme qui a commis une faute en parti- 
cipant a 1'union, est declare profanSe. A cecil'on peut opposer P6tat du pere, 
qui bien qu'il accomplisse la faute, n'est pas profane par son union interdite. 
Toutefois la comparaison est defectueuse : l'homme n'est jamais considere 
comme profang (si mSrae il a eu une relation illicite avec une esclave, ou 
une prostitute), tandis que la femme est profanee par toute union impropre ; 
voilft pourquoi il est juste qu'ici aussi la femme unie improprement k un cohen 
(par interdit special a ce dernier) devienne de ce fait une profanee. Quant au 
principe meme, que 1'enfant est declare profane, le texte biblique ne dit 
pas : « ilest profane » (au passif), mais « il profanera », ce qui implique une 
extension a la mere, quoiquej usque-la elle ait et6 propre a s'unir avec un 
Israelite. 

Bar-Padieh explique (pourquoi selon, la Mischna, les faux temoins accu- 
sant un cohen d'etre n6 de 1'union avec une femme repudiee, ne sont pas trai- 
tes de m£me) : le cohen est apte aprofaner autrui (ou sa posterite), non lui- 
m6me ; or, les temoins qui ont medite la consequence du faux ne l'ont pas 
eflfectuee. En quoi consiste ce faux ? Le voici : si les temoins convaincus d'abord 
de faux (sous le rapport de la peine des coups), le sont aussi au point devue 
d'attribution d'une dette, il y a alors double « mensonge », dit R. Yohanan (ils 
sont passibles des coups et du paiement). R. fileazar s'y oppose par deduction 
des termes analogues michants, employes pour les condamn6s k mort (Nom- 

1. V. J., tr. Troumoth, VII, 1 (t. Ill, p. 73) ; tr. Bdba Qama, VII, 2. t. V. 
Torath Cohanim, section Emor. 



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CHAPITRE PREMIER 77 

bre9, XXXV, 34) et pour les condamnSsi la peinedu fouet (Deuteron. XXV, 2) ; 
or, comme au premier cas lepaiement n'est pas dO. vu la peine de mort, de 
m&me ail second cas, le paiement n'est pas dft en presence de la peine des 
coups. Bar-Padieh explique aussi pourquoi selonla MischnA, le temoin con- 
vaincu de faux dans son accusation envers quelqu'un d'etre passible d'exil 
ne subira pas cette peine : il /wra,est-il dit (ibid ., XIX, 19), non le temoin 
convaincu de faux a son egard. — Finalement, quant k 1'accusation d'avoir 
donne le divorce sans remetlre le douaire, on ne contraint pas le temoin 
k payer tout le douaire « qui sera dd un jour ou Tautre », mais seulement le 
benefice de la jouissance. Ainsi, on apprScie ce qu'il vaut pour Tacqu6reur 
risquant que la femme meure du vivant de son mari qui hSritera d'elle, ou si le 
mari meurt du vivant de la femme, et qu'un heritier jouissedu douaire; dans 
cette proportion le faux temoin devra payer. 

2. Les t&noins ont deposS que tel individu doit k un autre mille zouz, 
et qu'il doit les payer en 30 jours. Le d&nteur dit qu'il ne devait les 
payer qu'en dix ans. Ces temoins sont ensuite dementis. On estimealors 
ce qu'un homme aurait voulu donner pour pouvoir garder les mille zouz 
depuis la fin du mois jusqu'a dix ans 1 . 

Si des temoins disent que tel individu doit k un autre 200 zouz et 
qu'ils soient dementis, ils sont condamn6s k la peine du fouet et au paie- 
ment auquel ils voulaient faire condamner celui contre lequel ils ont d£- 
pos6 ; c'est l'opinion de R. Meir, parce que, dit-il, les deux punitions ont 
deux motifs differents*. 

Les autres docteurs disent : Celui qui est condamnd k payer ne doit 
plus subir la peine du fouet. 

3. Si des temoins font une deposition pour faire condamner quelqu'un 
a la peine du fouet, et qu'ils soient dementis, ils sont condamn6s k subir 
deux fois cette peine, d'apres R. Meir : 1° pour avoir transgress^ la loi 
qui defend de faire une fausse deposition (Exode, XX, 16) ; "2° pour subir 
la peine qu'ils ont voulu infliger k un autre (Deuteron., XIX, 19). Les 
autres docteurs disent qu'ils ne subiront la peine des coups qu'une 
seule fois. 

On partage une somme d'argent, mais on ne partage pas la quan- 
tity rGglementaire des coups de fouet qu'on inflige par punition. Par 
exemple : Si des temoins deposent qu'un individu doit k un autre 200 
zouz, et qu'ils soient dementis, ils doivent payer la somme de 200 zouz, 

1. Les t&noins paieront l'inter£t de dix ans moins trente jours. 2. La peine 
du fouet, dit Raschi, leur est infligSe, parce qu'ils ont transgress^ la loi qui de- 
fend de se rendre coupable d'un iaux temoignage, et le pavement k cause du 
principe que les faux temoins doivent subir la condamnation qu'ils ont voulu 
infliger injustement k un autre. 



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7g TRAITE MAKKOTH 

dont chacun donne sa part. Mais si des temoins d£posent qu'ua indi- 
vidu a commis un crime punissable de la peine du fouet, el qu'ils soient 
dementis, ou appliquera k chacun d'eux le nombre en tier des coups de 
fouet i. 

3 (4). Les temoins qui sont dementis ne son! punis que si le de- 
menti se rapporte k leur personne. P. ex :si les deuxifemes temoins disent 
aux premiers : c Comment pouvez-vous tSmoigner qu*£ tel moment 
vous avez vu. telle chose en tel lieu ? Au moment que vous indiquez, 
vous 6tiez avecnous en un autre lieu. > Mais supposons que les deuxi&mes 
temoins disent aux premiers. : c Comment pouvez-vous deposer ainsi ? 
Celui que vous indiquez comme assassin, ou comme victime, etait avec 
nous, au moment indiqite, en un autre lieu ? > Dans ce cas, les pre- 
miers temoins ne sont pas punis. 

(5) Si, aprts que les temoins ont dementi les premiers, d'autres temoins 
sont venus pour deposer contre Faccus6, comme les premiers, et que 
les mdmes qui ont dementi les premiers aient aussi dementi les autres ; 
si d'autres encore et encore d'autres sont venus deposer contre laccusS, 
et que toujours les mfimes temoins aient dementi tous ceux qui d6po- 
sent contre Faccusi, quand m£me il y aurait cent temoins qui fussent 
tous dementis par les mfemes temoins qui ont dementi les premiers, ils 
seront tous punis comme les premiers. R. Juda ditau contraire, qu'on ne 
peut punir qu'une seule paire de temoins 2 , pour les autres Tassertion 
n'6tant plus digne de foi, iaaftifc. 

Toutefois, dit R. Aba b. Mamal, il s'agit seulement du cas o& le premier 
groupe est d6j&tu6; sans quoi on ne FexScutera pas. Voild. pourquoi notre 
Mischnfc ditformellement: « la premiere paire de temoins se trouve seule pu- 
nie par la mori » (elle seule, nulle autre). R. Aboun b. Hiya demanda k R. 
Zeira : admettons que l'avis des docteurs(de les tuer tous) se refere au cas ou 
les temoins, qui d6montrent la faussete de l'accusation, les convainquent tous 
d'une fausse accusation de meurtre; mais quel est leur avis, si k rencontre de 
tfrnoins attestant qu'un tel a assassin^ quelqu'un k Lod, un premier groupe 
vient les d6mentir, en disant : « vous etiezavec nous k Cesar6e, le jour du 
pr6tendu meurtre ; » puis un second groupe d'opposants vient aussi demen- 
tirlesaccusateurs de meurtre, en leur disant: « vous avez 6t6 avec nous le 
cinq du mois k Sepboris ? » Dira-t-on que le meurtrier ne sera pas execute en 
raison de la conviction de faux dont ses accusateurs sont l'objet, et pour tan t 

4. La Guemara sur le § 2 se trouve traduite au tr. Schebiith, X, 2 (t. II, p. 
425). 2. Si plusieurs paires temoignent contre Faccus6 et que les monies te- 
moins viennent dtmentir tous les autres, on voit que c'est un parti pris et une 
sc616ratesse qui leur font dire des mensonges; Ton ne peut plus punir les te- 
moins accusateurs. 



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CHAPITRE PREMIER 79 

cesderniers ne seront pas punis de mort k leur lour, carpeut-6tre ils ont dit 
vrai, le dementi inflige par le premier groupe d'opposants ne concordant pas 
exactement avecle dementi du second groupe (variant par l'alibi delieu)? 
(Question non resolue). 

4 (6) Les faux temoins dementis ne sontcondamnfe k mort que si la con- 
damnation k mort de TaccusS a ete d£j& prononc6e (avant qu'ils aient &t& 
dementis). Les Sadduceens disaientque ces t&noins ne sont condamn6s 
k mort que si l'accus£ a d&ji 6t6 execute (avant qu'ils aient 6t6 dementis), 
car il est 6crit : Vie pour vie (Exode, XXI, 23). Mais les docteurs leur r6- 
pondirent qu'il est ecrit : SHI se trouve que ce iemoin soit un faux U- 
moin y qu'il ail depose faussetnent contre son frbre, tu lui feras comme il 
avail dessein de fxirea son fr&re (DeutSron. XIX, 48 et 19); cepen- 
dant, les temoins ne sont pas condamnes s'ils ont 6te dementis apr&8 
qu'ils avaient depose leur faux tSmoignage et avant qu'il y ait eu condam- 
nation del'accusS; car il est Scrit: « vie pour vie 1 . • 

5 (7). II est 6crit (ibid. 15) : Sur la parole de deux ou trois temoins, la 
chose seravalable (DeutSron. XIX, 15). La parole de 3 temoins n'a pas 
plus de valeur que celle de 2 ; comme 3 (ou 2) temoins peuvent d£- 
mentir les deux temoins qui ont d£pos£ contre l'accus£, deux temoins 
peuvent aussi dementir les trois temoins qui ont dit avoir vu 
le crime ; quand mfeme il y en aurait eu cent qui auraient d£pos6 con- 
tre l'accusd, 2 temoins peuvent les dementir tous. R. Simon dit : Comme 
2 temoins ne peuvent fetre condamnes k mort que s'ils sont dementis 
tous les deux, il en est ainsi de 3, qui ne peuvent fitre condamnes k la 
peine capitale que s'ils sont dementis tous les trois ; quand m&me il y 
en aurait eu cent, ils ne seront condamn6s k mort que s'ils sont demen- 
tis tous les cent. R. Akiba dit : Le 3 e temoin n'est pas venu pour dimi- 
nuer la responsabilitS des autres 2 , mais il est venu pour assumer sur 
lui la m&ne responsabilite que les autres temoins ;quoique la condamna- 
tion de laccuse eut eu lieu sans lui, il est cependant puni comme les 2 
autres, parce qu'il s est associe aux malfaiteurs. Si done 1'lScriture 
punit celui qui s f associe aux malfaiteurs comme les malfaiteurs eux- 
m§mes, a plus forte rai son Dieu recompensera celui qui s'associe aux 
hommes de bien comme les hommes de bien eux-mfimes. 

(8) Comme au cas ou il n'y a que deux temoins, si l'un d'eux se trouve 
fetre incapable de tfrnoigner pour cause de parents, ou par une incapa- 
city judiciaire,le temoignage est mil 3 , parce qu'il ne reste plus qu'un 

1. La Guemara sur ce § est dk]k traduite au tr. Bdba Qama, VII, 3 (t. X, p. 57). 
2. Done, si les autres sont dementis, ils seront punis, quoique le3° temoin n*ait 
pas &6 dementi. 3. V. tr. Kethouboth, XI, 2. 



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gO TRAITS MAKKOTH 

seul temoin ; de mime dans le cas ou il y a trois temoins, si l'un d'eux 
se trouve incapable pour cause de parenie ou d'incapacite judiciaire, le 
temoignage est nul ; quand meme il y aurait eu cent individus qui au - 
raient depose le meme temoignage, si l'un d'eux se trouve etre incapa- 
ble pour cause de parente ou d'incapacite judiciaire, le temoignage est 

R. Yoss6 dit : cela ne s'applique qu'aux affaires capitales (ou 1 on 
admet la suspicion pour sauver l'accuse) ; mais dans les proces d'ar- 
gent, s'il y a trois temoins, ou davantage, et si l'un d'eux se trouve in- 
capaWe-de temoigner, le temoignage des autres reste valable. 

Rabbi dit, au contraire, que mSme dans les affaires d'argent, le te- 
moignage des autres est nul, a cause de celui d'entre eux qui est frappe 
d'incapacit6. L'incapacite d'un seul, pouvant invalider le temoignage 
de tous les autres, s'applique seulement au cas ou les autres se sont 
associes a lui par l'avertissement qu'ils donnaient au coupable, avant 
que celui- ci commit le crime (ou par un autre acte) ; mais si cet homme 
n'a pas averti, et que les autres ne se soient pas associes a lui, le te- 
moignage des autres est valable ; car, s'il en etait autrement, comment 
feraient deux freres qui ont vu un individu commettre un assassi- 

nat? 

Pourquoi l'emploi simultane des deux texles bibliques, disant l'un (ibid.) : 
« Sur l'assertion de 2 ou 3 temoins, le condamn6 & mort sera tue » (s'il s'agit 
d'une question critninelle), etl'autre : « Sur l'assertion de 2 ou 3 Wmoins 
l'affaire sera maintenue » (en fait d'affaire civile) ? Ne suffirait-il pas de l'un de s 
deux ? Non, car si le texte seul relatif aux questions civiles etait exprime, non 
celui qui serapporte aux questions critmnelles, on aurait pu croire que dans 
les questions civiles seules, plus graves, 3 temoins peuvent convaincre de 
faux les 2 premiers temoins, mais 2 temoins ne suffisent pas a mQrmer 
l-assertion de 3 autres. D'autre part, si le texte seul relatif aux affaires cri- 
minelles avail ete cxpriro<§, non celui qui se rafere aux affaires civiles, on 
eat dit que dans les questions criminelles seules, en raison de leurgravni, 
3 temoins peuvent inurmer les 2 accusateurs, mais 2 temoins ne peuvent 
pas aurora a infirmer l'assertion des 3 autres. Vu la double expression, on en 
conclut a Inequivalence entre 2 ou 3 temoins (et comme 3 t6moins peuvent 
dementirles2 temoins qui ont depose centre l'accuse, de meme 2 temoins 
peuvent dementir les 3 temoins qui ont dit avoir vu le crime). Enfin, « quand 
meme cent temoins auraient depose contre l'accuse.deux temoins peuvent les 
demenlirtous », en consideration du mot timoins (au plunel vague) du 

verset pracit6. 

1 Cent individus ensemble iormant une bande avec un mallaiteur sont sus- 
pects; s'ils «aient d'honnetes gens, ils ne seraient pas venus avec un t&noin 
mallaiteur. 



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CHAPITRE PREMIER 81 

6 (9). Deux temoins ont vu commettre un crime par une fen6tre,deux 
autres Font vu par une autre fenStre, et au milieu il s'en est trouve un 
qui avertit le coupable avant la perpetration du crime. Si une partie de 
ceux qui se trouvent d'un cote voient une partie de ceux qui se trouvent 
d'un autre c6te, ils sont tous considers comme un seul groupe de te- 
moins (de sorte que si Tun d'eux est dementi, sa participation 4 la depo- 
sition devant le Tribunal rend suspect le temoignage de tous les autres, 
et TaccusSest acquitte). Mais si ceux qui se trouvaient de ce cdte ne pou- 
vaient pas voir ceux qui etaient de l'autre cdte, ils comptent pour deux 
groupes s^par6s etindependants Tun de l'autre (de sorte que si ceux d'un 
vJb\&, qui se trouvaient, par exemple du cdte gauche sont dementis, le t£moi- 
gnagedeceax ducdte droit reste valable); par consequent, l'accuse est con- 
damne k mort (k cause du temoignage des premiers), et les seconds 16- 
moins sont egalement condamnes k mort a cause du dementi, mais le se- 
cond groupe est absous. 

R. J6rfmiedit de voir comment il faut expliquer notre present© Mischnft, 
disant : « Deux temoins ont vu commettre un crime par une fenGtre, deux 
autres Font vu par une autre fen&tre, et au milieu il s'en est trouv6 un qui 
avertit le coupable avant la perp&ration du crime ; si une partie de ceux qui 
se trouvent d'un cdte voient en partie ceux qui se trouvent de Pautre cdte, 
ils sont tous considers comme un seul groupe de temoins; si non, ils comp- 
tent pour deux groupes. » Or, cette condition de se voir en partie reciproque- 
ment est-elle absolue, ou non, pour la distinction des groupes? Si done par la 
situation de l'individu avertisseur place au milieu, il y a comme trois groupes 
distincts, bien que celui du milieu voie les 2 groupes, qui ne se voient pas entre 
eux, n'y a-t-il pas d'unite? R. Yosse repond : nous avons appris que lorsqu'il 
y a comme 3 groupes (celui du milieu voyant chacun des deux autres 
groupes), il n'en est plus de m£me (la vue de celui du milieu suffit k 
etablir la jonction entre tous et k constituer un seul groupe). On a done 
appris Ik une regie, dont il n'est fait aucune mention dans tout le traits Sanlti- 
drin, k savoir que parfois l'accuse et un groupe de temoins accusateurs se- 
ront executes *, tandis que le second groupe sera absous s. 

7. R. Yoss6 b. R. Juda dit : l'accuse nepeut fttre condamne k mort que 
s'il a ete averti par les deux temoins, selon les termes bibliques ; sur 
Favis de 2 Umoins. Ifaprgs une autre explication, R. Yossi dit qu'en 
raison des termes pr£cit£s, le tribunal doit entendre le temoignage de 
la bouche des temoins, sans recourir k un interprets. 

R. Oschia enseigne que Ton rapporte le verset suivant k 2 groupes de te- 
moins opposes entre eux (Deuteron. XIX, 16): Si un timoin rnalveillmt 

1. A titre de temoins convaincus de faux. 2. Aprte l'exteution de l'accus6, 
les faux temoins ne seront plus tufe. 

T. n # 



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g£ TRA1TE MAKKOTH 

s'tlive centre un individu; ce dernier mot superflu indique qu'il s'agit d'un 
t&noin (ou groupe) accusant Thomme; pour Vaccuser, lui, ou par alibi & con- 
vaincre de faux le premier groupe, sans accuser le temoignage seul. Est-ce 
que de faux temoins doivent 6tre avises au pr£alable de la gravite qu'ils com- 
merttront par leur fausse accusation ? Nod, dit R. Isaac b. Tablai au nom de R. 
£l6azar, ce n'est pas n6cessaire. Mais, dit R. Abahou, ne tient-on pas compte 
des bons effets de Tavertissement (qui arrSte parfois une fausse accusation)? 
Non, dit R. Jacob b. Dassi, on ne l'espere pas a regard des faux temoins ; il 
y abeaucoupde gens assez ignobles pour voir leur prochainaller au supplice 
par suite de leur fausse accusation, sans qu'ils se retractent pour cela — 1 . 

8. (10). Si un condamne k mort qui s'est sauv6 se trouve de nouveau 
devant le mfeme tribunal qui l'a condamne, on ne recommence pas la 
deliberation (maison l'cxecuie). Partoutou deux temoins viennent dire : 
t Nous deposons le temoignage que tel individu a 6t6 condamne & mort 
par tel tribunal et que tels et tels £taient les temoins, on execute cet 
individu. Le tribunal fonctionne en Palestine et en dehors de la Pales- 
tine 2 . Celui qui condamne a mort une fois dans sept ans est sanguinaire. 
R. fileazar b. Azariah dit: s'il condamne k mort une fois en 70 ans, il 
est sanguinaire. R. Tarfon et R. Akiba disent : Si nous avions 6te mem- 
bres du tribunal, jamais personne n'aurait 6te condamne a mort. R. 
Simon b. Gamaliel dit : S'ils avaient fait ainsi, ils auraient augment^ le 
nombre des assassins. 

« Le tribunal (Synhidrin) fonctionne en Palestine et au dehors », car il 
estScrit (Nombres, XXXV, 29) : lis vous serviront & proclamer la justice, 
pour vos ginirations, en toutes vos demeures (mSme au dehors). Pourquoi 
alorsest-il dit (DeutSron. XVI, 18) : Tu te donneras (nommeras) des juges et 
des licteurs dans toutes tes portes, ce qui semble exclusif aux villes du pays ? 
Non, ce texte dit seulement que dans ces villes, il y aura des juges pour cha- 
que localite, tandis qu'au dehors il n'y aura qu'un tribunal par province (ou 
ressort). R. Doustai b. R. Yanai' enseigne qu'il est du devoir de chaque tribu 
de juger ses membres selon le texte pr£cite : « Tu nommeras des juges et 
ex6cuteurs a toutes les portes que Tfiternel ton Dieu fa donnees, » savoir 
pour tes tribus. R. Simon b. Gamaliel a enseigne : les condamnes a mort, qui 
de Palestine ont fui au dehors, seront executes de suite; mais ceux qui du 
dehors se sont refugiSs en Palestine, ne seront pas executes de suite, mais 
ug£s & nouveau. 

1. Suit un passage traduit au tr. Kethouboth, XI, 5 (t. VIII, p. HO). 
*-'. Partout ou il y a des Juifs. 



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CHAPITRE II 



GHAPITRE II 

4. Voici ceuxqui sont condamn<5s a ttnternement dans les villes de 
refuge (Nombres, XXXV. 11): celui qui tue un individu par megarde. 
S'il grattait un raur avec un cylindre tranchant qui s'est 6chappe de ses 
mains et tombant sur un individu l'a lue, ou si un lei accident est sur- 
venu par la descente d'un tonneau, ousi descendant par une^chelle il 
est tombe sur un individu el Ta tue, il est condamne k Pinternement. 
Mais s'il montait un de ces objets lourds ou tranchants qui, s'6tant 6chap. 
pes de ses mains, sont tombes sur un individu et lont tue, ou bien si en 
montant par l^chelle il tombe et tue ttndividu, il n'est pas condamne k 
l'internement. Rfegle gSnerale : Si en descendant l'homme ou ses objets 
sont tombes sur la victime, il est condamn6 £ 1'interneraent dans les villes 
de refuge; mais s'ils sonl tombes, quand l'homme montait il n'est pas 
condamne. 

Selon R. Juda, le meurtrier involontaire (en descendantp. ex. un tonneau) 
est absous, a moins d'avoir rejet6 toute la corde qui retenait i'objet tombe ; 
selon R. Simon, il est absous a moins d'avoir d6fait tous les leviers jag^o; 
avec lesquels il travaille. L'avis de R. Simon se rapporte au cas de rupture de 
I a corde (et malgre la retenue du nceud, la peine de l'exil sera imposee) ; Fa- 
vis de R. Juda se refere a la chute de tous les leviers (sans quoi, la peine de 
l'exil n'est pas applicable). R. Jeremie demanda devant R. Abahou : si au 
moment d'amener a lui le cylindre niveleur, la victime sort la tete, et Toutil 
'alteint et la tue, considere-t-on que cet effet est survenu par la main-d'ceu- 
vre (entrainant la dite peine), ou IB suppose-t-on survenu en remontant Toutil 
desorte qu'il y ait dispense ? L'acte de le ramener, repondit R. Abahou, 
equivaut a une descente (et en raison du travail accompli au meme moment, 
la peine est applicable). R. Jeremie demanda encore devant R. ^bahou: si en 
travaillant avec cet outil, au moment de le ramener, un enfant etend la main 
et se trouve blessS, Touvrier est-ilcoupable ? Tu te donnes une peine inutile, 
fut-il rgpondu, par cette nouvelle demande : comme je tei'aidej&dit, 1'acte de 
le ramener equivaut k la descente (et la peine est applicable). 

2. Si la cogn6e s'est 6chappee du manche et a tu6 quelqu'un, selon 
Rabbi, le meurtrier involontaire ne subira pas l'exil; les autres doc- 
teurs imposent cette peine si la mort resulte d'un eclat echappd du bois 
que Ton fenj. Rabbi impose l'exil au meurtrier par megarde; les autres 
doct e> urs Ten dispensent. 

Rabbi impose l'exil en cas de chute du bois, se basant sur l'analogie des 

1. Selon Pavis des docteurs au § suivant, au sujet du fer 6chapp6. 



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84 TRAITfi MAKKOTH 

termes employes pour la cognee (Deut6r. XIX, 5), et dansce texte(ib. XXVIII 
40) : si tu cueillrs (fais tomber) tes olives, qui dans Tun et Pautre texte signi- 
fied : chute. Les autres docteurs se fondent sur l'analogie entrc notre terme 
et celui du verset suivant (ibid. VII, 22): Vtiternel ton Dim enlevera (frap- 
pera) ces nations devant toi, et commedans ce dernier texte il s'agit de frap- 
per, il en serade m6me ici (et il doit s'agirde l'emploidela cogneequi a cause 
la mort). 

8 (2). Si un individu jette une pierre dans la rue et tue un homme 
par megarde, il est condamnS k l'internement. R. Eltezer b. Jacob dit : 
Si au moment oii la pierre a 6i& jet6e il n'y avait personnedans la rue, 
et la victime qui a regu la pierre n'a sorti latfite qu'apris le lancement de 
la pierre, Vindividu dont il s'agit n'est pas condamne 4 I'interne- 
ment. 

(A). Un individu a jet6 une pierre dans sa propre cour, et il a tu£ un 
bomme par megarde : Si la victime avait ses entrees libres dans la cour, 
le proprtetaire est condaran£ k l'internement ; mais si la victime n'avait 
pas le droit d'y entrer, le proprtetaire n'est pas con dam n£, car il est dit 
(Deutir. XVIII, 5) : et celui qui marchera avec son prochain dans la 
forit ; done, k l'instar d'une forftt, l'auteur de l'accident et la victime 
devront avoir Sgalement en ce lieu l'accfes libre, ce qui n'est pas le cas 
pour la cour d'un propriStaire, riservee 4 ce dernier. Ainsi, dit Aba- 
Saul, on a la libre faculte d'y fendre dubois ; mais le p6re qui bat son 
enfant pour le corriger et le tue par megarde n'est pas condarang a l'in- 
ternement. II en est de m&me du maitre qui bat son 61eve pour le cor- 
riger, et de celui qui est chargS par le tribunal d'infliger 4 un coupable 
la peine du fouet 1 . # 

R. Eliezer b. Jacob se base (§ 3) sur ce qu'il est dit (ibid) : et trouve (ren- 
contre) ; il faut done que la victime soil aisee a trouver (ce qui n'est pas le 
cas si elle a ete au devant du fer). Mais a-t-on le droit de jeter une pierre 
sur la voie publique ? (N'est-ce pas dangereux ?) II peut s'agir du cas, rtpond 
R. Yoss6 b. Aboun, ou quelqu'un voyait son mur vaciller ; il jette des pier- 
res pour le renverser. 

R. Yanai" dit (§ 4) : le boucher qui en d6pe<jant sa viande a frappe quelqu'un 
a mort, soit en haut, soit en bas, est passible de l'exil. C'est con forme k ce 
qu'a dit R. Houna : le boucher qui en depegant de la viande a frapp6 devant 
lui, en bas, est passible de l'exil ; s'il a frappe en l'air il n'est pas 
passible ; lorsqu'au contraire ii a tue quelqu'un derrtere lui (par 
un tranchet 6chapp6), si c'est par en haut, il est passible de l'exil ; si c'est 
en bas, il est absous. R. Isaac dit : dans chaque fait, il faut se rendre compte 
du procede (ou de l'habitude). Ainsi, quelqu'un s'asseoit le jour sur un lit oft 

1. lis ne sont pas condamn& k l'internement. s'ils tuentpar megarde. 



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CHAPITRE II 85 

il n'est pas d' usage de metlro un enfant, et celui-ci se trouve etouffe, le 
meurlrier ira en exil ; si c'est la nuit, lorsqu'il est d'habitudo d'y mettre 
l'enfant, il nesera pas exile. Par contre, s'il s'asseoit le jour sur une p4te, oft 
il est d'habitude d'installer l'enfant, le meurtrier qui l'aura etouffe n'ira pas en 
exil ; raais si c'est la nuit, lorsque ce n'est pas l'usage d'y installer un enfant, 
et que celui-ci ait peri, le meurtrier par megarde ira en exil — *. 

(5). Lepere est condamne k Tinternement s'il a tueson fils, par me- 
garde ; le fils est condamn6 a rinternement s'il a tu6 son pAre par mi- 
garde. Toute personne qui a tue un israelite par megarde doit aller dans 
les villes de refuge; de mftme, un israelite qui a tu6par megarde une per- 
sonne quelconque ira dans les villes de refuge. II y a une exception pour 
l'itranger & demeure dans le pays : il ne va dans les villes de refuge que 
s'il a tue par mSgarde un autre Granger. 

Un aveuglequi a tu£ un individu par megarde ne va pas dans les villes 
de refuge; c'est Topinion de R. Juda. R. Meir dit qu'il y va comme les 
autres. Si un bomme a &16 tu£ par son ennemi, le meurtrier ne va pas 
dans les villes de refuge 2 . R. Yosse b. Juda dit : Si le meurtrier Stait 
I'ennemi de la victime, il est condamne & mort, car il faut le consid£rer 
comme un homme averti qui a agi volontairement. R. Simon dit que cela 
depend des circonstances. Si les circonstances fontsupposer qu'il ait tue 
volontairement, il n'ira pas dans les villes de refuge (quoiqu'onne le con- 
damne pas a mort). Mais si les circonstances font supposer qu'il l'ait fait 
par m£garde, il ira dans les villes de refuge. 

R. Zeira dit que R. Schila b. Abouna a enseign6 3 : bien qu'il soitdit (Nom- 
bres, XXXV, 19): le vengeur du sangtuera le meurtrier, siunpere a tue 
son fils, le second fils, frere de la victime>ne peut pasdevenir vengeur du sang 
pour tuer le pere; mais si un frefe a tue l'autre frere, un autre (3 e ) frtre peut 
devenir vengeur du sang pour tuer son propre frire. R. Eliezer b. Jacob a en- 
seign6 le mfime avis pour un fils tue par son frere; mais si un frere a tue l'au- 
tre frere, un second frere ne peut pas devenir vengeur du sang pour tuer son 
propre frere. D'ou sait-on qu'un tel devoir (de venger le sang) incombe au 
plus procbe parent de la victime, mime lorsque celui-ci pretend ne plus rencon. 
trer le meurtrier? De ce qu'il est dit (ibid.) : en It rencontrant, lui, il le tuera 
(du terme superflu lui on conclut que la»recherche est un devoir). — 4. 

4(6). L'exil a lieu dans les six villes de refuge, dont trois sont de 
ce cdtA du Jourdain. et trois de l'autre c&t6, selon ces mots (Nombres, 
XXXV, 14): Vousaurez 3 villes de l'autre coti du Jourdain, et 3 au 

1. Suit un passage traduit tr. Baba Qama, III, 8 (t. X, p. 27). 2. II n'est 
pas non plus condamne k mort, puisqu'il n'y a pas de preuves que le meurtra 
ait 6te volontaire. 3. V. Siffri, section Schoftim, n° 181. 4. Suit un pas- 
sage traduit au tr. Meghilla, IV, 7 (t. VI, p. 2#*); Cf. tr. Sota, II, 5 fin. 



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86 TRAITE MAKKOTH 

pays de Canaan. Aussi longteraps qu'il n'y eut pas 3 villes choisies 
k cet effet en Palestine, les 3 villes de refuge sises de Tautre cdt6 du 
Jourdain ne pouvaient accueillir efficacement les meurtriers par m6- 
garde, car il est d«t (ibid.) : II y aura six villes de refuge ; il faut done 
que toutes les six puissent fonctionner en mfime temps. 

5. On a fait des routes de Tune k Tautre de ces villes, selon ces mots 
(Deutiron., XIX, 3) : Tuprepareras la route (vers elles), et lu la divi- 
seras en 3 districts, etc. Celui qui allait dans une de ces villes de refuge 
6tait accompagn6 de deux disciples de savants, pour qu'ils pussent parier 
au parent vengeur, si celui-ci poursuivait et atteignait le meurtrier en 
route. R. Meir dit : dansce cas, le meurtrier parle aussi pour lui-meme, 
selon les mots (ibid.) : Void la parole (defense) du meurtrier. 

6. R. Yoss6 b. Juda dit: d'abord, tous les meurtriers allaient dans 
les villes de refuge, m§me celui qui avait tue volontairement; puis le syn- 
h&lrin les faisait ramener; celui qui avait tue volontairement itait con- 
damn6 k mort, Tinnoeent etait acquittS ; celui qui 6tait coupable d'homi- 
cide par imprudence 6tait renvoy6 dans la ville de refuge, selon le texte 
(Nombres, XXXV, 25) : La communaute le ram&nera dans sa ville de 
refuge. 

La mort du grand-pr&re permet au meurtrier de quitter la ville de 
refuge pour devenir libre, soit le grand-prfetre oint, soit le grand-pr&re 
dlsigne par ses vStements sup^rieurs 1 , soit legrand-priHre retiri. R. 
Juda ajoute encore un quatrieme titulaire : le prfitre oint pour la guerre 
(DeutSron., XX, 2). C'est pourquoi les meres desgrands-pr&tresentrete- 
naient les int6ress6s par de la nourriturc et desvfitements, pour qu'ils ne 
ddsirentpas la mort deleurs fils. 

Si le grand-pr&tre est mort apres que le coupable a &t& condamnS a 
Tinternement, celui-ci n'est plus obligS d'aller dan6 les villes de refuge. 
Si le grand-pr&tre est mort avant la condamnation, et cette condamnation 
n'a eu lieu qu'apres la nomination d'un autre grand-pr&tre, le coupable 
ira dans une ville de refuge, et il y restera jusqu & la mort du nouveau 
grand-prStre. Si la condamnation i Tinternement a eu lieu pendant la 
vacance des fonctions du grand-pr&tre, ou bien si le meurtrier a tue par 
m£garde le grand-pr£tre lui-meme, ou bien encore si c'est le grand- 
prStre qui est le coupable d'homicide par imprudence, Tinternement 
dure jusqu'4 la mort du coupable. 

Celui qui est intern^ dans une ville de refuge ne doit jamais en sortir, 
quand mftme on auraitbesoin de lui dans une affaire grave comme t£moin 

1. Sous le second Temple & Jerusalem, & defaut d'onction du grand-pr&re, on 
' le distinguait par le costume, compos6 de 8 pieces. 



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CHAPITRE II 87 

ou dans I'interet (Tune cause publique, etquaad meme il aurait ete un 
chef d'armee comme Joab, fils de Gerouya, car il est dit (ibid) : ou il a 
fui; la il demeurera, il mourra, et il sera enlerre. Comme Tenure dans 
la ville de refuge elle-mdme met le meurtrier k l'abri contre le parent 
vengeur; de m6me les annexes de cette ville le metteni 4 l'abri. Mais si 
le coupable est sorti des dependances de la ville, alors, dit R. Yoss6 le 
galiieen, tout le monde a le droit de le tuer, et le parent vengeur fait 
mfeme une bonne action s'il le tue. Mais R. Akiba dit que personne n'a 
le droit de le tuer, excepte le parent vengeur (qui a le droit de le faire 
s'il le veut, mais ce nest pas une action mSritoire). 

S'il y a un grand arbre & la limite de la ville de refuge, dont la tige 
se trouve en dedans et dont les branches sont penchees au dehors, ou bien 
dont la tige est en dehors et les branches en dedans, et que l'homme in* 
terne ?e trouve sous la tige ou sous les branches, on prend en considera- 
tion la position des branches (et d'elles depend l'elat du coupable, pour 
savoir si le vengeur peut le saisir ou non), 

Si Thomme interne dans une ville de refuge pour avoir commis un 
homicide par imprudence comraet dans cette ville m&me un nouveau 
meurtre par m^garde, il sera exile d'un quartier dans un autre (car il ne 
peut pas sortirde la ville & cause de son premier meurtre). Un tevite 
qui habite la ville de refuge et qui tue pour la premiere fois un homme 
par mSgarde, sera exile dans une autre ville de refuge. 

(8) Un homme qufpour avoir commis un homicide par imprudence, 
arrive dans une ville de refuge, dont les habitants veulent lui donner des 
marques d'honneur, doit leur dire qu'il est meurtrier, et que par conse- 
quent il ne merite pas ces honneurs. Si les habitants lui repondent qu'ils 
veulent l'honorer malgre r accident qui lui est arrive, il peut 1'accepter, 
selon l'expression de Tficriture : Void la parole du meurtrier (son aveu 
suffit). 

Moi'se designa trois villi es de refuge en dega du Jourdain 4 , et a leur arri- 
vee en Palestine les Israelites d6signerent encore trois autres villes. Les 
unes et les autres n'etaient pas aples a accueillir les exiles, jusqu'apris la 
conqu&te du pays et son partagc entre les tribus. Comme depuis lors, le sol 
fut soumis aux obligations du repos agraire etdu jubile, les villes de refuge 
d'un cdte et de 1'autre du Jourdain fonctionnerent. Les trois villes designees 
par les Israelites en Palestine se trouvaient juste en face des trois designees 
par Molse en de$a du Jourdain, comme deux rangees dans une vigae. 
Ainsi, Hebron en Judee est sise en face de Bcgar (Bogra) au desert ; Sichem 
sur le moot d'Ephraim est en face de Ramoth en Galaad , la ville de Qadeseh 

1. Tossefta a cc traits, ch. 11, commencement. 



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88 TRA1TE MAKKOTH 

en Galilee est en face de Golan dans la province de B usan. Malgre la desi- 
gnation de Sichem sur la mont EphraTm, cette ville n'etait pas encore apte a re- 
cueilhr les exiles ; on d6signadonc provisoirement a sa place la ville de Yearim 
jusqu'apres la conquete de Sichem. De meme, malgrS la destination de 
Qadesch en Galilee, cette ville n'etait pas encore en^Ut djflccueillir les exiles; 
on designa done provisoirement a sa place la ville deVJamala, jusqu'apres la 
conquStc de Qadesch. Entre les trois villes, les distances de Tintervalle 
etaient egales, en sorte qu'il y avait aussi loin de Hebron pour aller au sud 
que de Hebron a Sichem, ou de Hebron a Sichem autantque de Sichem a 
Qadesch. 

Si Tune de ces villes est tombSe en ruines, on la reedifle a la m6me place. 
D'ou sait-on qu'au besoin on la reconstruit a line autre place (ou au milieu du 
territoire d'une autre tribu) ? De ce qu'il est dit (ibid.) : six villes, on con- 
nait le devoir de les eriger de preference a telle et telle place ; Texpression 
suivante, elles seront (supcrfluc), indique qu'il importe seulement k ces 
villes d'etre aussi equidistantes et accuoillantes que les premieres. Les villes 
de refuge nedevront pas constituer de grandes bourgades *, ni de trop peti- 
tes locality 2 , mais 6tre moyennes. On fera bien de les b&tir pres d'un raar- 
ch6 (pour faciliter les approvisionnements) ; ets'il n'y a pas demarche aupres 
de l'endroit, on en 6tablira un. On ne lesb&tira qu'aupr&s d'un cours d'eau, et 
s'il n'y a pas d'eau aupres, on l'amenera (par aqueduc). Si le nombre des 
habitants se trouve diminu6 k un moment, on en fera venir d'autres 4 leur 
place. S'il n'y a pas de troupes 3 , oyXoi, on fera venir soit des cohanim, soit 
des Invites, soit de simples Israelites. On n'etablira la ni un pressoir pour tirer 
Thuile des olives, ni une cuve pourle vin 4 . Tel est 1'avis de R. Nehemie ; 
mais les autre sages le permettent. On ne se livrera pas la au travail de corde- 
rie, nia la fabrication de la verrerie, afin d'eviter la fr&juention rSguliere de 
cet endroit par le vengeur (sous pr6texte de trafic) . 

R. Yohanan envoya aux rabbins de 14-bas (Babylone) pour leur dire que 
leurs 2 eDonces faits au nom de Rah sont inexacts. 1° Vous dites au notn 
de Rab qu'a regard de la belle captive (Deut^ron., XXII, 1) prise pendant une 
guerre, une seule cohabitation est permise avant de con trader le manage 
regulier; selon moi au contraire, aucune cohabitation n'est permise avec la 
femme faite prisonntere, avant raccomplissement du ceremonial complet, exi- 
gible en cecas, comme il est dit (ibid. 13) : ensuite (apres tout ceia), tu vien- 
dras a elle et Vepouseras maritalement. 2° Vous dites au nom de Rab : Joab 
croyait pouvoir se mettre a Tabri en tenant les angles de l'autel comme un 
lieu de refuge, ce qui n'est pas ; mais le toit qui le surmonte ou celui de Silo 
lui donnent cet effet protecteur ; scion moi au contraire, ni l'autel, ni le toit 

1. Dans une grande ville, le vengeur pourrait epier la sortie du meurtrier. 
2. Dans une petite ville, les vivres sont rares. 3. Rassurant les exiles contre 
une attaque possible des vengeurs venant en masse. 4. De crainte d'attirer 
un vengeur. 



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CHAPITRE II 89 

qui le recouvre , ni celui do Silo, ni l'enceinte du Temple, ne peaveoi servir 
de refuge, et cet effei est reserve aux six villes officielles de refuge. Comment 
se peut-il que Joab, dontil est dit (II Samuel, XXIII, 8) : lesage, le chef de 
la 3* partis des troupes, se soit trompe k ce sujet ? II avait fui, dit R. Tan- 
ljouma, vers le SynWdrin (non par erreur), pour qu'apreslui sesbiens passeot 
a ses descendants, comme il a 6te enseigne 1 : les biens de ceux qui sont con- 
damnta k mort par le tribunal passent a leurs heritiers ; pour ceux qui sont 
condamnes par le gouvernement, les biens passent a ce dernier. Or, se dit 
Joab. il vaut mieux que je sois condamne par le tribunal, a fin de laisser mes 
biens k mes enfants, que d'etre condamn6 par les gens du roi et que mes 
biens passent a celui- ci. Lorsque Salomon l'entenditraisonner ainsi, il s'ecria: 
qu'ai-je besoio de son argent 1 Et aussitdt le roi donna des ordres en conse- 
quence (I Rois, II, 25) : tu enldverasle sang innocent, vain ; mais de son ar- 
gent quin'est p&sgratuit, je ne veux rien (qu'il passe aux heritiers). I! est dit 
(ibid. 34) : 11 envoyapar Bonyalwu t qui le rencontra et le tua, puis on Ven~ 
terra dans sa maison comme en un disert. Est-ce a dire que la maison de 
Joab Stait un desert ? Non ; c'est pour dire qu'& la mort de Joab, de ce chef 
d'une arm6e d'IsraSlites, ceux-ci se crurent perdus comme en un desert. 
Selon le dire des uns, il pillait les ennemis ; avec le montant du butin, il 
leur construisait des bains publics, $v)tJ.o?tx{, et privgs : ce qui est dit en son 
honneur; selon d'autres, avec le montant du butin pris surles ennemis, il fai- 
sait nourrir les maitres, avec leurs disciples, ce qui est encore plus k son eloge. 
D'oft sait-on que le grand Synhedrin (tribunal supgrieur) se trouvait ins- 
talls aupres de l'autel 2 ? C'est que, de suite apres ce verset (Exode, XX, 26) : 
Tunemonteras pas par des degris sur mon autel, etc., on trouve ces mots, 
visant la juridiction (ibid. XXI, 1) : Void les jugements que tu leur expose- 
ras. On a enseigne que R. Eliezer b. Jacob dit s ; le mot « refuge » se trouvait 
ecrit sur les grandes routes, de sorte que le meurtrier fugitif continuait son 
chemin k mesure qu'il voyait ce mot 6crit, R. Aboun ajoute qu'une main indi- 
catrice leur dSsignait la route a suivre. R. Pinhasinterprete ces mots(Ps.XXV, 
8) : II est bon et juste VEternel*. Pourquoi est-il bon ? Parce, qu'il est juste. 
Et pourguoi est-il juste ? Parce qu'il est bon'."Cttl pourquoi il enseigne aux 
Impies le chemin ; il leur indique le chemin du repentir. Ainsi (au lieu d'avoir 
recoursau repentir), si Ton demandeala sagesse (ou stricte justice) quelle 
est la punition du pecheur ? Elle repondra l^roverBes, XIII, 21) : tu pour- 
suivras les impies par le mal. De m6me si Ton demande k la v grogh6tie 
quelle est la punition du p6cheur? Elle repondra (Ezechiel, XVIll, 20) : 
l 9 &me picheresse mourra. Puis on demandera au Tres-saint (beni soit-il ! ) : 
quelle est la punitiou^ta pecheur-? ii-*p6poad£a : : qu'il fasse penitence, et il 
serapardppj^tomme il est ecrit (agL,vei»«L pdSfctfSy ; C'est' pourquoi il en- 
. j^ s j e c k em j n . jj j eur ensei^iic^la. vole poifo^se repentir. — II 

Sdto, L 10. 




seigne aux i 

4. Dans uA braitha. 2. Ofr Joab se rttugia. 
4. V. Rabba sur Nombres, ch. 23 ; sur Psaumes, ch. 23 



3. B.,\r. 




I 



f: 



3 



(A 




V: 



c 



Hg^izedbyUOOgle 



gO TRAITE MAfctOTH 

est ecrit (Proverbes, XXVI, 2) : Comme Voiseaufuil, comme Vhirondelle vo- 
le, de mimeune malediction vaine l ne se rcalisera pas (pourquoi done est- 
il dit parfois de prier pour detourner la morl des enfants, si la priere est sans 
but ?) On peut repondre qu'a certains moments favorables Dieu exauce cetle 
priere. Ainsi, R. YosssS b. Halafta a dit 2 : il y a certaines epoques pour 
a priere. Or, David dit devantlcTres Saint: Mailre de Tunivers, puissel'heure 
a laquelle je suis en priere devanl toi etre un instant favorable, ainsi qu'il est 
6crit(Ps. LXIX, 14) : Qm mapriire a toi, 6 tier ml, te trouved un moment 
propice ! 

R. Samuel b. Nahraan dit au nom de R. Jonathan : partout ou la Bible 
emploie le mot parler, elle fait allusion a Jjuelque loi nouvelle sous-en tendue. 
Ainsi, lorsque dans Josud (XX, 3) le prejptfpcs relatif aux villes dp refuge est 
rappele, le texte emploie aussi le mot "parler. Cependant, ne t^puve-t-on pas 
aussi Temploi de ce meme terme dans le sens plus simple dfc dire (sans se refe- 
rer a un ordre)? C'est que, selon la correction admise par TeTexegetes, Dieu 
employa le terme parler conjointement avec celui de dire , en s'adressant a 
Moise (Exode, VI, 2), parce qu'il s'agit d'une reprimande. Pourquoi, apres 
le devoir de recueillir le refugie (enonce au texte precite de Josue), est-ii 
encore dit : II demeurera avec eux ?De ces mots superflus, disent les rab- 
bins au nom de R. Schilo, on deduit que si r exile etait un docteur de la Loi, 
on lui etablissait une salle de reunion pour allerrentendre. 

Moi'so etablit 3 villes de refuge en dega du Jourdain 3 ; a leur entree en 
Palestine, les Israelites fixerent 3 autres, etplus tard ii en sera etabli 3 autres, 
car dans le texte biblique relatif a c« sujet (Deuteron. XXI), il ya3 fois 
le mot trois (ibid 9). Aba-Saiil dit : comme dans ce texte il y a le 
mot superflu et encore, il faut compter encore une fois ce nombre 3, 
soit 12. R. Nehoral" ajoute encore a ce compte la mention du mot outre equi- 
valent au meme nombre 3, soit 15. 11 est ecrit (Nombres, XXXV, 13): 
Vousawrez six villes de refuge ; ceci ne signiGe-t-il pas que les 6 villes 
devront fonctionner en m£me temps ? Peut-il done etre question de plus 4 ? 

Conform6ment a ce qu'a dit R. Samuel b. Yanai' au nom de R. Aha 5 , il 
manquait au 2* Temple 5 objets qu'avait eus le premier Temple ; car ii est 
dit(Haggee, I, 8) : Montezd la montagne, apportez du bois, etc., et j'en 
serai honori. Or, dans ce dernier mot, il manque a la fin la lettre n (= 5). 
Les 5 objets manquantssont : le feu, Tarche sainte, Toracle des Ourim et Tou- 
mim, Thuile d'onction et Tesprit saint. Abaye dit qu'un docteur de la Loi doit 
se faire connaitrea sa juste valeur ; ainsi, lorsqu'un tel docteur connait un 
traite, et que, se rendant dans une autre localite, on lui rend autant d'hon- 
neurs que s'il savait le double, il devra faire connaitre au juste ce qu'il 

1. Selon la fin du verse t, dont le texte (incorrect dans 1'edition du Talmud) 
est restitu6 par Lonzano, en ses Notes. 2. Rabba k Deuter., ch. 2. 3. Tos- 
sefta k ce tr., ch. 2. 4. Question non r6solue. 5. J., tr. Taanith, II, 1 (t. 
VI, p. 153). 



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CHAPITRE II 91 

sait i. Quant a la remission d'une dette en la 7 e annee agralre, celui qui 1'6- 
nonce au debiteur d'une voix condescendanle pourra cependant avoir la main 
ouverte pour toucher le montant. Pourquoi, selon R. Yosse le Galilee, le plus 
proche parent de la victime a-t-il pour devoir de venger le sang rgpandu 
C'est qu'il est ecrit (Deuteron. XIX, 6) : dans V effervescence de son coeur, A 
le powr&uivre (c'est done un devoir de le poursuivre). « Le refugie pourra ren- 
trer lors du d6e6s du pontife suivant >>, f&t-cele 3 e , dit R. Abahou. II dit aussi : 
si la presence du meurtrier involontairc est indispensable pour un objet quel- 
conque, on le fait chercherde la ville de refuge. Non, dit R. Yosse, aux ter- 
mes de la Mischna, « lors m6me que tout Israel aurait besoin de cet homme, 
fftt-il un chef d'armee comme Joab Gls de Cerouya, il ne dovra jamais sortir de 
cette ville, car il est dit (ibid.) : « ou il a fui, la il demeurera, etc. » 

7. Les hommes internes doivent payer leur cntrctien aux LSvites, e'est 
Topinion de R. Juda. R. Meir dit qu'on n'est pas ob!ig6 de leur rien 
donner. 

Si Pintern6 6(ait fonclionnaire public avant d'avoir commis Thomicide 
par imprudence 8 , il peut, en quittantla ville de refuge pour redevenir 
libre, retourner a ses fonctions; e'est Topinionde R. Meir. R. Juda dit 
qu'il ne peut pas y retourner. 

On a enseigne 3 que, selon R. Yoss6, l'opinion au sujet des villes de refuge 
fait l'objet d'une discussion : d'apres R. Juda, ces villes constituent la pro- 
priety ou heritage des Cohanim et levites ; selon R. Meir, ces villes ne leur ser- 
vant que d'habitation. Or, Tavis de R. Juda est conforme a celui que R. Yosse 
exprime ailleurs, comme celui de R. Meir concorde avec ce qu'il dit ailleurs. 
Ainsi, Ton a enseigne : les r§fugi6s doivent payer un salaire comme loyer dans 
ces villes appartenant aux levites; tel est Tavis de R. Meir; selon R. Juda, 
ils n'ont rien 4 payer— *. 

CHAPITRE III 

i . Sont condaran£s & la peine du fouet celui qui commet un adultfere 
avec sa soeur, avec la soeur de son p6re, avec la soeur de sa femme, avec 
la femme de son frire, avec la femme du frfere de son pfere, ou avec une 
femme menstruee ; un grand-pr&tre qui epouse une veuve (Levitique, 
XXI, 44) ; un pr&tre qui prend une femme divorcee ou celle qui a prati- 
que la cer^monie du d^chaussement (DeutSronome, XXV, 9) ; un Israe- 
lite qui prend une femme b&iarde, ou une femme isra&ile qui prend \m 
homme bftlard. 

1. Cf. J., tr. Schebiith, X, 2 (t. II, p. 433). 2. S'il a eto p. ex., dit le com- 
mentate, Naci (exilarque), ou president du tribunal. 3. J., tr. Maasser 
Schbii, V, 14 (t. Ill, p. 259). 4. Suit un passage traduit au tr. Sdta, IX, 2 
fin (t. VII, p. 326); Cf., tr. Schebiith, X, 7 (t. II, p. 433). 



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92 TKAITE MAKKOTH 

2. Un individu impur qui mange deschoses sacrees, ouqui entre dans 
le temple ; celui qui mange la graisse defendue ou du sang ; celui qui 
mange le rcste des sacrifices (Exode, XXIX, 34), ou le reliquat des sacrifi- 
ces appete pigoul (rejetS, Levitique, XIX, 7, et VII, 18) ou de la viande 
sacree devenue impure (Levitique, VII, 19), celui qui offre des sacrifices 
en dehors du Temple; celui qui mange dn pain leve pendant la ffete de 
Piques ; celui qui mange ou qui travaille le jour du grand pardon ; celui 
qui fait pour son usage une composition comme celle de Thuile d'onction 
sacree (Exode, XXX, 32), ou comme celle du parfum sacre (Exode, XXX, 
37) ; celui qui s'oint de l'huile d onction sacree (Exode, XXX, 32) ; celui 
qui mange la viande d'un animal mort, ou d6chir6 (par un animal carni- 
vore, ou atteint d'une maladie infectieuse), celui qui mange des reptiles 
defendus; celui qui mange des fruits de la terre avant d'en avoir donn6 
les premices sacerdotales et Levitiques ; celui qui mange la dime du Le- 
vite dont on n'a pas encore donn6 la part due au cohen ; celui qui mange 
la deuxteme dime ou les choses sacrSes avant de les avoir rachet6es, est 
passible de la peine des coups. 

Combien doit-il en manger pour etre condamne? R. Simon dit qu'il est 
condamnS s'il en mange mfeme la partie la plus minime. Les autres doc- 
teurs fixent pour mesure l'cquivalent d'unc olive. Mais, leur dit R. Simon, 
ne reconnaissez-vous pas que celui qui mange une fourmi, si petite qu'elle 
soit, est coupable? Oui, dirent-ils, parcequ'elle est ainsi creee. Un grain 
de bte aussi, r6pliqua-t-il, est ainsi cree (et sa mesure suffit). 

3. Celui qui mange des premices avant d'avoir recite (liturgiquement) 
le chapitre relatif ice pr6cepte (Deut. XXVI, 5-H), ou qui mange des sain- 
tetes de premier ordre en dehors de la separation du sanctuaire, ou de la 
seconde dime en dehors du murde cldture (de Jerusalem), celui qui brise 
un os d'un agneau pascal pur, est passible de la peine de 40 coups : 
mais celui qui laisse de la chair d'un tel agneau pur, ou qui brise un 
os d'un tel agneau impur, n'est pas soumis & la penalite des coups. 

4. Celui qui, rencontrant unnid d'oiseaux, prend sa m6re avec les 

petits, est condamnS & la peine des coups, d'apres R. Juda, pour avoir 

transgress* la loi (DeutSronome, XXII, 6). Les aulres docteurs disenl 

qu'il n'a qu'i laisser la mere en liberty ct qu'il n'est pas condamne. 

Regie g£n6rale: quand une defense est suivieou precede dun comman- 

dement (qui doit reparer ou pr^venir la faute), on n a qu'a se confor- 

mer au commandement et Ton n'est pas puni pour avoir agi contre la 

defense. i 

1. La defense «tu ne prendras pas la m6re avec les petits » (Deuttronomc, 
XXII, 6), est suivie du commandement « tu laisscras la mere libre i(ibid. 7); et 



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CHAPITRE III 93 

5. Sont condamnes encore a la peine du fouet : celui qui s'arrache 
lescheveux de la tfite par chagrin pour un mort(Deuteronome, XIV, 4) ; 
celui qui rase en rond les coins de la lete (Levitique, XIX, 27) ; celui 
qui se rase la barbe (ibid.), celui qui se fait une incision par chagrin 
pour un mort (ibid 18). 

(46). Celui qui est condamnS & la peine du fouet repoit quarante coups 
moins un(= 39J, car il est dit (Deui6ron, XXV, 3) : au nombre deAO, soit 
un norabre qui approche de 40. Mais R. Juda dit : quarante au complet,et 
le dernier sera frapp6 entre les ipaules. 

(44). Ufaut d'ailleurs examiner la conslitution et T6tat de sant6 du 
coupable, poursavoir s'il pourra supporter ce nombre de coups ; mais 
I es experts doivent toujours 6xer un norabre qui peut se diviser en trois 
parties 6gales *. Si Ton a jug6 d'abord que le coupable pourra supporter 
le nombre reglementaire de trente-neuf coups, et qu'apres lui en avoir 
donne quelques-uns, onvoit qu'on s'est trompe, et que le coupable ne 
pourra pas supporter le tout, il estacquitte. Si Ton a jug6 d'abord qu'il 
ne pourra supporter que dix-huit coups, et qu'apres les lui avoir donnes 
on voit qu'il pourra supporter tous les trente-neuf coups, il est 6galement 
acquitti apr£s en avoir re$u seulemcnt dix-huit. 

Celui qui se fait une incision pour 5 moils, ou 5 incisions pour un 
mort, est coupable pour chaque incision faite. Pour s'6tre ras6 la tfitc, 
on est 2 fois coupable, savoir une fois pour chaque cdte. Pour la barbe, 
on Test K fois, savoir 2 fois pour chaque cdt6, et une fois pour le has du 
mcnton. R. fili^zer dit : si P enlevement de la barbe a 6t6 op6r6 d'un 
seul coup, on n'est coupable qu'une seule fois, et encore faut-il que ce 
soit fait par un rasoir. R. £li6zer dit : mSme celui qui a enlevfi la barbe 
avec une pince, ou un rabot, est aussi coupable. 

6. Celui qui se tatoue le corps (Levit. XIX, 28) est coupable ; s'il tra- 
ce des caracteres sans pointiller la peau, ou s'il la pointille sans tracer 
de caracteres, n'est pas coupable, jusqu'i ce qu'il ait accompli les 2 
operations sur son corps, avec de l'encre, ou de la couleur, ou tout ce 
qui laisse une trace. R. Simon b. Juda dit au nom de R. Simon : on 
n'est coupable qu'apres avoir inscrit sur la peau le nom d'une idole, 
comme il est dit (ibid.) : Ne vous imprimez point de tatomge, je suis 
Ffiternel (nul autre). 

7. Un Nazir (abstfcme) qui boit du vin toute la journ6e n'est coupable 

ce commandement doit prevenir ou Sparer la iaute de la prise de la mere, en la 
laissant libre. 1. P. ex. s'ils croient ne pouvoir (aire appliquer que 8 coups 
au coupable, ils decideront de faire donner 6 coups. 



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94 TRAITfc MAKKOTH 

qu'une fois. Si malgrS des avertissements r6it6r6s il a bu plusieurs fois, 

il est autant de fois coupable. 

8. Un Nazir qui se rend impur au contact des morts, pendant toute la 
journSe, n'est coupable qu une fois. Si malgr6 des avertissements r6it6- 
r6s il s'est plusieurs fois rendu impur, il est autant de fois coupable. 
Un Nazir qui se rase plusieurs fois en un jour n'est qu'une fois coupable ; 
si malgre des avertissements reiteres il se rase plusieurs fois, il est au- 
tant de fois coupable. Celui qui est revetu d'etoffes h6t6rogenes toute 
la journ£e n'est coupable qu'une fois ; si malgre des avertissements 
rtitires de ne pas se vetir ainsi, il se deshabille puis se revet ainsi, il est 
autant de fois coupable. 

9. 10. II peut arriver qu'en cultivant un sillon, on soit coupable d'a- 
voir transgresse huit defenses. C'est le cas de celui qui cultive en atte- 
lant ensemble k la charrue un bceuf et un 4ne, qui sont consacrSs, le 
sol contenant des semences hetarogenes dans une vigne, pendant la 
7 e annSe du repos agraire, un jour de f&te, le cultivateur <Hant un cohen 
et Nazir, placft sur un lieu impur. Hanania b. Hakhinai* y ajoute une 
9* cause de defense, celle d'etre revStu d^toffes hetSrogenes. Ce dernier 
fait, observerent les docteurs, n'a pas de rapport avec la culture. La 
qualite de Nazir, nJpliqua Hanania, n'a pas non plus de rapport avec 
elle (et pourtant c'est une hypothese admise). 

44. Un homme a commis un crime pour lequel il est condamne deux 
fois k la peine du fouet 1 . Si les experts Tont examind pour les deux 
punitions k la fois, il repoit le nombre qu'ils ont fix6, et il est acquit^. 
Mais s'ils ne l'ont examine que pour une seule punition, il repoit le nom- 
bre fixe pour la premiere transgression, et puis apres sa gudrison, il re- 
cevra encore des coups pour sa deuxi&me transgression. 

42. L'execution de la peine du fouet avait lieu de la manifere suivante : 
On attachait les deux mains du coupable de chaque c6t6 d'une colonne. 
Le Kazan (serviteur de la communaute) saisissait les v&tements pour les 
dSchirer, afin de dScouvrir la poiirine ; une pierre se trouvait derrifere 
le coupable. Le servitaur se tenait debout pres de lui, et il avait dans la 
main unebande en cuir de veau pliee en quatre; k cette bande Gtaient 
cousues deux autres bandes en cuir*. 

43. Le manche de la bande etait long d'un palme et large d'autant. 
Sa longueur devait dSpasser toute la largeur du dos du coupable (quand 
on le frappait par derriere), pour atteindre le ventre. On divisait le nom- 
bre de coups fix£ par les experts en trois parlies, pour en donner au 

1. Pour les 2 transgressions, il doit done subir 78 coups. 2. En peau 
d'&ne, disent les commentaires. 



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CHAPITRE III 95 

coupable un tiers par devant et deux tiers par derrifere. Le coupable 
n'&ait ni debout, ni assis, mais penchS, selon ces mots (ib.) : le juge fe 
fera tomber. Le serviteur frappait d'une seule main et de toute sa 
force. 

44. Celui qui 6tait charg6 de la lecture lisait le passage : « Si tu 
n'observes pas et si tu n'executes pas les commandements de cetle loi... 
Dieu te frappera... » (Deuteronome, XXVIII, 58 et 59); puis il com- 
men$ait, et il lisait ensuite ces mots : « Vous observerez les paroles de 
cetle alliance... j> (Deut6ronome, XXIX, 8); puis il lisait : € et il est mi- 
sSricordieux, il pardonne le peche. > (Psaume LXXVIII, 38), et il 
recommenpait encore (si la punition n'etait pas achev6e). 

Si le coupable est raort des coups, le serviteur qui Fa frapp6 est 
acquitte ; mais si ce serviteur a ajoute un coup au nombre fixe, et si le 
coupable est mort, le bourreau est condamne 4 Tinternement dans les 
villes de refuge. Si les coups ont amen6 une Evacuation involontaire des 
matieres fecales ou une miction involontaire, le coupable est acquitte du 
reste 1 . R. Juda dit : Si e'est une femme, il suffit de la miction involon- 
taire; mais si e'est un homme, il n'est acquitt6 que s'il y a une Evacua- 
tion involontaire des matures fEcales. 

15. Tous ceux qui ont commis des crimes passibles de la peine du 
retranchement, s'ils ont subi la peine du fouet, seront acquittSs de la 
premiere peine, selon ces mots (ib. 3) : ton frbre a eU abuisse a les 
yeux, c'est-4-dire quand le coupable a repu la honte du fouet, il a expiE 
son crime, el il est dEsormais redevenu <r notre fr&re ; * e'est F opinion 
de R. Hananiah b. Gamaliel. R. Hananiah b. Gamaliel dit encore : Si ce- 
lui qui commet un seul crime peul perdre la vie, k plus forte raison ce- 
lui qui fait une seule bonne action gagnera sa vie. R. Simon dit : Du 
passage raSme ou il est question du retranchement, on peut tirer une 
deduction, car il est dit (L6vit. XVIII, 29) : les personnes qui auront 
commis un tel crime seront retranchees du milieu de leur peuple; et il 
est dit (auparavant) : les lois que Vhomme execute et par lesquelles il 
vit; done, le seul fait de rester assis tranquille, sans commettre de 
raal, equivaut k Faccomplissement d'un precepte religieux. R. Simon b. 
Rabbi interprele ce verset (Deut. XII, 23) : Aie bien win de ne pas 
manger le sang, car le sang est la vie, etc. Or, le sang est une nourri- 
lure rEpugnante, et cependant celui qui s'abstient de cette nourriture sera 
recompense ; i plus forte raison celui qui s'abstient de prendre la pro- 
pri6t6 d'autrui, ainsi que des femmes d&endues, Fobjet d'une passion si 

1. II a d6j& assez de cette honte, dit Raschi, et il ne faut pas l'affliger davan- 
tage. 



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96 TRAIT* MAKKOTH 

violente, aura la recompense pour lui, pour ses enfants et pour les en- 

fanls de ses enfants, jusqu'i la On de Unites les generations. 

16. IJanina : fils d'Aqasehia dit ; Dieu a voulu accorder beaucoup de 

recompenses aux Israelites ; c'est pourquoi il lcur a donn£ beaucoup de 

commandements, selon ces mots (Isaie, XLII, 21) : L'titernel le desire 

ainsi dans sa justice; c'est pourquoi il a voulu que la loi fut grande et 

majestueuse ' . 

1. Sur tout ce chapitre III, il n'y a pas de texte jerusaiemite, detail note dfcs 
redition princeps (Venise, 1520). 



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TRAITfi SGHEBOUOTH 



CHAPITRE PREMIER 

1. II y a deux sorles de serments, qui (par une subdivision) donnent 
quatre 1. II en est de mfeme de la connaissance des impuretSs 2 , des 
transports le jour du sabbat 3 , et de Tinspection des plaies. 

*. R. Mena annonce d'une fa$on anonyme, et R. Abin dit au nom de R. 
Yohanan : nous avons 6nonc6 dans la Mischnfi, deux rigles Tune a c6t6 de 
1' autre qui ae se ressemblent pas. Ainsi, « il y a deux sortes de serments, 
qui (par subdivision) donnent quatre, » et Us entrainent quatre sacrifices ; 
puis, « ii en est de m6me de la connaissance des impuretes ; » or, si pour la 
premi&re s6rie, quatre sacrifices sont exigibles, c'est que Ton adopte l'avis de 
de R. Akiba ; mais, d'aprds lui, on ne peut appliquer a la seconde s6rie que 
deux obligations de sacrifices ? (La Mischna est-elle done a la fois en disac- 
cord avec R. Akiba et avec R. Ismael ?) En effet, dit R. fiteazar au nom de 
R. Abin, il faut recourir a Implication suivante : la premiere mention de la 
Mischna, «il ya deux sorted de serments, qui (par subdivision) donnent qua- 
tre, » 6mane de R. Akiba; mais la seconde mention, « il en est de mdme de 
la connaissance des impuretes » (aboutissant aussi a quatre sacrifices), est 
de R. Ismael (qui 6nonce, de plus, l'obligation pour le cas d'ignorance de la 
saintet6, ou dusanctuaire). Mais, objecta R. Hagaidevant R. Yossl, pour- 
quoi attribuer la seconde mention a R. Ismael seul, et non a R. Akiba? Et 
s'il est vrai que ce dernier ne semble pas imposer le sacrifice a celui qui 
ignorait seulement la saintete du Temple (la restreignant a Tignorance de 
rimpuret6), il reconnait qu'il y aura double obligation en cas d'ignorance si- 
multante de l'impuret6 et de la saintete, de fagon a arriver au total dtk. 5 des 
quatre obligations ? Non, dit R. Yoss6, cette derniire hypothese n'est pas ad- 
mise, et d'aprts R. Ismael seul, le sacrifice est aussi bien du pour l'ignorance 

1. Savoir : 1° en vue de Pavenir une affirmation et une negation; 2© autant 
pour le pass6 (= 4). 2. L6vitique, V, 2. 3. Voir tr. Sabbat, 1, 1 ; Cf. J., 
Derenbourg, dans Revue des etudes juives, III, 205. 4. En tete est un pas- 
sage traduit au tr. Sabbat, I, 1 (t. IV, pp. 1-2). 5. Un impur, connaissarit 
d'abord son 6tat, l'oublie ; se souvenant de la saintete, il redevient impur, le 
sait, puis oublie l'impurete et la saintete, suivie de la connaissance et de l'igno- 
rance successive de l'impurete et de la saintete. En somme, il y a deux igno- 
rances de chaque genre, ce qui fait quatre obligations. 



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98 TRAIT* SCHEBOUOTH 

du sanctuaire que pour celle de I'impurel^ ; on ne saurait done s'expliquer 
la seconde mentioa (avec ses quatre sacrifices) d'apres R. Akiba. II arrive 
parfois que, tout en oubliant en meme temps I'im'purete et la saintete du 
sanctuaire, on ne soit soumis qu'aune obligation de sacrifice ; voici comment : 
un individu est devenu impur, il l'a su, ensuite il l'a oublie et il est entre au 
sanctuaire : puis il est sorti en le sachant ; apres quoi, oubliant 1'cHat du 
sanctuaire, il y reotre, et il en sort en sachant de nouveau ce qu'il fait : 
Tignorance successive de Timpurete et du sanctuaire ne constitue qu'un etat 
d'ignorance, et n'entraine qu'une obligation de sacrifice. D'autres fois, on 
semble avoir passe par plusieurs etats successifs de connaissance et d'igno- 
rance ; Ton n'est qu'une fois astreint au sacrifice. Voici comment : un indi- 
vidu est devenu impur, ctil l'asu; ensuite, oubliant son etat impur, il me- 
connait la sainlet6du Temple et y entre par megarde, d'ou il sort, sachant 
ce qu'il fait, et il dil : pour une telle impurete, on ne doit pas etre soumis au 
sacrifice (ce n'est pas une seconde ignorance, quoique diflerente dans les ter- 
mes). De meme, un individu devenu impur le sait, puis 1'oubliant, il oublie 
aussi que le Temple est Faint, y entre eten sort ; si meme ces transitions se 
renouvellent plusieurs fois, se terminant par la connaissance du fait, les di- 
vers oublis n'entrainent qu'une obligation de sacrifice. 

« II y a deux sortes d'inspeclion des plaies, qui donnent quatre. » R. Yoss6 
dit que Josue b. R. Akiba ademande a R. Akiba 1 : Pourquoi (en vue d'ex- 
pliquer ces subdivisions) est-il dit qu'en sous-ordre de la tache lipreuse, blan- 
che corame la neige, il y a la couleur de la chaux, et qu'en sous-ordre de la 
t umeur d'un ton mat comme la laine, il y a la coquille d'eeuf ? Comment done 
s'expliquer, fut-ii reparti? — On aurait dil dire, fut-il replique, qu'& partirde 
la couleur de la coquille d'eeuf et au-dessus, la plaie est impure ! C'est pour 
indiquer que ces divers details seront joints. Pourquoi ne pas le dire de suite 
formellement ? II s'agit aussi de signaler que l'homme incompetent en ces di- 
verses nuances n'a pas la faculte d'examiner. D'ou sait-on que leur jonction 
peut avoir lieu? R. Mena repond : comme les sages ont dit que les couleurs 
des plaies sontde 2 sortes, qu'ils ont ensuite detaillees en 4, on d6duit que 
Ton peut aussi bien joindre les 4 sortes'que les 2 sortes. Mais, objectaR. £l6a- 
zar au nom de R. Abin, si Ton peut joindre les 2 sortes essentielles (p. ex. la 
tumeur et la tache), qui ne sont pasdu meme genre, ne va-t-ii pas sans dire 
que Ton peut joindre les couleurs du meme genre? C'est que, dit R. Yosse b. 
Aboun, comme il est ecrit a ce sujet (Levit. XIII, 2) : s'il arrive, au singu- 
Her, et non au pluriel ; on voit que toutes les quatre sortes peuvent etre join- 
tea 2 . Hiskia a enseign6 : de ce qu'il est dit (ibid. 6^ : en plate Itprcuse, au 
singulier, non au pluriel, on conclut aussi que les diverses plaies peuvent 6tre 
jointes pour constituer la mesure interdite. 

Selon une autre version, on posa encore cette question : Pourquoi ne pas 
dire qu'4 partir de la nuance de la coquille d'eeuf et au-dessus, on joint les as- 

1. Tosselta au tr. Ketjalm, cb. 1. 2. V. Siflra, section Tazria', ch. 14. 



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CHAPITRE PREMIER 99 

pects pour declarer la tache impure, au lieu d'exposer les details qui consti- 
tuent les 2 aortes essentielles de couleurs qui avec les subdivisions font 4? On 
a employe cette derniere formule, fut-il repondu, pour nous apprendre qu'ii 
n'y a pas de gradation superieure Tune a l'autre dans les dites couleurs (et 
toutes ces quatre peuvent se joindre). Peut-etre, toutejbis, n'y a-t-il reelle- 
ment de jonction qu'entre une sorte et celle qui est immediatement superieure? 
Non ; sans quoi on supposerait que non-seulement la lepre devenue p&le est 
impure, mais encore ce qui touche a celle-ci est impur ; tandis que la Bible 
dit (ibid.) : si la Ibpre est devenue pdle, ou trouble ; cette derniere seule est 
done impure, non ce qui la touche. C'est conforme a ce qu'a dit R. Hanina t 
ce rapport de plusieurs sortes de plaies entre elles 1 est comparable & deux 
rois etdeux gouverneurs, ercapxos; Tun des rois est plus grand que Fautre,de 
meme que Tun des gouverneurs est superieur a l'autre ; mais nul gouverneur 
n'est plus grand que Je roi. Samuel dit que ce rapport est comparable a 2 rois 
avec leurs secretaires (secretarius); le roi de Pun est plus eleve que celui de 
Fautre, et le secretaire del'un est plus eleve que celui de l'autre; mais le secre- 
taire du premier n'est pas plus eleve que le roi (inferieur) de l'autre. R. Hanina 
au nom de R. Aha b. Ahwa adopte comme terme de comparaison les 4 person- 
nages suivants : le roi,*son chef d'armee, le potentat (apy^rstjp, celui qui a le 
pas surtous), et l'exilarque, chef de la captivite. R. Eleazar b. R. Yoss6 dit 
devant R. Yosse qu'un emeignement indique aussi l'absenc© de gradation en- 
tre les dites nuances des couleurs; car si la tumeur, dont le derive affaibli est 
pur, a pourtant une seconde couleur dont il faut tenir compte, a plus forte 
raisoa la tache lepreuse, dont le derive affaibli constitue une impurete, a aussi 
par devers elle une seconde couleur dont il faut tenir compte. Au contraire, 
repliqua R. Yosse, s'il y a un derive du 2 degre (ou la cbaux), a plus forte 
raison existe le 3 e degr6 (nuance representee par la coquille d'eeuf, comme de- 
rive de la tache 16preuse ; il y a done gradation). Au contraire, lui repiique 
R. fileazar, il n'y a pas lieu de proc6der ainsi : en disant que le derive de la 
plaie affaiblie est impur, il s'agit de la tumeur qui derive de la tache, et Tes- 
pece analogue a la tumeur est comme la coquille d'eeuf (done, le derive de la 
tumeur Test au 2 e degre de la tache). 

Dans la s6rie biblique, tumeur, ou dartre, ou tache lepreuse (ibid. 25), 
la dartre est au 2 e degre ; la couleur foncie forme un 2° degre par rapport a 
la tache. Le premier terme implique Tidee d'616vation ; ainsi, Tapparence de 
Tombresemble plus elev6e que celle du soleil. Dem^me, par contre, le terme 
fonce implique Tidee de profond, comme si la couleur du soleil semblait 
plus profonde que celle de Tombre. Le terme dartre implique 1'idGe de jonc- 
tion, selon ces mots (I Samuel, II, 36) : Attache-moi a Vune des divisions 
sacerdotales. Tel est, dit R. fiteazar, l'avis de R. Ismael et de R. Akiba. 
Selon les autres docteurs, la tumeur et la tache sont a un egal degre ; mais 
la dartre forme un second degre pour chacune de celles-ci. En effet, une 
1. Chaque sorte essentielle ayant en sous-ordre une nuance. 



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100 traite: schebouoth 

Mischnft diti : il peut y avoir des changements tels qu'une dartre deg&ier ^ 
en tumeur, ou qu'elle prenne un aspect plus &pre. 

2. Ainsi, lorsque quelqu'un apres avoir appris d'abord qu'il est impur 
et (apr&s avoir p. ex. mange d'une sainted ou 6tre entr6 au sanctuaire) 
apprend ensuite qu'il est impur, tandis qu'au milieu de ces deux con- 
naissances (pendant son acte coupable) il ignorait son etat impur ; il est 
passible du sacrifice ascendant et descendant 2 . S'il a eu connaissance de 
son6tat avant Facte, non apr&s, le d61it sera expi6 par le bouc dont le 
sang est asperg6 h Tinterieur du sanctuaire, au jour du grand pardon 3 , 
etce jour meme suspend la punition, jusqu'i ce que le delinquant 
apprenne de nouveau son etat et qu'il offre un sacrifice ascendant et 
descendant (proportionnel). 

D'ou sait-on que, pour robligation du sacrifice 4, on devra avoir eu connais- 
sance de Timpurete au commencement et a la fin, « tandis qu'au milieu de 
ces 2 connaissances, on ignorait son etat impur »? De ce qu'il est dit (Levit. 
V, 3) : il V ignore f il V ignore; de la 2'' expression superflue, on d6duit la re- 
gie precedente. Cette deduction est exacte 5 d'apres R. Akiba (qui admet ces 
sortes d'interpretations) ; mais d'ou sait-on la meme regie selon R. Ismael 
(qui ne recourt pas aux deductions)? II se conforme a l'avis de Rabbi, qui dit 6 : 
par l'expression s'il lui a e'chappe, on sait qu'a un moment il savait, et il est 
dit : il savait ; on se trouve done en presence de deux connaissances. On 
voit ainsi que R. Ismael suit l'avis de Rabbi. Mais ce dernier adopte-t-il 
l'avis de R. Ismael (de deduire du terme superflu s'il ignore, qu'il peut 
s'agir aussi de I'ignorance du sanctuaire) ? Non, l'avis de Rabbi est admis- 
sible aussi selon R. Akiba : la connaissance du fait en ignorant 1'impurete au 
sanctuaire, ou la connaissance avec ignorance que la saintete est impure, 
sont semblables (elles entrainent les memes obligations de sacrifices). Selon 
d'autres, on deduit la meme regie de ce qu'il est dit (ibid.) : soil qu'il ne 
s'en est pas apergu, soit qu'il Vait connu, il sera coupable ; or, comme 
l'expression coupable est deja dite, la connaissance que Ton doit avoir d'a- 
bord n'a plus besoin d'etre signalee, et le terme repete vise la connaissance 
exigible & la fin (pour qu'en cas d'ignorance entre ces 2 faits, l'obligation du 
sacrifice soit fixee). 

R. Aboun demanda : si a la fin (apres l'achevement de Facte) on ignore 
son propre etat, comment arrive-t-on a offrir le sacrifice da ? (N'est-il done 
pas evident qu'il faut une connaissance a la fin ?) Voici, en effet ce que Ton a 
voulu enseigner : comme Tun de ces versets est inutile pour indiquer que la 
connaissance est exigible a la fin, il indique du moins que la connaissance 

1. Tr. Negaim, VII, 2. 2. Le delinquant Toffre plus ou moins important, 
selon sa fortune. 3. L6vitique, XVI, 15; Nombres, XXIX, It. 4. Siffra, 
section Waygiqra, ch. 12. 5. V. ci-aprfcs, VIII, 1. 6. Cf. J., tr. Horaxoth, 
I, 1 (fol. W). 



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CHAPITRE PREMIER 101 

est exigible au commencement. A ceci on oppose une objection de ce 
qu'il est dit (ibid., IV, 23) : S*il a connaissance du pecM quHl a corn- 
mis, il offrira son sacrifice; puisque d'apres ces mots, il est inutile d'ensei 
gner Tobligation du sacrifice en cas de connaissance finale, ne faut-il pas le 
dire pour le cas de connaissance initiate? On a eu besoin, fut-il replique, de 
formuler la connaissance au sujet du peche, afin d'en deduire i que ceux qui 
sont soumis & offrir des sacrifices fixes d'expiation et de pSches doivent, au 
cas ou le grand pardon s'est ecoule, les offrir m£me apres cette solennite ; 
les individus astreints aux sacrifices douteux en sont dispenses apres ce mo- 
ment, en raison des termes precites : « S'il a connaissance du pechg commis, 
il offrira, etc. », et le sacrifice est du meme si la connaissance arrive apres ce 
jour. D'ou sait-on que ce verset se refere seulement a Timpurete au Teiiple, 
ou des saintetes ? On trouve enoncees la defense et la penalite pour Timpurete, 
ainsi que Tobligation du sacrifice dft en ce cas ; or, comme la penalite et la 
defense sont exprimees ailleurs (Nombres, XIX, 13) au sujet de Timpurete du 
Temple et des saintetes, de meme Tobligation de sacrifice forraul6e ici se re- 
fere & Timpurete relative au Temple et aux saintetes. 

R. Eleazar b. Jacob dit : de ce qu'il est ecrit (Deuteron. XXVI, 14) : je rien 
aipas mange pendant mondeuil, on aurait pu croire que le simple isra&ite 
ayant mang6 de la dime durant le deuil, ou etant impur, devra offrir un 
sacrifice d'expiation ; c'est pourquoi il est dit (Levit. V, 4) : il sera coupable 
de Vune d'elles ; du partilif de on conclut que certaines fautes seules entrai- 
nent Tobligation, non d'autres (a l'exclusion de Timpurete). Peut-§tre y a-t-il 
lieu d'exclure la dime, dont la consommalion a Tetat impur n'entraine pas 
la peine capitale, tandis que celle-ci existe pour Toblation, qu'il n'y aurait 
pas lieu d'exclure ? C'est pourquoi il est dit (ibid., XXII, 9) : ils en mourront 
pour Vavoir profane, et comme a ce sujet il y a aussi le partitif cfe, on en 
conclut aussi qu'une partie seule entraine Tobligation du sacrifice, a Texclu- 
sion de Toblation. Peut-etre au contraire, par analogie entre les termes 
pSches exprimes ici et au verset precite, en deduit-on qu'il y a lieu d'en- 
glober Toblation dans le devoir present du sacrifice ? Non, on le saitdeja 
par la deduction tiree de la regie emise pour Tidol&trie que le sacrifice est 
seulement dfi pour la faute qui, commise a dessein, est punie du retrenche- 
ment, & Texclusion de Toblation mangee impure. R. Hanina dit devant R. 
Mena : si Ton recourt a Tidol&trie, on devrait aussi etablir les analogies au 
point de vue de la connaissance, en disant qu'a Tinstar de Tidol&trie dont la 
connaissance est unique et finale, non initiale, il en sera de meme pour to us 
les cas passibles du sacrifice? II y a cette difference & etablir, fut-il repondu, 
que pour la faute d'ordre idol&tre, il est dH un sacrifice fixe, tandis que pour 
Timpurete dans la consommation, soit au Temple, soit des saintetes, le sacri- 
fice sera variable ; or, on n'etablit pas de regie par analogie entre ces deux 
sortes d'offres. Mais alors pourquoi dire qu'il est seulement question au ver- 
1. Cf., tr. Krilhoth, VI, 4; Ci., ci-apres, § 9. 



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102 TRAITE SCHEBOUOTH 

set precite (ibid., IV, 23) d'impuretS des saintetes ? Cost que d'une part (V, 2) 
et d'autrc part (VII, 21), il y a 1'expression animal impur; et comme la 
seconde fois il s'agit d'un homme impur qui mange de la saintete, il en est 
de meme au premier texte. D'ou sait-on qu'en outre il s'agit de l'impur se 
trouvant au Temple? De ce qu'il est dit (XXII, 3) : Si son impureU est sur 
lui, comparable k la m6me expression (Nombres, XIX, 13) ou il s'agit d'im- 
purete en etant au Temple. Qu'est-ce qui prouve que, dans notre verset 
(Levit. IV, 23), il s'agit d'un impur qui mange un objet pur, et non d'un 
homme pur qui mange de l'impur ? C'est qu'il est dit (XXII, 3) : « l'impurete 
est sur lui » ; il s'agit done du corps impur, non de la chair impure qui est 
mangee l . De meme, dit Rabbi, c'est prouve par les mots « sHl mange, etant 
lui impur ». Selon R. Hiya, comme le mot saintetes (ibid.) est au pluriel, et 
le mot impurete au singulier, le terme sur lui se rapporte au corps, non a 
la consommation. Selon R. Meir, il est seulement question de celui dont on 
peut detacher l'impurete (par le bain), non de la chair dont Timpuret6 est 
indelebile. 

« II sera expie par le bouc dont le sang est offert a l'interieurdu Tabernacle, 
le grand pardon, et ce jour m6me suspend la punition. » A quoi sert cette of- 
fre, si elle ne suscite pas le pardon ? R. Yoss6 b. R. Aboun repond : elle 
equivaut au sacrifice de peche pourdoute (qui, apr&s la connaissance acquise, 
devra elre suivi d'un sacrifice d'expiation). Si le d6linquant meurt avant le 
grand pardon, cette solennite ne peut pas remedier au pech6 ; s'il meurt apres 
la f^te (mais avant Toffre), celle-ci donne l'expiation. II est dit (ibid, XVI, 16): 
11 pardonncra (purgera) par la saintete pour les impuretis des fils d f Israel. 
On peut rapporter a ce sujet trois sortes d'impuretes 2 : 1* celle de Tidolatrie, 
dont il est dit (ibid. XX, 3) : en souillant mon sanctuaire, 2° celle des rela- 
tions illicites, dont il est dit (XVIII, 30) : en ne suivant aucune de ces lois in- 
t&mes, 3° celle de Thomicide, dont il est dit (Nombres, XXXV, 34) : Ne souil- 
lez pas le sol, etc. Est-ce a dire que pour toutes ces impuretes, le boucoflert le 
jour du grand pardon ait le meme eflet? G'est pourquoi il est dit : « des im- 
puretes, » non toutes. Comme on trouve la distinction etablie par la Bible 
pour Timpureto concernant, soit lc Temple, soit les saintetes (passible d'un 
sacrifice variable, non fixe), de meme la restriction du terme precite, « des 
impuretes, » implique qu'il s'agit seulement d'impurete au Temple, ou des 
saintetes. Tel est l'avis de R. Juda. Selon R. Simon, cette specialisation res- 
sort du texte meme : « II pardonnera par la saintete pour les impuretes d'ls- 
rael » ; il ne s'agit done que d'impurete en pr6sence des saintetes. Est-ce k di- 
re que ce bouc effectuera le pardon pour toute impurete de cet ordre (mSme 
en connaissant la faute avant et apres Tacte) ? Non, car i! est dit (ibid.) : et de 
leurs peches ; ce terme se refere aux rebelles 3 . De meme il est dit (II Rois, 

1. V. ci-aprfcs, § 3; Cf. B., tr. Zebahm, lol. 43. 2. Torath Cohanim, section 
Ahart-Moth. 3. Les impies conscients n'obliennent pas de pardon par le sa- 
crifice. 



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CHAPITRE PREMIER 103 

III, 7) : le roi de Moab a pdche contre moi. Done, en cas de connaissance de 
la faute avant et apres 1'acte commis par ignorance, l'offrande sera variable ; 
s'il n'y a pas eu connaissance finale, le bouc du grand pardon expiera la faute, 
sauf a suspendre le sacrifice variable jusqu'apres cette fete 1 . 

3. Si l'homme impur n'a pas eu connaissance de son etat avant son 
acte, m;iis apres, le delit sera expie par le bouc dont le sang est asper- 
ge en dehors du sanctuaire, au jour du grand pardon et en ce jour 
meme, comme il estdit (Nombres, XXIX, 11) : En dehors du sacrifice 
expiatoire du pardon. Or, reflet du pardon obtenu par un bouc est aussi 
obtenu par l'autre ; comme le bouc au sang asperge a Tint6rieur effectuc 
seulement le pardon & regard d'un delit connu, de meme le bouc asperge 
au dehors effectue seulement le pardon dans les memes conditions. 

Est-ce a dire que le bouc prepare a l'interieur suspend la punition pour la 
faute qui est seulement accompagnee d'une connaissance initiate, tandis quo 
le bouc prepare au dehors effectue le pardon en cas de savoir final? Ou est-ce 
l'inverse, que le bouc de l'exterieur effectue la suspension, tandis que le bouc 
de l'interieur effectue le pardon, ou bien tous deux effectuent-ils la suspension, 
ou tous deux le pardon? A quel!e regie faut-il s'arreter ? R. Jacob b. Aha dit 
avoir vu Resch Lakisch consulter R. Yohanan sur un point que celui-ci lui 
a explique ; je sais bien qu'il s'agissait d'un detail des pardons divers, mais 
j'ignore ce qu'il a dit. Peut-etre, dit R. Zeira, a-t-ii rappele la question posde 
plus haut (§ 3) : « Qu'est-ce qui prouve que, dans le verset (Levit., IV, 23), 
il s'agisse d'un impur qui mange un objet pur, et non d'un homme pur qui 
mange de l'impur? C'est qu'il est dit (XXII, 3) : Vimpureti est sur lui; il 
s'agit done du corps impur, non de la chair impure qui est mangee. » 

Quant k la question (non resolue), que les deux boucs devraient effectuer 
le pardon, pourquoi la Mischnd n'est-elle pas de cet avis? Pour le bouc ext6- 
rieur il est dit (XVI, 21) : II confessera sur lui les crimes, coramis sciem- 
ment; les p4chis y accomplis dans un but de revolte; leurs fautes, survenues 
involontairement. Le terme il supporter a (ibid.) rappelle le pardon. Or, dit 
R. Ame au nom de R. Simon b. Lakisch, il est dit (ibid.) : Le bouc suppor- 
tera, sur lui, tous leurs crimes ; il est question seulement des delits volon- 
taires, non des involontaires, afin d'indiquer ainsi une analogie et dire que le 
bouc pardonne pour les delits volontaires n'entratnant pas Tobligation du sa- 
crifice, ainsi que pour les involontaires dans le memo cas. A quelle espece de 
delits involontaires, non passibles de sacrifice, se r6fere le pardon par le bouc 
exterieur? II s'agit, repond R. I la au nom de R. Yassa, des cas de suspension 
de l'offre (lorsqu'alors le grand pardon est pass6, on est dispense de Toffrir 
plus tard). D'oii sait-on que l'ajoumement se rapporte a cette sorte de fau- 
tes? Peut-etre s'agit-il d'erreurs passibles de la peine des coups, telles que la 
consommation de reptiles et vermisscaux? Non, dit R. Samuel au nom de R. 

1. Le texte est complete par le Midrasch pr&rile, selon Tavis du commentaire. 



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i04 TRAITS SCHEBOUOTH 

Zeira, on compare le terme pichis d'ici avec le meme root de ce verset (Nom- 
bres, V, 7) : Us confesseront leur p6ch4 commis ; or, comme il s'agit 14 dc 
faute passible du sacrifice, il en sera de meme ici, k Fexclusion des erreurs 
non passibles de sacrifice (mais de la peine des coups). En outre (A )' ins tar de 
la deduction admise pour le bouc externe), on admet une deduction pour le 
bouc offert k rinlSrieur, et en cas de doute la solennite du grand pardon sus- 
pend la penality. Que manque-t-il alors 1 pour que le pardon soitd6finitif?C'est 
au cas oft, k defaut de connaissance initiate, il y en a une finale (comme alors 
il n'y a plus lieu d'offrir le sacrifice, le pardon est de suite definitif). 

4. Quant au fait dont le delinquant ne s'est rendu compte ni avant ni 
apres Facte, il est expie par le sacrifice des boucs offerts aux jours de 
ffete et aux n6om6nies. Tel est Favis de R. Juda. R. Simon dit : il sera 
expiS par les boucs offerts aux jours de i$te, non par ceux des n6om6- 
nies. Quel est done Fobjet d'expiation de ces derniers sacrifices? lis sont 
offerts pour Fhommc pur qui a mang£ de Fimpur (non pour Finverse). 
Selon R. Meir, l'eflet d'expiation de tous les boucs est le m&me en ce qui 
concerne l'impurete du sanctuaire et de ses saintet6s. R. Simon dit : les 
boucs offerts aux n^omenies donnent le pardon k Fhomme pur qui a 
mange de I'impur ; celui offert aux jours de fate donne le pardon k celui 
qui aurait mang£ k F6tat impur sans en avoir eu connaissance ni avant ni 
aprfts ; enfin, le bouc offert au jour du grand pardon pardonne un tel d£- 
lit accompli avec inconscience avant Facte, mais dont on a eu connais- 
sance apr&s Facte. Les autres docteurs dirent k R. Simon : peut-on offrir 
un de ces sacrifices k la place de Fautre? Oui, repondit-il. Mais comment 
est-ce admissible, remarqu&rent-ils, puisque Fobjet de Fexpiation n'est 
pas lememe? lis ont tous ce point commun, repondit-il, d'expier Fim- 
pureti survenue dans le sanctuaire, ou aux saintetfe. 

R. fileazar dit au nom de R. Oschia : pourquoi, selon R. Juda, le bouc 
offert lors de la n&>m6nie donne-t-il le pardon pour les fames inconscientes 
du commencement et a la fin? Du verset (Nombres, XXVIII, 15) un bouc en 
sacrifice d'expiation & Vfiternel, on conclut que la faute connue de Dieu 
seul sera expiee par ce bouc. On connaft ainsi Feffet du bouc offert lors de la 
n6om6nie ; d'ou sait-on qu'il en est de m£me par le bouc des jours de f6te ? 
On le sait, dit R. Zeira, par la conjonction et en t6te du mot bouc, qui im- 
plique une addition au premier sujet (savoir les ffites). R. Zeira et R. £l6azar 
au nomde R. Oschia, R. Jacob b. Aha au nom de R. Yohanan, expliquent 
Favis de R. Simon, par ces mots (Levitique, X, 17) : 11 vous Va donni pour 
supporter le pichi de la communaute. Or, de quel sacrifice s'agit-il la? Le 
1" bouc, offert par la famille Nahschon, servait k pardonner les fautes de sa 
tribu ; le 2«, special k la solennite de Inauguration du tabernacle d'alors, ne 

4* En quoi consist© alors l'ex tension? 



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CHAPITRE PREMIER 105 

saurait etre rappete dans d'autres generations ; il s'agit done du 3% afferent a 
la neomenie (bru!6 en expiation). Comment deduit-on du verset pr6cite qu'il 
s'agit de l'homme-pur qui mange de la chair impure? C'est que Ton y trouve 
repression « supporter le p6che », dite aussi dans ce verset(Exode, XXVIII, 
38): Aron supporter a le piche des saintetis ; or, commedans ce dernier verset 
il s'agit du p6che des offrandes (si elles sont impures), non de ceux qui of- 
frent, de mime au texte precite il s'agit de l'offrande (impure), non de I'of- 
frant(quiest pur). Qu'est-ce qui prouvele bien-fonde de cette analogic, et 
qu'il s'agit d'un homme pur mangeant de 1'impur? Peut-6tre est-ce a Tin- 
verse, i'homme impur qui mange une saintet6 pure ? Non, dit R. Yosse b. 
Aboun, il n'en est pas ainsi : comme R. Juda conteste 1'avis de R. Meir (et 
n'admet pas l'egalite de pardon par n'importe quel bouc), de mime R. Simon 
conteste l'avis de R. Juda (et n'admet pas que Tun puisse effectuer le pardon 
de Tautre 1 ). R. Yohanan (qui vient d'6tablir toutes ces distinctions d'avis di- 
vers) reconnalt que, sans d6saccord entre les d6cteurs precites, le bouc 
offerl a l'interieur ne provoque nul pardon hors de sa destination ; mais il 
suspend la p£nalit6 de la faute dont on a eu seulement la connaissance initiale. 
C'est conforme k l'interpr&ation faite par R. Yossa au nom de R. Zeira sur 
ces mots (L6vit. XVI, 9) : 11 en fera tin sacrifice <£ expiation ; ces mots su- 
perflus indiquent que ce sacrifice aura pour effet de suspendre une p6nalite 
douteuse, non d'en modifier le but (en pardonnant d'autres cas). 

Un bouc qui n'a pas ete" offert lors de la fSte pourra Fetre le jour de neome- 
nie ; celui qui n'a pas 6t6 offert en ce dernier jour pourra l'gtre k la premiere 
f§te prochaine ; car, des le principe, les sacrifices publics n'ont ete declares 
saints qu'en vue d'etre offerts sur l'autel extSrieur (peu importe l'epoque). 
Mais le pardon n'est-il pas deji produit lors de la solennitS du grand pardon ? 
(A quoi bon offrir plus tard la victime ajournee?) R. Mena dit qu'en raison 
de ces mots (Deuteron., XVI,16) : la fete de Pdques, celle des semaines (Pen- 
tecote), et celle des tentes, le pardon produit par l'offrande faite en l'un de ces 
jours equivaut & celui des autres jours. R. Aboun deduit cette egalite de ce 
que chacune d'elles pardonne 1'impurete du Temple ou des saintet£s. 

R. Jacob b. Aha dit au nom de R. Yassa 2 : Celui qui se place devant I'es- 
trade pour officier au jour du nouvel an n'a pas besoin de rappeler la neome- 
nie. En effet, dit R. Aha b. Papa, on a enseign6 de mfone 3 : Celui qui se 
place devant l'estrade pour officier le jour de fete coincidant avec un jour de 
sabbat, devra, selon Schammal', reciter la Prtere (amidft) compos6e de 8 sec- 
tions, en disant k part celle du sabbat, puis a part celle de la fe*te ; selon Hil- 
lel, il devra reciter un compose" de 7 sections, dont le commencement et la fin 

1. Selon Iui, le bouc de la neomenie ne provoque pas le pardon echeant au 
bouc des fetes ; or, si le premier bouc pouvait servir au pardon de Fhomme im- 
pur qui a mang6 du pur, ce serait empieter sur le pardon k obtenir par le bouc 
des fetes, hypothese contraire k la theorie de la distinction des pardons ; done, le 
premier bouc a en vue le pur qui mange de 1'impur. 2. J., tr. 'Erovbin, HI, 9 
(t. IV, p. 296). 3. Tossefta au tr. Berahhoth, ch. 3. 



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106 TRAITE SCHEBOUOTH 

se referent au Sabbat, intercalant au milieu la mention de la fete ; quant au 
nouvel an survenant un samedi, Schammai' present de reciter un compose de 
dix sections (dont 3 speciales & la solennitS de ce jour) ; Hillel present un com- 
pos6 de neuf. Or, s'il fallait mentionner la n6om6nie k part, il faudrait, selon 
Schammai, onze sections? Non, repond R. Yosse, il n'ya de divergence entre 
Hillel et Schammai qu'au sujet de la solennite du Sabbat ou de celledela fete, 
pour savoirlaquelle des deux exige une benediction a part, tandis qu'il n'y e$ a 
pas pour la n6omenie, dont la mention m6me en semaine n'est pas faite a part, 
mais ajoutee a la section du culte. R. Yosse demanda : pourquoi ne pas men- 
tionner a part la neomenie, puisque le second des boucs offerts lors du nou- 
vel an Test a cause de la neomenie? R. Yosse b. R. Aboun repond que R. 
Aba b. Mamal e&t mieux fait de signaler la contradiction entre les propres 
avis de R. Simon, car on a enseigne * : On offrait 2 boucs a la fete de la cld- 
ture, et2 autres le nouvel an ; or, apres le pardon produit par le l tr bouc, 
que fait le second ? 11 pardonne Timpurete qui a pu survenir entre le l er et le 
2 6 . Mais n'est-ce pas 1'avis de R. Simon, et pourtant il dit d'autre part que le 
pardon produit par lo bouc de la neomenie diflere de celui des fetes ? (Pour- 
quoi done s'etonne-t-on du double emploi?) C'est que les 2 boucs sont offerts 
pour cel6brer le nouvel an. Cet avis est inadmissible, dit R. Aba-Mare, que 
tous deux soient offerts pour le nouvel an, puisqu'il est dit (Nombres, 
XXIX, 6) : Un bouc en victime d* expiation pour vous pardonner, outre Vho- 
locauste de la neomenie; le 2 6 bouc est done pour la neomenie. De plus, on a 
enseign6 (ibid.) : 12 boucs sont offerts dans Tannee, un par mois 2 . Un 
disciple d'Abaye, place a Testrade d'office unjourde nouvel an, ne mentionna 
pas la neomenie, et fut approuve. 

Sur la reponse faite plus haut, que le 2* bouc est offert pour pardonner 
Fimpurete survenue entre les 2 offrandes, R. Oschia demanda: comment 
une telle impurete a-t-elle lieu au cas ou les 2 victimes sont offertes en raeme 
temps ? II est vrai, dit R. Aboun, que les Israelites fussent-ils irreprochables, 
offriront les sacrifices presents par la Loi. R. Yohanan dit : d apres Tavis 
des sages, on peut reporter a Tannee suivante des sacriGces qui n'ont pas 
ete offerts en leur temps 3 ; d'apres Tavis de R. Simon, cetransfert n'est pas ad- 
mis. Si les autres sages admettent lajournement, pourquoi a-t-on pose a R. 
Simon la question de savoir s'il est permis d'offrir un sacrifice a la place de 
rautre?Ils ont repondu d'apres son avis : puisque d'apres toi, disent-ils, on 
n'ajourne pas les sacrifices, peut-on substituerun sacrifice a l'autre?R. Yoss6 
repond : R. Simon n'admet pas l'ajournement, parce que selon lui les sacri- 
fices publics ont des le principe une epoque determinee. En effet, dit R. Ju- 
dan, on a enseign6 4 ; En vue du sacrifice au nom duquel il est offert, Vanimal 
est consacr6 des la premi&re heure. 

1. Tossefta & ce tr., ch. 1. Cf. J., tr. QiMou&chin, II, 7. 2. Done, la ques- 
tion pr6cit6e, « & quoi sert le 2« bouc », se r6fere aux 2 boucs do la tete de cld- 
ture. 3. On suppose que le propose a sous-entendu cette condition, en desi- 
gnant les victimes. 4. Tr. Zebahim, IV, 0. 



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CHAPITRE PREMIER 107 

5. R. Simon b. Judaditen son nom i : les boucs offerts aux n&>m6- 
niesexpient la faute deThommepur qui a mange de Pimpur; ceux of- 
f erts aux f&tesont un effet sup^rieur, en ce qu'ils expient, non settle- 
ment le delit de l'homme pur qui a mange de l'impur, mais encore le 
d elit de celui qui n'en a eu connaissance ni avant ni apres ; enfin le sa- 
crifice offert au jour du grand pardon a cetle sup6riorite de plus qu'il 
expie, outre les deux delits precedents, celui de Thomme qui a mang6 k 
l'6tat impur, etat dont il a eu connaissance ensuite. Sur quoi on lui de- 
manda : peut-on offrir un tel sacrifice 4 la place de P autre? Oui, r£pon- 
dit-il. Onconpoit, fut-il observe, que Ion puisse offrir auxndomeniesle bouc 
du grand pardon ; mats comment Tinverse est-il admissible, d'effectuer 
un pardon auquel le sacrifice n'estpas destin6 ? Cela ne faitrien, dit-il, 
car tous ces sacrifices ont ce point commun d'expier rimpurete surve- 
nue au Temple, ou aux saintet£s. 

R. Yoss6 du Midi observa devant R. Y6na que la Mischnd, aurait du enon- 
cer l'inverse de son dire, que 1'ofTrande due pour la neom^nie pourra etre 
pr6sent6e m§me le jour du grand pardon, car en fait de saintetes on suit la 
voie ascendante *, non descendante, tandis que l'opposS n'a pas lieu, car on 
ne descend pas en fait de saintetes. Aussi, dit R. fildazar au nom de R. 
Aboun, c'est pour un autre motif que Ton offrira le bouc du grand pardon aux 
neomenies, parce qualors ce bouc effectuera le pardon qu'il a en vue et celui 
de la n£omenie ; taudis que le bouc des neom6nies ne pourra pas 6tre offert 
au grand pardon, car un tel bouc n'effectue que le pardon auquel il est destine. 
C'est comme si quelqu'un, ayant mange par erreur de la graisse interdite 
equivalant a la quantite de 5 olives (en 5 fois), designe pour ces peches 4 
victimes en s'imaginant avoir designe 5 sacrifices, la 5* faute est-elle expiee ? 
Tandis qu*au contraire si quelqu'un, ayant manggde cette meme graisse pour 
une valeur de 4 olives (en 4 fois), designe 5 victimes en s'imaginant avoir 
designe 4 sacrifices, verra a plus forte raison ses fautes expiees. R. Simon 
dit 3 : dans le total de l'annee, on offrait au Temple 32 boucs pour le public, 
dont 31 a l'exterieur etaient consommes et un a Tinterieur non consomme, 
outre lebouc envoye 4 Azazel (non sacrifie). Ainsi, il y a 12 boucs pour les 
12 neomenies de l'annee, 8 a la fete des Tentes, 7 a Piques, 2 fclaPentecdte, 
dont un pour la solennite de ce jour et r autre pour le pain nouveau offert a 
cette ffite ; un le nouvel-an et un le grand pardon (=31). Lorsque Mo'ise re- 
marquaque tous ces sacrifices de boucs aboutissent au mfime pardon, il dit : 
de la il resulte que si quelqu'un doute avoir commis un peche il devra offrir 
tous ces sacrifices. R. Tanhouma dit au nom de R. Simon b. Lakisch : lors- 
que T6ternel dit a Moise dese confessor sur le bouc exp6die (Levit., XVI,21), 

1. De R. Juda. 2. CI., tr. Biccourim, 111, 4. 3. Tosselta a ce tr M ch. 1- 



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108 TRA1TE SCHEBOUOTH 

celui-ci commen$a k reciter le psaume d'action de grace (c), en interprStantce 

mot grdce dans le sens de confession 1. 

6. Pour une impuret6 yolontaire survenue dans le Temple ou aux 
saintet6s, le bouc offert k l'interieur au jour du grand pardon et ce jour 
mfime provoque Pexpiation. Pour la transgression d'autres preceptes 
delaLoi, graves ou non, volontaires ou involontaires, donton a connais- 
sance ou non, afflrmatifs ou nSgatifs, avec penality du retranchement ou 
mort par le tribunal humain, le bouc envoye k Azazel le jour du grand 
pardon est une expiation 2 . 

7. A cet Sgard sont 6gaux les simples israelites, les cohanim et meme 
le grand-pr6tre oint commetel. Toutefois, quelle difference y a-t-il enlre 
les premiers et lessuivants? C'est que le sang du taureau oflert en ce 
jour donne aux cohanim le pardon pour Pimpurete a regard du Temple 
et des saintetSs. R. Simon dit : comme le sang du bouc sacriG6 k Tint6- 
rieur est la cause du pardon pour Israel, de m6me le sang du taureau 
sert d'expiation aux cohanim. Comme la confession faite lors de TexpS- 
dition du bouc k Azazel sert d'expiation k tout Israel, de meme la con- 
fession faite lors du sacrifice du taureau sert d'expiation aux fautes des 
cohanim. 

Pourquoi dans les explications de R. Simon (traitant des Cohanim) ne parle- 
t-on pas du grand-prStre oint? S'il est admis qu'il est question Id, seulement 
de cas qui, commis par erreur, n'entrainent pas la penality du sacrifice, on 
comprend qu'il ne soit pas parle du pretre oint, mais si la comparaison etablie 
par R. Simon englobe m6me les cas passibles de saori'lcc, pourquoi ne pas 
mentionner le pretre oint (semblable des lors aux autres cohanim) ? Et d'ail- 
leurs une braitha dit que le pretre oint est englobe parmi les autres cohanim 
dans la comparaison de R. Simon? Done, de cette omission dans la Mischna, 
il resulte qu'il est seulement question la de cas non passibles du sacrifice. 
Selon R. Yoss6 b. R. Aboun, il peut meme etre question \k de cas passibles 
du sacrifice ; pourtant, le prStre oint n'est pas mentionne, car la comparaison 
precitee n'est pas applicable aux d6lits accomplis sciemment; comme ces der- 
niers ne sont pas expies par l'offrande seule du taureau, et ont encore besoin 
de Pexpiation procuree par le grand pardon, de meme, si le pretre oint est en 
ce cas, son delit n'est pas expie avec ceux des autres cohanim (son cas ne 
ressemblant pas k celui des autres), il lui faut un pardon ou sacrifice spe- 
cial — 3 . 

1. Analogie entre nTin et .Tttnn. 2. Toute la Guemara de ce § est d6ja 
traduite, 1° tr. Ydma, VIII, 7 (t. V, p. 254), 2° tr. Santedrin, X, 1 (ci-dessus, p. 
39), 3° tr. Qiddouschin, I, 10 (IX, p. 238). 3. Suit un passage traduit au tr. 
Y6ma, VI, 2 (t. V, p. 232). 



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CHAPITRE II 109 



CHAPITRE II 

4. La connaissance des impuretes est de deux sortes, qui se decompo- 
ser! ten quatre. Ainsi, un cohen devenu impur le sait, puis cette im- 
puret6 echappe a sa pens6e, mais il sait qu'il mange un objet sacr6 ; ou 
bien il ignore que l'aliment est consacrS, mais il sait qu'il est dans un 
etat impur, ou encore il ignorait Tun et Pautre en mangeant 1' aliment 
sacr6, ce dont il a eu connaissance ensuite ; il sera passible du sacrifice 
ascendant et descendant. Si devenu impur il le sait, puis cette impuret6 
dchappe a sa pensee, mais l'homme se souvient de la consecration de 
l'objet, ou si Tetat de la saintet6 lui 6chappe, mais il se souvient de 
Timpurete, ou s'il oublie Tun et l'autre, puisentre au Temple par incons- 
cience, mais apres etre sorti il se rend compte du fait fautif, il doit un 
sacrifice proportionnel k ses moyens. 

R. Jeremie observa ceci : il est evident que, pour la connaissance finale, 
elle devra elre certaine, de fagon que le delinquant sache 6tre coupable au point 
d'avoir a offrir un sacrifice ; mais faut-il que la connaissance initiale soit la 
mSme, ou non ? On peut resoudre cette question a Taide de ce qu'il est dit * : 
en presence de 2 sentiers, Tun impur et Fautre pur, le cohen s'engage dans 
Tun d'eux, puis entre au Temple, en sort, fait Taspersion, la renouvelle, se 
puriGe, ensuite chemine dans le second sentier, et rentre au Temple, il est 
coupable parimpuret£ douteuse de Tune de ces 2 entrees. Or, a-t-il une con- 
naissance certaine, qui entrafne la peine du sacrifice? (Malgr6 le doute de cha- 
que connaissance initiale, ce cohen est coupable; il s'agit done du doute au com- 
mencement). Ceci ne prouve rien, dit Resch Lakisch, car on peut dire que la 
dite r6gle emane de R. Ismael, d'apres lequel 2 on est coupable, soit par igno- 
rance de Timpurete, soit par ignorance du Temple (et de ce dernier fait, on 
est coupable meme en cas de doute sur Timpurete). R. Aboun b. Hiya dit : 
Ton avait suppose, avant la declaration de Resch Lakisch, qu'il s'agit selon 
lui (pour constater la culpability) de quelqu'un ayant eu la certitude d'avoir 
ete impur, puis celle-ci lui ayant Echappe de la pens6e, il est entre au Temple; 
mais s'il y avait doute sur Tetat de purete ou d'impurete, suivi d'une igno- 
rance sur la saintete du Temple, et le delinquant y entre, il n'est pas coupable. 
Cependant, depuis Tassertion emise par Resch Lakisch, « que la dite regie 
emane de R. Ismael, d'apres lequel on est coupable, soit par ignorance de 
Timpurete, soit par ignorance du Temple », on a lapreuve qu'en cas de doute 
sur Tetat de purete ou d'impurete, suivi d'une ignorance sur la saintete du 
Temple, et le delinquant y eatre, il est coupnble. R. Yohanan dit que Tensei- 
gnement en question est admissible d'apres tous, car Tignorance douteuse 

1. Tossefta au tr. Toharoth t ch. VI. 2. Ci-apr6s, § 5. 



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MO TRAIT6 SCHEBOUOTH 

equivaut ici k l'ignorance certaine pour le commencement. II rSsulte de cet 
avis qu'en cas de certitude sur l'impurete, mais de doute sur l'obligation du 
sacrifice, c'est certes une connaissance initiale ; puisqu'en cas d'ignorance sur 
l'elat de purete ou d'irapurete, il est admis que c'est une connaissance cer- 
taine; k plus forte raison elle est telle lorsqu on sait que l'impurete est certaine, 
sauf que Ton ignore si elle entraine la penality du sacrifice. D'apres Resch 
Lakisch (qui n'admet pas l'equivalence entre le doute et la certitude), si quel- 
qu'un devenu impur en a conscience, seulement il doute sur le point de savoir 
si cette faute est passible d'un sacrifice k offrir, devra-t-il considerer comme 
un fait qui lui a echappS, l'oubli survenu ensuite de l'impurete, de sorte que 
celui qui entre en cet 6tat au Temple serait coupable? II y a une regie confor- 
me a Tun de ces sages (R. Yohanan), et une autre regie conforme k Pautre ; 
or, tous deux discutent sur le point suivant * : quelqu'un mange de la graisse 
equivalente k 5 olives en un 6tat d'ignorance ; entre chacune de ces parties, il 
ne sait pas si la graisse mangee etait interdite ou non f et k la fin il le sait pour 
le tout ; selon Resch Lakisch, la connaissance douteuse suffit k fixer le devoir 
d'offrir autant de sacrifices d'expiation ; selon R. Yohanan, une telle connais- 
sance douteuse n'implique pas l'obligation du sacrifice. R. Yosse b. R. Aboun 
dit au nom de R. Samuel : Resch Lakisch reconnait que la connaissance dou- 
teuse d'un pretre oint n'entraine pas pour lui l'obligation du sacrifice d'ex- 
piation, car il est dit (L6vit. VII, 7) : comme le sacrifice d' expiation et le 
sacrifice deplch4; on deduit de cette juxtaposition de termes que celui qui 
est astreint k offrir le sacrifice de p6cM suspendu pour chaque doute sera 
aussi astreint a offrir autant de sacrifices expiatoires; celui qui n'est pas 
astreint d'offrir le sacrifice de pech6 de doute (comme le prStre oint) n'offrira 
pas non plus autant de fois les sacrifices expiatoires, mais un seul. Est-ce que 
Resch Lakisch n'est pas en contradiction avec lui-m&ne, puisqu'il dit ailleurs 
que la connaissance douteuse entraine autant de fois le devoir d'offrir des sa- 
crifices expiatoires, tandis qu'ici il n'est pas de cet avis? Ailleurs, le sacrifice 
de p6che determine Tobligation de l'offre pour chaque doute, tandis qu'ici 
(pour l'impurete a regard du Temple ou des saintetes) on ne peut pas invo- 
quer la particular^ du sacrifice offert pour piche suspendu. R. Yohanan pa- 
rait aussi se contredire : si quelqu'un mange de la graisse interdite (en un seul 
6tat d'ignorance) 6quivalant k 3 olives et offre le sacrifice expiatoire pour la 
valeur de 2 olives, puis reconnait qu'il y avait la quantit6 de 3 olives ; selon 
R. Yohanan, il ne sera pas dil de sacrifice special pour cette 3 f quantit6, alors 
negligeable, et son expiation totale sera engloWe dans la premiere qui 6tait 
partielle ; Resch Lakisch ne 1'admet pas. Comment done se fait-il que, pour la 
consommation de graisse 6quivalant a 5 olives, R. Yohanan fasse tout d6pen- 
dre de la connaissance finale, certaine ? Plus haut, R. Yohanan fait tout d6- 
pendre de la fin, parce qu'il s'agit d'un cas non passible de sacrifice (en rai- 
son de l'expiation dfeji obtenue pour les connaissances partielles ant£rieures). 
1. J., tr. Horaioth, III, 2 (f. 47 b ). 



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GHAPfTREII 411 

R. Yohanan dit: en cas de doute d'une impuret6 survenue sur la voie pu- 
blique*, Thomme reste pur ; seulemcnt, en principe, on ne l'autorise pas & 
user des purel.es sans prendre un bain. Mais n'a-t-on pas enseigne 2 : Tout 
cas douteux, qui au point de vue de l'oblation reste pur, sera aussi considers 
pur pour la dispense du sacrifice expiatoire ; mais lorsqu'en fait d'oblation 
on laisse l'objet suspendu (sans le manger, ni le bruler), si cela arrive en un 
cas passible du sacrifice d'expiation, on devra rejeter l'objet; car, sous ce 
dernier rapport, il n'y a pas lieu de proceder a la suspension par doute, et 
l'objet sera ou tout a fait pur, ou tout impur (puis done qu'en cas de doute 
sur l'impuret6 l'objet est declare tout a fait pur, s'il survient dans la rue, 
pourquoi R. Yohanan n'autorise-t-il pas celui qui est soumis au doute a user 
en principe des puretes?) Dans Tcnseignement prScite, repond R. Zeira, il 
s'agit d'objets ne provenant pas du sacrifice m£me (mais de puretes relatives 
aux cendres d'aspersion, ou & Teau consacreeQ ; tandis que R. Yohanan n'au- 
torise pas en principe l'impur douteux a user de la puretS touchant le sacri- 
fice mfrne. Toutefois, tous sont d'accord (en Tunet Tautre casprScitds) qu'en 
cas de fait accompli, les puretes restent intactes en l'Stat. Est-ce que R. Yo- 
hanan ne sccontredit pas? Ailleurs (pour une impurete cachee, pr6s de la- 
quelle un Nazir a passe), il est d'avis qu'en cas de fait accompli Thomme 
contamine par doute devient impur,tandis qu'ici il declare qu'un tel reste pur ? 
Ailleurs, il s'agit du doute sur l'impuretS dans un bien priv6 ; tandis qu'ici 
R. Yohanan parle d'un tel cas arrivant sur la voie publique. D'ailleurs, en 
supposant que Tun et l'autre enseignement traite d'un doute survenu sur 
la voie publique, il faut signaler la contradiction des divers avis de Resch 
Lakisch 3, aussi bien que de ceux de R. Yohanan. Or, il y a discussion entre 
eux sur le cas d'un Nazir devenu impur par un cadavre cache sous le sol 4 : 
selon Resch Lakisch, le Nazir ne sera pas tenu par ce doute de se faire raser 
pour renouveler sa pSriode de purete ; selon R. Yohanan, le Nazir y sera 
astreint (done, la contradiction entre les avis divers de Resch Lakisch 
subsiste, mSme s'il s'agit partout de doute survenu sur la voie pu- 
blique). 

L'avis emis plus haut par R. Yohanan (au sujet de l'homme qui a suivi 2 
sentiers dont Tun est impur) est bas6 sur l'assimilation d'une connaissance 
douteuse & une vraie, lors m£me que le premier doute porte sur le con- 
tact d'un reptile et le second sur le contact plus grave d'un mort, ou 
si Ton doute d'abord d'en avoir mange avant la conversion au judai'sme 
et ensuite d'en avoir mange apres cette conversion, ou bien d'en avoir 
mange avant l'adolescence (duo pilos), ou apres cet etat. — Si un indi- 
vidu sait §tre devenu impur par un mort, puis il Test devenu par un 

1. Cf. B., tr. Aboda Zara, lol. 36. 2. Tr. Para, XI, 2. 3. II est d'avis ici 
qu'en cas de doute d'impurete il y a culpability et ailleurs il annule le cas dou- 
teux. 4. V. tr. Pesahim, VII, 7. 



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112 TRAITS SCHEBOUOTH \ 

reptile sans le savoir (ensuite, ayant oubli6 la premiere impureW, il va 
au Temple) ; certes l'impureti 16gdre disparaft aupres de l'impureti gra- 
ve, que l'on a connue d'abord (et le sacrifice est dft). Mais quelle est la re- 
gie lorsque ayant ignore* Timpuret6 survenue d'abord au contact d'un mort, 
Thomme devient impur par un reptile sans le savoir, puis ayant eu conscience 
de cette derniere impuret6 qui lui 6chappe, il eritre au Temple, aprds quoi il 
apprend avoir 6te d6j& impur par un mort? Dira-t-on qu'en raison de la con- 
naissance iniliale de Timpurete legere par reptile qui a 6chapp6 ensuite, le 
sacrifice est d&, ou en est-on dispense en raison de ce que le fait grave de 
Timpurete par un mort a eu lieu en rSalite d'abord, qu'il repousse Timpurete 
legere par reptile et sa connaissance, de sorte que celle-ci disparait devant 
Tautre plus grave, et Thomme ne serait pas coupable? (question non r&o- 
lue). 

Si quelqu'un devenant impur ^>ar un mortlesait, puis Test par un reptile 
sans le savoir, et entre au Temple oubliant Timpurete survenue par un mort, 
il est coupable ; s'il ne sait plus avoir 616 impur par un reptile (ce qu'il a su 
un moment), il est dispense du sacrifice. Lorsqu'au moment d'aller se baigner 
pour se purifier d'une impurete grave (p. ex. du contact d'un mort), il lui sur- 
vient en outre une impurete 16gere, celle-ci se trouvera du m£me coup sup- 
prim6e, en ce sens que lorsqu'apres ce bain il se rend au Temple, Thomme 
n'est pas coupable. S'il va au contraire au bain en raison d'une impurete le- 
gere, et qu'il lui survient avant d'entrer une impurete" grave (qu'il ignore), 
cette derniere n'est pas annul6e par le bain, en ce sens que lorsqu'apres ce 
bain il se rend au Temple, Thomme est passible d'un sacrifice. On en tire 
les 2 consequences suivantes : 1° Si, prenant un bain pour se purifier d'une 
impurete grave, il lui survient une autre impurete* grave (qu'il ignore), le bain 
ne servira pas k effacer cette derniere (et Thomme entrant dans cet 6tat au 
Temple serait coupable). 2° De meme, lorsqu'en prenant un bain pour se puri- 
fier d'une impurete 16gere, il lui survient une autre impurete" legere (qu'il 
ignore), le bain ne servira pas k effacer cette derniere. Lorsqu'avant de des- 
cendre au bain pour se purifier d'une impurete grave, il lui survient une im- 
purete douteuse pour avoir pass6 sous une toiture composge de branchages 4 , 
ou paries breches des murs 2 , est-ce conside>6 comme une impurete grave, 
ou non ? D'apres Tavis de R. Yohanan au nom de R. Yanai, disant que tous 
jes cas enunteres 3 constituent par la Loi une impurete au point de contaminer 
l'oblation, la dite impurete sera tenue pour grave ? Ou bien la considere-t-on 
comme legere, puisque pour elle le Nazir n'interrompt pas sa p6riode de pu- 
rete en se rasant ? (question non r6solue). 

Lorsqu'un androgyne * voit, soit une tache blanchfttre (indice masculin), 

1. S'il y a Ik un fragment de cadavre, et le Nazir ignore s'il a passe dessous, 
ou non. V. tr. Nazir , VII, 3 (t. IX, p. 166). 2. Doute analogue sur la presence 
d'une impurete. 3. Ibid. 4. Par sa constitution, il est soumis en cas de 
doute aux regies les plus severes soit de Thomme, soit de la femme. V. tr. Zdbim, II, 1 . 



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CHAPITRE II 113 

toit rouge (de menstrues), puis entre dans cet etat au Temple, il ne sera pas 
coupable (4 cause de son 6tat douteux) ; mais si le meme individu voit & la 
fois les deux sortes de taches, et entre ainsi au Temple, il est coupable en 
raison du dilemme d'irapurete ; d'apres un autre enseignement, m£me en ce 
cas l'androgyne n'est pas coupable. Cet avis, d it R. Yohanan, doit 6maner 
de R. Simon, car on a enseigne 4 : En presence de deux sentiers, Tun impur, 
et l'autre pur, le cohen s'engage dans Tun d'eux, puis entre au Temple, en 
sort, fait l'aspersion, la renouvelle, se purifie, ensuite chemine dans le second 
sentier, et rentre au Temple ; il est coupable par impurete douteuse pour Tune 
de ces deux entrees; R. Simon le declare non coupable. Or, de ce que R. Simon 
declare qu'aucun de ces cas n'entraine de culpability, meme en presence d'une 
impurete certaine, il admet aussi la dispense au cas pr6cit6 de l'androgyne. 
On comprend la dispense pour ce dernier ; car, au sujet de sa tache blanchi- 
tre (qui serait une impurete chezun homme) on considere l'androgyne comme 
femme, de meme qu'on le considere comme homme pour sa tache rouge (signe 
d'impurete d'une femme) ; mais pourquoi R. Simon dispense-t-il le cohen qui 
a parcouru les deux sentiers, ou il y a une certitude d'impurete? On peut le 
justifier, repond R. Samuel b. Soussartai', en disant que le cohen a oublte sa 
premiere marche (la seconde reste douteuse). De quelle hypothese s'agit-il, 
demanda R. Yosse ? S'il n'a jamais su avoir parcouru le premier sentier jus- 
qu'a son retour du second, c'est comme s'il avait parcouru un seul sentier 
impur, avec connaissance certaine, et il devrait e*tre coupable ? II faut done 
supposer qu'apres avoir suivi le premier il l'a su, et apres avoir suivi le se- 
cond il a oubli6 le premier ; il y a done bien alors deux sentiers distincts 
(celte connaissance partielle sufflt, pour le prlopinant, a declarer le cohen 
coupable ; R. Simon ne Tadmet pas). 

R. Yoss6 b. R. Aboun justifie I'avis de R. Simon (qui dit que l'androgyne 
n'est pas coupable au cas precite"), en le declarant conforme a R. Eliezer selon 
I'opinion de Hiskia ; comme R. Eliezer dit ailleurs 2 : pour Stablir la culpabi- 
lite d'un individu, il faut d'abord savoir s'il est devenu impur au contact d'un 
reptile, ou d'un mort; de m6me R. Simon declare que pour l'androgyne, il 
faudrait savoir affirmer si ce dernier est impur par la tache rouge, ou par la 
tache blanch&tre (vu le doute, il y a dispense). Toutefois, cette comparaison 
n'est pas fondee : quant au doute d'impurete pour avoir suivi 2 sentiers, la 
discussion porte sur le point de savoir si une connaissance douteuse partielle 
equivaut 4 l'entiere (certaine) ; tandis que pour l'androgyne, des que les 2 
taches diverses sont simultanees, il y a une connaissance certaine d'impurete. 
R. Hisda demanda : si quelqu'un entre au Temple a I'etat impur et s'imagine 
entrer dans un lieu de reunion (moins sacre), quelle est la regie? (Tient-on 
compte de la connaissance que cet homme a de l'existence du Temple ou 
non?) Quoi ! s'ecria R. Yoss6, un tel doute est-il possible? Nous avons dit au 

1. Tossefta au tr. Toharoth, ch. 6. Gf. ci-dessus, au commencement du §. 
2. Ci-aprts, § 5. 

T. xi 9 



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114 TRAIT* SCHEBOUOTH 

contraire que la connaissance douteuse est comme certaine, et lorsqu'on con- 
natt rexistence d'une impurete en ce monde, seulement Ton ignore si elle est 
passible d'un sacrifice (en cas de negligence), la connaissance est a plus forte 
raison r6elle ; tandis qu'ici il y a culpabilite du fait d' ignorance, lorsque quel- 
qu'un sachant bien Stre impur oublie la sainted du Temple (qu'il a connue) et 
y entre ; de mftme ici (au cas de R. Hisda), l'homme sait qu'il y a un Temple, 
mais il oublie son impurete (qu'il a connue d'abord), et il y entre : il sera 
coupable. R. Yoss6 demanda : si quelqu'un mange de la saintete qu'il connaft 
Equivalent 4 une demi-olive, oublie son 6tat d'impurete dont il se souvient en- 
suite, puis oubliant la saintete il mange encore la valeur d'une demi-olive, con- 
naissant son impurete, r6unit-on les oublis successifs pour supposer que cet 
horame a mang£ la valeur d'une olive pendant un oubli total, et il sera coupa- 
ble, ou non? (question non resolue). 

2(3). Peu importe que Thomme impur pinfetre dans l'enceinte du Tem- 
ple, ou dans l'annexe 4 l'enceinte, car les annexes 4 la ville de Jerusa- 
lem ou i l'enceinte du Temple sont 6rig6es seulement par l'ordre du roi 
et du proph&le, par l'oracle des Ourim We-Toumim et par le grand tri- 
bunal de 71 membres, en oifrant deux gateaux d'actionsde gr4ce, accom- 
pagn£s d'un chant ; apr&s le cortege du tribunal, on portait les dits ga- 
teaux, suivis par tout Israel. On mangeait Tun des pains que Ton portait 4 
I'interieur ; on br&lait l'autre au dehors. Dans tout emplacement annexe, 
pour lequel le ceremonial d'inauguration n'avait pas 6t6 ainsi suivi, on 
n'etait pas coupable en y entrant a l'etat impur i . 

3 (4). Si aprfes fetre devenu impur dans l'enceinte du Temple, il oublie 
cet etat d'impurete, mais se souvient de la saintete du lieu, ou s'il oublie 
cette sainted, mais se souvient de son impurete, ou si Tun et l'autre lui 
echappent, s'il fait une genuflexion, ou s'il n'y sejourne que le temp s 
necessaire 4 cet effet 2 , s'il a suivi le long chemin pour quitter le Temple, 
il est coupable ; s'il a suivi la voie la plus courte, il n'est pas coupable. 
C'est 14 un precepte affirmatif 4 regard du Temple, qui n'entralne pas 
rob ligation d'offrir le sacrifice du taureau 3 . 

R. Hiskia, ou R. Ame au nom de R. fileazar, tire une deduction du double 
emploi de ces mots (successifs) : // a rendu impure la demeure de Vfiternel 
(Nombres, XIX, 13, et ibid., 20), 4 savoir d'6tablir une difference entre celui 
qui rend impur par son sejour 4 l'interieur, et celui qui le fait en restant au 
dehors. Le premier est celui qui y reste le temps d'une genuflexion; le second 
est celui qui y entre seulement la t£te et la majeure parlie du corps. Si etant 
dtevenu impur a l'interieur, il entre au sanctuaire reserve (sacro sanctum), 

1. La Guemara sur ce § est d6ja traduite tr. Sanh&drin> I, 3 (t. X, p. 237). 
2. Mesure de temps d£termin6e par la recitation d'un certain verset. V. tr.. Ydma, 
III, 3, et V, 2 (t. V, pp. 187 et 216). 3. V. tr. HoraMh, II, 4 (3). 



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CHAPITRE II 11$ 

faut-il pour etablir la culpability, qu'il soil reste au-dedans comme le premier 
ou avoir seulement p6netre comme le second? On peut r6soudre cette ques- 
tion par ces mots (de notre Mischna) : S'il fait une genuflexion, ou s'iln'y s6- 
journe que le temps n6cessaire a cet effet (sans parler de p6n6trer plus 
avant ou non) ; si done ce s6jour 6tait consider comme externe, pourquoi 
parler <le « s6jour pendant le temps d'une genuflexion » ? Ne suffit-il pas 
d'avoir pen6tr6 de la majeure partie du corps au trts saint pour etre coupa- 
ble? Pourtant il est dit que le temps de la genuflexion sert de mesure; done, 
celle-ci est exigible, mSme en p6netrantplus avant. Si le cohen devient impur 
a l*int6rieur du Temple, et omet de sortir, ou penetre plus avant, est-il passible 
de sacrifice pour le premier fait (Pimpurete), ou pour la negligence qui a 
suivi? On ne saurait, repondit R. Yoss6, Tappliquer au premier fait (quin'est 
pas de la faute du cohen) ; il est done coupable pour la suite, ou negligence 
commise ensuite. 

On a dit ailleurs 4 : « On apportait au grand-pr£tre (de la cellule des usten- 
siles) la pelle (la cuiller) et l'encensoir, etc. » Or, pour laquelle des deux 
actions (genuflexion ou sejour) est-il coupable ? Est-ce pour avoir subi une 
impurete, ou pour n'etre pas sorti aussitdt?Selon les compagnons, il Test pour 
la premiere faute. Non, dit R. Yoss6, puisque des la revelation de Timpurete on 
lui dit de sortir; e'est done la le point capital (entratnant la culpabilite en cas 
de retard). Une genuflexion dure autant de temps qu'il faut pour parcourir 
dix coudees. 

Qu'entend-on par « le long chemin et le plus court » ? Si le l er a 20 coudees, 
le V 10 coud6es, et Thomme a parcouru 5 coudees du l er chemin ; il ne faut ' 
pas croire qu'il soit coupable du fait de cette l re marche, mais seulement en 
Tachevant par le parcours des 15 autres coudees. Selon R. Yosse, iln'est 
coupable que lorsque le plus long chemin depasse le plus court de vingt 
coudees, et voici comment : Si le long a 30 c, le court 10, et l'homme a par- 
couru 5 c. du 1° chemin ; il sera coupable en Tachevant par le parcours du 
reliquat de 25 c. (aulieu d'abrSger par le chemin court). 

Quelle est la duree d'une genuflexion? R. Simon au nom de R. Josue b. 
Levi dit : le temps qu'il faut pour saluer son prochain 2 . Aba bar Houna dit 
au nom de R. Yohanan : e'est le temps que met un disciple a saluer son mai- 
tre, en lui disant : « Salut a toi mon maltre ». 

4. Quandpour le precepte relatif aux menstrues, la transgression cora- 
porte-t-elle un sacrifice? Si quelqu'un a des relations avec une femme 
pure, laquelle declare (pendant le coit) fetre devenue impure lorsque 
rhomme se retire aussitdt d'elle 3 , il est coupable, quia tarn egressus 
ejus quam ingressus est ei voluptas. 
Cahana dit 4 : On n'est pas tenu d'offrir le sacrifice de peche pour le doute 
1. J., tr. YOma, V, 1 (t. V, p. 216). 2. V. J., tr. Berakhoth, II, 1 (t. I, p. 30). 

3. Sed consistet in loco isto, donee membrum desideat, et postea separaoit se. 

4. Tr. Boratoth, II, 5. 



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116 TRAIT* SCHEBOUOTH 

d'impuretS au Temple, ou des saintetis, car on est seulement coupabledece 
fait en cas de connaissance initiale et d'une autre finale, entre lesquelles il 
y a eu un oubli (or, en cas de doute, la 2 e condition, ou savoir final, manque). 
ft. Samuel b. Abdime objecta devant R. Mena que le tribunal ensei- 
gnant une r&gle erronnee k ce sujet devrait aussi etre astreint au sacrifice? 
(Pourquoi ne sont-ils pas coupables en ce cas, comme pour toute autre fausse 
doctrine?) Quoi! s'ecria R. Mena, nous nous pr6occupons du motif de dis- 
pense d'offre pour celui qui entre a l'etat douteux d'impurele, et tu nous 
paries de ceux qui nous enseignent les regies. En somme pour quel motif y 
a-t-il dispense? On la d6duit, repond R. Samuel b. R. Isaac, de l'analogie 
entre les mots priceptes, employes, soit pour le delit d'avoir mangS par 
erreur de la graisse interdite (Levit., IV, 2), soit pour le sacrifice suspendu 
a cause du doute (ibid., 13); or, comme au premier cas il s'agit seulement 
d'un sacrifice fixe, il en sera de meme au second cas (et comme en cas d'im- 
puret6 k regard du Temple le sacrifice sera proportionne aux moyens, on 
est dispense en cas de doute). 

5. R. Eliizer dit que pour la mention de la contagion d'impuretS par 
un ver rampant, il est dit (L6vit., V, 2) : sil rCy pense plus; done seule- 
ment en cas d'oubli que c'itait un ver rampant, on est coupable, non 
pour l'oubli de se trouver dansle Temple. R. Akiba dit : de Fexpression 
« il a oublie qu'il est impur » (ibid.) on conclut k la culpability pour 
l'oubli de l'impuretS, non pour l'oubli de la saintete du Temple. Selon 
R. Ismael au contraire, du double emploi de Texpression « il oublie » on 
conclut k la culpabilite pour cbaque oubli, celui de Timpuret£ et celui 
de la saintete du Temple. 

Selon Hiskia, il y a discussion entre R. filiezer et R. Akiba (sur le point 
de savoir s'ii faut connaflre la cause de l'impurete, ou non) ; selon R. Yoha- 
nan, ils ne discutent pas et different seulement d'avis sur Tinterpr6tation des 
versets. En effet, selon une deduction tiree du texte (precite), en cas d'ou- 
bli de l'impurete on est coupable, non pour Toubli de se trouver au Temple 
(& l'etat impur) jd'apres l'autre deduction, on est coupable en cas d'oubli 
que e'etait un ver rampant, non pour l'oubli de se trouver au Temple. Est- 
ce que R. EliSzer ne se contredit pas ? II dit ailleurs i que si quelqu'un a 
mange Tun des 2 objets interdits, meme sans savoir lequel, il est coupable, 
tandis qu'ici il exige la connaissance de l'impurete? Non, car au 2 e verset 
invoque, le lerme « il est impur » implique la connaissance de l'impurete, tandis 
qu'au premier verset il y a les mots « il a peche » , d'une fagon quelconque (et il 
est coupable). De mfime, est-ce que R. Josue ne se contredit pas? II dit d'une 
part qu'il n'est pas necessaire de connaitre l'impurete pour etre coupable, et 
d'autre part il exige de savoir en quoi cousiste la faute ? C'est que, dit R. 

1. Tr. Krithoth, IV, 2. 



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CHAPITRE HI M 

Hinena, pour l'impurete il y a l'expression par ells (ce qui implique la con- 
naissance decelle-ci). Que replique R. EliSzer a cette deduction tiree en 
favear de i avis de R. Josue ? La dite expression, repond R. Eliezer, a pour 
but de dispenser celui qui, en s f occupant d'un devoir religieux (ou objet 
permis), est entraine par erreur a commettre une faute. 



CHAPITRE III 

t. Les serraents sont de deux sortes, qui se composent de quatre. 
Ainsi, « je jure de manger, ou : de ne pas manger, » ou bien « je jure 
avoir mang6, ou : n'avoir pas mangS ». Celui qui dit c je jure que je ne 
mangerai pas >, et a mange si peu que ce soit, est passible de la pena- 
lit6. Tel est l'avis de R. Akiba. Mais, lui ful-il object^, od trouvons-nous 
dit qu'une consommation interdite minime entraine une condamnation, 
de fa?on qu'ici Tauteur du faux serment soit coupable pour si peu? C'est 
vrai, repliqua R. Akiba; mais nous ne trouvons pas davanlage que quel- 
qu'un, pour avoir parte k tort, soit tenu d'offrir un sacrifice, et pour- 
tant cela arrive. Celui qui dit : c je jure que je ne mangerai pas, > et il a 
mang6 et bu, n'est qu'une fois coupable. Celui qui dit : c je jure de ne 
manger ni boire >, puis il mange et boit, est deux fois coupable 1 . 

Onconcoit le serment disant : « je jure de manger », ou « de ne pas man- 
ger » ; mais comment expliquer le serment d* « avoir mang6 », ou « n'avoir 
pas mang6 » ? S'il sait avoir mange, et jure le contraire, il fait un faux ser- 
ment ? Si ayant mangg il suppose, par oubli, avoir bien jur6 ainsi, ou s'il 
jure la negative, convaincu qu'il en est ainsi, R. Aba b. R. Juda ne dit-il 
pas au nom de Rab, que la meprise consiste a n'avoir pas su 6tre oblig6 
d'offrir le sacrifice, et Facte volontaire est de Favoir su, mais que pour le 
serment lui-m£me il est permis d'avoir suppose I'ignorance de l'interdit du 
faux serment ? II doit s'agir du cas ou il y a eu sciemment un faux serment, 
mais ignorance de l'obligation du sacrifice. Mais R. Abahou n'a-t-il pas dit 
de m£me au nom de R. Yohanan 2 : Si Ton a mange sciemment de la graisse 
interdite, mais Ton ignorait la prescription du sacrifice d& pour ce cas (pour 
racheter ce p6ch6), lorsque ensuite le p6cheur est averti de l'interdit, il devient 
passible de la pein$ des coups et de celle du sacrifice ? (Y a-t-il de m6me ici 
double penality pour le delit volontaire de faux serment et pour I'ignorance 
du sacrifice dil?) Cette hypothese est inadmissible, puisque R. Ila dit au nom 
de R. E16azar 3 , sur ce que R. Akiba, al'oppos6 de R. Ismafil, impose raeme 
le devoir du sacrifice pour un faux serment relroactif : R. Ismael replique k 
R. Akiba que Ton ne trouve gugre de cas auquel, sciemment, on soit passible 

i. II y a eu double serment 2. Voir J., tr. Troumdth, VII, 4 (t. Ill, p. 73) ; 
tr. Ktthouboth, III, 1 ; tr. Baba Qamma, VII, 2 et 4. 3. Ci-apr&s, § 5. 



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118 TRAITE SCHEBOUOTH 

des coups pour faux serment, en mfime temps que Ion est passible de sacri- 
fice pour ignorance dans l'assertion ; or (si Ton admet l'avis de Ft. Yohanan), 
pourquoi R. Akiba ne replique-t-il pas qu'on trouve effectivement un cas au- 
quel la transgression volontaire soit passible des coups de lani&re pour avoir 
mange de la graisse interdite en meme temps que le sacrifice est dfi pour 
ignorance de cette p^nalite ? II laut done admettre que le sacrifice est seule- 
ment da pour faux serment retroactif d'enonciation au cas suivant : quel- 
qu'un convaincu d'avoir mange tel objet le jure, tandis qu'en realit6 il a 
mang6 autre chose. Mais alors ne peut-on pas dire que, dans la pensee du delin- 
quant, ce n'est pas la un faux serment (il 6tait base sur une conviction vraie, 
et en ce cas il n'est pas dil de sacrifice selon R. Juda) ? C'est different : plus 
haut, le sacrifice n'est pas dd dans Thypothese que le delinquant ignore le 
faux serment, tandis qu'ici il sait bien qu'un tel serment est interdit, seule- 
ment l'erreur consiste dans la confusion entre 2 objets. 

A quel cas se refere la discussion entre R. Akiba et les autres docteurs de 
la Misehn& ? Pour celui qui dit : « je jure manger » selon la mesure 16gale 
(la valeur d'une olive), R. Akiba l'admet aussi ; pour celui qui « jure ne rien 
goiter, » les autres docteurs reconnaissent aussi qu'il s'agit m&me d'une par- 
celle infime. La discussion ne porte que sur le point de savoir si un manger 
infime compte ounon 1 . 11 y a encore une autre distinction entre l'avis de R. 
Akiba et celui des autres docteurs, au cas ou quelqu'un jure manger cette 
miche de pain, et il la mange sauf une parcelle : d'apres R. Akiba, un tel 
homme est coupable de faux serment (car la consommallon est inachev6e) ; 
d'apres les autres docteurs, cet 'homme n'est pas coupable (ce manger 
compte). De m6me, s'il jure ne pas la manger, et il la mange sauf une par- 
celle ; d'apres R. Akiba, l'homme n'est pas coupable ; d'apres les autres sa- 
ges, il Test. II en est de mSme de tout serment d'assertion, qu'il fait dependre 
deladite consommation. Ainsi, s'il dit : « je jure que ma femme pourra jouir 
de moi a condition que je mange ce pain, » et il le mange sauf une parcelle : 
d'apres R. Akiba, ce manger est in ache ve, et la femme sera interdite a son 
mari ; d'apr&s les autres docteurs, elle ne Test pas (ce manger suffit). De 
meme, s'il jure k l'inverse que sa femme pourra jouir de lui a condition qu'il 
ne mange pas ce pain, et il le mange moins une parcelle : selon R. Akiba, ce 
manger ne compte pas, et la femme reste permise a son mari ; d'apres les au- 
tres docteurs, ce manger suffit a rendre la femme interdite. II en est de 
meme aussi pour l'engagement de ses biens. S'il dit : « je jure consacrer mes 
biens jusqu'a ce que je mange ce pain, » et il le mange moins une parcelle : 
d'apres R. Akiba, les biens sont alors interdits ; d'apres les autres docteurs, 
ils restent permis. S'il jure & l'inverse vouloir consacrer ses biens « s'il ne 
mange pas ce bien, » et il le mange sauf une parcelle : d'apres R. Akiba, 

1. Suit une phrase, reproduite ici par erreur du § 2, dit le commentaire Pn&~ 
MoscM, qui conseille de l'effacer d'ici. 



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CHAPITKE IU d19 

Jesbiens.rastentd'un ust^ge pwnifl,; d^poea les autre* tdocteore, ils aont in- 
terdits. 

Comment R. Akiba a-t-il pu repliquer dans notre Mischn& : « nous ne 
trouvons pas que quelqu'un, pour avoir parle a tort, soit tenu d'offrir un sa- 
crifice? » Ne dit-il pas i que le blasphSmateur (criminel par la parole) est pas 
sible du sacrifice? Les compagnons repondentau nom de Resch Lakish que 
R. Akiba a r£pliqu6 dans le sens de son preopinaot (les autres docteurs) : 
Puisque, d'apres toi, blasphemer n'est pas une action et n'est pas passible d'un 
sacrifice, « on ne trouve pas que quelqu'un pour avoir parl6 k tort, soit tenu 
d'offrir un sacrifice, ei pourtantcela arrive. » R. Aba de Carthagene demanda 
si Resch Lakish ne se contredit pas lui-m6me: pourquoi dit-il ailleurs 2 , d'apr&s 
l'avis de R. Akiba, que le blaspheme ne constitue pas un acte, tandis qu'ici 
il dit que R. Akiba admet l'avis du preopinant, et qu'il considjre done le 
blaspheme comme un acte ? R. Ha repond au nom de Resch Lakisch qu'il y a 
2 manures de rapporter Topinion de R. Akiba : d'apres Tune, celui-ci est 
d'avis que le blaspheme n'est pas un acte ; d'aprds l'autre, il serait d'avis que 
e'est un acte — 3 . 

2 (3). S'il jure de ne pas manger, et il mange un pain de froment, un 
d'orge et un d'6peautre, il n'est qu'une fois coupable. Mais s'il precise 
par serment de ne vouloir manger ni pain de froment, ni d'orge, ni 
d'6peautre, puis il les mange, il est coupable autant de fois (3 fois). 

3. De mSme, s'il jure de nepas boire, puis il boit plusieurs liquides, il 
n'est qu'une fois coupable. Mais s'il jure ne vouloir boire ni vin, ni huile, 
ni miel, puis il boit de tout, il est 3 fois coupable. 

S'il a jure nepas vouloir manger de pain, eut-il raeme envelopp6 ce pain 
dans des feuilles de jonc, ou de vigne, il est coupable une fois, d'avoir mang6 
du pain ; mais s'il jure ne vouloir manger ni pain, ni grains, ni peaux de 
raisins 4 , et qu'il mange le pain entour6 de ces derniers objets, il est deux 
fois coupable ; si de plus ce consommateur est un Nazir, il sera trois fois cou- 
pable. Celui qui, malgrg son serment, mange de la charogne est coupable (§4) ; 
e'est dit, R. Yohaoan, lorsque le serment d'ioterdit englobait aussi bien le 
pur que l'impur; mais celui qui a specific l'abstention de l'interdit par ser- 
ment a fait un serment inutile 5 , n'incombant pas par ses consequences 4 l'in- 
terdit (et le delinquant n'est pas coupable). Selon Resch Lakisch, meme 
lorsque le serment d'interdit generalise les objets & manger, le serment n'a 
pas d'effet sur l'interdit. 

4. Lorsque quelqu'un ayant jure de ne pas manger consomme des 
mets qui ne valent rien, ou s'il boit un liquide qui n'est pas potable, il 

1. Tr. Krithoth, I, 2. 2. Tr. SanMdrin, VII, 9 fin. 3. Le texte qui suit 
(ou § 2 dans des editions), est traduit tr. Yoma, VIII, 3 (t. V, p. 290). 4 Of. 
tr. Nazir, VI, 2. 5. Meme traite, I, 2. 



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190 TRAITE SCHEBOUOTH 

n'est pas condamnable. Si quelqu'un jure ne pas vouloir manger, puis il 
mange de la chair d'animaux defendus, ou de bfetes dechirees, des repti- 
les ou des vermisseaux, il devra un sacrifice pour infraction au serment 
prete. R. Simon le declare non coupablepour le serment (en raisondeson 
inapplication a des objels interdits). S'il dit : c Je fais voeu que ma femme 
ne puisse jouir de moi si je mange aujourd'hui >, puis il mange des 
chairs interdites, des reptiles et vermisseaux, sa femme lui sera inter- 
dite. 

Comment se fait-il qu'ici R. Simoa 1 ne declare pas coupable celui qui a 
jure faux? Rest conforme en cela a son opinion exprimee ailleurs, car il est 
dit 2 : « Combien faut-il avoir mange de produits de la terre non redim6s pour 
6tre condamne a la peine des coups? £elon R. Simon, celui qui en mange 
mime la partie la plus minime est condamne ; les autres docteurs assignent 
pour mesure 1 equivalent d'une olive. Mais, leur dit R. Simon, ne reconnaissez- 
vous pas que celui qui mange une fourmi, si petite qu'elle soit, est coupable? 
Oui, dirent-ils, parce qu'elle est ainsi cr66e. Un grain de bl6, r6pliqua-t-il,est 
ainsi cree (et sa mesure sufflt 3 ). » D'aprfcs Tavis de R. Yohanan(qui fait de- 
pendre la culpability pour faux serment de la question de savoir si le serment 
englobait egalement des objets permis et des interdits), pourquoi ici 
R. Simon 4 ne declare-t-il pas coupable celui qui a jure faux ? R. Zeira r6pond 
que R. Simon se conforme ici a sa propre opinion (de ne pas admettre ces 
jonctions dans la prestation de serment) ; car on a enseigne en son nom : de 
Pexpression (LSvit. XVI, 29) Vous mortifierez vos personnes, on deduit que 
la privation consistera a se passer de ce qui d'ordinaire est permis a la con- 
sommation, non de ce qui est deja interdila d'autres titres que le je&ne. 

R. Aba b. Mamal demanda : d'apres R. Yohanan, qui attribue aux docteurs 
Topinion de declarer coupable Tauteur du serment en cas d'englobement d'in- 
terdits divers, auquel casle serment estalors applicable, on devrait 5 compter 
comme cas de culpabilite le serment enongant de ne pas manger, apres quoi 
le m§me individu a mange (interdit venant s'ajouter aux quatre autres) ? R. 
Zeira repond : durant toute la vie de R. Aba b. Mamal, nous n'avions pas 
trouve de reponse sur cette question ; mais depuis son deces, nous avons 
trouv6 la r^ponse. Or, en quel cas l'hypothese de la jonction des 5 interdits 
a-t-elle lieu? S'agit-il du cas. ou Thomme jure ne vouloir manger de chair 
en aucun jour de Tannee y compris celui de la P&que (ou Ton est tenu de 
manger de l'agneau pascal), ou bien s'il jure ne pas vouloir manger pendant 

1. La question est posee d'apr&s Tavis de Resch Lakisch, qui a dit (fin du § 3) 
que le serment n'a pas d'eflfel sur l'interdit, comme Tobserve le com men ta ire. 
2. Tr. Maccothy 111, 2. 3. Selon lui done, le serment nest pas applicable & ce 
cas. 4. Cf. Frankel, Mabo Yvrowchalmi, f. 134*. 5. Dans la MischnA (tr. 
Krithoth, HI, 4) oil il est question de pluralite des causes d'interdit qui se trou- 
vent jointes. 



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CHAPITRE III 121 

les dix jours suivants, et le jeflne du grand pardon fait partie de cette periode? 
N'est-ce pas faire coincider le serment avec les interdits (ce qui est inappli- 
cable)? Done, dit R. Yosse, de ce que Ton a dit qu'en un tel cas de generali- 
sation le serment n'a pas d'effet, il ne Test pas non plus s'il doit engiober un 
objet d6j4 dtfendu ; ainsi, lorsqu'en presence de morceaux de chair de la gran- 
deur d'une olive, provenant d'un animal 6gorge (purs), et dont Tun est d'une 
charogne, on jure vouloir les manger tous, comme le serment est inapplica- 
ble au morceau interdit d , il Test aussi a tout le reste (et devient nul). R. 
Aboun b. Hiya demanda : pourquoi ne pas supposer qu'il jure s'interdire de 
manger d'un animal 6gorg6 par un tel? (Est-ce qu'en ce cas le serment n'est 
pas effectif ?) II y a toujours parmi les interdits la graisse (cause d'inapplica- 
tion du serment). Ne peul-on pas supposer le m£me serment de manger d'un 
cerf 6gorg6 par autrui (auquel cas il n'y a pas d'interdit de graisse) ? II y a 
toujours Tinterdit du nerf sciatique. Ne peut-on pas supposer le serment pour 
des oiseaux (ce qui exclue Tinterdit du nerf sciatique) ? 11 y a toujours Tinter- 
dit du sang. R. Hinena demanda : pourquoi ne pas supposer le cas ou il jure 
s'interdire de manger du bien d'un tel, vaguement (sansparler d'Sgorgement, 
de sorte qu'il n'y ait pas d'avance un motif d' interdit) ? Le dit enseignement ne 
suppose pas le serment d'interdit gen6ralisateur, pour se conformer meme a 
Tavis deR. Simon, qui n'admet pas cette generalisation. Maisalors, d'apreslui, 
pourquoi parlerdu jetime du grand pardon ?N'a-t-il pas dit qu'il n'admet pas ce 
dernier interdit combing avec un autre, en raison des mots « vous mortifierez 
vos corps »; vous les priverezde ce qui est permis, non de Tinterdit? Le motif 
de cette restriction est que Ton y enumere seulement des cas passibles d'un sa- 
crifice fixe, non le serment d'enonciation, passible d'un sacrifice mobile 2 . Cepen- 
danl, fut-il objecte, on 6num£re les casd'impurele au Temple ou dessaintetgs, 
dont Tin fraction est passible d'un sacrifice mobile? C'est vrai ; maison enumere 
seulement des sujetsdont Tinfractionvolontaireentralne la peine duretranche- 
ment, ce qui n'a pas lieu pour les sacrifices. Pourtant, on y 6numere le delH 
de prevarication, qui n'entraine pas le retranchement? Oui ; mais on enumere 
seulement des sujels qui, une fois interdits, nesauraient plusdevenir permis, 
tandis que pour les sermentsil arrive qu'apres leur interdiction on en est par - 
fois d61ie (par Intervention d'un homme competent). 

La fin de Tenseignement precite (que le transport par la bouche, le jour du 
sabbat, est un acte coupable) prouve que Ton ne reporte pas sur la solemnity 
du grand pardon les interdits graves d£fendus le sabbat (tels que le trans- 
port). Cependant, Tavis quesiunindividu transgresse tousces interdits en un 
seul etat d'ignorance il soit coupable pour chaque delit, se refere seulement 
aux jours de sabbat, non aux fetes, ni au jetine du grand pardon, et tous les 
d61its ainsi accomplis en ce dernier jour n'entrainent qu'une culpability mais, 
pour chaque travail accompli isolement en ce dernier jour, on estautantde fois 
coupable. D'apr^s Tavis de R. Yohanan (disant plus haut qu'un serment es 

1. Cf. ci-apres, V, 3 fin. 2. Proportionnel aux moyens du d&inquant. 



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122 TRAITfi SCHEBOUOTH 

applicable rafeme aux interdits, s'ils en englobent plusieurs), celui qui jure ne 
jamais vouloir manger d'azyme ne pourra pas m6me en manger le soirde P4- 
ques (od ce manger est obligatoire); mais s'il jure ne pas vouloirmanger de IV 
zyme le soir de P&ques, il fait un faux serment d'enonciation (nepouvant pas 
exprimer une annulation de devoir), passible des coups de lantere, et de plus 
il devra manger de Fazyrae en ce soir. De meme, s'il s'interdit par serment de 
jamais s'asseoir a Pombre, il ne pourra pas non plus s'asseoir sous la Soucca 
k la f£te des Tentes (ou c'est obligatoire); mais s'il jure ne pas vouloir s'asseoir 
a l'ombre de la Soucca, il fait un faux serment d'enonciation (contredit par 
Tobligation religieuse), passible des coups de laniere, et de plus il devra s'y 
asseoir. En r6alite, Favis de la Mischn& (de declarer coupable celui qui jure ne 
pas vouloir manger, et mange pourtant des mets defendus, par application du 
serment a plusieurs interdits reunis) ne se refere pas seulement k celui qui 
fait un serment vague, mais encore k celui qui s'interdit de manger d'un ani- 
mal 6gorge par un tel ; de m£me, cet avis ne se refere pas seulement a celui 
qui generalise les interdits, mais encore a celui qui, en gene>alisant, signale 
chaque detail ; de m&me aussi, il ne s'agit pas seulement de serment relatif a 
Tavenir, mais encore du passe ; de m6me encore (etant ad mis Implication du 
serment, en raison de la generalisation), la Mischnd, nest pas seulement jus- 
tifiable selon les docteurs, mais aussi selon R. Akiba ; finalement, le serment 
n'est pas seulement applicable si la generality comporte des charognes ou 
des betes dechirSes, mais mdme de la terre, ou des objets non comestibles* 

5. 11 importe peu que le serment se r&ere 4 des objets concernant ce- 
lui qui l'enonce, ou concernant autrui,qu'ils soient rSels ou non. Ainsi, 
il dit : « je jure de donner k un tel, ou de ne pas lui donner, * ou : 
c jejure lui avoir donnS, ou ne pas lui avoir donue, * ou : c que je 
dormirai, ou que je ne dormirai pas, > ou <r que j'ai dormi, ou que je 
n'ai pas dormi, > ou c que je jetterai un caillou k la mer, ou que je ne 
le jetterai pas » ou c que je l'ai jet6, ou que je ne l'ai pas jet6. » Selon 
R. Ismael, on n'est coupable que pour un faux serment relatif a Tavenir, 
car il est dit (ibid.IV): de faire le mal ou le bien (futur).S'il en est ainsi, 
observa R. Akiba, il devrait s'agir seulement des serments ayant en vue 
le mal ou le bien ; mais quelle sera la regie pour ceux qui n'ont pas en 
vue le mal ou le bien? On le sait, repondit R. Ismael par extension des 
termes bibliques. Si tu admets une telle extension, r6pliqua R. Akiba, on 
peut aussi l'admettre pour tout. 

« II jure p. ex. Avoir remis k un tel », cherchant un motif pour amener le 
prochain k reconnaitre la reception. R. Aba dit au nom de Samuel : si quel- 
qu'un jure qu'un tel ou tel a donne un Maneh, et il se trouve qu'il ne l'a 
pas donn^, 1 comme on ne peut pas jurer pour l'avenir (qu'il sera donne), on 

1. Cf. ci-apr6s, §§7eti0. 



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CHAPITRE III 123 

ne peut pas non plus jurer pour le passe ( et ce faux sermenl d'enonciation 
n'entraine pas de penalite). Mais, objecta R. Yoss6, bien qu'un tel serment 
en vue de l'avenir soit inadmissible a 1'egard des phylacteres, on admet plus 
loin i qu'un lei serment relalif au passe, « de ne pas les avoir mis », est un 
acte coupable ? II faut admettre une distinction, fut-il repondu, a 1'egard des 
phylacteres pour une autre raison, on exclut le serment d'enfreindre ce pr6- 
cepte i l'avenir ; car, de r expression (ibid.) « pour faire le mal ou le bien », 
il resulte que le serment devra se rgferer a des objets loisibles, que le mal ou 
le bien soient permis, non s'ii s'agit d'un interdit que Ton jure d'enfreindre, 
ou d'un precepte religieux que Ton jure de ne pas accomplir 2 . — II est dit 
(ibid. I) : de tout ce qu'inonee Vhomme, k l'exclusion de Tenfant (qui dchappe 
a la p6nalite) ; par serment excepte le cas de la contrainte 3 ; si le fait lui 
echappe, k l'exclusion de la transgression volontaire ; et de la meme expres- 
sion on conciut a l'ignorance du serment. On ne saurait l'attribuer a l'objet 
sur lequel on a jure ; car, apres le terme serment, vient la phrase « s'il lui 
echappe » ; done pour l'oubli du serment on est condamnable, non pour le su- 
jet auquel se r6fere ce serment. Ne peut-oo admettre la culpability aussi bien 
pour ce dernier sujet que pour le premier, de m6me que Ton admet l'adjonc- 
tion de l'ignorance de l'impuret6 k l'ignorance de la gravity de l'impurete au 
Temple, de sorte qu'il soit 2 fois coupable selon l'avis de R. Ismael qui eta- 
blit cette double culpabilite ? L&, e'est different : pour chacune de ces dernie- 
res ignorances, il y a (separement) l'expression il lui a ichappe, et chacune 
vise une ptaalite ; tandis qu'ici (pour le serment) elle n'est qu'une fois ex- 
primee, et il ne peut y avoir qu'une culpabilite. Est-ce k dire que si quelqu'un 
jure vouloir faire du mal k autrui, il soit coupable ? Non, car il est dit « de 
faire le bien ou le mal 4 » : comme il est loisible de faire du bien, le mal 
devra 6tre aussi loisible, excepte celui qui jure de faire du mal k autrui ; il 
ne sera pas coupable (le serment n'aura pas eu de prise), comme si un indi- 
vidu jure de ne rien donner k manger a son prochain, et le voyant tombqr 
d'inanition il est bien contraint de lui donner. 

« R. Ismael ne condamne que le faux serment relatif k l'avenir. » II inter- 
prets 5 ce verset (ibid.) : Si une personnejure par Vinanci des Uvres, e'est 
14 une generality pour faire le mal ou le bien, allusion aux details. Or, en 
eas de g6neralit6 et detail, la premiere ne comprend d'ordinaire que ce qui 
est vis6 par le detail, et pourtant ici le detail a cela de special qu'il vise seule- 
ment la mauvaise action ou le bienfait ? Voici done comment il faut tourner 
cette difficult^ d'interpr6tation : faire le mal ou le bien est un detail, et l'ex- 
pression suivante, « tout ce qu'il enonce », vise la generality. Mais alors il y 
a encore un detail suivi d'une genSralitS, qui comprenant lHin et l'autre de- 
vrait par extension englober des objets pass6s ? Voici en effet comment on ex- 
plique ce verset : Si une personne jure par V&nonci, e'est la regie g6n6rale ; 

1. A la fin du § 10. 2. V. tr. Nedarim, II, 2. 3. S'il y a erreur de sup- 
position, le serment est comme forc6. 4. V. Siflra sur Levitique, ch. IX. 
$. Ci-apr6s, VI, 7 (fol. 37*). 



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124 TRAIT6 SCHEBOUOTH 

defaire le bien ou Is mal % c'est un detail ; tout ce quHl inonce est encore 
une generality ' ; or, en presence d'une geneYalite suivie d'un detail et corro- 
boree par une generality, on ne juge que d'apres le detail (sans y englober 
rien de plus). Pourtant, repliqua R. Akiba, le detail specific qu'il s'agit seule- 
ment de sujets pouvant causer un roal ou un bien ; mais d'ou le sait-on pour 
ce qui ne cause ni mal, ni bien ? On le sait, repliqua R. Ismael, par extension 
des termes bibliques. Mais, reprit R. Akiba, si ce texte admet une extension 
pourquoin'admet-il pas d'autre extension (telle que celle du serment d'avenir)? 
C'est impossible, car R. Ha dit au nom de R. fileazar 2 (sur ce que R. Akiba 
a l'oppose de R. Ismael, impose meme le devoir du sacrifice pour un faux 
serment retroactif) : R. Ismael repliqua a R. Akiba que Ton ne trouve guere 
de cas auquel, sciemment, on soit passible des coups pour faux serment, en 
m&me temps que Ton est passible de sacrifice pour ignorance dans l'assertion; 
or (si Ton admet l'avis de R. Yohanan), pourquoi R. Akiba ne replique-t-il pas 
qu'on trouve en effet un cas auquel la transgression volontaire est passible 
des coups de laniere pour avoir mange de la graisse interdite, en meme temps 
que le sacrifice est du pour ignorance de cette penality ? A quoibon, repondit 
R. Akiba, parler d'objets qui ne comportent ni bien, ni mal ; ils sont deja ins- 
crits implicilement (par extension, et le texte invoque englobcra de meme le 
serment retroactif). Non, dit R. Ismael : on admet, il est vrai, l'ex tension de 
ce qui ne comporte ni bien ni mal, bien que ce ne soit pas ecrit, mais analo- 
gue au bien ou mal (futur), non quant au passe. 

6. Celui qui a jure de transgresser un pr6cepte religieux et ne Ta pas 
fait n'est pas condamnable, pas plus que celui qui a jure d'accomplir un 
tel precepte etneTa pas fait. En realite, il devrait 6tre condamn6, selon 
Tavis de R. Juda b. Bethera, qui dit : si Ton est condamnable pour Te- 
nonciationde serments au sujet d'actions volontaires, non obligatoires 
par la Loi promulgute au mont Sinai, & plus forte raison doit-on 6tre cou- 
pable pour des serments relatifs ides preceptes religieux promulgues sur 
le raont Sinai* ! Ceci ne prouve rien, fut-il repliquS, car pour le serment 
relatif a des actes volontaires, la negation 6gale raffirmation ; tandis qu'i 
Tegard d'un serment concernant un prScepte religieux, la negation dif- 
ftre de Taffirmation [car si quelqu'un jure de transgresser un tel pre- 
cepte et ne le fait pas, il est absous]. 

R. Mane dit qu'il faut lire dans la Mischnsl (selon notre texte) : « il devra 
Atre condamn^, dit R. Juda b. Bethera ». Est-cea dire que cet avis (de 
culpabilite) s'applique aussi aux interdits ? Or, certes celui qui jure vouloir 
manger de la charogne et ne le fait pas n'est pas coupable; mais si le serment 
de ne pas vouloir manger de cette meme chair, fait par celui qui en mange en- 
suite, est condamnable, on peut objecter ceci (selon les termes du preopinant 

1. V. p. ex. tr. S6ta, IX, 5; Nazir, I, 2. 2. Ci-dessus, § 1. 



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CHAPITRE III 125 

de la Mischn&) : « Pour le serment relatif a des actes volontaires, la negation 
egale rafBrmation, tandis qu'd, regard d'un serment concernant un pr£cepte 
religieux, la negation differe de Taffirmation » (done, R. Juda b. Bet. admet 
aussi que le serment relatif a des interdits est nul, et l'auteur est absous), 
D'oii coonalt-on en principc la defense du serment relatif a des actes libres pour 
l'avenir ? R. Yosse b. R. Aboun repond qu'on le sait de ce qu'il est dit (Nom- 
bres, XXX, 3): II neprofanerapas sa parole (au futur); k l'avenir, il ne 
laissera pas sa parole profanee. 

7. Quelqu'un dit : c je jure de ne pas manger ce pain, je jure de ne 
pas le manger » (plusieurs fois), puis il le mange, il n'est qu'une fois 
eoupable. C'est 14 le serment 6nonce par mSgarde ; pour Tavoir exprim£ 
volontairement, on est passible de la peine des coups, et pour remission 
involontaire on est passible d'un sacrifice proportionnel ; tandis que pour 
le serment vain, on est passible de la p6nalit6 des coups s'il est volon- 
laire, mais s'il est involontaire on est absous. 

Si quelqu'un jure vouloir manger ce pain en ce jour, et laissant passer ce 
our il ne mange le pain qu'au lendemain, R. Yohanan et Resch Lakisch le 
declarent absous. Le motif de Tun de ces deux n'est pas celui de l'autre. R. 
Yohanan le declare absous 1 , car vu le doute durant toute la journee, on ne 
peut pas adresser au delinquant un avertissement effectif. Resch Lakisch a 
pour motif qu'il s'agit d'une defense ne comportant pas d'acte. Enfin, il y a 
encore une difference entre eux au cas ou le delinquant a brftle le pain, ou Fa 
jet6 k la mer : d'apres le premier, celui-ci reste absous, parce que m£me Facte 
en question ne comporte pas un avertissement (ce n'est pas le d£lit) ; d'aprds 
le second, un acte contraire a la defense a eu lieu (et il y a culpability. R. 
Pinhas demanda : puisqu'en cas de double affirmation on n'est qu'une fois 
eoupable, lorsque par son etat maladif, aaGevfo, le delinquant n'a pas pu te- 
nir son serment de manger, fait pour l'avenir, est-il aussi absous pour le ser- 
ment negatif (de ne pas manger)? Certes, fut-il repondu, il faut qu'il y ait 
possibility 6gale au futur comme au passe (sous peine d'inapplication du ser- 
ment). R. Yossg demanda : si en presence de plusieurs pains on jure plu- 
sieurs fois de ne pas vouloir en manger, et pourtant on les mange, est-on eou- 
pable pour chaque manger? On peut resoudre cette question a l'aide de ce 
qu'il est dit (ici 2 ) : a Si quelqu'un jure ne pas vouloir manger ce pain, et ne 
pas vouloir le manger (plusieurs fois), puis il le mange, il n'est qu'une fois 
eoupable » ; en raison de la determination speciale ce, le premier serment est 
seul applicable, non d'autre ; mais sans le determinatif, on lerait eoupable 
pour chaque enonc6 — 3 . 

8. On appelle serment vain, celui par lequel on affirme qu'une chose 

1. Cf. J., tr. Yebamoth, XI, 8. 2. Cf. ci-apres, § 10, et IV, 2. 3. Suit un 
passage traduit au tr. Nedarim^ II, 3 (t. VIII, p. 172). 



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126 TRAIT* SCHEBOUOTH 

est difterente de l'6tat oii elle est connue k I'homme, disant p. ex. qu'une 
colonne de pierre est d'or, ou d'un homme que c'est une femme, ou 
d'une femme que c'est un homme ; ou bien d affirmer par serment un 
fait impossible, p. ex. jurer d'avoir vu un chameau voler en Fair, ou de 
ne pas avoir vu un serpent gros comme la poutre d'un pressoir. Si quel- 
qu'un dit & des t£moins : c Venez timoigner pour moi >, et ils r6pon- 
dent : c Nous jurons ne pas vouloir limoigner pour toi > (ce qui est de- 
fend u, LSvitique, V, 1), ou si 1 on jure de transgresser un prScepte reli- 
gieux, comme de ne pas dresser de tabernacle pour le jour de cette f£te, 
ou de ne pas prendre une branche de palmier en ce jour, ou de ne pas 
porter les phylact&res en faisant la prtere : c'est li un serment vain, 
pour l'enonciation volontaire duquel on est passible de la p£nalit6 des 
coups, et en cas demission involontaire, on est absous f . 

9. Celui qui dit : c je jure que je mangerai ce pain >, et « je jure que je 
ne le mangerai pas >, a £nonce d'abord un serment par mdgarde, puis 
un serment vain; aussi, en le mangeant, il transgresse le serment vain, 
et en ne le mangeant pas il transgresse le serment 6mis par m6garde. 

9 . Si quelqu'un a jur^qu'il mangera ce pain, puis qu'il ne lemaogera pas, 
enongant d'abord un serment par mggarde, puis un serment vain, on agit en- 
vers lui comme suit : on lui dira de manger, car mieux vaut d'enfreindre seu- 
lement un serment vain que d'enfreindre aussi le serment 6nonc6 par m6garde. 
Lorsqu'a l'inverse on a jure ne pas vouloir manger ce pain, puis qu'on le 
mangera, enongant d'abord un serment par megarde, puis un serment vain, 
on agira ainsi : on lui dira de ne pas manger, par le m6me motif qu'il vaut 
mieux enfreindre seulement le serment vain que les 2 autres rgunis. Si quel- 
qu'un jure vouloir manger ce pain en ce jour, puis il jure ne pas vouloir man- 
ger le tout en ce jour, et ensuite il le mange (de sorte qu'il y a aussi d'abord 
serment par mggarde, puis serment vain), R. Yohanan conseille de le manger, 
afin de respecter le premier serment au detriment du second. Resch Lakisch 
n'est pas de cet avis, et il dit que Ton enfreint le second serment sans accom- 
plir le premier 3 . Si quelqu'un jure ne pas vouloir manger ce pain en ce jour, 
puis jure de le manger, et finalement le mange en entier ce jour, R. Yohanan 
dit qu'alors le premier serment (negatif) a et£ enfreint, et le second a 6t6 
respects ; selon Resch Lakisch, non seulement le premier serment est enfreint, 
mais encore le second qui est a observer par un autre pain non interdit. Si 
quelqu'un jure vouloir manger ce pain aujourd'hui, puis le jure encore, et le 
mange, R. Yohanan dit que le l er serment se trouve observe *, et du second 

1. La Guemara sur ce § 8 se compose de 2 passages d£ja traduits, tr. Nedarim 
III, 2 (ibid. pp. 177-8). 2. En t£te est un passage traduit, ibid. Ill, 2 (t. VIII,' 
p. 180). 3. En mangeant le tout ce jour, il contrevient au 1" serment de n'en 
manger qu'une olive, et au 2 e serment de n'en pas manger, et il en mange. 
4. Selon Fordre du texte, reconstitu6 par le commentaire. 



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' C8APITRE III 127 

on ne se preoccupe pas, comme si Ton disait de l'observer avec un autre pain ; 
Resch Lakisch dit qu'en ce cas les deux serments se trouvent avoir et6 obser- 
ves. A l'inverse, quelqu'un a jur6 ne pas vouloir manger ce pain en ce jour, 
puis le jure encore, et le mange ; selon R. Yohanan, il n'est qu'une fois cou- 
pable (le second serment est nul) ; selon Resch Lakisch, il est 2 fois coupable. 
Toutefois, Resch Lakisch finit aussi par reconnaltre que le troisierae serment 
n'est qu'une incitation * pour se detourner du mal (il est done nul). 

tO. La meprise du serment est applicable aussi bien aux hommes 
qu'aux femmes, aux proches parents comme k ceux qui ne le sont pas, 
aux gens aptes k t6moigner en justice et a ceux qui ne le sont pas, par 
devant le tribunal et en son absence, mais le serment doit avoir 6chapp6 
i sa bouche ; en cas de prestation volontaire du serment, on est passible 
de la p6nalit6 des coups, et en cas involontaire, on devra apporter le sa- 
crifice proportionnel. 

41. Le serment vain peut 6maner d'hommes ou de femmes, de parents 
ou de gens eloignes, de gens aptes k temoigner ou impropres k cet effet, 
en presence du tribunal ou en son absence ; mais le serment doit 6ma- 
ner de sa propre bouche. Pour une telle enonciation volontaire, on est 
passible de coups, et pour remission involontaire, on est absous. Pour 
Tune et l'autre sorte de serment, si Ton a 6te adjuri par autrui, on est 
condamnable. Ainsi, Tun dit : c je n'ai pas mange aujourd'hui, ou je n'ai 
pasporte de phylactdres aujourd'hui », et r autre luidit : < je t'en con- 
jure > ; sur quoi, le premier repond : A men (oui, e'est vrai) ; celui-ci est 
condamnable. 

Comme on trouve 2 fois (Levit. V, 1 et 21) le ra&ne terme personne, on 
tire une deduction de cette analogie : puisqu'a la premiere expression, usitSe 
pour le serment de temoignage, celui qui est conjur6par autrui devient l'Sgal 
de celui qui se jure k lui-meme ; de mSme pour le serment de d6p6t, cette 
Equivalence est admise 2 . Le faux serment volontaire est passible de la peine 
des coups, en vertu de cette r&gle gen6rale : toute defense dont l'infraction 
comporte un acte est passible de la peine des coups, et cette p£nalit6 n'est pas 
applicable a la defense qui n'entrafne pas d'acte, sauf celui qui fait un 
echange verbal de consecration, ou jure k faux, ou maudit son prochain (la 
parole vaut alors Facte). R. Abahou dit au nom de R. Yohanan de ne pas 
comprendre Techange dans la dite exception, car la parole produit ici Tacte 
de l'gchange. D'ou: sait-on que le faux serment est passible des coups de la- 
ni&re? C'est que, dit R. Yohanan au nom de R. Yanai', il est ecrit (Exode, XX, 
7) : Dieu ne laisse pas impuni ; d'ou Ton conclut que si le jugement c61este 
ne lui est pas applique, celui des juges terrestres le sera par la p6nalit6 de* 

1. Ci-aprfcs, V. 3. 2. Aussi, celui qui a 6t6 conjure par autrui, et r£flpnd : 
Amen, sera coupable de serment par m6garde. Cf. ci-apres, IV, 12 (14). 



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128 TRAlTfi SCHEBOUOTH 

coups. On le sait auspi pour la malediction du prochain par le nora divin, dit 
Resch Lakisch au nom deR. Oschia, de ce qu'il est dit (Deuteron., XXVIII, 
58) ; de craindre lenomde llSternel, respecte, etc. II rendra nwi-veilleux les 
coups, etc. 1 . Resch Lakisch applique ce verset au faux serment, car untel fait 
est un manque de respect. Quant k R. Yohanan, ce verset prouve que l'au- 
teur d'infractiondu respect par la malediction est passible des coups. Entre 
ces 2 explications, il y a une difference pratique si le meme jure faux et mau- 
dit le prochain k la fois : R. Yohanan le declare deux fois coupable (par ap- 
plication de 2 versets) ; mais Resch Lakisch, ne deduisant les deux defenses 
que d*un verset, le declare une seul fois coupable. 

CHAPITRE IV 

4. Le serment de temoignagen'est applicable qu'aux hommes, nonaux 
femmes, aux gens eioignes de la famille, non aux proches, k ceux qui 
sont propres k t£moigner, non aux impropres, et seulement k ceux qui 
sont en etat d'attesler un fait, soit par devant le tribunal soit en dehors, 
pour un serment 6mis de sa propre bouche ; mais pour le serment £mis 
par autrui, on n'est coupable qu'en cas d'aveu de r avoir assume devant 
le tribunal ; tel est l'avis de R. Meir. Selon les autres sages, que le ser- 
ment ait et6 6mis de sa propre bouche ou par d 'autres, on n'est coupa- 
ble qu'en l'avouant au tribunal. 

Les temoins deviennent coupables pour serment volontaire et mSme 
pour serment erron6, si I'attestation a et6 consciente; mais ils sont 
absous si le tout a 6t6 emis par erreur. Pour le serment 6nonc6 volontai- 
rement, on est astreint d'offrir un sacriGce proportionnel 2 . 

2. Voici en quoi consiste le serment de t£moignage : quelqu'un dit k 

deux hommes de venir temoigner pour lui, et ils lui r£pondent par le 

serment ne pas savoir de temoignage pour lui, ou s'ils disent (simple- 

ment) : « Nous ne connaissons pas de temoignage k ton sujet ; > sur 

quoi, le premier dit : c je voue en conjure, > et ils r^pondent : Amen ; 

en ce cas, ils sont condamnables. S'il les a conjures cinq fois en* dehors 

du tribunal, puis ils viennent devant le tribunal et reconnaissent devoir 

attester, ils sont dispenses ; mais s'ils nient encore, ils sont coupables 

pour chaque refus. S'il les a conjures 5 fois devant le tribunal, et ils 

ont toujours nie devoir attester, ils ne sont qu une fois coupables. R. 

Simon en donne la raison : c'est qu'ils ne peuvent plus revenir sur 

leur assertion pour avouer Faffirmative. 

1. Ces derniers mots, ou allusion aux coups comme penalite, visent la male- 
diction sans respect du nom divin. 2. La Guemara sur ce § est dej& traduite, 
!• tr. Y6ma, VI, 1 (t. V, p. 230), 29 tr. Sanhidrin, III, 10 (t. X, p. 259]. 



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CHAPITRE IV 129 

Par analogie des termes personne, employes tour a tour pour le sermeat de 
temoignage et pour celui du dep6t (Levit. V, 1 et 17), on conclut par re- 
ciprocity que pour constituer l'obligation, il devra s'agir d'un serment fait par 
lui-mdme dans Tun et I'autre cas, aussi bien qu'il peut s'agir aussi de part et 
d'autre d'un homme adjure par autrui. — Dans la Mischnfi. (§ 1), R. Meir in- 
terprfete l'analogie 4 d'aprds le texte d'ou elle est tiree (de fagon qu'il y ait 
egalite entre le point deduit et la base de depart) ; or, comme le faux serment 
enonce par le delinquant lui-meme Test meme en dehors du tribunal, il en sera 
de meme ici, et le serment se referera aussi aux assertions faites hors le tri- 
bunal. Les autres sages disent de deduire l'analogie d'apres le second terme 
decomparaison; or, comme Tadjuration en question est faite au tribunal, il 
ne s'agit ici aussi que d'un serment impose par devant tribunal. R. J6remie 
demanda : considere-t-on comme coupable Tauteur d'un faux serment en fait 
de temoignage qui est proche parent de celui dont emane l'assertion ? A-t-on 
recours k ce raisonnement, disant qu'en vertu de la deduction tir6e, non du 
serment de temoignage mais du serment de depdt, l'attestation d'un proche pa- 
rent est condamnable, et il en sera de m&ne ici, ou non? Non, dit R. Yosse, 
on ne compare pas le proche parent pour le ddpdt au meme pour le temoi- 
gnage (pour lequel il ne serait pas admis). 

R. Judan de Cappadore demanda : si quelqu'un a adjure" autrui 5 fois en 
son nom (hors du tribunal), considere-t-on ces 5 serments comme enonces en 
justice et n'entrainant tousqu'uneculpabilit6?Certes non, dit R. Yosse, comme 
la Mischna le distingue bien. Or, R. Simon explique bien pourquoi les ser- 
ments enonc£s en justice ne comptent tous que pour un, parce que ces te- 
moins ne peuvent plus venir reconnaftre leur erreur, tandis qu'ici (hors jus- 
tice) oii ils peuvent revenir sur leur assertion et reconnaftre leur erreur, ils 
sont coupables pour chaque 6nonc6. R. Jeremie demanda : si contre quelqu'un 
les temoins ont jure 5 declarations d'eux-mfimes (spontanement), puis il 
a ete l'objet de 5 adjurations par autrui, ou en justice, quelle sera la regie 
selon R. Meir pour les premiers serments ? Puisque ce docteur traite le ser- 
ment spontanea regal de F adjuration en justice, sont- ils passibles de la pena- 
lite du sacrifice, quoique ces serments aient ete enonces sans solicitation du 
defendeur ? C'est conforme k cet enseignement 2 : Si, en rgponse k la sollicita- 
tion des temoins ils s'etonnent de ce qu'il les sollicite et ils jurent ne rien sa- 
voir attesler en sa faveur ; on aurail pu croire qu'alors ils sont coupables de 
faux. C'est pourquoi il est dit (Levit. , V, 1) : Et si elle entend une voixd? ad- 
juration; done, en casd'audition de voix par la sollicitation, le faux serment 
entrafne une penalite, mais au cas contraire non. Est-ce que le serment spon- 
tane, au sujet des biens immeubles (pour lesquels le serment ordinaire n'en- 
trafne pasde penalite, par exception), rentre dans la r6gle ordinaire et entratne 
une culpabilite ? De meme, est-ce qu'un serment spontane relatif k des amen- 
l des (qui, en principe, est exclu dans la m6me condition) entratne one culpa- 
H 1. CI. J., tr. Yebamoth, XI, 1 ; tr. Sanhidrin, IX, 1. 2. Tosselta, ch. 2. 



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s 



130 TRAITE SCHEBOUOTH 

bilite ? Et encore, est-ce qu'en raison de son assimilation avec le sermcnt du 
depot, le serment spontane en temoignagne entratne la penalite d'un sacrifice 
proporlionnel, ou non?(Diverses questions non resolues). — R. Aba ou R. 
Judadit au nom de Rab : la peine du sacrifice infligee pour Terreur involon- 
taire est applicable aussi a rinfraction consciente ; mais lorsque l'erreur con- 
sistait k supposerque l'enonc6 ne soit pas un serment, on est dispense. Hiskia 
enseigne : chaque fois que la Bible 6nonce com me ici ie mot peche seul 
(vaguement), le sacrifice est du pourl'erreur volontaire ou involontaire, sauf 
si le texte formule qu'il s'agit du fait involontaire. 

3. Si les deux t&noins ont nie en mfime temps, ils sont tous deux con- 
damnables; mais s'ils ont nie Tun apres l'autre, le premier seul est cou- 
pable, non le second. Si Tun a n\& et l'autre a reconnu la veracity, le n6- 
gateur seul est coupable. S'il y avait deux series de temoins, dont la pre- 
miere a ni6 d'abord, puis la seconde, toutes deux sont coupables ; car par 
chacune d'elles le temoignage pouvait Slrevalable. 

Si apres avoir ete sollicites pour t£moigner et avant de jurer, ils ont de- 
sign£ leurs sacrifices, en disant : « nous allons nier ce temoignage en justice » 
le sacrifice pr6vu pour le serment futur est nul. C'est ainsi que R. Hiya a en- 
seigne *: de l'expression son sacrifice d VBtemel, etc. (Nombres, VI, 21), on 
deduit que la p6riode du Nazir£at devra pr£c£der la designation du sacrifice 
final ; mais a Tinverse, la designation du sacrifice en vue du Nazireat ulte- 
rieur est non avenue. S'ils ont jur£ en dehors du tribunal, puis n'ayant pas 
ni£ en justice ils dSsignent le sacrifice, en disant : nous allons nier maintenant 
au tribunal, suppose-t-on qu'en raison du serment prof£r£ hors du tribunal 
on admet que ce soit un commencement de peche justifiant la destination du 
sacrifice, ou non, parce qu'il n'y a de culpabilite qu'en niant devant le tribu- 
nal, et par suite la designation a precede le p6che ? (question non resolue). 

Le texte de notre MischneL dit : « Si Tun a nie et l'autre a reconnu la v6ra- 
cite,le n^gateur seul est coupable. » Ce texte mischnique, dit R. Yoss6, n'est 
pas superflu, car il s'agit du cas ou (apres la negation des 2 temoins) le second 
a de suite renonce a sa premiere assertion negative ; le premier est alors seul 
coupable, car il serait aussi recevable que le second k se reprendre. Si la s£- 
rie se compose de dix temoins qui nient tour a tour, selon un enseignement, 
le premier seul est coupable, et les autres sont dispenses; selon un autre en- 
seignement, le dernier seul est dispense, etles autres sont coupables. Le pre- 
mier avis, declarant le premier temoin seul coupable, se conforme a Tavisd'a- 
preslequel, des qu'une partie de temoignage est annulee, le reste Test aussi * 
(ettous lesautres sont dispenses) ; le second avis, disant qu'en dehors du pre- 
mier dispense tous les autres sont coupables, se conforme a l'avis d'apr^s le- 
quel en cas d'annulation partielle, le temoignage subsiste par suite des te- 
moins maintenus. En effet, dit R. Yoss£, un enseignement confirme le pre- 

1. Tr. Nazir, II, 9 et III 2. 2. Cf. tr. Maccoth, I, 7. 



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CHAPITRE IV 131 

mier avis : si de 2 series de temoins Tune nie apres Fautre, dies sont toutes 
deux coupables. Or, il en est ainsi en raison du caraclere distinct de la 2V 
Mais si tous les temoins ne forment qu'un groupe, tous sont dispenses apres 
la negation du premier, car un temoignage annule en partie Test desormais 
aucomplet. 

4. Quelqu'un dit aux temoins: « Je vous conjure de venir temoigner que 
j'ai k r£clamer dans la possession d'un tel un d6p6t, ou un pret, ou un 
vol, ou un objet perdu * ; sur quoi ils jurent n'avoir pas de temoignage k 
lui donner ; ils ne sont qu'une fois coupables pour le tout. Mais s'ils pre- 
cisent le serment et disent : « Nous jurons nepas savoir que tu as k r6cla- 
mer d'un tel un dep&t, ni un pret, ni un vol, ni une perte >, ils sont cou- 
pables pour chacune de ces assertions. S'ildit:* Je vous conjure de 
venir temoigner que j'ai a r^clamer d'un tel un depdt de froment, d'orge, 
d'£peautre», et ils repondent en jurant n'a voir pas connaissance qu'ils 
doivent temoigner pour lui, ils ne sont qu'une fois coupables ; mais s'ils 
precisent le serment et disent : « Nous jurons ne pas savoir temoigner 
pour toi que tu aies k reclamer d'un tel du froment, ni de Forge, ni de 
l'epeautre », ils sont condamnables pour chacune de ces assertions. 

D'ou sait-on que pour le serment de temoignage il soit seulement question 
de reclamations financieres? On le sait, dit R. fileazar, de ce qu a ce sujet 
(L6vilique, V. 1) et au sujet du dep6t il y a repetition de la conjonction ou : 
com me les reclamations relatives au depdt traitent d'affaires financieres, il 
en esl de meme de celles du premier sujet. Ne peut-on pas deduire de la repe- 
tition decette conjonction ou au sujet du meurtrier (Nombres, XXXV, 18 et 
21), que la Bible parle meme de questions non financieres ? Non, car pour 
dernier les conjonctions ne sont pas exprimees au sujet d'un serment, tandis 
que Fanalogie est etablie plus haut entre 2 series contenant chacune la ques- 
tion de serment (et toutes deux financieres). Ne peut-on pas le deduire des con- 
jonctions usitees pour la femme soupgonnee d'adultere (ibid., V, 14 et 19), pour 
laquelle il est question de serment, ou adjuration par le Cohen ? Non, car 
Fanalogie existe seulement entre la serie parlant de serment, sans la presence 
du cohen avec une s6rie analogue, non autrement. Ne peut-on pas deduire des 
conjonctions ou employees au sujet du serment par megarde, qu'il ne s'agit 
pas seulement de questions financieres V Non, car on etablit une analogie 
entre les cas, dactes soitvolontaires soit involontaires, compares a d'autresde 
ce genre, non les serments par megarde qui dislinguent entre le fait conscient 
et Finvolontaire. R. Akiba dit(interpretant Fexpression de celles-ci, du L6vi- 
tique, V,5) : pour quelques-unes des fautes en question ily aura culpability ; 
pour d'autres, il n'y en aura pas : pour la question financiere on sera coupa- 
ble ; autrement non. R. Simon dit 1 : on est coupable en ce cas, comme pour 

1. Sans recourir a Fanalogie des series de conjonction. 



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132 TRAITE SCHEBOUOTH 

le depdt ; puisque ce dernier n'est qu'une question d'argent, il n'est de meme 
question ici que d'affaires d'argent. 

5. Quelqu'un dit ; « je vous conjure de venir t6moigner que j'ai le droit 
derSclamer iuntel undedommagemenl, ou undemi-dedommagement,ou 
le paiement du double, du quadruple, du quintuple, ou : qu 1 un tel a viol6 
ma fille, ou qu il a seduit ma fille, ou que mon fils m'a frappe, ou qu'un 
tel m'ablessS, ou a brule mes gerbes de bl6 au jour du grand pardon », 
ils sont condamnables s'ils s'abstiennent. 

On a enseigne 1 que R. Yosse le Galileen explique pourquoi il est dit (ibid. 
i):s y ile$t temoin, ou $Hla vu, ou s'ilsait. II s'agit la d'un tGmoignage 
que Ton peut confirmer par le savoir, non par la vue, ou par la vue sans le 
savoir. La premiere hypothese se r6fere a Targent et s'explique ainsi : L'un 
A reclame a son prochain B 200 zouz qui! pretend avoir cbez celui-ci ; B. 
nie, et A pretend qu'il y a eu aveu de dette devant tel et tel ; B. repond 
« qu'ils viennent Tattester et je paierai » : C'est une connaissance, sans vue, 
car ils viennent confirmer la v6racite de la dette ; seulement, ils ignorent si 
B doit la somme par suite de vol, ou par suite de prSt (ceia suffitd. justifier 
la dette). La vue sans la connaissance en fait d'argent a lieu p. ex. en ce cas : 
A reclame 200 zouz qu'il pretend avoir chez B ; ce dernier nie ; A dit avoir 
verse la somme chez tel et tel ; B r^plique que ceux-ci l'attestent, etil paiera : 
c'est un temoignage de vue, sans connaissance, car ils viennent attester 
avoir vu le verswnent, seulement ils ignorent si c'etait une restitution de 
somme volee, ou si c'etait un prfit. De m6me, A reclame k B la somme due 
pour amende envers sa fille ; B pretend n'avoir jamais de sa vie 6te con- 
damng k une amende ; d'autre part, des temoins attestent que B doit une 
amende, seulement ils ignorent s'il doit l'amende a la fille d'A ou a une autre 
femme (on les croit). 

De meme encore, si A accuse B d'avoir viole ou seduit sa fille ; B le nie, 
disant n'avoir jamais seduit ni viole aucune femme ; puis des temoins attestent 
qu'Aa viole une femrae, seulement ils ignorent si elle est, ou non, la fille d'A. L'un 
dit 2 :tu as tue mon boeul, ou tu as eoup6 mes plantes ; I'autre quirSpond n'en 
rien savoir est coupable (tenu de payer ce dommage attest^). Si le second repli- 
que avoir regu du premier l'ordre de tuer le boeuf, ou de couper les plantes, 
on se dirige, pour la decision, d'apr&s la majorite des plantes. Qu'est ce que 
Ton entend par la ? Cela signifie, dit R. Hagai, que si le boeuf Stait notoire- 
mentenclin a donner des cornes (dangereux), le propri6taire aura certes dit 
dele tuer; ou bien si les plantes etaient negligees et faisaient plus de mal 
que de bien, il a dH donner l'ordre de les couper. R. Judan dit : dans une 
question financiere, on n'argue pas de la nScessite d'ajouter foi au defendeur, 
qui declare n'avoir pas tu6 le boeuf, ou n'avoir pas coup6 les plantes, en rai- 

1. Tossefta k ce tr., ch. 2. 2. Tossefta au tr. Sanhtdrin, ch. VI. 



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CHAPITKE IV 133 

son de ce gu'il peut pretendre avoir regu Tordre de tuer, ou couper : ce pro- 
ced6 n'est pas admis en droit. 

6. Quelqu'un dit : « je vous conjure de venir tSmoigner que je suis 
cohen, ou Invite, que je ne suis pas fils d'une femme rSpudide, ni le fils 
d'une femme qui a refus6 le levirat, ou qu'un tel est cohen, ou qu'un tel 
est tevite, ou qu'il n'est pas le fils d'une femme rSpudiee, ni d'une femme 
qui a refus6 le levirat, ou qu'un tel a viol6 sa fille, ou Ta s£duite, ou 
que mon fils m'ablessS, ou qu'un prochain m'a blesse, ou a allum6 mes 
gerbes de b\& un jour de sabbat » ; ils sont absous de n'avoir pas 
at teste. 

De ce qu'au sujet du serment de temoignage, ainsi que pour le depdt, la 
Bible emploie les mots: Si une personne commet un pdche (ibid., 1 et 17), on 
deduit 4 titre d'analogie, qu'il s'agit dans Tun et Fautre cas de reclamation 
d'argent, fondee sur la possession de biens (k Texclusion des divers cas 
enonces par la Mischn&, qui echappent a celte regie). — N'est-ce pas en 
contradiction avec Resch Lakisch de pretendre (§ 5) qu'en d6pit de la p6na- 
lite des coups le paiement est d& 1 , tandis qu'il dit que l'argent n'est pas du 
en cas de penalite des coups ? On peut expliquer que cette Mischnft suit Tavis 
de R. Meir qui admet la simultaneite des deux peines. Cependant comme 
l'attestation des faux teraoins n'a pas fait debourser d'argent en realite, ils ne 
devraient pas etre tenus d'en payer ? Puisque le debiteur qui devait remet- 
tre la somme ne l'a pas fait par defaut d'attestation des temoins, ceux-ci sont 
supposes Tavoir fait perdre (et ils le paieront). 

7.(8). Quelqu'un dit : c Je vous conjure de venir t6moigner qu'un tel 
a promis de me donner 200 zouz et ne me les a pas remis ; > ils sont 
alors absous (de s'abstenir) ; car ils sont seulement coupables s'il s'agit 
d'une reclamation d'argent qui ressemble a un depdt (et serait niee). 

(9). Quelqu'un dit : c je vous conjure, aussit&t que vous saurez me 
donner un temoignage, de venir l'exprimer; » ils sont alors absous, 
parce que le serment precede le temoignage. 

(10). Quelqu'un, etant dans une synagogue, dit : <r Je vous conjure, si 
vous savez me donner un temoignage, de venir Texprimer », ils sont 
absous (k moins d'avoir spfoialement adresse son objurgation 4 ceux 
qui pouvaient temoigner pour lui). 

R. Jacob b. Zabdi ou R. Abahou dit au nora de R. Yohanan 2 : lorsque 
Ton a promis de faire un present a son prochain et que Ton desire ensuitc 
reprendre sa parole, on le peut. Quoi ! s ecria R. Yosse en se levant devant 
R. Jacob b. Zabdi, serait-ce la une raesure juste ? Peut-on autoriser uac 

1. Cf. tr. Troumoth, VII, 1. 2. Voir J., tr. Schebiith, X, 9 (t. II, p. 434). Cf . 
tr. Bdba Mteia> IV, 2. 



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134 TRAITE SCHEBOUOTH 

telle injustice? Peut-6tre, repondit R. Jacob, au moment de promettre est-on 
revenu de suite sur son assertion. 

Pourquoi la Mischnfi. d6clare-t-elle « absous » ceux que Ton conjure au 
temoignage dans une synagogue ? Est-ce parce qu'on ne sait qui invoquer, 
ou parce que Fadjurateur ne s'adresse pas k deux hommes en particulier? 
Entre ces divers motifs, il y a une divergence au cas ou l'intSressS a pris a 
pari 2 hommes : on ne peut pas pretendre qu'il ne les connaft pas, car son 
acte le prouvc ; mais il est admissible que dans sa formule dubitative, il n'ait 
pas songe a eux (aussi, sont-ils absous). 

8. (11). Quelqu'un dit k deux hommes: c Je vous conjure, vous tel 
et tel, si vous avez un temoignage k me donner, de venir l'exprimer > ; 
sur quoi ils repliquent : « nous jurons ne rien savoir 4 ton sujet >, tan- 
dis qu'en r6alit6 ils le savent, mais seulement d'apres l'assertion d'un 
autre temoin, ou si Tun d'eux est un proche parent de l'objurgateur, ou 
impropre k attester; ils sont alors absous. 

R. Mena explique le doute enonce precedemment (si c'est le dSfaut de 
connaissance ou d'intention) d'apres la Mischn& suivante (§ 8), disant : « Si 
Tun d'eux est un proche parent, ou impropre a attester, ils sont absous »; or, 
s'ils ne sont pas dans ces conditions d'inaplitude, le temoignage 6tant ac- 
cueilli, ils seraient coupables ; pourtant, le solliciteur ne les connaft pas 
(puisqu'il lcur demande s'ils peuvent attester); done, la dispense precitee a 
pour motifle defaut d'intention. R. Yosse explique l'incertitude en question 
d'apres la Mischna prec^dente (§ 7), disant : « si quelqu'un conjure des per- 
sonnes, aussitdt qu'elles sauront donner un temoignage pour lui, de venir 
l'exprimer, et elles ne le font pas, il y a dispense, parce que le serment pre- 
cede le temoignage. » Si done le serment n'avait pas precede le temoignage, 
ils seraient coupables, et pourtant le solliciteur ne les connaft pas; done, la 
dispense a pour motif le defaut d'intention. 

9(1 2) Quelqu'un envoie son esclave pour les conjurer, ou l'individu accus6 
dit aux temoins : c Je vous conjure, si vous avez un temoignage k donner 
en sa faveur, de venir l'exprimer pour lui » ; ils sont absous, et ils ne 
sont coupables qu'en entendant Tobjurgation de la bouche de Tint6- 
ressi. 

/ R. fileazar interprete pourquoi il est dit (ibid.) : s'ilne le dit pas, il sup- 
* . / portera son peche (ou le mot NlS auai superflu) ; le peche consiste a ne pas le 
C- v / dire au solliciteur (non a le celer a tout autre). Outre les termes de la Mischnfi. 
il faul Tavis de R. £l6azar, et outre ce dernier il faut celui de la Mischnft. Or, 
en presence du texte seul de la Mischnft, sans l'avis de R. fileazar, on aurait 
pu croire qu' « en entendant l'objurgation de la bouche de Tinteresse », s'ils 
out jure non au demandeur, mais au defendeur, ne rien savoir (apres audition 
de la sollicitation), on les suppose coupables; e'est pourquoi l'explication de 



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CHAPITRE IV 135 

R. fil^azar affirme le contraire, en vertu da verset exigeant le defaut de com- 
munication au solliciteur. D'autre part, si Ton ne connaissait que ce dernier 
avis, non celui de la Mischna, on pourrait supposer la culpability en cas d'au- 
dition du defendeur, sans avoir jurerien qu'au solliciteur ne rien savoir. II 
faut done exprimer l'avis de la Mischna et celui de R. Eleazar, a savoir que 
la demande devra avoir ete faite par le solliciteur, et le serment de refuser sa 
presence (sous peine de nullite). 

10(13) Quelqu'un dit : « Jevous conjure, ou:je vous oblige (par ser- 
ment), ou : je vous lie (de m&me) * ; ils sont coupables. Mais s'il dit : 
c par leciel et la terre j>, ils sont absous. S'il les conjure par le nom 
divin, soit par les lettres in, soit par les leltres n\ ou par les attributs 
divins schadai (tout puissant), Sabaoth, misericordieux, gracieux, longa- 
ninje, pleinde bienveillance, ou par tout autre qualificatif de la Divinity, 
ils sont coupables (e'est une objurgation formelle). Celui qui blaspheme 
Dieu par un de ces noms quelconques est coupable ; tel est l'avis dc R. 
Meir. Les autres sages ledeclarent absous. Celui qui maudit son pere 
ou sa mere par un de ces surnoms divins est coupable, selon l'avis de 
R. Meir ; les autres sages le declarent absous. Celui qui maudit lui- 
m£meou maudit son prochain par un de ces noms transgresse la defense 
relative a l'6nonciation vaine du nom divin (Exode, XX, 7). Si quelqu'un 
dit au t6moin (selon les mots du Deuteron., XXVI11, 12) : Dieu te frap- 
pera, ou : que Dieu le frappe ainsi, c'estla la malediction inscrile dans 
la Loi. Mais s'il dit : <t que Dieu nc te frappe pas, qu'il te benisse, qu'il 
te fasse du bien >, tt. Meir le declare coupable; les autres sages Tabsol- 
vent. 

S'il adit : « Je vous conjure » vaguement (sans redire : par serment), ils 
vont coupables ; et de meme ils le sont s'il dit : « Je voue lie », ou : « Je 
s ous engage » (par serment). R. Yohanan dit au nomde R. YanaT, ou selon 
d'aulres R. Abahou dit au nom de R. Yohanan, qu'il faut ainsi rectifier noire 
Mischn&. R. Meir le declare coupable, inais R. Juda le dispense de sacrifice 
(au lieu de l'avis anonyrae des sages). Chacun de ces docteurs est conforme k 
sa propre opinion, car on a dit ailleursi : Celui qui maudit ses parents par 
un attribut divin est coupable, dit R. Meir; R. Juda le declara absous. — 
« Celui qui se maudit lui-meme, ou maudit son prochain par un de ces noms, 
transgresse une defense ». Ce delit est-il passible de la peine des coups? Les 
compagnons repondent qu'il n'est pas passible. Pourquoi, dit R. Yosse? 
Est-ce parce que cette defense n'entraioe pas d'acte? Mais on pourrait en dire 
autant de Techange ou du faux serment*, et pourtant ces delits sont pas- 
sibles de la peine des coups ? Selon R. Yossa au norn du R. Yohanan, e'est 
l'avis de R. Meir, de pouvoir deduire de la negation ce qui est 4 comprendre 

i. Tr. Sanhedrin, VII, 8. 2. Ci-dessus, III, 10. 



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136 TRAFrt) SCHEBOUOTH 

sous la forme affirmative*. Ainsi, en disaat : « Dieu ne te frappera pas si tu 
vieDS temoigner pour moi », c'est dire : Si tu ne viens pas temoigner, Dieu te 
frappera. On sait ainsi quelle est la regie pour l'objurgation accompagn^e de 
serment ; d'oii sait-on qu'il en est aussi de m&ne 2 s'il n'y a pas de serment 
exprime? C'est pourquoi il est dit (Levit. V T 1.) : Elle enlend V objurgation; 
il faut avoir entendu une voix pour qu'ily ait d6lit. Peut-£tre aucontraire ce 
texte enseigne-t-il que Je serment pourra Stre, ou non, accompagnS d'objur- 
gation, tandis que l'objurgation ne peut pas avoir lieu sans serment? II n'y a 
pas de difference, r6poud R. Yoss6 au nora de R. Yohanan, entre l'objurgation 
ou le serment ; Tun ou I'autre peut indifferemment Stre isole ou non. 



CHAPITRE V 

1. Le serment relatif aux depots a lieu pour les hommes etles femmes, 
pour les parents du demandeur et pour ceux qui ne le sont pas, par de- 
vant le tribunal ou en dehors, mais seulement si le serment 6mane de la 
bouche mfeme de celui qui le prfite, non s'il est 6mis par d'autres ; en ce 
cas, il est seulement coupable s'il le nie devant le tribunal. Tel est Tavis 
de R. Meir ; selonles autres sages, soit que le serment 6mane de la bou- 
che m&me de celui quile pr&te, soit que d'autres l'emettent, celui qui le 
nie est aussit&t coupable. On est coupable d'avoir 6mis volontairement un 
faux serment, ni6me en ignorant quelle est la p6nalit6, si Ton a conscience 
du mensonge au sujet d'un d6pdt, mais on n est pas coupable si ce der- 
nier fait aussi a eu lieu par erreur. Pour le faux serment volontaire, 
la culpability entraine r obligation d'un sacrifice de peche valant deux 
sides d'argent. 

Comrae on a enseigne que le serment emis parsoi-meme (spontanement) est 
applicable au serment de temoignage, en est-il de mfime pour l'objurgation 
seule? De plus, admettant que le premier point soit deduit du serment impost 
en justice, quelle est la regie pour un serment spontane de d6p6t, ou I'objur- 
gation est seule ? R. Yoss6 repond : comme on a deja deduit (IV, 2) un de ces 
poinls de I'autre, par analogie des mots repetSs personne, la comparaison est 
etablie pour le tout (et les 2 genres de serments seront semblables). Selon 
R. Mena, la question de gravity de l'objurgation en justice (imposee par d'au- 
tres) est en discussion entre R. Meir et des autres docteurs de la Mischnd, 3 . 
II est dit (ibid. 21) : SHI nie a son prochain le depot confii, etc. ; si le faux 
serment emis le decharge de la dette contracts, qu'en realite il doit, son au- 

1. Cf. tr. Nedarim, I, 4; ci-apres VII, 1. 2. Cf. tr. Sdta, II, 6. 3. Selon 
R. Meir, l'objurgation pour un d6p6t n'a lieu qu'en justice, par deduction du 
temoignage; selon les autres docteurs, partout ou le faux serment se produit 
c'est un acte coupable. 



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CHAPHRE V 137 

teur est soumis a la peine du sacrifice, a Pexclusion de celui qui nie un d6pdt 
reclame par deux assoctes deposants (comme la reclamation isolee est nulle, 
le refus Test aussi), et a l'exclusion de celui qui nie une dette confirmee par 
temoins ou par contrats (une telle negation*, etant nulle, n'entrafne pas de 
penalite). Ceci prouve, dit R. Yosse, que lorsque deux individus ont em- 
prunt6 a un tiers, ils deviennent par le fait du conlrat solidaires et responsa- 
bles Tun de l'autre, lors raSme que le conlrat n'a pas formule cette derniere 
clause. Pourtant, c'est Tusage de stipuler cette clause. 

Si deux personnes ont coniie a un tiers un seul depdt, et Tune delles veut 
retirer la part, le depositaire ne peut pas la delivrer ; sans quoi ceiui-ci pour- 
rait devenir le nggateur d'une part, et devenir passible du sacrifice pour faux 
serment, en raison de I'aptitude a se d6gager ainsi d'une partie de son dil 
(or, de ce que Von a 6carte prec6demment la culpability, il rSsulte qu'on 
n'ecoute pas la demande isol6e). Si une personne a confix un depdt a deux 
individus, la negation de chacun des deux suscite la culpabilite entiere. S*il 
est vrai que chaque negation est aussi coupable, que dire au cas oil le depdt 
confie ne vaut qu'une prouta, et imposerait-on au negateur d'une demi-prouta 
la peine d'un sacrifice ? Or, le present cas ressemble au depdt effectue pros de 
2 ou 3 personnes, confiant a chacune une demi-prouta; est-ce qu'en cas de re- 
clamation par serment a chacune, suivie de refus, chacune serait sujette pour 
si peu a offrir un sacrifice? II y a une distinction a noter, fut-il repondu, en 
ce que pour le dep6L effectue aupres de deux individus, chaque serment s'ap- 
plique a la valeur enti&re d'au moins une prouta; tandis qu'en cas de depdt 
d'une demi-prouta, le serment est inapplicable faute de valeur (et Tauteur 
reste absous). 

R. 11a, R. Yohanan et Resch Lakisch disent tous deux (a l'oppose de l'avis 
precite, d'absoudre celui qui nie une detle confirmee par temoins) : on est 
coupable en ce cas, car s'il n'y avait pas de temoin, il pourrait eqhapper a la 
dette par le serment, et la negation serait effective. Pourquoi cela? (La nega- 
tion devrait etre annulee par les temoins?) Ceux-ci peuvent mourir (et la ne- 
gation serait alors effective). Ne peut-on dire aussi que le conlrat ecrit est sus- 
ceptible de se perdre ? La raison done est que les temoins sont exposes a 
oubiier leur temoignage (aussi la negation est valable). On a enseigne ail- 
leurs * : « Le proprielaire demande au gardien ou est son boeuf, et le gardien 
repond que Tanimal est perdu; p uis, sur robjurgation quijui est faite par le J/ 
proprielair e il replique : Amen, tandis que des temoins attestent qu'il i'a con- " 
somDneTTTSevra payer le montant ; s'il l'avoue spontanement, il devra payer 
outre le capital, 1/5 en sus pour amende, etun sacrifice de pech6. » Or, si 
Ton n'admettait pas la crainte que des temoins aient oublie, il faudrait sup- 
poser que le solliciteur ignorait d'abord qu'il existat des temoins contre lui, 
qui se sont prononces apres qu'il eilt nie ; mais de ce que Ton sait main tenant 
la possibility d'oubli, il peut mdme s'agir du cas ou Ton connait ses temoins 

1. Ci-apr&, VII, 3 (4). 



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138 TRAITE SCHEBOUOTH 

(et la negation est valable). En effet, dit R. Yosse, on l'apprend aussi par une 
Mischnd, prec6dente (IV, 3) : « Si de deux categories de temoins la premiere 
s6rie nie d'abord le fait, puis la seconde le nie, elles sont toules deux coupa- 
bles. » Or, on congoit que la seconde soit coupable, car apres la negation par 
la premiere s6rie, il n'y a plus d'autres temoins que les seconds ; mais pour- 
quoi la premiere s6rie est-elle coupable, puisqu'au moment de cette negation, 
la seconde serie, encore intacte, pourrait temoigner dans la question ? C'est 
que Ton est preoccupe de la crainte que ces derniers aient oublie leur temoi- 
gnage. — II est 6crit (ibid., 22) : S'il la nie; celui done qui nie la trouvaille 
faile et le reconnatt est passible d'un sacrifice ; s'il nie, non la trouvaille, mais 
son attribution & tel homme, le sermentemis en ce cas ne sera pas sujet a une 
penalite. Ben-Azai' dit 1 qu'il y a 3 sortes diverses de pertes : 1° ou Ton con- 
nait l'objet, ignorant qui i'a trouv6; 2° ou bien Ton sait qui Fa trouve, mais 
Ton ne connaft pas l'objet; 3° ou enfin Ton ue connait ni l'objet, ni celui qui 
l'a trouve. R. Honia dit au nom de R. Jergmie qu'en tous ces cas l'auteur du 
serment nSgateur serait absous 2 . R. Jacob b. Aha dit au nom de R. Yosse 
qu'on ne saurait justifier cette regie de dispense. Et pourquoi cela, demanda 
R. Yosse? Voici la raison, dit R. Mena : il ne saurait etre question des 3 sor- 
tes de perte comrae elles viennent d'etre Snoncees, soit en connaissant l'objet 
mais ignorant qui l'a trouve, soit en connaissant celui qui l'a trouv6, mais 
non l'objet, soit enfin en ne connaissant ni l'objet, ni celui qui l'a trouve. On 
coDQoit l'hypoth^se de la negation pour celui qui connait l*bbjet et qui l'a 
trouve (cas susceptible de dispense), s'il nie l'un et 1'autre. Mais alors com- 
ment expliquer les deux autres hypotheses de l'enseignement precite, traitant 
soit de l'ignorance de l'objet en connaissant celui qui trouve, soit de l'igno- 
rancede l'individu qui trouve, mais connaissant l'objet? II faut done y recti- 
fier le texte relatif a la 3 # hypoth&se et supposer d'abord qu'il s'agit de la 
double connaissance que Ton nie. 

2. Le serment pour d£p6t confi£ a lieu au cas suivant : quelqu'un dit 

k autrui : • Rends-moi le depot que tu as de moi en mains » ; et l'autre 

rSpond : • Je jure que tun'as rien chez moi, ou (simplement) : tu n'as 

,rien chez moi » ; sur quoi le demandeur dit : a Je te conjure », et le d6- 

|fendeur l'accepte en disant : Amen ; celui-ci est coupable (en cas de 

jfaux). S'il Fa conjure 5 fois, par devant le tribunal ou en dehors, et 1'in- 

\ terpell6 nie devoir, celui-ci est coupable aulant de fois qu'il y a eu d'ob- 

l jurgations. R. Simon en donne la raison : e'est qu'a chaque objurgation 

\ l'interpell6 pourrait avouer 8 . 

? 3. Lorsque cinq personnes rSclament a quelqu'un un dep6t qu'elles 
pr£tendent lui avoir con 06, et le defendeur rSpond qu'il jure ne pas en 

1. Siffri, section Wayyiqra, ch. 12 et 22. 2. Admettant, dit lecommentaire, 
qu'on suppose l'objurgation adressle a un seul temoin. 3. La Guemara sur 
le § 2 est deja traduite ci-dessus, IV, 3. 



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CHAPITRE V 139 

avoir & elles, il n'est qu'une fois coupable (en cas de faux); mais s'il 
repond qu'il jure n'avoir en main * ni a toi, ni a toi, etc. > (a cbaque 
personne), il est coupable autant de fois qu'il s'adresse& cbacun. Selon 
R. Eli£zer, il est autant de fois coupable, lorsque le mot « serment > se 
trouve a la fin de son expression (r^petee cinq fois) ; selon R. Simon, il 
faudra (pour cette culpabilit6 renouvel6e) qu'il y ait eu r£p6tition du mot 
serment 4 chaque personne (et pas seulement a la fin de l'ensemble). 

4. Si quelqu'un dit 4 l'autre : c donne-moi le froment, Torge et l'epeau- 
tre que j'ai chez toi, » et l'autre nie par serment Tavoir chez lui, celui- 
ci ne sera qu'une fois coupable pour faux serment (le cas 6cheant); mais 
si ce dernier dit : « Je jure n'avoir a toi ni froment, ni orge, ni epeautre, > 
il est coupable pour chaque assertion (3 fois). R. Meir dit : Si meme la 
demande du M6 comporte le singulier, le depositaire est plusieurs fois 
coupable. 

Selon R. Simon, est-il dit *, le faux serment en tgmoignage est un acte cou- 
pable comme pour le depdt : comme a ce dernier sujet il est question de 
reclamer de l'argent, il doit en eHre de meme pour le t6moignage. Non, fut-il 
replique, car pour le depdt Tinterpelle ne devient pas 1'egal de l'auteur du 
serment. Or, en est-il bien ainsi pour le serment relatif ati depdt, de ne pas 
considerer celijj qui est conjure 4 Tegal de celui qui jure? Non, respond R. 
£l6azar, et l'analogie existe entre eux deux. R. Yohanan dit : l'avis de R. 
Eleazar (dans notre Mischnd) sous-entend la mention du serment au commen- 
cement et a la fin pour motiver la culpabilite ; mais selon les autres docteurs, 
il suffit d'avoir parte de serment au commencement, sans le rappeler 4 la fin. 
S'il est dit 4 la fin et non au commencement, en est-il de meme?Oui, selon 
les autres docteurs, et Ton est alors coupable autant de fois qu'il y a eu d'e- 
nonc£s ; selon R. Eleazar, on ne sera sujet qu'4 un sacrifice, le serment dit 4 
la fin n'ltant applicable qu'au dernier. Si le serment a 6te* enonce au commen- 
cement et 4 la fin, selon les autres docteurs, on devra offrir deux sacrifices 
pour chaque enonce* (les serments se referant & chaque dire isole) ; selon R. 
fil6azar, un sacrifice suffit pour chaque sorte. Si Ton a enonce plusieurs ser- 
ments au commencement, non 4 la fin (rien pour le dernier), l'effet du serment 
influe-t-il sur les individus intermediates ? (Le serment est-il obligatoire 4 la 
fin pour 6tre effectif ?) Certes, fut-il rSpondu : la mention du serment au com- 
mencement et 4 la fin, sans avoir lieu au milieu, produit son efTet m£me sur 
le milieu; de meme ici, le serment enonce avant la fin produit son efTet sur le 
milieu. R. Judan de Cappadoce demanda : Si quelqu'un dit « je jure n'avoir 
en mains a toi ni froment, ni orge, ni epeautre, quelle est la regie ? Est-ce 
que dans une telle formule le serment enonce compte comme cite au commen- 
cement et 41a fin, se referant a tout? Ou bien, comme de toutes facons, n'e&t- 

1. Siffri, ibid. Cf. ci-dessus, IV, 4. 



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140 TRAITE SCHEBOUOTH 

on pense qu'& une sortede ble, il faut finalement dire : « je jure n'avoir rien a 
toi », n'est-on qu'une fois coupable? De meme, si quelqu'un dit : « je n'ai en 
mains de toi ni froment, ni orge, ni epeautre, je le jure », celte disposition 
finale da terme equivaut-elle a la mention du serment au commencement et a 
la Tin? Ou bien, comme de toutes facons, il faut finalement jurer, n'est-on 
qu'une fois coupable? (question non resolue). Cette discussion sur fexigence 
du terme serment au commencement et a la fin, est-elle aussi applicable au 
serment enonce par mSgarde? Ainsi, quelqu'un ayaut jur6 dene pas manger 
ce pain, puis dit : « je ne le mangerai pas, je le jure », dit-on que d'apres les 
docteurs (qui n'exigent pas la double mention) la mention finale du serment 
suscite Fobligation du sacrifice pour chaque point a part, tandis que d'apres 
R. £l6azar, qui exige la double mention, le terme final ne compte que pour 
un et n'entrainela penalite que d'un sacrifice pour le tout? La question est 
guperflue, car R. fiteazarreconnait aussi qu'en ce cas le 2° serment nest qu'une 
sorte d'incitation pour se d&ourner de Tinterdit * (sans valeur nouvelle d ob- 
jurgation ). La question est seulement posee pour celui qui s'exprime au passe : 
« je jure ne l'avoir pas mang6 » ; « je ne l'ai pas mange, je le jure » (chaque 
Enonce est, a part, un mensonge). Or, selon les autres docteurs, la mention 
finale a part du serment (qu'ils n'exigent pas dordinaire) fait que le delin- 
quant doit un double sacrifice, soit un pour chaque serment ; selon R. Eleazar 
(qui exige la double mention), un seul sacrifice sera obligatoire pour chaque 
serment. R. Abahou ou R. J^remie demanda : si quelqu'un jure n 1 avoir pas a 
autrui du froment ni de froment, ce redoublement de designation compte-t-il 
comme double serment, ou non? On peut le savoir de ce qu'il est dit : Si sur 
une reclamation de froment confiS k autrui en lei et to! ondroit, celui-ci re- 
pond qu'il jure n'avoir rien k lui ni dans tel lieu, ni dans tel autre, il est cou- 
pable de faux pour chaque eudroit recuse (de meme ici, la culpabilite sera 
double). Cela ne prouve rien, dit R. Yosse; plusieurs endroits designes sont 
comme plusieurs sortes (tandis que la designation double d'une meme espece 
ne compte que pour une), et seulement en cas de repetition des localites 
l'observation de R. Hagai relative k la plurality est juste. Si un defend eur 
dit: « jejure dix fois n'avoir rien a toi» compte-t-on cette expression pour dix 
serments autant de fois punissables, ou non ? (question non r6solue). R. Yoss6 
demanda : Si fun dit jurer plusieurs fois n'avoir pas le depot reclame, celase 
refere-t-il k autant d'especes, entrainant autant de fois la culpabilite? On peut 
resoudre ce point, dit R. Yosse, de ce qu'il est dit plus haut (III, 1): Celui 
qui jure ne pas vouloir manger ce pain, ou dit «je jure ne pas le manger», et 
le mange ensuite, est une fois coupable, car par la designation le 2° serment 
n'etait plus effectif. Mais si, en presence de plusieurs pains, on a enonce plu- 
sieurs serments d'interdit, des que par le 1 er serment on n'a pas design6 ce 
pain, on est autant de fois coupable (de meme ici chaque serment se rapporte 
k autant de sortes). — Quant k l'avis de R. Simon, d'exiger un enonce k part 
1. Ci-deseus, ibid. 



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CHAP1TRE V tti 

pour chaque sorte, il en est de m6me des serments 6mis par megarde. Ainsi 
I'undit: v<jejure vouloir manger de la charogne, et du pain de froment ou 
d'orge ou d'epeautre », comme le premier point est irr6alisable, le serment de 
manger de la charogne Slant nul et 6chappe a la punition, le reste sera aussi 
nul. 

— 4 . R. Yohanan dit : D'apres R. Juda, Enumeration de 3 sortes ( selon les 
termes de la Mischna) tant6t ne comportera qu'un sacrifice,tant6t en exigera 
jrois. Void comment : si de chaque sorte il y a la valeur d'une prouta, trois 
sacrifices sont dus, soit un pour chaque sorte dite a part ; mais si elles sont 
6noneees conjointement, un seul sacrifice suffit au pardon total. Cependant, s[ 
chaque sorte ne contient que 1/3 de prouta, les reunit-on pour constituer une 
prouta entire? Certes oui, et quel que soit le oombre des sortes, on les 
reunit en une. Toutefois, cette jonction n'a pas toujours lieu ; et en quoi les 
joint-on, oules divise-t-on ? Pour l'oblig&tion du sacrifice (de sorte qu'a defaut 
de jonction dans Tenoned, onevite le sacrifice). Si Ton a en mains 4 sortes, 
dont 2 valent ensemble une prouta, et les 2 autres chacune une prouta, elles 
sont aussi sujettes a la jonction et a la division (de sorte qu'il faudra plus ou 
moins de sacrifices pour Tinfraction de serment). — 2 . 

5. Quelqu'un dit a un autre: < tu as viole ou s&luitma fille >, et 
celui-ci affirme que ce n'est pas ; sur quoi le premier dit : <r Je te conjure * , 
et l'autre r6plH|ue : Amen ; ce dernier est coupable. R. Simon le declare 
absous, car si TaccusS avait avou6 un tel fait, il eftt 6chapp6 k Tamende. 
On lui rSpliqua : il est bien vrai que, par son propre aveu, V accuse eut 
6vit6 de payer Tamende, mais il devrait payer toutefois & la jeune fille 
pour la honte et le dommage causes. 

R. Zeira ou R. Yassa Pexplique ainsi au nom de R. Yohanan 3 : d'apres 
R. Simon, on est absous parce que le point essentiel de la reclamation dupere 
est Tamende (l'interpelle y echappe par Taveu) ; selon les autres docteurs, 
ce n'est pas l'essentiel, mais le prix de la honte etdu dommage. R. 11a dit 
qu'ils ne different que dans la disposition des diverses reclamations : pour 
R. Simon, le pere reclame d'abord l'amende, puis le prix de la honte et du 
dommage ; pour les autres docteurs, il a d'abord reclame le prix de la honte. 
Les rabbins expliquent que les reclamations sont indetermin^es ; or R. Simon 
suppose une seule reclamation produite, et les autres docteurs en supposent 
trois. R. Zeira demanda a R. Yassa (qui a rapports Tavis de R. Yohanan) : 
as-tu entendu formellement exprimer par R. Yohanan le motif de la diver- 
gence entre R. Simon et les autres docteurs, ou n'est-ce qu'une deduction 
Urge de son avis ? De la question ainsi pos6e, d it R. Yoss6, on voit que R. 
• Zeira adopte I'avis precis des rabbins (il s'agit de reclamations indeter minxes) • 

1. En t&e du § 4 est un passage traduit tr. Nazir, IX, 3 (t. IV, p. 120). 
2. Suit un grand passage traduit tr. Guittin, IX, 5 (ib. pp. 76-7). 3. Cf. ci- 
apris, VIII, 9. 



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1W TRAIT* SCHEBOUOTH 

D'oii sait-on, demanda R. Mena, que Zeira explique la Mischnft selon les rab- 
bins pr&iWs, et dod d'apres R. Ila, qu'H s'agit de I'ordre relatif des reclamation s? 
La preuve que R. Zeira adopte Pavis de ces rabbins, c'est que Tavis de R. Simon 
se r£fdre 4 une seule reclamation (on suppose alors qu'il s'agit de Pamende) ; 
mais en cas de 3 reclamations, R. Simon reconnaitrait aussil'obligation. On le 
gait ainsi k regard des sujets pour lesquels on ne paie pas de capital ; mais 
d'ou le sait-on pour un paiement exigible du double, ou 4 ou 5 fois autant, 
par exemple pour celui qui viole une fille ou la seduit, ou la calomnie ? On 
]e sait par extension de ce qu'il est dit (L6vitique, V, 26) : de tout ce pour 
lequel iljure a faux. Mais le montant dA pour calomnie n'est-il pas de 
l'amende, non une n6gation de dette? On l'explique, repond R. Jeremie, 
d'apresl'avis emis ailleurs par R. Simon 4 , de faire dependre le cas de doute 
du r6clamant (equivalent alors k un pr*t d'argent reclame). 

6. Si quelqu'un dit k un autre : c tu as vole raon boeuf >, et celui- 
ci affirme que ce n'est pas ; sur quoi, le premier dit : c je te conjure », 
et l'autre replique : Amen; ce dernier est coupable. Mais si celui-ci dit : 
c j'ai vole, il est vrai, l'animal, mais je ne lai ni 6gorg6, ni vendu > ; sur quoi, 
le premier dit : c je te conjure >, et l'autre replique Amen ; ce dernier 
est absous. Quelqu un dit k un autre : c ton boeuf a tue le mien >, et 
celui-ci affirme que ce n'est pas ; sur quoi le premier dit : c Je te con- 
jure », et l'autre replique : Amen; ce dernier est coupable. Quelqu'un 
dit k un autre : c ton boeuf a tue mon esclave >, et celui-ci affirme que 
ce n'est pas 2 ; sur quoi le premier dit : < Je te conjure >, et l'autre 
replique : Amen ; ce dernier est absous. Quelqu'un dit k un autre 
c tu m'as cause un donunage corporel ou une blessure >, et celui-ci 
affirme que ce n'est pas ; sur quoile premier dit : < Je te conjure », 
et l'autre replique ; Amen ; ce dernier est coupable. Si l'esclave dit au 
maitre : c tu m'as fait tomber une dent, ou tu m'as creve un ceil >, et 
le maitre affirme que ce n'est pas; sur quoi, l'esclave dit : c Je te con- 
jure >,etle maitre replique : Amen; celui-ci est absous. Voici la regie: 
chaque fois que sur sa propre assertion on serait tenu de payer, on est 
coupable pour le faux serment ; au cas contraire, on est absous 3 . 



CHAPITRE VI 

i. Le tribunal oblige le defendeur de prSter serment, s'il avoue devoir 
une partie de ce que son adversaire demande 4 . La demande doit avoir 

i. J., tr. Kethouboth, IV, 2; Cf. ci-dessus, § 4 fin. 2. Cf. tr. Kcthouboth, 
III, 10. 3. La Guemara sur ce § est traduite tr. Kethouboth, ibid. (t. VIII, pp. 
45-6). 4. Voir tr. Qiddoutchin, 1, 1 (t. IX, p. 199). 



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CHAP1TRE VI 143 

au nioins la valeur de 2 maoth d' argent et le d&riteur doit avouer la 
valeur d'au moins une proula. Si le demandeur reclame une chose, et 
que l'aveu poite sur une autre, le defendeur n'est pas oblige de prSter 
serment ; parex. si le demandeur reclame de Pargent du poids de 2 maoth 
et que le defendeur avoue lui devoir du cuivre du poids d'une peroutah, 
iln'est pas oblig6de prater serment. Mais si le demandeur reclame l'argent 
de 2 maoth et une peroutah, et que le defendeur avoue devoir la peroutah, 
il doit preter serment qu'il ne doit pas les 2 maoth. Si le demandeur 
reclame cent zouz, et le defendeur dit qu'il ne doit rien, il est acquitte 
sans serment ; mais s'il avoue devoir 50 zouz, il prfite serment qu'il ne 
doit pas davantage. Si le demandeur dit : c tu devais a mon pere cent 
zouz >, et le debiteur dit qu'il ne lui endevait que 50, il est acquitt£ sans 
serment, car il est considere comme un homme qui, ayant trouvece que 
quelqu'un avait perdu, le lui rend, puisqu'il aurait pu nier tout, et le 
demandeur doit lui savoir gr6 de son aveu des 50 zouz *. 

— *. R. Abah ou R. Juda dit au nom de R. Samuel : chaque fois que Passer- 
tion de deux temoins condamne le defendeur k payer une valeur, Passertion 
d'un seul temoin fait que le defendeur sera tenu de jurer ce qu'il nie 3 . Comme 
deux temoins peuvent contraindre quelqu'un & reslituer uneterre qu'il d6tient 
indftment, Passertion d'un t6moin en ce cas fait-t-elle dgferer le serment ? 
Non, on ne jure pas en cas de contestation pour un immeuble. Puisque 
sur le dire de deux temoins on impose une amende k qui Pa meritee, lui de- 
ferera-t-on le serment sur Passertion analogue d'un seul temoin ? Non, on ne 
jure pas en fait d'amende. Comment dire qu'en cas de condamnatioo par 
Patlestation de deux temoins, celle d'un seulentrainc le serment, puisque deux 
temoins peuvent condamner k payer la valeur d'une prouta, et d'autrc part 
il est dit ici : « La demande doit avoir au moins la valeur de deux maoth 
d'argent, et le debiteur doit avouer la valeur d'au moins une prouta » (k Pop- 
posS de Pavis precedent) ? Notre Mischnd parle du cas oh l'individu jure de lui- 
mSme (sans intervention d'un tiers), tandis que Pavis de Samuel se refcre au cas 
d'un serment impose par autrui. R. Hisda et ses compagnons contestent Pa- 
vis de Samuel et disent que tous les serments deferes par les juges seront les 
memes ; sans distinguer entre le serment spontane et celui qui est impost, il faut 
pour Stablir la culpabilite que la demande soit au moins de deux maoth d'ar- 
gent, et l'aveu au moins d'une prouta. R. Yohanan dit : si le defendeur pre- 
tend aupres du deposant avoir ete vol6, il ne sera coupable que s'il avoue une 

1. Raschi rappelle la loi qu'un homme qui rend une chose trouv6e n'est pas 
oblig6 de prater serment, si le proprtetaire pretend que l'autre avait trouvg da- 
vantage, loi etablie pour empecher que Ton ne s'abstienne de rendre une trou- 
vaille, de peur d'etre oblig6 de prater serment (on 6vitait, par des scrupules re- 
ligieux, les serments m&ne vrais). 2. Ea tdte est une page traduite au tr. 
Qiddousehin, ibid. 3. V. tr. Sanhidrin, III, 3. 



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144 TRATTE SCHEBOUOTH 

partie du d6pdt, contrairement k l'avis de tons sescompagnons. Sur quoi s'ap- 

puient-ils? Surce qu'il est dit (Exode, XXII, 8): car c'est lui, mots applicables 

a la demande d'argent (par pr&t). Mais alors pourquoi est-il dit aussitdt apres : 

11 paiera le double & son prochain ? (Pourquoi ce double paiement ?) Ed 

effet, ily a la une confusion de textes, et les mots c'est lui se referent au pr£t 

d'argent. 

R. Zeira dit (pour expliquer notre MischnA) : le defendeur ne sera coupa- 
ble qui s'il a ni6 la valeur de deux maoth d'argent, outre la partie reconuue 
d'au moins une prouta (ce qui suppose une reclamation primitive d'au moins 
2 maoth et une prouta). — « En cas d'aveu d'une chose non reclamee, le d£- 
fendeur est dispense de jurer», d'accord avec l'avis des compagnons de 
R. Yohanan, de rapporter l'expression c'est lui au pr6t, et d'exiger Punite 
d'objet entre la demande et la defense. « Si le demandeur reclame un Maneh 
[cent zouz] et le defendeur dit ne rien devoir, il est acquitte sans serment ». 
Mais ne va-t-il pas de soi que Ton est dispense, quelqu'eievee que soit la de- 
mande s'il n'y a nul aveu ? Voici, en effet, comment il faut rectiGer 
ce passage de laMiscbnfi. : Si le demandeur reclame un Maneh, et le defendeur 
ne neconnaft devoir qu'une prouta, il est tenu de jurer (malgre sa dispropor- 
tion avec la reclamation). Quant k l'obligation de jurer pour I'aveu de la moi- 
tie du mootant reclamee, Rab et R. Yohanan disent tous deux que c'est ainsi 
en cas de pr6t devant temoins ; mais pour le pr6t sans temoins, le defendeur 
pourrait arguer avoir recu le prdt et avoir restitue la moitie, aussi bien qu'il 
pourrait tout nier. Selon R. Judan 1 , on n'admet pas en question financiere ('ar- 
gumentation k fin deconfiance, bas6e sur la possibilite d'un autre argument ; 
ce n'est pas parce qu'il pourrait nier le pr6t, qu'on lui ajoute foi de recon- 
nattre la moitie de la reclamation. On peut opposer k l'avis de R. Yohanan 
(d'ajouter foi k l'emprunteur sans temoins) la MischnA suivante (§ 2) : « Si 
Tun r6clame a 1' autre cent zouz, et l'autre declare devant temoins que c'est 
da, plus tard le demandeur en reclame le paiement bien que le defendeur 
dise avoir paye, il est acquitte ; s'il dit qu'il n'etait jamais debiteur, il est con- 
damne ». Or, ils'agit \k d'une assertion faite devant temoins; si done on 
admet l'avis de R. Yohanan dans la Mischnft, on ne s'explique pas que sur la 
reclamation en paiement, sile defendeur dit avoir paye, il soit acquitte. Asse 
ayant dit qu'un pr£t fait au prochain devra etre rembourse devant temoins, 
R. Abin l'explique ainsi : Le pret ayant ete remis devant temoins devra 
etre restitue dans les memes conditions publiques. Pourtant, la Mischnfi, sui- 
vante est opposee k Asse, puisqu'elle dit : « Si Tun reclame k l'autre cent 
zouz et l'autre declare que c'est d& plus tard, le demandeur en reclame le 
montant, bien que le defendeur dise I'avoir paye, il est dispense de jurer, 
etc. » (bien qu'il s'agisse d'un pret et de Paveu devant temoins). 

2. Un individu dit a un autre: c Tume dois cent zouz. » Si l'autre 
dit (devant temoins) que oui, et plus tard le demandeur en reclame le 

1. Cl. ci-aprts, VII, 1. 



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CHAP1TRE VI 145 

paiement), bien que le d&endeur dise avoir pay6, il est acquitte ; s'il dit 
qu'il n'Stait jamais d^biteur, il est condamn6 (puis qu'il a dit d'abord 
devant t6moins qu'il devait 1'argent). Le demandeur dit : « tu me dois cent 
zouz > ; si l'autre dit que oui, puis le demandeur dit: c tu ne me les 
paieras que devant temoins >, plus tardil reclame le paiement, et l'autre 
dit avoir paye, il est condamne, car il devait payer devant temoins. 

II doit s'agir d'une reclamation devant temoins, dil R. Aboun ; car il est 
d'usage de preter sans t6moins, puis de reclamer le montant devant temoins. 
Si le demandeur reclame un Maneh, que le defendeur avoue posseder, et le 
premier dit: «Tu neme le rendras que devant tel et tel » ; puis lelendemain il le 
reclame (seul), et le defendeur pretend I'avoir remis, il sera oblig6 de jurer, 
caril devait rendre le montant devant temoins. Ne peut-on supposer que le 
ddfendeur reponde avoir remis Targent devant d'autres temoins? (Pourquoi 
ne pas le croire sans serment ?) Bar Qappara repond : le demandeur a prevenu 
que le remboursement devra etre fait en presence de tel et tel seulement. 
N'est-t-il pas loisible au defendeur, malgr6 cela, de declarer avoir paye sa 
dette devant d'autres ? R. Aba, ou R. Hamnona, ou R. Ada b. Ahaba dit au 
nom de Rab qu'un fait analogue a ele soumis a Rabbi qui a exige la compa- 
rution des temoins speciaux. 

Si un homme occupant un terrain se voit contester sa possession, et il pre- 
tend prouver son assertion tant par la presomption de ce qu'il occupe depuis 
des annSes que par le contrat d'achat, selon Rabbi, le defendeur devra mon- 
Irer au reclamant le contrat (sous peine de nullite) ; selon R. Simon B. Gama- 
liel, il lui suffira de faire attester sa possession (m§me sans contrat). R. Zeira 
dit devant R. Jeremie qu'un fait analogue fut soumis a R. Juda (Rabbi) qui se 
prononga selon Tavis de R. Simon R. Gamaliel (de ne se referer qu'& la posses- 
sion). R. Jgremie demanda devant R. Zeira : est-cea dire que Rabbi se contre- 
dise lui-m6me ? II vient d'&nettre Tavis que le defendeur est tenu de produire 
le contrat, et ici il vient de juger qu'il sufGt de faire confirmer la possessjon? 
Ou est-ce a dire que le fait prgcite s'est passe avant que Rabbi, renongant k l'avis 
de son interlocuteur, eut professe une opinion plus severe ? Non, on peut 
dire que le fait eut lieu m£me apres la renonciation d'avis par Rabbi et qu'il 
eftt professe un avis oppose ; mais Rabbi a eu seulement en vue de faire con* 
firmer par le contrat la veracite du defendeur *, ce dont R. Simon B. Gamaliel 
permet de se passer. 

Si quelqu'un detient un sol en vertu d'un contrat, wvtq, lequel verifi6 se 
trouve 6tre impropre, la presomption de possession est nulle *. Selon R. 
J6r&nie, c'est un point en litige entre Rabbi et R. Simon b. Gamaliel (le pre- 
mier exige une preuve qui se trouve annulee ; le second se contente de 
l'attestation pour confirmer la propriete). R. Samuel, ou R. Zeira, ou R. Ja- 

1. Celui-ci toutefois, & d£faut de contrat, pourra aussi prouver (dit Rabbi) ses 
droits de possession par des t&noignages. 2. Tossef ta au tr. Baba bathra, ch. 2. 
T. xi 10 



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146 TRAITS SCHEBOUOTH 

cob b. Aha dit au nom de R. Abina que l'avis precite (d'invalidite de posses- 
sion) est adopte par tous. Selon R. Yosse, il y aailleurs discussion lorsque le 
d6fendeur pretend prouver son dire a la fois par le contrat et la 
presomption de possession, tandis qu'ici on suppose qu'apris avoir pretendu 
fournir la preuve par le contrat, qui est trouve faux, le defendeur veuille 
faire valoir la presomption altest6e de possession (en ce cas, R. S. b. G. 
admet aussi la nullile). Selon R. Judan, ailleurs le defendeur argue pouvoir 
se presenter avec deux series de temoins (1° pour le contrat, 2° pour la pos- 
session), et a defaut de validite de la premiere, la seconde lui servira de 
preuve ; tandis qu'ici il s'est revile comme d6mentant lui-m6me ses propres 
preuves (le contrat invoqu6 6tantimpropre). Ainsi, R. Morenos avait garanti 
pour un pr&eur de sa bru ; a la suite d'une contestation survenue, ils alterant 
plaider devant R. Hama pere de Bar-Qappara et R. Oschia. Apres avoir re- 
connu sa garantie devant les juges et avoir et6 condamne k payer, il d&lara 
avoir paye a sa bru. On demanda a R. Hiyale grand si Ton ajoute foi k une 
telle assertion, et a son tour R. Hiya demanda k Rabbi, qui repondit : un 
homme condamne en justice n'est plus cru s'il dit avoir paye. Pourquoi ne le 
croit-on pas ? R. Abahou repond au nom de R. Yohanan : Celui qui paie 
spontanSment est cru s'il affirme avoir pay6, mais celui qui est condamn£ par 
d'autres n'est pas cru. R. Aboun b. Cahana dit qu'il en est de m6me en fait 
de serments. Qu'entend-on parla?R. Abahou r6pond au nom de R. Yoha- 
nan : celui qui jure spontan6ment est cru s'il affirme avoir d6ja jur6 ; mais 
si d'autres lui deferent le serment, on n'ajoute pas foi a ce qu'il dit. 

3. Si le demandeur reclame une livre (litra) d'or, et Tautre avoue 
devoir une livre d'argent, il est acquittS sans serment ; mais si le de- 
mandeur reclame un dinar d'or, et l'autre avoue devoir un dinar 
d'argent, un tressis (triple as), ou un pondion, ou une prouta, ilprStera 
serment, car la demande et Taveu portent tous les deux sur une piece 
de monnaie. 

Quelqu'un declare avoir un sac d'argent de seconde dime a la maison ; il, 
y va et trouve 2 ou 3 sacs ; le plus grand sac sera consacr6 comme dime, et 
les deux autres restent profanes, Ou il declare avoir 8 pieces d'or dans le sac, 
et verification faite ce sont 8 dinars d'or, c'est de la dime ; mais s'il declare 8 
dinars d'or, et ce sont de simples pieces d'or, elles restent profanes. S'il d6- 
clare 8 pieces d'or, et il se trouve que ce sont 50 sela' ou 200 zouz, ou 
bien s'il declare, soit 200 zouz, soit 50 sela' (Equivalent), et il se trouve 
que ce sont 8 dinars d'or, on les considere comme etant profanes*. Le 

1. En rectifiant le present texte d'apr&s la Tosselta au tr. Maasser schtni, ch. 
5, le commentaire Pni-MosM l'explique ainsi : 1° on nomme pieces d'or (vague- 
ment) les dinars, et elles seront consacr6es comme dime, non k Tinverse; 
2° comme 8 pieces d'or egalent 50 sela', ou 200 zouz (car 1 sela = 4z.), on les 
admet comme d£sign£es pour la dime, tandis que 8 dinars valant plus ne la 



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€HAPITRE VI 147 

demandeur r6clame plusieurs dinars d'or *, et le defendeur avoue devoir 
des dinars d'argent, un tressis, ouun pondion, ou une prouta, il est dispen- 
se de jurer ; mais si le demandeur reclame un dinar d'or, et le defendeur 
avoue devoir un dinar d argent, etc., ilesttenude jurer. Envoicilaraison, ditR. 
Jacob b. Abina: en principe, on avait suppose que le motif de distinction entre 
un dinar et plusieurs est de considerer le dinar seul comme petite monnaie, non 
plusieurs (et seulement Taveu du m6me genre que la reclamation entraine 
lobligation ; au cas contraire, non) ; mais depuis lors on a fait la remarque 
qu'en parlant de dinars d'or il est seulement question de dinars, non de 
monnaie. En effet, on trouve cet enseignement : si la reclamation designe 
un dinar d'or, il ne s'agit pas de monnaie, et le defendeur est dispense de ju- 
rer. 

4. Si le demandeur reclame une mesure de ble, et le defendeur avoue la 
moitie de cette mesure de pois, il est acquitt6 ; mais si le demandeur 
reclame une mesure de fruits, etl'autre avoue la moitid de cette mesure 
depois, il prStera serment; carles pois sont compris comme des fruits. 
Si le demandeur reclame du froment, et le defendeur avoue devoir de 
1'orge, il est acquits sans serment ; R. Gamaliel le condamne k preter 
serment 2 . Si le demandeur reclame des cruches d'huile, et le defendeur 
avoue devoir des cruches vides, Admon le condamne k preter serment, 
puisqu'il a avou6 devoir une partie de ce que l'autre reclame ; mais les 
autres docteurs disent quil est acquits, parce que l'aveu et la reclama- 
tion ne portent pas sur la meme chose. R. Gamaliel ditqu'Admon araison. 
Si le demandeur reclame du mobilier et des terrains, et le defendeur 
avoue devoir du mobilier et nie les terrains, ou bien il avoue les terrains 
et nie le mobilier, il est acquitt6 sans serment; s'il avoue une partie des 
terrains, il est egalement acquitte sans serment ; mais s'il avoue une 
partie du mobilier, il est oblig6 de preter serment qu'il ne doit ni Tautre 
partie du mobilier, ni les terrains ; car du moment qu'il a deji Pobli- 
gation de preter serment pour le mobilier, il doit en meme temps le 
prater pour les immeubles 3 . 

5. On n'est pas oblige de prfiter serment pour la reclamation d'un sourd- 
muet, ou d'un fou, ou d'un mineur. On n'oblige pas un mineur k prater 
serment; mais on pr&e serment pour un mineur et pour les choses sa- 
uries. 

De ce qu'il est ecrit (Exode,XXII, 9): lorsquun hommedonne & son pro* 
cAain, etc., on exclut du devoir de jurer la contestation avec un mineur. Par 

d6signent pas et resteront profanes. 1. Tossefta au present tr., ch. 5. 2. Se- 
lon lui, il n'est pas necessaire que la reclamation et l'aveu portent sur le m6me 
objet. 3. La Guemara sur ce § 4 est traduite au tr. Kethouboth, XIII, 4 (t. 
Vm, pp. 152-3). 



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148 TRAIT6 SCHEBOUOTH 

ce texie on apprend la dispense en cas de remise faite a un mineuret de 
reclamation au roineur ; mais s'il a donne l'objet au mineur, qui au moment 
de la reclamation est devenu majeur, d'ofi sait-on qu'il ya aussi dispense? 
De ce qu'ilest ecrit : son prochain ; Tetat du depositaire devra etrele meme lors 
de la remise comme lors de la reclamation. R. Aba b. Mamal demanda : 
ne peut-on pas opposer a Tavis emis au sujet du mineur, qui a grandi et est 
devenu majeur, l'opinion de R. Yohaoan, qui dit 1 : lorsqu^ une reclamation 
faite pour r^cuperer un objet perdu, le defendeur (qui avait trouv6 cet objet) 
argue avoir ete vole, il est tenu de jurer, et tenu de payer le double s'il 
est convaincu de faux? (De m£me, celui qui est devenu majeur, apres 
qu'au moment de la reception de Tobjet il avait et6 mineur, devrait pouvoir 
faire jurer celui qui nie l'avoir ?) On peut expliquer la dispense, dit R. Aba, 
en admettant que le d6fenseur dise : pendant ta minority tu m'as deji recla- 
me le depdt, de sorte que j'ai et6 dispense de serment k ton ggard. I] est dit 
(ibid. 10) : le serment de Vttemelsera entre eux deux, ce qui implique la 
simultan&te d'existence des deux plaideurs, k Texclusion de i'hSritier vis-i- 
vis du defunt. R. 11a dit au nom de R. Yassa que cet enseignement vise Th6- 
ritierde celui a qui le serment est defere. Entre eux deux subsistera k ja- 
mais la punition k intervenir 2 , soit sur la tete de celui qui defdre a faux le ser- 
ment, soit sur la tete de celui quile prete a faux. Cette deduction est fondee 
sur ce qu'il est dit (Zacharie, V, 4) : Cest la malediction qui se ripand sur 
toute la face du pays... Je la ripandrai, dit Vtiternel, et elle entrera dans 
la maison du volewr 8 et dans la maison de celui qui jure faux par man 
nom. Or, R. Samuel b. Nahman dit que les anges messagers du mal (des pu- 
'-HTlibEsj n'ont pas de jointure 4 , pour s'arreter dans leuf course, ainsi quil est 
dit (Job, II, 2) : 6? error sur la terre et do la parcourir (sans arret), tandis w 
que la malediction enoncee du texte precite res tera dans la maison ; elle <U- 
truira mime le bois et les pierres, e'est-a-dire meme les pierres que le feu 
ne consume pas seront aneanties par suite du faux serment. Selon R. Yona, 
il en sera seulement ainsi pour le faux que Ton connait d'avance ; selon R. 
Yossa, il en sera meme ainsi pour ce que Ton supposait vrai et que Ton ajurt 
faux parerreur. Hagai' interprete la regie selon Tavis de R. Yoss6 k propos 
du fait suivant : Une femme etait aliee petrir de la p&te chez une voisine, 
ayant attache dans un coin de sa serviette 2 dinars, qui pendant le travail 
tomberent dans la pile et se confondirent avec la miche de pain. S'aperce- 
vant de la perte de cet argent, elle rentre chez elle le chercher, et ne le trouve 
pas. Elle retourne alors k la maison de la voisine et lui dit : rends-moi les 
les deux dinars que j'ai laisse tomber dans ta maison. Je jure ne pas le sa- 
voir, dit la voisine, dftt-on enterrer mon enfant. L'enterrement eut en effet 
lieu. En revenant des obseques, elle entendit des personnes dire : Si elle avait 

1. Ci-apres, VIII, 9 commencement. 2. Rabba sur Levitique, ch. 10; Pe- 
seta, ch. 22. 3. Autrement dit : de celui qui surprenant la pens£e d'autrui le 
fait jurer & faux. 4. Cf . J., tr. Berakhdth, I, 1 (t. I, p. 5). 



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CHAPITRE VI 149 

so ce qui arriverait, eile nese seraitpas expos6e&perdre et enterrer un enfant. 
Sur quoi, la voisinedit: Si elie en avait connaissance, eile enterrerait un autre 
enfant ; le fait se confirma par un nouveau deces. On alia porter les consola- 
tions chez la femme en deuil, et en rompant le pain destine au repas fun£bre, 
on y trouva les deux dinars. Ce fait prouve ceci : que tu sois innocent ou cou- 
pable, ne prfite pas facilement serment *. 

6. On ne prSte pas serment pour des esclaves, ni pour des actes, n 
pour des immeubles, ni pour des choses sacrees. Pour toutes ces choses, 
si elles sont voices, le voleur ne paie pas Tamende prescrite, soit 
le double, soit le quadruple oule quintuple (Exode, XXI, 37, XXII, 6) ; 
de m&rae pour toutes ces choses, celui qui les garde sans salaire ne 
pr6te pas serment, et celui qui les garde pour salaire, n'est pas oblige 
de payer (en cas de perte). R. Simon dit : s'il s'agit des choses sacrees> 
que celui qui les a offertes est oblige de reraplacer si elles 
disparaissent, on prfite serment 2; au cas contraire, on est dispense. 

Si malgrtla dispense de jurer pour certains objets cites dans la MischniL 
on jure par erreur a faux, R. Yohanan prescrit foffred'un sacrifice en expiation 
de ce faux serment par megarde ; R. fil^azar en dispense. Voici, ditR. Aboun 
b. Hiya, Tobservation de R, Yohanan k R. fileazar (de comparer le serment 
de t6moignage a celui du d6pdt) : On congoit une grande s^verite pour le 
serment de t6moignage et que le serment de cette categorie emis par megarde 
soit passible de penalite, parce qu'il comporte cette gravit6 d'etre applicable 
s'il s'agit d'esclaves, ou de contrats, ou de terrains ; tandis que Ton n'en 
peut pas dire autant du serment au sujet du depdt, qui ne comporte pas la 
m&me gravity. Or, comment Thomme soupgonne de faux, impropre a attestor, 
peut-il 6tre passible d'une peine pour serment 6mis par megarde, et d6s lors 
que le tribunal ne lui defere pas le serment, comment supposer un serment 
d'attestation en justice entache de faux 3 ? II faut done supposer que spontane- 
ment le defendeur a jur6 malgrg Tinterdit, auquel cas le sacrifice est du pour 
serment par megarde ; de m6me ici au sujet du depdt, en tous les cas de 
dispense ^nonces par la Mischn&, les serments spontanGs emis par erreur en- 
trafnent la peine du sacrifice pour serment par megarde. Selon un enseigne- 
ment, les dispenses de jurer Snoncees dans la Mischn& se basentsur l'interpr£- 
tation des mots: Un dne, ou un b&uf, ou vm, agneau, ou lout autre animal 
& garder, qui meurt, ou est blessd, ou est pris, etc. (Exode, XXII, 9) ; pour 
les animaux il y a cette particularity qu'ils peuvent mourir, ou$trebless6s,ou 

1. V. Scbuhl, Sentences, p. 111. 2. P. ex. un individu a fait vobu d'offrir 
un holocauste, puis il a d6sign6 un animal pour remplir son vceu, et il a donn6 
cet animal k un gardien, si I'animal est perdu, le gardien prGtera serment qu'il a 
bien rempli ses fonctions et qu'il n'a pas pu empdeber cette perte, quoique cet 
animal soit destine au Temple ; puisque l'homme qui Pa offer t sera oblige de le 
remplacer. 3. V. ci-aprte, VII, 1. 



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150 TRAIT* SCHEBOUOTH 

fetreemmenes captifs,tandis que le sol qui echappe a loutes ces 3 causes de dete- 
rioration ne sera pas Tobjet d'un serment.On exclut doncle sol ; maispourquoi 
aussi les esclaves ? Par une autre deduction : pour les animaux precites, qui 
auraient cause un dommage, le proprietaire est tenu de le repareri titre 
d amende ; tandis que pour le prejudice cause par son esclave, le proprietaire 
n'a pas d'amende a payer. On exclut done deTobligation du serment ce qui conr 
cerne Fesclave ; pourquoi est-ce aussi applicable aux contrats,pour lcsquels ily 
a une amende en cas de destruction volontaire ? lis echappenl a la regie par une 
autre distinction : pour les animaux precites, leur vente comporte le privilege 
(de priorite dedette), detail non applicable a la cession d'un contrat, parcequ'il 
sert seulement de preuve. Decette derniere regie, on deduit que celui qui 
vend un contrat pour utiliser le corps a fairedes dessins aura fait une vente 
effective, susceptible de dette privilegiee. 

R. Ismael explique les divers termes * de ce verset (ibid. 8) : pour tout sujet 
de ddlit, e'est une generalite ; pourun bceuf, un due, etc, ce sont la des details ; 
puis pour toutc perte dont il parte, expression nouvelle de generalite : or, 
lorsqu'entre deux generalit6s il y a Tenoned de details, les g^neralites ne doi- 
vent rien comprendre de plus que les details, Ainsi, une telle reclamation en- 
traine Tobligation de payer : ce devoir provient de lui-m§me deposant ; il le 
fait rembourser par voie de justice, il a droit au montant, le prix reste fixe ; 
il s'agit de biens mobiliers ; on Echappe a la peine capitale pour cette recla- 
mation, et on ne jurera pas avec dispense d'amende de ce fait. La reclamation 
entrafne Fobligation de payer ,| excepte si Ton demande a son prochain f 00 
zouz; celui-cipeut les refuser en disant que leprojet de lui donner cette somme 
n'a pas eu de suite. Ce devoir provient de lui-m£me, sauf au cas ou Tin- 
terpelle se plaint d'etre meconteat du procede blessant de la demande. II le 
fait rembourser par voie de justice, sauf si le prochain Taccuse d'avoir violeou 
seduit la fille d'un tiers. II a droit au montant, non s'il s'agit de contrat (la 
piece meme n'a pas de valeur). Le prix est fixe ; ce n'est pas le cas pour les escla- 
ves dont la valeur varie. Elle ne provoque pas la peine, excepte en cas de re- 
proche d'avoir incendie une meule le jour du sabbat, le coupable etant dispense 
de payer, en raison d'une autre peine superieure pour violation du sabbat. 
Enfin, on ne jurera pas avec dispense d'amenfie de ce fait, excepte si la re- 
clamation entrafne un paiement double, quadruple ou quintuple, qui est d6ja 
une amende (on est alors dispense de jurer, parceque l'aveu eut dispense de 
payer). Si quelqu'un dechire le contrat de son prochain sans le consen- 
tement dece dernier, il sera puni selon R. Hanania ; R. Mena l'absout. Le 
premier le punit k titre d'amende (pour avoir endommage une garantie de 
dette) ; le second l'absout, le considerant k regal de celui qui ferme la bouche 
des t6moins d'autrui (ce n'est qu'un mal indirect). Ainsi iorsqu'une veuve 
pour se couvrir de son douaire, a saisi k la mortdu mari un contrat de dette, 
elle n'a fait autre chose que fermer la bouche des temoins, afin qu'ils ne puis- 

4. Selon la rectification du commentaire Pni MoschL Cf. ci-dessus, III, 6. 



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CHAPITRE VI 151 

sent pas attester la dette (la saisie est illegale). En effet, dit R. Ame, m6me la 
condition stipule par 6crit aucontrat de pouvoir recouvrir le montant de la 
dette en prenantdes objets mobiliers, seranulle vis-4-vis des heritiers. Toute- 
fois, dit R. Mena, lorsque cet engagement est ecrit au contrat, en d6pit da 
droit contraire, il faudra s'y conformer en prenant meme des biens mobiliers 
du defunt. — *. 

(6) R. Meir dit : II y a des choses qui sont dans la terre et qui ne sont 
pas consid6r6es comme des immeubles ; c'est contraire & l'avis des autres 
docteurs. Ainsi, un homme dit a un autre qu'il lui a livre dix vignes 
pleines, et l'autre dit qu'il n'y en avait que cinq ; il doit preter serment 
selon R. Meir. Les autres docteurs, au contraire, admettent que tout ce 
qui est attach^ 4 la terre est consider^ comme un immeuble. 

7. On ne prfete serment que si la reclamation est precise par la mesure, 
le poids ou le nombre; ainsi, un homme dit 4 un autre qu'il lui a livre 
une maison pleine d'objets, ou une bourse pleine d'argent, el l'autre 
dit ne rien savoir de ce qu'il y avait auparavant dans la maison ou 
dans la bourse, et que le demandeur prenne ce qui s'y trouve encore, 
il est acquitte sans serment ; mais si le demandeur dit que la maison 
Staitrempliejusqu'au toit et l'autre ditjusqu'4 la fenStre, il doit prfiter 
serment. 

R. Hanina dit : si le demandeur reclame un grand candelabre, et le d6- 
fendeur dit n'avoir 4 lui qu'un petit candelabre, il est soumis au serment. 
Pour tan t laMischnfi, dit : « On ne jure que si la reclamation est precise par la 
mesure, le poids, ou le nombre » ? (Or, si Paveu porte sur un candelabre plus 
petit, n'estce pas d' une autre sorte ?) On peut expliquer, repond R. Aba b. 
Mamal, qu'il s'agit d'un candelabre a plusieurs compartiments (de sorte 
qu'en les dgfaisant, c'est le m§meobjet, mais plus petit). Le demandeur re- 
clame une grande ceinture, et le defendeur avoue en avoir une petite ; c'est 
un point professe parR. Hiya, mais nous ne savons plus si en ce cas le de- 
fendeur est condamne a jurer, ou non. Or, si Ton suppose qu'il y a condam- 
nation, on peut opposer notre Mischnfc, de laquelle il r&ulte que le serment 
est seulement obligatoire pour ce qui a une mesure, ou un poids, ou un nom- 
bre, ce qui n'est pasle cas pour la ceinture avou^e ? Si Ton admet au con- 
traire, que le defendeur est absous, on peut objecter qu'il est dit dans une 
autre MischnA 2 : « Si au moment de la cession d'un esclave sur deux que le 
propri6taire a, l'acheteur pretend avoir acquis le plus grand, et le vendeur 
dit avoir c6d6 le plus petit, le vendeur est tenu de soutenir son assertion par 
serment ; s'ils ignorent tous deux quel a ete leur choix, ils se partageront le 
montant du litige » (or, si pour la ceinture en litige on est dispense de jurer, 

1. Suit une phrase traduite au tr. Baba Qamma, I, 2 (t. X, p. 7) 2. Tr 
Bdba Mecia', VIII, 4(5). 



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152 TRAITE SCHEBOUOTH 

c'est contraire a la r&glede cette Mischnii, qui impose le serment en un cas 
semblable). 

8. Un homme a pret6 & un autre de l'argent sur un gage, et le gage 
est perdu. Le cr&incier dit alors qu'il a prlt6 un sela, et que le gage 
ne valait qu'un side; le d6biteur dit que le gage valait un sela', et que 
par consequent il ne lui doit rien ; dans ce cas, il n'y a pas de serment 
du. Mais si le creancier dit qu'il a pr<H6 un sela' et que le gage ne va- 
lait qu'un side, mais le d6biteur dit que le gage valait 3 dinars, de 
sorte qu'il ne lui doit qu'un dinar, ily a serment. Si le d6biteur dit avoir 
emprunte un sela\ et que legage valait 2 sela', mais le creancier dit 
que le gage n'en valait qu'un, qu'en consequence il ne doit rien au d6- 
biteur, il n y a pas de serment. Mais si le d^biteur dit qu'il a emprun- 
t6 un sela' et que le gage en valait deux, et le cr&mcier dit qu'il ne va- 
lait que 5 dinars, et que par consequent il ne doit au d^biteur qu'un 
dinar, le serment est du. 

Qui prfete serment ? Celui qui a pris le gage ; car si l'autre pretait 
serment, il serait 4 craindre que celui-ci ne montre ensuite le gage pour 
convaincre son adversaire de faux (et le faire frapper d'incapacit£ ju- 
diciaire i ). 

R. Yohanan dit que Von croit le prSteur disant avoir pr6t6 une somme 
equivalente au gage. La Miscbni indique que Ton croit aussi Femprunteur, 
puisqu'elle dit : « Le creancier dit avoir pret6 un sela lorsque le gage ne va- 
lait qu'un side ; le dSbiteur replique que le gage valait uu side et qu'en con- 
sequence il ne doit rien ; en ce cas, nul serment n'est exigible 2 » . Aiasi, un 
homme rencontrant son prochain sur la voie publiquelui dit: tume dois deux 
dinars, et Je gage que j'ai a toi en vaut autant; sur quoi le d6biteur r6pond : 
je n'ai qu'un dinar a te payer, bien que mon gage vaille le double. Le litige 
fut soumis aux juges de Nehardea, et ils decid^rent ceci: comme tous deux 
sont d'accord que le gage vaut deux dinars, au dernier (au chancier) il appa- 
tient de prouver par tSmoins qu'il a prete plus d'un dinar admis par ledebiteur. 
Ces juges n'ont done pas appris l'avis de R. Yohanan disant d'ajouter foi au 
creancier qu'il lui est dti. autant que vaut le goge.Un autre homme, rencontrant 
son prochain sur la voie publique, lui enleve son surtout XajJovov, et lui dit: je 
ne te le rendrai que lorsque tu m'auras remboursS mon dCL Le litige fut sou- 
mis k Samuel : rends-lui d'abord son surtout, puis plaidecontrelui. Est-ceque 
Samuel agissant ainsi adopte Tavis des juges de Nehardea, opposes k celui de 
R. Yohanan qui dit decroire le creancier jusqu'a Equivalent de son gage? II y 

1. Selon Raschi, ce serait imm6rit6, car il aurait pu s§ tromper dans l'apprG- 
ciation du gage. k 2. Done, on ajoute foi k chacun, soit au cr&tncier, soit au 
debiteur, en tant qu'il s'agit de la defense de leurs droits, sans r6clamer une 
restitution k Tadversaire. 



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CHAPHRE VII 183 

a une distinction 4 noter: au premier fait cite, soumis aux juges de Nehardea, 
il s'agissait de quelqu'un possedant deja un gage (on croit alors le preteur), 
tandis qu'au second cas le pr6teur nepossedait pas degage (il doit doncrendre 
ce qu'il a ravi, sauf proems). 

« Qui pr£te serment *», deniande la Mischnfi, : car, explique Samuel, leser- 
ment est dft par Tun des deux plaideurs, « si le crSancier dit qu'il a prete un 
sela' lorsque le gage ne valait qu'un side, mais le debiteur dit que le gage va- 
lait 3 dinars, de sorte qu'il ne lui doit qu'un dinar, il y a serment » . Si done 
le preteur doit jurer, il prononcele serment et prend le montant de sa recla- 
mation; mais si l'emprunteur jurait, il serait & craindre que l'adversaire pro- 
duiselegage endepdtpour convaincre l'emprunteur de faux ; enraisonde cette 
Crainte, on ne fait pas jurer ce dernier (malgre son droit), et le possesseur du 
depdt jurera, puis sera paye. Selon Rab et Resch Lakisch, il s'agit d'un autre 
cas 6nonc6 au commencement: « Si le debiteur dit avoir emprunte unsela', et 
que le gage valait deux sela\ mais le creancier dit que le gage n'en valait 
qu'un, qu'en consequence il ne doit rien au debiteur, il n'y a pas de ser- 
ment ». Or, si en un tel cas le preteur r£plique qu'il nesait pas combien son 
gage, vaut plus que le pr£t, quelle sera la regie ? R. Aba ou R. Houna r6- 
pond au nom de Rab que Ton dira au preteur : tu Tignores, tandis que ton 
prochain le sait (puisque le premier reconnait qu'il y a excedant de valeur du 
gage, le serment dft en principe devient inapplicable,'et le prSteurdevra payer 
la difference, ou Texcedant reclame). R. Josu6 de Yoma demanda devant R. 
Yossa: ici, pour le gage, on dit que si Tun ignore quel estTexcMant de valeur, 
son adversaire qui declare le savoir le recevrasans avoir k jurer, tandis qu'ail- 
leurs, pour un doute analogue, on dit que si le demandeur reclame un Maneh 
el le defenseur declare Tignorer, ce dernier est dispense de payer ? Voici le motif: 
pour le gage, ily aurait lieu d'imposerle serment, et vu le doute, le prdteur 
paye ; tandis que pour le Maneh reclame, il n'y a pas lieu de def6rer le serment, 
ce qui comporte la dispense de fait. 



GHAPITRE VII 

4. Tous lesserments imposes par la loi biblique se prStent paries 
defendeurs pour ne pas payer 2 . Dans les cas suivants, les docteurs ont 
institu6 des serments k preter pour se faire payer ; ce sont : l'ouvrier 
qui travaillepourunsalaire, celui auquel on a enleve ce qui lui appartient, 
le blesse, celui dont 1'adversaire est suspect de prater un faux serment, 
le boutiquier selon son livre. L'ouvrier qui travaille pour un salaire dit k 
celui qui a commande Touvrage : « paie-moi mon travail > : l'autre dit 

1. J., tr. Bdba Qamma, X, 8 fin. 2. La Bible n'a pas etabli de serment 
pour les demandeurs dans le but de se faire payer. 



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154 TRAITS SCHEBOUOTH 

avoir pay6, et Touvrier dit que non; Touvrier prStera alors serment 
pour se faire payer. Selon R. Juda, seulement en cas d f aveu partiel,rouvrier 
peut le prfeter pour se faire payer 1. Par exemple Fouvrier reclame 50 
dinars de salaire; le dSfenseur dit qu'il a pay6 un dinar d'or (25 dinars 
d'argent), et ne veut payer par cons6quent que 25 ? . 

IlrSsulte de ce qu'il est dit (Exode, XXII, 10); le serment divin sera 
entre eux deux, qu'apres avoir jure, le d6fendeur est dispense de payer, et 
Ton sait par contre qu'a defaut de serment il est tenu de payer ; a quoi bon 
alors ajouter lesmots: le proprietaire le prendra sans payer ? C 'est pour 
nous apprendre que des Tacceptation du serment (du defendeur) par le pro- 
prietaire, le defendeur est dispense de payer. R. Hagai demanda a, R. Yoss6 : 
pourquoi s'efforcer d'expliquer cette regie de la dispense de payer en cas de 
serment, d'apres le verset precite, conforme a I'avis seul de R. Meir? N'en 
est-il pas de m6me selon les rabbins ? En effet, comme l'a dit R. Asse au nom 
de R. YohanauS, e'est I'avis de R. Meir de tirer une deduction opposee a I'aide 
du texle enonce, et conclure de ce qu'il est dit : le proprietaire le prendra sans 
payer, qu'a defaut de serment le paiement est du. De mSrne, on peut observer 
que R. Hiya a enseigne 4 : en livrant l'animal au gardien, soit gratuit, soit 
salarte, le proprietaire peut convenir avec lui qu'il lui confie le d£pdt, & con- 
dition de consid^rer le gardien comme un loueur responsable qui ne peut 
pas 6chapper au paiement par un serment? A cette objection, dit R. 
Hanina, on peut rgpondre ainsi : tous s'accordent a dire que, selon les termes 
bibliques, de ce que le texte prescrit d'une part au cas negatif on conclut 4 
l'inverse au cas affirmatif; seulement il y a divergence d'avis pour le langage 
humain (selon Texemple precite, contests par les rabbius). 

R. Abin explique pourquoi, selon la Mischna, le gardien paye jure avant de 
toucher son du: comme le proprietaire preoccupepar ses nombreux soucis 
peut ne pas se souvenir, on a 6tabli que le gardien salarie jurera avant de 
prendre son du. Par contre, on a etabli, en faveur du proprietaire, que si le 
temps de payer le gardien s'est ecoule, la presomption veut que le proprietaire 
se soit acquits (roubli serait une faute trop grave), et par suite le gardien 
ne jurera pas pour recevoir sa reclamation. Selon R. Hiya, si des temoins 
attestent que, malgrS la reclamation de ce gardien en temps voulu (de suite), 
son salaire lui est encore du, fut-ce au bout d'un an, il jurera et se fera payer ; 
selon R. Yosse au contraire, il n'a que le jour de la reclamation pour faire 
valoir son droit. Or, dit R. Yona, R. Yosse b. R. Hanina et Resch Lakisch 
sont en d6saccord & se sujet : Tun dit que si le gardien de nuit a reclame son 

1. Au lieu que, selon la loi biblique, le patron aurait du prater serment pour 
fctre acquitte. 2. D'aprfcs la loi biblique, le defendeur avouant qu'il doit une 
partie de la dette, devrait prater serment pour ne pas payer le reste ; mais les 
docteurs Font d£fer6 a Touvrier qui le prGtera pour se faire payer le tout. 
3. Ci-dessus, IV, 12. 4. Tr. BabaMtcia', V, 3 (5). 



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CHAPITRE VII 1S5 

salaire le jour (en son temps), il ne peut plusrien reclamer meme en jurant 
au deli de ce jour; s'il est de jour et que son temps de reclamation soit la 
Duit, il n'a que la mSine nuit comme dureede reclamation, non audela. L'autre 
dit que, meme pour une reclamation produite en ce jour, sides temoins attes- 
tent la reclamation, contredite par le defendeur, le gardien pourra ence m&ne 
jour jurer et se faire payer; mais si sur la reclamation faite le propri6taire 
repond qu'il paiera, il y a presomption de promesse remplie (et le demandeur 
ne jurera pas pour se faire payer). Jusque-la, on ignore par qui chacun des 
avisprecit6s a ete professe. Maiscomme R. Hamab. Ouqba attribue k Resch 
Lakisch l'avis disant : si le gardien do nuit a reclame son salaire le jour, il 
ne peut plus rien reclamer au dela de ce jour, meme en jurant ; s'il est de jour 
et que son temps de reclamation soit la nuit, il n'a que la mfeme nuit comme 
dur6e de reclamation (sans autre distinction) ; done il faut attribuer 4 R. Yoss6 
b. Hanina l'autre avis, disant que tout depend de la r^ponse faite par le defen- 
deur, et s'il a oppose la pretention d'avoir paye, on ne le croit pas ; tandis qu'on 
le croit s'il a promis de payer plus tard. R. Mena dit : II arrive parfois que, 
malgre la reclamation faite apres le temps voulu, on la considere comme faite 
en son temps. Voici comment: sur la reclamation qui lui est faite, ledefendeur 
pretend s'6tre acquilte depuis le jour ou la demande lui a ete faite en Cemps 
opportun ; on considere que ce jour de demande etait la veille, et on lui ajoute 
comme mesure de prolongation le jour actuel. Si le defendeur pretend lui 
avoir paye d'avance son salaire, le gardien n'aura qu'a jurer pour conGrmer 
sa reclamation etsera paye. Si le demandeur a un gage en mains, il sera paye 
sans m&me jurer (le gage fait foi). Si le demandeur est un esclave (qui ne peut 
pas jurer pour justifler sa pretention), est-cequ'en ce casle defendeur jurera 
pour etre dispense de payer ? Cela va de soi, puisque le tribunal ne d6f6re pas 
de serment a un esclave ; il en est de meme pour celui dont le temoignage est 
suspect, qui n'est pas admisa jurer. Si tous deux, demandeur et defendeur, 
sont suspects, e'est un cas en litige entre R. Meir et R. Yosse l : d ? apre3 (ce 
dernier, le serment commence par retourner a celui qui le doitlegalement (au 
defendeur, et vu son incapacite de jurer k titre de suspect, il devra payer) ; 
selon R. Meir, ils partageront lemontant de la somme en litige. II est evident 
que si le proprietaire est mort lors du proces, le gardien demandeur jurera aux 
heritiers que le salaire lui est dft ; mais si celui -ci est mort, dit-on aussi que 
son heritier devra jurer aux heritiers du proprietaire pour £tre paye? Non, les 
sages out etabli qu'au lieu du proprietaire preoccupe le gardien devra jurer 
pour toucher son salaire ; cette raison ne saurait prevaloir si Ton a affaire aux 
heritiers. 

(Quant i la restriction sus enoncee, de ne pouvoir reclamer que le jour du 
serment ce que Ton a demande en temps opportun, il s'agitcertesd'une recla- 
mation devant temoins) R. Eliezer demanda : si la reclamation faite devant 
temoins n'a pas ete soldee de suite, comment le defendeur peut-il pretendre 

i. Cf . ci-apres, § 4 fin. 



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156 TRAITE SCHEBOUOTH 

avoir paye lesalaire dft? Cost que, dit R. Yohanan, on admet dansles ques- 
tions fin ancieres la valeur de consequence d'un argument *, c'est-&-direpuisque 
led6fendeurpourait pretendre n'avoir pas engage cegardien (cequi a lieu sans 
t&noins), on le croit lorsqu'il dit l'avoir engage et l'avoir ensuite pay6 sans 
Wmoins. Un enseignement 2 est oppose a l'avis de R. El6azar et dit : il est 
vrai que le gardien jurera et sera pay6 lorsque le defendeur pretend avoir 
verse son dft, et le demendeur le conteste ; mais si le demandeur pretend 
avoir 6te engage pour un travail, et le defendeur le conteste, ii importe au 
demandeur de fournir la preuve du bien fonde de sa demande ; cette fin n'est- 
elle pas opposSe a l'avis precite de R. £leazar?En effet, s'il s'agissait d'un 
engagement devant temoins, Tun ne pourrait pas pretendre l'oppos6 de ce 
que dit l'autre (il faut doncsupposer que c'est en absence de temoins, et en ce 
cas on croit le defendeur parce qu'il pourrait arguer n'avoir engage personne). 
R. Aba de Carthag^ne demanda : si le defendeur pretend que I'ouvrier a tra- 
vaille un jour et qu'il l'a paye, tandis que le demandeur affirme avoir travail- 
16 deux jours sans avoir 6te paye, quelle sera la regie? II est Evident que, 
pour le premier jour de travail, reconnu par le defendeur, le demandeur devra 
etre pay6, sans m6mejurer; mais pour le second jour ily a divergence d'avis 
entre R. Yohanan et R. £i6azar (le l er dit d'ajouter foi au defendeur ; le 2 C 
ditde faire jurer le salarte, puis de le payer). Si le defendeur pretend avoir 
convenu comme salaire un sela' et l'avoir pay6, tandis que le demandeur affir- 
me que le prix convenu 6tait de deux sela* non encore payes, certes le premier 
sela* (reconnu par le defendeur comme minimum de convention) sera paye ; 
pour le second il y a aussi divergence d'avis entre R. Yohanam et R. fileazar. 
De meme, dit R. Houna : si le defendeur niant avoir recu un bceuf en d6p6t 
le jure, puis le demandeur amene des temoins qui atlesteat avoir vu le boeuf 
du prochain a ratable du d6fendeur ; des lors, le depositaire l'a vol6 au d6- 
posant par serment (et il est dispense de payer). Une Mischn&s s'oppose a 
l'avis de H. Houna : « Si le proprietaire demande au gardien ou est son 
bceuf ; ceiui-ci rSpond que l'animal est perdu, et a i'objurgation qui lui 
est faite par le premier il replique Amen, tandis que des temoins attestent 
qu'il l'a consomme, il devra payer le montant ; s'il l'avoue spontan6ment, il 
devra payer outre le capital 1/5 en sus pour amende et offrir un sacrifice »• 
II y a une distinction 4 noter : dans cette Mischn&, il s'agit de celui qui apr6s 
avoir mang6 l'animaljurenepas l'avoireu(il le paiera), tandis que R. Houna 
parle de celui qui jure puis le mange (il sera acquitte). — Est-ce que R. Juda 
(exigeant dans la Mischnfi. un « aveu partiel ») se contredit ? Plus loin (§ 6) 
il dit qu'en cas de contestation pour la iivraison de fruits, m6me lorsqu'on 
ignore de quel cdte est la probability, le proprietaire jurera et se les fera livrer, 
tandis qu'ici en raison de l'aveu partiel le demandeur jure et se fait payer ? 
Plus loin, comme il n'y a pour ainsi dire pas de serment legal possible (en 
raison du litige complet), l'ignorance fait predominer le droit du proprietaire 
1. Ci-dessus, VI, 1 fin. 2. Tossefta & ce tr., ch. 6. 3. Ci-apris, VIII,3(4) . 



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CHAPITRE VII 157 

qui jure et prend ; tandis qu'ici il y a un serment legal en raison de Taveu 
partiel possible, etle serment sera transfer du proprietaire au salarie qui 
jurera et prendra. A celui qui est deja soumis au serment rabbinique, peut-on 
deferer le serment legal ? On peut rSsoudre cette question de ce qu'il est dit : 
on peut ajouter un serment legal a un autre analogue ou un serment rabbini- 
que a un autre, et de meme ajouter le serment legal a la suite du serment 
rabbinique ou Tinverse. Toutefois, fat- il observe,on comprend Tanalogie enlre 
2 serments legaux qui supposent tous deux la dispense de paiement, ainsi que 
celleentre 2 serments rabbiniques defers pour auloriser de prendre l'objet en 
litige, tandis qu'onne saurait expliquer dememe le revirement d'un serment 
legal en un serment rabbinique ou Tinverse, vu qu'ils ne se ressemblent pas 
en leurs effets. 

2. Celui auquel on a enlevS ce qui lui appartient, est dans la mSme 
cat6gorie. Par exemple, il y a des temoins attestant qu'un homme est en- 
tre dans la maison de son debiteur pour y faire des saisies sans auto- 
risation ; le debiteur dit : « lu as pris mes effets », et l'autre dit n'avoir 
rien pris ; le proprietaire pretera serment qu'on lui a enlev6 ses eflFets, 
pour se les faire payer. R. Juda dit : ici, comme dans le cas de Pouvrier, 
il ne peut se faire payer en prfitant serment que si son adversaire avoue 
devoir une partie de la reclamation, par exemple si le proprietaire re- 
clame deux effets, et le defendeur avoue en avoir pris un 4 . 

S'ilest prouvequ'un homme est entre dans « sa maison », non dans sa 
cour, « pour y faire une saisie », non dans un autre but, le proprietaire jure- 
ra et se fera payer. Toutefois, dit R. haac, il faut que des temoins aient vu 
entrer le voleur. Si 2 personnes sont entrees chez quelqu'un pour operer une 
saisie, le proprietaire sera-t-il aussi cru pour faire valoir son droit ? On peut 
le savoir de ce qu'il est dit : Si Ton atteste avoir vu quelqu'un entrer avec 
son prochain & Tetat sain et sortir de chez lui blesse, sans qu'il y ait eu 
d'autre individu avec eux, le blesse est fonde a reclamer un dedommagement 
(il en sera dem£me pour le proprietaire saisi par deux hommes). Toutefois, 
on peut dire qu'il y a une difference dans la saisie faite par deux hommes 
(en ce que chacun a pu operer pour son propre compte, de sorte que le vole 
pourrait arguer contre chacun d'eux a pari). A quoi bon d'ailleurs distinguer 
entre le vole etle blesse ? Meme ce dernier peut arguer contre deux hommes, 
si les temoins attestent les avoir vus tous deux frappant ie blesse a coups de 
b4tons (de meme le vole peut Tavoir ete par deux). Si des temoins disent avoir 
vu quelqu'un jeter des cailloux dans une maison ou les vases ont ete brises, 
le proprietaire a droit au remboursement de^ la valeur sans jurer ; peut-il 
aussi reclamer du meme individu des objets sur l'estimation desquels on est 

1. Le defendeur devrait, d'apr&s la loi biblique, preter serment pour ne payer 
qu'un des effets ; mais les docteurs ont d£ter6 ce serment au proprietaire auquei 
on a enleve ses effets. 



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158 TRAIT* StifflEBOUOTH 

en disaccord ? On suivra en cela l'avis de R. Yohanan qui dit : tel homme se 
dit riche au dehors et il est pauvre chez lui, on pauvre au dehors et riche 
chez lui, selon ces mots (Proverbes, XIII, 7) : II sedit riche etn'a rien, tel se 
dit pauvre et a beaucoup de biens (On ne laisse done pas Tint6ress6 fixer lui- 
m&ne l'estimation douteuse) i — . 

3. De mSme le blessS ; p. ex., s'il y a des t&noins qu'un homme 6tait 
bienportant en entrant chez quelqu'un, et en est sorti bless6 ; cet homme 
dit k l'autre : > e'esttoi qui m'asblessS *, et Pautre le nie. Le blessS 
prfitera serment pour se faire payer k raison de sa blessure. R. Juda met 
encore ici la condition d'un aveu partiel du dSfendeur ; p. ex., le blesse 
dit: < e'esttoiqui m'as fait les deux blessures >, et l'autre dit qu'il n'en a 
fait qu'une. 

R. Juda dit 2 : il y a lieu parfois d'attribuer au blesse lui-meme la plaie 
qu'il s'est faite, pendant qu'ii luttait avec son prochain (en s'6corchant au 
mur) ; en ce cas, il faut jurer que ce n'est pas pour avoir droit au dedomma- 
gement (sous peine de refus). S'il est mordu a une place du corps oil Ton ne 
peut pas se mordre soi-m6me, le blesse a droit au paiement sans jurer. Hors 
de 1& (a defaut d' attestation), lorsque la contestation se base sur raffirmation 
dechacun, dont Tun declare avoir ele blessS par son prochain, et ce dernier 
le nie, on se trouve en presence d'un litige ordinaire (le d6fendeur jureraque 
ce n'est pas lui et sera acquitte). 

4. Celui dont Tadversaire est suspect de prater un fauxserment en ce 
cas, soit que celui qui devrait prater un serment ait 6te convaincu de 
faux, soit qu'il ait 6t6 frappS d'incapacitS judiciaire, est comme les 
joueurs de cubes, les prfiteurs k usure 8 , ceux qui font des paris en fai- 
sant voler des pigeons, ou ceux qui trafiquent des produits de la 7 C 
ann6e : si Tune de ces personnes a un proc&s dans lequel elle devait 
prfiier serment pour Stre acquire, on deffere le serment k la partie 
adverse qui le pretera pour se faire payer. Si les deux parties sont sus- 
pectes, le serment retourne oil il 6lait. C'est l'opinion de R. Meir. R. 
Josu6 dit que la somme de la reclamation est partagee entre les deux 
parties. 

4 . A partir de quand un homme suspect de jurer & faux est-il r&iabilite et 
redevient-il digne de foi ? Lorsqu'il vient declarer en justice qu'il est suspect. 
Comment cela ? S'il le declare au moment ou il est soumis au serment par son 
adversaire, on ne saurait admettre que le tribunal d6fere le serment 4 un 
homme suspect ; il s'agit du cas oh au moment de se rendre devant un tribu- 
nal qui ne le connatt pas et va lui deferer le serment, il dise spontanement etre 

1. Suit un passage traduit au tr. Baba Qamma, VI, 6 (t. X, p. 54). 2. Tos- 
s efta k ce tr., ch. 6; Cf. Tossefta au tr. Baba Qamma, ch. 9. 3. Tr. Sanh&drin, 
II, 3. 4. En t6te est une page traduite tr. Rosch ha-schana, I, 9 (t. VI, p. 72). 



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CHAPITRE VII 159 

suspect. On peut Tadmettre aussi devant un tribunal qui le connait com me 
suspect : au moment ou le serment est defere a son adversaire, ii declare 
Ten dispenser et payer sans cela (puisqu'il ne peut pas le preter en son etat 
suspect, il sera rehabilite). 

Le « retour du serment », dit R. Oschia devant R. Am£ au nom des rabbins 
dett-bas(Babylone), signifie sonretour a Tetat sinai'que; selon R. Yohanan 
au nom de R. Yanai, c'est le retour aux maitres. Par le premier avis on en- 
tend qu'il n'y a pour ainsidire pas d'attestation en faveur d'un des plaideurs, 
et le tribunal ne pouvant imposer ni le serment, ni le devoir de payer, le de- 
mandeur esttenu deprouver le bien-fonde de sa reclamation ; le 2 e est d'avis 
de retourner le serment au proprietaire : en raison de Tetat suspect de Tadver- 
saire, qui l'emp&che de jurer, le defendeur est invite k payer, sauf decharge 
par serment. 

5. Enfin, le boutiquier d'apres son livre. Ainsi, il nes'agitpas li du 
cas ou le boutiquier dit k quelqu'un : c tu me dois 200 zouz, c'est 
inscrit dans mon livre > ; mais un individu dit au boutiquier : c donne 
& mon fils deux mesures de froment ; ou donne k mes ouvriers pour un 
sela' (4 dinars) des maoth (menue raonnaie) ; le boutiquier pretend les 
avoir donn6s, et il reclame de I'individu le paiement, le fils ou les ou- 
vriers disent n'avoir rien regu, et ils redament aussi du m£me individu 
ce qu'il leur devait. Dans ce cas, le boutiquier prete serment qu'il a don- 
n6 les maoth, pour se les faire payer, et les ouvriers prStent serment 
qu'ils n'ont rien regu pour se faire payer k leur tour. Mais BenNanos 
dit : Comment peut-on laisser preter deux serments contradictoires, 
dont un sera n6cessairement faux ? Aussi, veut-il que le boutiquier et les 
ouvriers se fassent payer sans serment. 

« Le boutiquier sur son livre » inscrit certes les cessions faites a credit ; 
maiscomme il peut avoir oublie de porter la recette, le client peut lui dire : 
ce que tu as inscrit dti. d'une main, efface-le de Tautre (c'est paye). Rabbi dit: 
quant aux ouvriers tenus de jurer pour etre payes, je suis d'avis que les de- 
mandeurs jurent en presence des defendeurs, pour qu'ils aient honte Tun de 
Tautrede leur denegation (etquele menteur arrive ainsi k dire vrai). — Quant 
k Favis de la Mischnft, que le demandeur jure et se fait payer du proprietaire, 
c'est vrai si les ouvriers ne se sont pas tenus chez le boutiquier avec le pro- 
prietaire (s'il n'a pas livre) ; mais s'ils se sont trouves avec lui chez le bouti- 
quier (qui s'est refuse a les solder), le proprietaire ne doit plus rien, et ils ont 
recours contre le boutiquier. Ainsi, raconte R. Juda b. Schalom, on avait un 
jour adresse des porteurs aux debitants 4 , xarajXot ; mais ceux-ci, k Tarriv6e 
des ouvriers, les jeterent dehors, sans leur donner de denrees. Le litige flit 

1. Ceux-ci devaient fournir aux premiers des marchandises en paiement du 
travail fait chez le proprietaire. 



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160 TRAITti SCHEBOUOTH 

soumis k R. Santei, qui dit : si ledebitant prttendait leur avoir d6ji pay6, 
]es ouvriersne finiraient-ils pas par toucher ce qui leur est du par le maftre ? 
Comme il avoue (par sa violence) n'avoir pas paye, ils prendront desormais 
ce qui leur est do par lui *. 

6. Un homme dit k un boutiquier : c donne-moi des fruits pour un 
dinar >, celui-ci donne les fruits, puis il reclame le„diuar mais l'autre 
repond : c Je te l'ai donn6 et tu l'as mis dans ta bourse », Mappula. 
Dans ce cas, l'acheteur prfitera sennent qu'il a domte le dinar (et il est 
acquitt6). Si au contraire, l'homme a donne le dinar et il reclame les 
fruits, mais le boutiquier dit : c Je te les ai donnes, et tu les as por- 
tes chez toi » ; c'est le boutiquier qui pr^tera serment pour £tre acquits. 
K. Juda dit : Celui qui a les fruits a la haute main 2 . 

Un homme dit k un changeur : c donne-moi des maolhs pour un 
dinar* ; celui-ci les lui donne, il reclame le dinar ; l'autre dit : c Je te 
l'ai donne, et tu l'as mis dans ta bourse > ; dans ce cas, l'homme prfitera 
serment qu'il a donne le dinar pour gtre acquitte. Si ayant donne le 
dinar r£ellement il reclame les maoths, et que le changeur dise : c Je te les ai 
donn£es, et tu les as mises dans ta bourse >, alors le changeur pr&era 
serment qu'il les a donn£es pour gtre acquits. R. Juda dit : les chan- 
geurs n'ont pas 1 "habitude de donnerlamonnaie sans recevoir d'abord le 
dinar . 

Selon R. Hanina, il faut aussi admettre dans la discusion (entre R. Juda 
et les autres sages) Penseignement suivant 4 : quelqu'un dit k un boutiquier 
« donne-moi des fruits pour un dinar », celui-ci donne les fruits, puis reclame 
le dinar ; mais l'autre repond : « je te l'ai donne et tu l'as serre », l'acheteur jure 
alors ou prouve l'avoir donne (et il est acquitte). Si au contraire 1'homme a donne 
le dinar et reclame les fruits, mais le boutiquier dit: « je te les ai donnes et tu 
les as portes chez toi », le boutiquier devra jurer ou prouver son dire 
(el sera acquitte). Toutefois, ajoute R. Juda, c'est vrai lorsque le panier de 
fruits se trouve dans la rue, a egale distance des deux plaideurs ; mais si le 
panier se trouve chez Tun d'eux, le demandeur est tenu de prouver le bien- 
fonde de sa reclamation (dernier point seul admis d'accord). De mfime, ils son 1 
en discussion sur le cas suivant, pour l'argent en litige entre un changeur et 
un particulier si l'argent est dans la rue, k egale distance des deux plaideurs. 
Enfin l'assertion finale de R. Juda (que le chargeur ne donne guere la mon- 

1 . Au boutiquier la dette a 6te transferee par le proprtetaire qui n'est plus en 
cause. 2. D'apr&s Raschi, si le boutiquier a domte les fruits a l'acheteur et 
qu'il reclame le dinar, que l'acheteur dit avoir d6ja domte, il est acquitte sous 
serment, car il a les fruits, et les boutiquiers n'ont pas l'habitude de donner les 
marchandises sans recevoir d'abord le prix. 3. Si done le changeur reclame 
le dinar que l'autre dit avoir donn6, l'autre est acquitte sans serment. 4. Se- 
lon le texte de la Tossefta, ch.6, reconstitu6 d'apr&s le commentaire. 



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CHAPITRE VII 161 

naie sans recevoir d'abord le dinar) est vraie k l'6gard d'un stranger, £|vo$, 
mais il arrive de donner la monnaie 4 son compatriote m6me avant d'avoir le 
dinar. 

7. On a dit * : Si la femme divorcee avoue quele mari lui a pay6 une par- 
tie du douaire, et le mari dit Tavoir pay6 entiferement, elle prStera ser- 
ment pour se faire payer le reste. Si un seul t6moin atteste que le douaire a 
et£ pay6, la femme prStera serment qu'elle n'a pas 6t6 pay£e, puis'sera pay6e. 
Si le mari a vendu les biens, la femme nepeut se faire payer des terrains 
vendusqu'aprfes avoir pret£ le serment qu'elle n'apas 6t6 pay6e. Si elle 
est veuve et qu'elle veuille se faire payer sur les biens des orphelins, 
elle doit 4 cet effet pr&er serment. Enfin, elle doit encore prSter ser- 
ment, si le mari divorcS avec elle est 4 l'itranger, et qu'elle veuille se 
faire payer en son absence. 

Comme la femme doit prSter serment, si elle veut se faire payer des 
orphelins, les h6ritiers qui reclament pour le d&unt ne peuvent pas non 
plus se fairo payer (des orphelins) qu'aprfes avoir prfite serment, en 
disant : « nous jurons que notre pfere ne nous a rien ordonn6 4 ce sujet, 
il ne nous a pas dit que Facte presente ait 6t6 pay£, et que nousn'avons 
trouve, dans les papiers de notre pfere, aucun 6crit qui indiquerait le 
paiement de la dette *. R Yohanan b. Broqah dit : quand m&ne le fils 
serait n& aprfes la mort de son p6re, il prSte serment qu'il n'a trouvfi 
aucun papier constatant que la dette ait £t& payfie, pour se faire payer la 
somme indiquSe dans 1'acte. R. Simon b. Gamaliel dit: s'il y a des t6- 
moins que le pfere a dit avant la mort : « cet acte n'est pas pay6 >, le 
fils peut se faire payer sans serment 3 . 

8. Sont condamnSs 4 prSter serment sur des reclamations douteuses, 
les associes, les fermiers, les tuteurs, les inlendants, la femme qui dirige 
le commerce de la maison, le fils de lamaison (qui en dirige le commerce 
pour lui et pour ses freres aprfes la mort de leur pfere).SiTun de ces individus 
demandea son adversaire : c Qu'est-ce que tu reclames? *, et Pautre 
r£pond : c Je n'ai aucune reclamation determine, mais je veux que tu 
prfites serment avoir scrupuleusement g£r6 le commerce > (sans cher- 
cher 4 faire quelques profits 4 mes d6pens), il doit prSter le serment 
exig£. Si les associes et les fermiers ont dej4 fait leur partage sans qu'on 
ait exig£ d'eux le serment, on nepeut plus venir plus tard le leurimpo- 
ser. Mais, si Tun de ces individus est oblige de prfiter serment dans un 
autre procfes qu'il a avec son adversaire, celui-ci peut exiger que le ser- 

1. Tr. Kethouboth, IX, 8 (t. VIII, p. 121). 2. Voir tr. Kethouboth, IX, 7 (t. 
VIII, p. 122) ; tr. Baba Mecia', I, 8 (t. X, p. 90). 3. Toute la Guemara sur ce 
§ est traduite au tr. Kethouboth, IX, 7 et 8 (t. VIII, pp. 121-3). 

T. xi 11 



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i62 TRAIT* SCHEBOUOTH 

ment soit pr6t6 en mfime temps sur sa gSrance, du temps oil ilitait asso- 

ci6 au fermier 1 . Enfln la seplteme annee arr&te le serment 2 . 

R. Yoss6 dit: il est vrai que Ton defere leserraentsur des reclamations dou- 
teuses, si Tun des plaideurs a des relations commerciales avec Tautre sans 
compter, non s'ils comptent ensemble (en ce cas, il n'y a sans doute qu'une 
erreur de compte). De m6me, le flls de la maison (enumerg parmi ceux qui 
jurenten cas de doute) estaussi de ceux qui font du commerce avec le maitre 
sans compter. — R. Zeira est conforme & Tavis de R. Yoss6 au sujet du ser- 
ment par entratnement s . Un hommealla soutenir un proces devant R. Zeira, 
qui lui defera le serment pour la somme de 2 dinars en litige. Puisque, dit-il, 
je suis condamne a te payer 2 dinars si je ne jure pas, je prefere te les don- 
ner que de jurer. J'ai encore tel et tel objet a te rSclamer, dit le demandeur. 
R. Zeira dit alors au defendeur : ou tu devras lui donner tout ce qu'ii te 
reclame, ou jurer pour tout ce qu'il reversera sur toi en meme temps, par 
entratnement. En general, jusqu'oti peut-on etre entrain^ k prater serment 
parserie? R. Yohanan repond: le demandeur peul aller jusqu'a faire jurer 
l'adversaire qu'il ne lui a pas ete vendu comme esclave. Mais s'il arrive que 
le defendeur estun cohen, peut-on le faire jurer sur l'hypothese inadmissible 
qu'il soit devenu esclave hebreu (etat incompatible avec le sacerdoce) ? De 
plus, il n'y a plus d'esclaves de nos jours. R. Samuel b. Isaac dit: lors 
m6me que, par la conservation de Tobjet en litige durant la 7 § ann6e, on 
n'aurait pas ete oblige de jurer, cette annee TarrSte; sans quoi, si Ton suppo- 
sait qu'en raison de sa conservation en cette annee le serment n'est pas arr6te, 
on pourrait objecter qu'on le dSduit par analogie des mots baal (maftre), 
usites soit pour le serment (Exode, ibid.), soit pour le repos agraire (Deut6r. , 
XV, 2), concluant aussi a TarrSt du serment. Toutefois, cela ne prouve rien: 
pour les objets de « dette de la main » (tel que le pr6t), le repos de la 7 e annee 
a son effet, ainsi que pour le serment ; mais pour ce qui n'est pas de cette 
nature, la7 e ann6e n'arrSte pas. Voici du reste la regie g&ierale 4 : en cha- 
que cas ou la 7* ann£e suspend la dette, elle suspend aussi le serment ; 1& oil 
elle ne suspend pas la dette, elle n'arrSte pas non plus le serment; 



CHAPITRE VIII. 

1. Ii y a quatre categories de gardiens 5 ; le gardien gratuit, celui qui 

4. On appelle cela un serment par Ghilgoul, par entrainement. 2. On 
sait que le creancier perd le droit d'exiger le paiement de sa dette k la Gn de 
l'annSe du repos agraire (Deuteron., XV, 2). Si le cr&mcier a obtenu par le 
tribunal le droit d'exiger de son d6biteur un serment, il perd ce droit Ggalement 
apr&s la dite ann6e. 3. Tr. Baba Mecia', III, 1. 4. Tossefta au tr. ScAe- 
biith, ch. 8. 5. V. tr. Baba Mecia', VII, 6(9), qui reproduit notretexte (t. X, 



p. 137 et note 3). 



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CHAPITRE VIII 163 

emprunte un objetpour en user ; le garde salariS, celui qui loue unobjet 
(pour soi). De ces quatre, le gardien gratuit n'a qui jurer s'il est d6- 
fendeur. Celui qui loue un objet (ayant la responsabilit6 complete) doit 
payer pour tout accident. Enfin, celui qui garde pour un salaire et celui 
qui loue doivent payer, si Tanimal ou Tobjet s'est perdu ou a 6t6 vol6 ; 
mais si l'animal s'est casse une patte, ou s'il a et6 enlev6 par des enne- 
mis, ou s'il est mort, le gardien est acquitte en prfitant serment (qu'il 
n'estpas la cause de Taccident et qu'il n'a pas pu rempScher). 

R. Yohanan dit: les 4 sortes diversesde gardiens nedeviennent responsa- 
bles par le fait de leurs fonctions que lorsqu'ils oat acquis par attraction 
l'objet a conserver. R. Jacob b. Aha dit au nom de R. EliSzer : en cas de vol 
par le gardien du depdt qui lui a ete confie, il n'en est responsable qu'aprSs 
s'Stre charge de le garder. En effet, dit R. Yoss6b. R. Aboun, un enseignement 
dit aussi * : Si quelqu'un accepte de son prochain un champ en fermage et le 
neglige, ilen est responsable des l'acceptation et devra payer au propridtaire 
le produit presume en §tre tire. De meme, dit R. Hanania au nom de R. 
Aboun, si le depdt a &e vole de chez son maitre, le gardien n'est responsable 
qu'apres s'elre charg6 du d6p6t par voie d'acquisition. Une Mischnfc 2 dit bien: 
« Si apres l'avoir attire pour le faire sortir, l'animal meurt gtant encore dans 
ledomaine du proprietaire, le voleursera acquitte (ne r ayant pas encore dans 
son propre domaine) ; mais si apres l'avoir soulev6 ou transports du domaine 
de son proprietaire au dehors l'animal meurt, le voleur est responsable et 
coupable. II est certain qu'en lesoulevant mSme dans le domaine du maitre, il 
acquiert l'animal, qu'il a pour ainsi dire enleve de tout le domaine du mat* 
Ire; maisil reste k savoir si apres avoir fait l'attraction pour l'enlever, qui ne 
donne la possession qu'en dehors du domaine du maitre, il faut encore avoir 
emmen6 l'animal jusque dans son domaine propre pour en etre responsable. 
Oui, dit R. Abahou au nom de R. Yohanan, il faut avoir l'animal dans sa 
propre Stable pour en repondre. Mais alors, objecta R. Aboun b. Hiya, des 
qu'on l'a dans son Stable, on le possede m£me sans l'avoir attire ? II s'agit 
done dans la Mischnd. d'un animal qui se trouvait sur la voie publique (de 14, 
il faut l'avoir attir6 chez soi pour en rSpondre). N'en r6sulte-t-il pas que R. 
Aboun b. Hiya se conforme a l'avis de Schammai (oppose k Hillel) qui dit : 
« Si le gardien declare vouloir mettre la main sur le d6pdt, il est coupable et 
condamn6 d'apres l'ecole de Schammai, comme s'il l'avait deja fait ; d'apres 
l'ecole de Hillel, il n'est condamn6 qu'aprds le fait accompli » ? Or, en quel cas 
discutent-ils ? Si au moment oil l'animal etait sur la voie publique le voleur a 
projel6 de le voler, et l'animal meurt apres cet 6nonce (I'ayant attir6 k lui), 
tous s'accordent k condamner le voleur ; si au contraire le voleur n'apas attir£ 
l'animal, tous le d6clarent absous ; il faut done admettre qu'ils discutent sur 

i. Tossefta au tr. Baba Mecia', ch. 9. 2. Tr. Baba qamma, VII, 6 (8). 
3. Tr. Baba Mecia', 111,9 (13). 



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164 TRAITfi SCHEBOUOTH 

le cas oft l'animal est k fetable, amen6 la de la rue (en ce cas, Schammai' voit la 
preuve de la premeditation du vol). En resulte-t-il done que R. Aboun b. Hiya, 
n'exigeant pas l'attraction, suive l'avis de Schammai seul ? II faut distinguer, 
r6 pond R. Aboun: en cecas, dans la Mischnft pr6c6dente, il s'agit d'acquisition 
faite sans l'assentiment du proprietaire (Hillel est alors d'avis que l'attraction 
ne suffit pas pour rendre le voleur responsable) ; tandis qu'ici il s'agit d'ac- 
quisition faite avec l'assentiment du maitre. 

II est ecrit (Exode, XXII, 10) : Si quelqu'un remetd son prochain en di- 
pdt, etc. ; le depositaire est responsable s'il a 6ie charge de garder le d6p6t, 
non s'il a ete charge dele dechirer 1 (de le perdre), ou de le garder, non de 
le jeter, ou de le garder, non de le livrer en don. Toutefois observe R. Yosse, 
pour etre dScharge de la responsabilite, il faut que le maitre ait dit de le 
donner k qui veut le recevoir ; mais si le mattre a speciG6 qui devra le rece- 
voir en don, la responsabilite du gardien est maintenue. On a enseigne : de 
l'expression s'il dispar ait de la maison de quelqtiun(ibid. y 7), on conclut 
qu'en cas de vol au so m met da toit, le benefice du double paiemeat par le 
voleur ne sera pas attribue au gardien. C'est vrai, dit R. fiieazar, pour un 
toit non enclos (alors ce n'est pas k l'interieur) ; mais un enclos est consider 
comme dans la maison. On a enseigne aussi : de la m&me expression on con- 
clut qu'en cas de vol de l'emprunteur, le gardien n'a pas non plus droit au 
double. Mais alors on devrait aussi en exclure le gardien salarie et le mer- 
cenaire? Non, comme il est retribue pour la charge de garder, le depdt Iui 
est confie (avec toutes ses consequences). On trouve ainsi 3 sections inscrites 
dans laloi: l'inferieure se refere k l'emprunteur, 1'intermediaire au gardien 
salarie et au loueur d'un objet, enfin la plus elevee se rapporte au gardien 
gratuit. Comme Temprunteur a tout l'avantage, il paierale total dudommage, 
lo cas echeant. Du gardien salarie et du loueur, Tun a une partie de profit par 
son salaire et donne une partie de profit au proprietairepar sa responsabilite de 
garde, et l'aulre (le loueur). profite du travail et fait profiter le proprietaire 
en le payant et en devenant responsable ; il jure en partie (pour l'animal 
blesse, ou pris, ou mort), et il paie une partie (en cas de vol, ou de perte). 
Enfin, le gardien gratuit, qui n'a pas de profit, jure en cas de dommageetest 
acquitte. Que jure-t-il? N'avoir pas p6che en ses devoirs de garde. Si d'autres 
savent et peuvent attestor que le dommage survenu n'est pas de la faute du 
gardien, le serment est-il pourtant obligatoire ? On peut resoudre cette ques- 
tion de ce qu'il est dit 2 : les mots (ibid., 8) Si le voleur n'est pas trouve, etc., 
paraissent inutiles ; e'estquede l'expression precedente, si le voleur est trouvd, 
il paiera le double, il resulte que si le voleur est d6couvert, et le gardien a 
les moyens, comme un proprietaire, celui-ci sera dispense de tout ; la seconde 
expression a done pour but d'indiquer que si le voleur trouve est insolvable, 
le proprietaire ne peut pas faire jurer le gardien qu'il n avait pas 1'intention 
de le voler et qu'& defaut de paiement par le voleur, le gardien soit tenu de le 

1. V. B., tr. Bdba Qamma, t 93. 2. Mekhilta, section Mischpatim, ch. 16. 



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CHAPITRE VIII 165 

payer: aussi est-il dit que faute d? avoir trouvi le voleztr, le gardien res- 
ponsable de la perte la paiera, non en cas de voleur trouve, meme insolvable 
(de mSme, silestSmoins attestent que le gardien n'a pas com mis de peche, 
il n'a pas besoinde jurer). 

II est 6crit (ibid. 10) : Si quelqu'un remet a son prochain en <Mp6t un 6ne, 
ou un boeuf, ou un agneau, etc., un serment solennel interoiendra entre les 
2 parties; de ces mots redondants, qui concernent le gardien salarie, on con- 
clut que celui-ci sera responsable du vol et de la perte : pour le vol, il est dit 
formellement qu'en ce cas le gardien devrale montant au proprietaire, et pour 
la perte, on le sait par deduction de la conjunction expletive et si (dite pour le 
vol). Cette interpretation est admissible d'apres R. Aklba, qui admet ces sortes 
d'explicatioos ; mais d'ou sait- on les m6mes regies d'apres R. Ismael, qui ne 
recourt pas a ces extensions par deduction? II l'admet par regie a fortiori, car 
il a enseignS: si pour le vol, qui est presque un cas de violence, le gardien 
doitle payer ; a plus forte raison il devra rembourser la perte, qui n'a pas de rap- 
port avec la violence. — Quant a l'emprunteur, la Loi le contraint seulement a 
payer pour les dommages de la be*te par blessure ou par mort ; d'ou sait-on 
qu'il est responsable de la perte ou du vol ? Par a fortiori : puisque le gardien 
salarie et leloueur, qui nepaient pas l'animal blesseou mort, sont tenus de 
payer l'animal vole ou perdu ; a plus forte raison, l'emprunteur, tenu de payer 
pour la blessure et la mort, sera tenu de payer la perte et le vol. Sur 
quoi il a ete enseigne que ce raisonnement par a fortiori est sans replique. 
D'ofr sait-on que l'emprunteur est tenu de payer pour l'animal captif? Puis- 
qu'a son sujet il est dit (ibid. 11): s'il est blesse ou mort, et que la m6me 
expression est usitee pour le gardien salarie ; comme pour ce dernier le cas de 
captivite est compris dans les responsabilites, il sera aussi dti. par l'emprun- 
teur. Ces sortes d'interpretation sont admisespar R. Akiba; mais R. Ismael 
adopte Interpretation speciale de R. Nathan, qui dit: de l'expression ou (ou 
s'il est mort), usitee pour l'emprunteur, on conclut a I'extension de la respon- 
sabilite pour l'animal captif. Mais, fut-il objects contre la deduction par a for- 
tiori, qu'admet R. Akiba, puisque selon R. Meir 1 on tient compte des termes 
d'une comparaison d'apres la premisse, on devrait d6duire, tout du gardien 
salarie, et comme celui-ci estadmis & jurer en cas d'accident de facon 4 etre 
acquitt6 , l'emprunteur devrait aussi pouvoir jurer si l'animal a ete pris captif, 
pour 6 tre acquitt6 ? Done R. Meir est d'avis que meme R. Akiba adopte Tin- 
terprStation de R. Nathan, qui d6duit la responsabilitS du cas de captivite 
d'apres l'expl&if ou, sans recourir au proc6d6 de comparaison. 

R. Judan demanda: si un gardien salarie* argue avoir ete" vol6 avec violence, 
en disant au proprietaire que des brigands arm6s sont venus lui enlever 
l'animal, ce qu'il afflrme par serment, et il est reconnu que le serment est 
faux, est-ce qu'un tel individu sera tenu de payer le double pour avoir voulu 
s'acquitter par un tel argument faux ? Certes non, dit R.Yoss6; sans quoi ce cat 

1. Ci-dessus, IV, 3. 



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166 TRAITE SCHEBOUOTH 

serait 6nonc6 avec ceux du double paiement dont le gardien salarie et le 
loueur sont parfois passibles, et il n'est pas question d'un tel paiement pour 
violence. De plus, il a ete dit plus haut k propos de la deduction par a fortiori 
du gardien salarie pour charger l'emprunteur d'etre responsable du vol et de 
la perte : c'est 1& un raisonnement, par a fortiori irrefutable. Or, si legardien 
salarie payait en ce cas le double, on pourrait refuter ce raisonnement, comme 
le dit R. Hanina ; car on pourrait objecter que legardien salarie et le loueur 
paient parfois, il est vrai, le double, tandis que l'emprunteur ne paie en aucun 
cas le double. II faut done admeltre que le gardien salarie ne paie pas le 
double pour vol avec violence, et le raisonnement par a fortiori est irrefuta- 
ble. — II est dit (ibid. 14-) : si le proprUtaire est avec lui (est present) , il ne 
patera pas ; quelle est la regie pour la faute commise en presence du maitre, 
et l'emprunteur devra-l-il en ce cas jurer que rien n'a £te neglige par lui ? II 
le doit, dit R. Zeira (il est responsable mSme en leur presence) ; R. Hinena et 
R. Ila disent tous deux qu'il en est dispense. Un enseignement confirme ce 
dernier avis en disant :pour l'animal blesse, ou pris, ou mort, le gardien sala- 
rie etle loueur sont dispenses si le maitreest present, par deduction a fortiori, 
car si pour l'emprunteur qui comporte plus de gravite et devient responsable 
des cas de captivity, blessure ou mortde l'animal, avec dispense si le maitre 
est present ; a plus forte raison pour les cas plus graves de vol et perte, impu- 
tables au gardien salarie et au loueur, l'emprunteur n'est dispense que si le 
maitre est present. Est-ce & dire que d'apres l'avis oppos6 qui impose le ser- 
ment pour se defendre du reproche de negligence, il y ait lieu de payer pour 
la negligence survenue, meme en presence du maitre? (done, pour la negli- 
gence survenue en presence du maitre, on est acquitte). 

R. Hanina dit au nom de R. Judan qu'un autre enseignement confirme 
l'avis de R. Zeira (etant responsable de la negligence, meme si le maitre est 
la, on est astreintde jurer qu'il n'y en a pas eu) : On sait que le gardien sala- 
rie est dispense en presence du maitre, par raisonnement a fortiori ; car si 
l'emprunteur, pour lequei la Loi a certaines aggravations (de le rendre res- 
ponsable de l'animal pris, blessS, ou mort), est dispense de payer les suites 
d'une negligence si le maitre est present, et il est responsable en l'absence du 
maitre ; a plus forte raison le gardien salarie, pour lequei la Loi a des al- 
legements (de le dispenser des cas precites), sera dispense de payer les suites 
d'une negligence si le maitre est present, et il n'en est responsable qu'en l'ab- 
sence du maitre. Ce n'est pas a dire que ce raisonnement aboutisse a dispenser 
de jurer n'avoir pas commis de negligence dans la garde, si le maitre est 
present ; car alors, pourquoi ne pas parler du loueur en vue de lui appliquer 
la ra§me deduction qu'au gardien salarie? C'estdonc qu'4 son egard la dispense 
comporte celle du paiement pour negligence si le maitre est present, et par 
suite ladispense pour Temprunteurconcerne leserment de n'avoir rien neglige 
(maisle loueur y est toujours tenu, conformementaR. Zeira). Toutefois, onpeut 
objecter ceci contre R. Zeira : d'apres lui, l'emprunteur jurera pour la negli- 



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CHAPITRE VIII 167 

gence survenue en presence du maitre n'avoir rien neglige, ainsi que fera le 
gardien salarie dans le meme cas, raais il paierasi le maitre est absent, tandis 
quelegardien gratuit devra jurer en tous cas ; on devrait dire que chaque 
allegement comporte un allegement de doctrine ? Ainsi, les cas (de captivite, 
blessure, ou mort) pour lesquels l'emprunteur paie, le gardien salarie jure 
seulement et sera acquitte ; aux cas analogues ouie gardien salarie jure, le 
gardien gratuit sera dispense meme de jurer ; de meme aux cas (devol et per- 
te) ou le gardien salarie paieledommage,ii est juste quelegardien gratuit jure 
seulement pourStre acquitte. Or, pourquoi a- t-il eteenseigne que meme le gar- 
dien gratuit devra jurer n'avoir rien neglige a I'egal du gardien salarie, ce qui est 
contraire a la gradation des categories de gardiens ?Eq outre, on peut faire la 
meme objection du defautde gradatioa a 1'egard du gardien salarie en faitde ne- 
gligence si le maitre est present ? D'ou sait-onqu'au gardien gratuit comme au sa- 
larie, soit en presence, soiten I'absence du maitre, le sermentn'avoir rien neglige 
goit obligatoire a Tegal de l'emprunteur? R. Abinrepond * que la deduction est 
tiree de Fexpression pour toute cause de faute (ibid.), dite du gardien gratuit 
(passible en tous les cas des suites de sa negligence, tenu par consequent de 
jurer n'avoir pas peche pour s'acquitter). R. Mena dit : il est inexact de sup- 
poser legalisation, meme pour les cas devol et de perteimputablesaremprun- 
teur, avec sa responsabilite en d'autres cas; comment done dire que, meme 
pour ces autres cas, on compare le gardien gratuit etle salarie, et que, par 
leur responsabilite en ces cas, ils doivent jurer n'avoir rien neglige? (Done, 
ilest tenu compte des divers grades de gravite parmi les gardiens). 

La dite expression pour cause {parole) de faute (non applicable au gardien 
gratuit) a pour but de justifier pourquoi le simple enonce du projetd'accaparer 
un dep6t est coupable 2 . Pourquoi Hillel (qui est d'un avis oppose et con- 
damne seulement le fait accompli d'accaparement) n'adopte-t-ii pas Implica- 
tion de Schammai? Selon lui, le mot parole en question vise la parole ou 
l'ordre donne a un messager de prendre le depdtconfie, ce qui entraine aussi 
la culpabilite. — R. Yoss6 b. Hanina demanda sur la fin de la memeMischna 
(disant « S'il a soulev6 le tonneau pour en prendre un quart de mesure, puis 
le tonneau s'est bris6 par accident, le depositaire est responsable du dommage 
entier ») : Que faut-il entendre par Je mot prendre ? (L'intention seule d'en 
prendre, manifestee en soulevant le tonneau, suffit-elle a. constituer la cul- 
pabilite, ou non?) Certes, meme sans avoir pris, on est coupable d'avoir sou- 
leve le tonneau, de meme que R. Oscbia aenseigne sur ce sujet: malgre la 
prise d'un quart de mesure, suivie de bris, on ne sera tenude payer que le 
montant dece quart, seulement si le tonneau s'est brise ; mais si par suite du 
quart pris, tout le vin s'est aigri, l'auteur dela prise devra payer le montant 
du tonneau entier, parce que l'aigreur est survenue de ce qu'il en manque un 
peu (de m£me, le fait seul d'avoir souleve le tonneau entraine la responsabi- 
lite des consequences). 

1. Mejdiilta, section Misehpatim. 2. Tr. Baba Mecia\ III, 9. 



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1<» TRAITfe SCHEBOUOTH 

R. Samuel ou R. Abahou dit au nom de R. filSazar : le fait d'itendre la 
main, dit au sujet du gardien gratuit, n'enlraine de consequence qu'en cas de 
deficit. Qu'entend-on par la, demanda R. Samuel devant R. Abahou ? S'agit- 
il d'un prelevement fait par l'individu mSme, ou du resultat indirect d'avoir 
souleve un vase? N'est-ce pas, fut-il replique, l'Squivalent de la question po- 
see par R. Yosse* b. Hanina, s'il s'agit d'une prise Active (indirecte) en soule- 
vant le tonneau, oud'un retrait reel ? Or, si Ton ad met que Tacte seul d'avoir 
souleve le tonneau rende coupable, il suffira de meme d'une perdition indi- 
recte, pour susciter la responsabilite ; s'il s'agit au contraire d'avoir pris soi- 
meme, il faudra demfime ici avoir cause soi-me'me le deficit. II y a encore 
u.n autre resultat : si le projet de prendre suffit a causer la responsabilite, au 
cas ou apres avoir pris un vase et r avoir remis, soit k sa place, soitailleurs, il 
se brise, on n'estpas tenu de le payer ; mais si Ton n'est coupable qu'en ayant 
pris reellement, on sera dispense* de payer le dommage survenu dans ces con- 
ditions lorsqu'on a remis le vase k sa place (le deplacement est annule), et 
Ton seraitresponsable en le plagant ailleurs. — R. Abahou dit au nom de R. 
Yohanan : le mot garder est usite tant pour le gardien gratuit que pour le 
gardien salaried et pourtant il y a une difference entre eux ; car, le premier, 
a condition de garder suffisamment un objet sans negligence, n'est pas res- 
poDsable des dommages ; tandis que pour le second, on considerera ses for- 
ces corporelles : d'apres cet examen, on estimera s'il etait apte a garder l'ani- 
mal, etil sera acquitte, sinon, il sera condamn6 ; maison ne calculera pas, en 
cas de dommage, que si un autre avait et6 charge* de garder l'animal il l'au- 
rait sauve, et qu'en un tel cas seulement de salut le gardien est acquits, non 
au cas contraire (on ne juge pas d'apres les forces d'un autre). 

R. Eleazar dit au nom de R. Oschia: l'expression etendre la main sur (pour 
accaparer) est usilee tant pour le gardien gratuit que pour le salarte, et pour- 
tant les effets de cette loi ne se ressemblent pas ; car, en vertu de cette ex- 
pression, le premier n'est coupable qu'apres avoir fait Tattraction de Pobjet 
con fie, tandis que le second est coupable des qu'il a jete sur le dgpdt son ba- 
ton ou son manteau (en signe d'acquisition). R. Yosse b. Nehorai l'entendant 
dit : je n'admets pas cette interpretation, car, selon moi, Tun et l'autre ne 
sont coupables que par le fait de Tattraction. R. Ame dit au nom de 
R. fileazar, et demesne R. Oschia a enseigne: si pour le gardien gratuit on n'a- 
vait pas employe le terme itendrelamain, on l'eut suppose inutile, pouvant 
le deduire du gardien salarie, en raison de celte deduction : comme le gardien 
salarie, pour lcquel la Loi a des aggravations, n'est coupable qu'apres avoir 
attire a soi le de'pdt, a plus forte raison le gardien gratuit, pour lequel la Loi 
a des allegements ne seracerles coupable qu'apres attraction. Pourquoi done 
le terme en question est-il dit du gardien gratuit, s'il n'y avait pas d'aggrava- 
tion k Tegard du gardien salarie ? Done, ce dernier est coupable des qu'il a 
mis son b&ton ouson manteau surle dep6t (acquis ainsi). R. Yosse dit: en 
raisonnant ainsi, la chose dedaite servirait a aggraver la premisse d'ojti on la 



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CHAPITRE VIII 169 

deduit, car on peut justifier l'emploi du terme en question pour le gardien 
gratuit, sans quoi, on supposerait que le gardien salarte est coupable apres 
attraction, parce que la Loi est plus severe a son sujet ; tandis que le gardien 
gratuit, d'un rdle moins s6v&re, serait acquitte m£me apres attraction (done, 
les 2 termes sont utiles, et chaque gardien n'est responsable qu'apres rat- 
traction). Au contraire la deduction sera faite a Tinverse : on suppose Tomis- 
sion du terme gtendre lamain,ditdu gardien salarie, comme inutile et 
pouvant etre deduit du gardien gratuit, et Ton dit que si ce dernier, d'un rdle 
peu severe, n'est coupable qu'apres l'attraction du d6pdt, de meme le gardien 
salarte, dont le rdle est plus severe, sera responsable apres l'attraction. Aussi, 
Femploi du terme en question pour le gardien salarie indique une aggrava- 
tion et signifie qu'en ayant pos6 son b&ton ou son manteau sur le depdt, il 
l'acquiert et en devient responsable. 

2. Le proprietaire dit au gardien gratuit : t Oiiest monbeeuf;* et celui- 
ci repond que Tanimal est mort, tandis qu'en r6alit6 il s'est bris6 un mem- 
bre,ou ila 6t6 enlev6 par un ennemi, ou vole, ou perdu ; oubiensi legar- 
dien repond que l'animal s'est brise un membre, au lieu qu'il est mort, 
oua 6t6 enleve, ou vole, ou perdu ; ou bien si le gardien repond que l'a- 
nimal a et6 enleve, au lieu qu'il est mort, ou s'est brise un membre, ou 
a 6te vote, ou perdu; ou bien si le gardien dit que l'animal aet6 vote, 
aulieu qu'il est mort, ou s'est bris6 un membre, ou a &t& enleve, ou perdu ; 
ou bien si le gardien dit que l'animal est perdu, ou qu'il est mort, ou 
s'est brise, ou a ete enlevS, ou vote, Le proprietaire lui dit : « je te 
conjure j>, et celui-ci repond: Amen ; ce dernier est acquitte. 

Rab dit * : le depositaire sera dispense du serment de depdt (n'ayant pas 
cause un prejudice d'argent), mais non du serment de parole d'inadvertance. R. 
Yohanan au contraire dit : puisque le depositaire doit chercher & satisfaire le 
deposantlese,il n'est pas condamnepour serment de parole. Selon Rab, ced6- 
dommagement n'a-t-il pas lieu? Oui, le depositaire doit se disculper en disant 
la verite (comment la perte estsurvenue), sans dedommager le d^posant pour 
le faux (pour le serment de parole, la culpabilit6 subsiste). R. Yohanan de- 
manda : est-ce que le serment impose par le coben k lafemme soupgonnee d'a- 
dultere entraine retroactivement une condamnation pour serment de parole 
par inadvertance? Comment une condamnation, fut-il repliquS, serait-elle 
possible ? Si le crime d'adultere reconnu a ete involontaire de la part de la 
femme, celui d'avoir jure faux Test aussi, et Ton n'est plus en presence 
d'une femme criminelle; si au contraire cesactes sont faits par elle de plein 
gr6, il n'y a pas lieu d'offrir le sacrifice de pardon. II faut done dire que 
I'avis de Rab est justiflcable d'apres R. Akiba (de declarer uq serment 
de parole faux retroactivement), non d'apr&s R. Ismael. Cependant, 
si l'hypottose de R. Yohanan s'explique aussi selon R. Ismael, e'est con- 

1. J., tr. Sanh6drin, III, 9 (t. X, p. 261); Gf. ci-dessus, IV, 1. 



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v 170 TRAITE SCHEBOUOTH 

forme 4 l'avis de R. Meir, qui dit \ : II arrive a la femme soupQonnee de dire 
2 fois Amen, 1° n'Stre pas devenue impure, 2° ne pas vouloir l'Stre 4 Pavenir 
(cet engagement d'avenir peut se Irouver rompu et passible de pardon).Toute- 
fois, c'est une question difficile 4 r6soudre. 

8. Le propri&aire demandeau gardien : « Ou est mon boeuf ? *, et 
celui-ci r6pond : « je ne sais ceque tu dis *, tandis que l'animal est 
mort, ou s'est brisS un membre, ou a 6t6 enlev6, ou a &6 vote, ou per- 
du ; sur quoi, le premier dit : t Je te conjure », et le gardien r6pli- 
que : Amen ; celui-ci est acquits 2 . Si, sur la m&me question pos6e, il 
r6pond que Fanimal est perdu, et 4 Tobjurgation qui lui est faite par le 
propri&aire il r^plique : Amen, tandis que des temoins attestent qu'il Pa 
consommS, il devra payer le montant 3 * S'il Tavoue spontaneraent, il 
devra payer, outre le capital, 1/5 en sus pour amende, et oflrir le sacri- 
fice de p6ch6. Si sur la m6me question pos^e il rgpond que la bfite a 6t6 
votee, et 4 la suite de F objurgation faite par le proprietaire, il rSplique : 
Amen, tandis que des tSmoins attestent qu'il a vote lui-m6me r animal, il 
devra payer le double du prix (comme voleur); s'ill'avoue [spontanement, 
il devra payer, outre le capital, 1/5 en sus, et un sacrifice de p6ch6, 

4. Si quelqu'un dit 4 un individu dans la rue : « Ou est mon boeuf 
que tuas vote ? », et Tinterpelte niele vol, tandis que des temoins at- 
testent qu'il est le voleur, Taccusd paiera le double de la valeur. S'il Ta 
6gorg6 et vendu, il paiera lc quadruple ou le quintuple du prix. Mais si, 
mSroe en voyant arriver les temoins 4 sa charge, il avoue aussii&t le vol, 
en ajoutant n'avoir ni 6gorg6 ni vendu l'animal, il paiera le montant seu- 
lement (sans amende). 

R. Yohanan dit que Ton a enseign6 de m£me * : celui qui argue que l'animal 
est perdu, raffirmant par serment, puis avoue que c'est faux, soit avant l'ar- 
riv6e des temoins venant le dSmentir, soit apres leur arrivee, devra payer ou- 
tre le capital 1/5 en sus etun sacrifice de p6che ; si le depositaire pretend 
avoir 6te vo!6, Taffirme par serment, puis avoue le faux, lorsque les temoins 
ne sont pas encore venus le dementir, il paiera le capital, 1/5 en sus, et le sa- 
crifice ; si l'aveu a lieu apres leur arriv£e, le depositaire paiera le double et 
offrira le sacrifice dft, mais l'amende du 1/5 est eDglob6e dans le double 
paiement. Tel est l'avis de R. Jacob. Mais, lui fut-il objecte, ou trouve-t-on 
1 'obligation du sacrifice sans celle du 1/5 supplemental ? Cela arrive, r6- 
pondit-il, lorsque le double paiement equivaut a des supplements de 1/5 r6- 
p6tes, par exemple au cas oft il y a eu 4 faux serments ". Les autres docteurs 

1. Tr. SGta, II, 6. 2. Voir J., tr. SanhSdrin, III, 10 (t. X, p. 260). 3. Cf. 
Mischna, tr. Baba Qamma, IX, 11 (t. X, p. 73). 4. Tossetta au tr. Bdba 
Qamma, ch. 6. 5. L'ensemble des 4 supplements dfts de ce fait Equivaut ft 
l'addition au capital, ou double. 



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CHAPITRE VIII 171 

au contraire disent que Ton ne verse pas 1/5 en supplement pour chaque 
serment k part, et seulemeat au capital on ajoute 1/5 dft (ou au premier faux 
serment). Selon une autre explication, comme il est dit (Levitique, V, 24) : 
llpaiera le principal et ajoutera le cinquikme, on ajoute seulement 1/5 au 
principal (ou capital), non au double. En effet, dit R. Zeira, on a enseigne de 
m£me (selon Pavis des autres docteurs) : si le depositaire argue que l'animal 
est perdu, Paffirme par serment, puis il designe un sacrifice a offrir apr6s 
Paveu pour son faux serment, comme en presence de cette argumentation il 
n'y a pas de difference entre l'aveu fait apres que les temoins sont venus, et 
Paveu fait avant leur arrivee ; en tous cas, le sacrifice designe reste consacre. 
Mais si le d6fendeur argue que ranimal lui a 616 vole, ce qu'il affirme par ser- 
ment, puis il designe une victime comme sacrifice (avant Paveu), elle ne sera 
pas consacr6e, car en cas d'aveu apres Parrivee des temoins qui dementent, 
il n'y a plus lieu d'offrir un sacrifice (la penalite etant alors le paieraent du 
double) ; de meme avant l'aveu, on peut toujours craindre l'elfet de Pattesta- 
tion, etla destination du sacrifice est nulle. D'apres R. Jacob au contraire (qui 
prescrit le sacrifice meme avec le double paiement), il n'y a pas d'annulation 
a craindre, et la victime reste consacree. 

R. Yohanan dit : si le defendeur argue contre son prochain que l'animal a 
6t6 vole (puis est dementi), il paiera le double de la valeur ; s'il Pa egorge et 
vendu, il paiera 4 ou 5 fois la valeur. Cet avis de R. Yohanan est confirme la- 
bas (k Babylone), en cequ'un voleur meme qui egorge et vend un animal le 
paie 4 ou 5 fois, a titre d'amende. Si Ton professe cet avis, dit R. Pedath au 
nom de R. Oschia, c'est pour le con firmer ; et pourtant il est contraire a noire 
Mischnft, qui dit: « Si sur la reclamation du proprietaire le gardien repond que 
la bete a ete volee, et k la suite de Pobjurgation faite par le proprietaire, le 
gardien replique : Amen, tandis que les temoins attestent qu'il a vole lui-m6me 
l'animal, il devra payer le double du prix » ; or, il ne saurait &tre question de 
manger ranimal avant de Pegorger, et pourtant le gardien infidele n'est 
condamne qu'a payer le double, non 4 ou 5 fois la valeur ? II peut s'agir 
14, dit R. Hagai, du cas oii un autre a egorg6 l'animal (par ce motif, le double 
seul est d&). C'est le passage suivant de la Mischnaque Pon pourrait opposer 
k Pavis de R. Yohanan 1 : Si quelqu'un dit a un individu de la rue : « ou est 
mon boeuf que tu as vole ?», et l'interpelle nie le vol, tandis que les temoins 
attestent qu'il est le voleur, Paccus6 paiera le double de la valeur ; s'il Pa 
egorgS et vendu, il paiera 4 ou 5 fois la valeur » ; or, il en est ainsi parce que 
le proprietaire s'est adresse k quelqu'un de la rue ; mais s'il s'etait adresse k 
Pun des gardiens, celui-ci serait acquitte (alors, le d£positaire convaincu de 
vol n'aurait qu'& payer le double, contrairement a R. Yohanan). Non, m6me 
en arguant avoir ete vole, le depositaire sera condamne k payer 4 ou 5 fois le 
prix, et pourtant la Mischn& parle d'un depositaire convaincu lui-m£me de 
vol, pour nepaslaisser croire que s'il arguait avoir et6 vole par autrui, il serait 

1. V. ci-dessus, VII, i. 



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172 TRAITE SCHEBOUOTH 

seulement coodamne apr&s l'assertion des temoins disant I'avoir vu mange, 
avant Fenonce de son serment ; mais si le serment avait ete dit avant le 
manger, le depositaire serait acquitte, le serment servant k acquerir le d6pdt 
(aussi la Mischnft parte du cas oft le gardien a vol61ui-m6me; iln'y apasalors 
de serment, et l'amende sera de 4 ou 5 fois le prix). 

R. Yohanan dit 1 : si a une reclamation de trouvaille le depositaire repond 
par un argument de vol, c'est-a-dire si sur la question faite par le proprigtaire 
<c ou as-tu mon objet perdu, ramasse par toi », l'interpelle repond avoir ete 
vole, celui-ci est condamne a payer le double pour faux. Le double, ajoute-t-il, 
n'est dft que lorsque apres avoir jure il a ete dementi par des t£moins ; car d'une 
part (ibid., 9) l'expression dtendre la main est usitee en cas d'argument de 
vol, et elle Test aussi (ibid., 11) pour le gardien salarie : comme cetteseconde 
expression n'est applicable qu'a la suite du serment, elle ne Test aussi qu'a- 
prfcs serment si le depositaire argue avoir ete vole. R. Yohanan dit : si a une 
reclamation faite, le depositaire r6pond par un argument de perte, qu'il con- 
firme par serment, puis il argue avoir ete vole et le jure aussi, serments 
dementis ensuite par des temoins, le defendeur ne sera pas condamne k payer 
double pourle second faux serment (ce second etantnulparTeffet du premier); 
mais pour le premier serment, affirmant qu'il a ete vole, le defendeur est-il 
coupable d 'avoir emis un faux serment par inadvertance d'enonc6?(Ou en est- 
il dispense en raison de la culpabilite pour faux serment relatif au d6pdt?) 
Ce serait mettre R. Yohanan en contradiction avec lui-meme : puisque Ton 
vient de dire que si a une reclamation faite le depositaire repond par un argu- 
ment de perte, qu'il confirme par serment, puis il argue avoir ete vole et le 
jure aussi, serments dementis ensuite par des temoins, le defendeur n'aura 
pas k payer le double pour le second faux serment (annule par le premier) ; 
done, pour le premier ce n'est pas douteux qu'il est passible d'une peine; 
comment done afflrmer plus haut qu'il est coupable de faux enonce, puis le 
mettre endoute? Certes, repondit-on, on a commence par examiner ce point, 
qui, reflexion faite, a ete resolu en ce sens de condamner pour faux serment 
d'enonce. 

R. Hiyab. Joseph dit: celui qui argue aupres de son prochain avoir ete 
vole n'est tenu de payer le double pour faux serment qu'apres avoir nie de- 
vant le tribunal et avoir jure de m6me. De quel cas s'agit-il pour qu'un ser- 
ment hors tribunal soit nul? Certes, celui qui se trouve sous le coup d'un ser- 
ment defere par le tribunal, et le prete au dehors, sera aussi coupable ; on 
admet done de declarer nul untel serment si Ton voit conduire qaelqu'un 
au tribunal pourlui imposerle serment, et l'inculpe prenant les devants jure 
de suite, au dehors. — R. Hiya dit au nom de R. Yohanan : lorsque ayant ar- 
gue avoir ete vole on jure de m&me a faux, on est condamne k payer le dou- 
ble si les temoins attestent que 1'animal est dans l'etable du defendeur. 
R. Zeira demanda:que faut-il entendre par 14? Suffit-il que les temoim 
1. Ci-dessus, VII, 10. 



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CHAPITRE VIII 173 

l'aient vu k Petable (sans le cas de prise), ous'agit-ildu cas 06 mime I'animal y 
est (avec prise par le depositaire) ? S'il estadmis que la simple attestation dela 
presence de r animal, k Fetable fait condamner le depositaire k payer le double, il 
ne le sera pas s'il apris I'animal ; mais si Ton admet pour la condamnation m^me 
une attestation disant si I'animal se trouved, l'etable,et que par consequent le 
depositaire doive aussi payer le double s'il s'est em pare de I'animal, on peut ob- 
server que R. Yohanan secontredit: II dit plus hautque si aprgs avoir argu6 
que I'animal s'est perdu, il le jure, c'est comme s'il designait par anticipation 
un sacrifice de p6che, ce serment entrainant la condamnation k payer le dou- 
ble, non renouvelable pour un second serment qui suivrait Targument d'avoir 
subi une violence telle que le vol ; tandis qu'ici on dit que m£me l'attestation 
de trouver I'animal a ratable est passible du double, ainsi que le faitde s'6tre 
empare de I'animal ? C'est different, dit R. Ila, en ce que le serment fait sor- 
tir I'animal du bien du maitre (k l'instar d'un aveu, ce qui justiGe la dispense ; 
mais l'accaparement est passible du double). Contre l'opinion de R. Zeira (ad- 
mettant que le second faux serment n'entraine pas la peine de payer double, par 
suite de l'acquisition anterieure), les compagnons objectent le raisonnement 
suivant, sur ce passage de notre Mischn&: « Si, sur la reclamation qui lui est 
faite, le gardien r6pond que la bete lui a ete volee,et k la suite del'objurgation 
adressee par le proprietaire, l'interpelie dit : Amen, tandis que les temoins 
attestentqu'il a vole lui-meme la bete, il devra payer le double du prix ; s'il 
l'avoue spontanement, il devra payer le capital, 1/5 en sus et un sacrifice de 
peche ; enfin, s'il Tegorge et vend, il paiera 4 ou 5 fois la valeur. » Or, pour - 
quoi est-il si coupable de l'egorger, puisqu'apres l'attraction sa situation 6ga- 
le celle d'un argument d'animal perdu, et puisqu'en cas d'un second argu- 
ment de vol l'auteur du faux serment n'est plus condamne, il ne devrait non 
plus l'etre pour avoir egorge la bete ? On peut justifler la Mischni en disant 
que le serment de vol a precede l'egorgement (ne l'ayant pas encore attiree lors 
du serment, il ne I'a pasacquise). Les disciples de R. Hiyab. Joulian disent de 
la justifier, en supposant que I'animal a ete egorge etant couche. Peut-il y avoir 
egorgement sans cession duprochain, qui, iciest une confirmation du vol (et 
des lorsle defendeur, convaincu devol malgre son aveu, devrait payer le dou- 
ble) ? Notre Mischnfi. se conforme k l'avis de Somkos, qui dit : meme lorsque 
les temoins n'attestent que l'egorgement et la vente, non le vol, cela suffit 
(son aveu de vol est alors valable et le dispense du double). Selon Samuel, on 
suppose que nul temoin n'est venu rien attester (ce qui justifie la dispense) ; 
mais si les temoins attestent l'egorgement, ce qui implique le vol, le deposi- 
taire est condamne. Resch Lakisch dit: sienvoyant venirles temoins du vol 
il l'avoue de suite, cetaveu est sans valeur (provoque par leur arriv6e), et il 
sera condamne ; mais si voyant venir les temoins de l'egorgement il avoue le 
vol, comme cet aveu est sans valeur (n'etant pas provoque), il dispense le de- 
positaire de payer le double. R. Zeira demanda : si quelqu'un, accuse par son 
prochain d'avoir violent^ la fille de celui-ci, reconnalt le fait en voyant arriver 



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174 TRAIT* SCHEBOUOTH 

les temoins de la violence, tiendra-ton compte de I'aveu tardif pour le dispenser 
de Tamende, ou non ? Ce point, dit R. Hanina, depend de la discussion emise 
dans la Mischna (V, 5) : Comme R. Simon dit plus haut que la reclamation es- 
sentielle consistait dans Tamende, celui qui cherche a s'en defendre par Taveu 
ne se soumet plus a rien ; Taveu est done nul, et de mSme ici par la survenue 
des t6moins il reste passible de la p6nalite. Selon les autres docteurs, l'essentiel 
de la reclamation ne consiste pas dans Tamende (mais dans le prix a payer 
pour la honte et le dommage) ; d£s lors, Taveu de la faute, entralnant une 
somme a payer, a sa valeur, et le defendeur sera du moins exempts de 
l'amende . 

4 (5) Le proprietaire dit k celui qui a lou£ Tanimal : t Oft est mon 
boeuf ? », et l'autre repond que Tanimal est mort, au lieu que celui-ci 
s'est brise un membre, ou a 6t6 enleve, ou vole, ou perdu; ou bien si le 
loueur dit que ranimal est brise, au lieu qu'il est mort, ou a £t6 enlev6, 
ou vole, ou perdu ; oubien si le loueur dit que ranimal a 6t6 enleve, au 
lieu qu'il est mort, ou brise, ou vole, ou perdu ; ou bien si la declara- 
tion dit « vole », au lieude : mort, ou brise, ou enleve, ou perdu ; ou 
bien si Tanimal est declare perdu, au lieu qu'il est mort, ou brise, ou 
enleve, ou vote ; sur quoi le proprietaire dit au loueur : c Je te conjure *, 
et celui-ci y consent en disant : Amen, il est absous. 

(6). Le proprietaire demande au loueur : c ou est mon boeuf ? » , et 
celui-ci repond ; c je ne sais ce que tu dis », tandis que Tanimal est 
mort, ou s'est brise un membre, oua 6t6 enleve, ou vote, ou perdu ; sur 
quoi le proprietaire dit : c Je te conjure >, et le loueur r£plique : Amen, 
il est condamnable. Le proprietaire dit au gardien salari6 ou au loca- 
taire de ranimal : c Ou est mon boeuf ? », et celui-ci repond que ranimal 
est mort, tandis qu'il est brise, ou enleve ; ou si l'animal est declare 
brise, au lieu de : mort, ou enleve ; ou bien s'il est declare enleve, au 
lieu de mort ou brise ; ou s'il est declare vole, au lieu de perdu ; ou 
bien s'il est declare perdu, au lieu de vole ; sur quoi, le proprietaire con- 
jure Tinterpelie, quireplique : Amen ; celui-ci est absous. De mfime, si 
ranimal est declare mort, ou brise, ou enleve, au lieu d'etre en rtalite 
vole ou perdu, sur quoi, le proprietaire conjure Tinterpelie, qui replique : 
Amen; ce dernier est coupable si ranimal est declare perdu ou vol 6, 
au lieu qu'il est mort, ou brise, ou enleve ; sur quoi le proprietaire con- 
jure Tinterpelie, qui replique : Amen ; ce dernier est absous. Voici la 
regie : Celui qui jure faux, en deplapant seulement une obligation contre 
une autre semblable, ou une dispense de remboursement contre une 
autre dispense, ou une dispense contre une obligation, est absous ; 
mais s'il modifie Tobligation en dispense (entralnant un dommage), il 



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CHAPITRE VIII 175 

est coup able. G'est que le serraent qui a pour suite de manager rint6rftt 
du dSfendeur enlraine sa culpability ; tandis que le serment fait k son 
prejudice motive l'absolution. 

On a enseigne : si Ton jure sans avantager ni prejudicier (laissantles cho- 
ses en l'etat), on est condamnable. En effet, dit Rabbi, unenseignement le con- 
firme * en disant : Si le proprietaire reclame son bceuf au gardien gratuit, ou 
a l'emprunteur, ou au gardien salarie\ lequel repond n'en rien savoir, et sur 
l\)bjurgation qui luiest faite replique: Amen, puis confesse Tavoir mange, 
est coupable (le serment suivi d'aveu a laisse lea choses en Tetat). Si le d6fen- 
deur dit que l'animal est mort, le demandeur peut-il deTerer au gardien le ser- 
ment qu'il ne Fa pas chezlui, ayant voulu le voler (passible de penalite du 
double) ? A quoi bon ce serment, fut-il replique, puisqu'il faudra toujours 
payer ? Non, voici la position de la question : « bien que tu me remettes des 
sommes, je te reclame mon bien en nature » (il le fait jurer dans ce but). 

1. Tossefta & ce tr., ch. 6. , 



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TRAITfi ABODA ZARA 



GHAPITRE PREMIER 



1. Trois jours avant les grandes fetes des pai'ens *, il faut Sviter d'avoir 
des relations commerciales avec eux, de leur prater des objets ou d'en 
emprunter 2 , de leurfaireunprfit ou un emprunt d'argent, deleurlivrer ou 
de recevoir d'eux, un paiement. R. Juda dit : II est permis de se faire 
payer d'eux, parce que c'est un ennui pour eux (et n'est pas une 
participation & la fete). Les autres docteurs lui rSpliqu&rent : s'il est 
vrai qu'une telle reclamation est un ennui momentan£, elle donne plus 
tard de la joie (c'est interdit). 

2. R. Ismaeldit : Tinterdit a lieu aussibien trois jours avant les fetes 
que trois jours aprfes ; selon les autres docteurs, c'est seulement inter- 
dit avant, non apres. 

R. Hamab. Ouqba d6duit le delai de 3 jours en tous les cas precites, de 
ce qu'il est dit (Amos IV, 4) :Aumatin ttsapportaient leurs off randes pour les3 
jours de vos dimes 2 (c'etait done Tusage de se preparer k la fete idol&tre 3 
jours d'avance). Mais, dit R. Yosse, s'il en est ainsi, on devrait adopter le 
meme d6lai pour les juifs de la captivity ; or on a enseigne 3 que, selon Nahum. 
le M&le, le premier jour seul avant la fete idol&tre les interdits precites sont 
applicables hors de la Palestine? Pourquoi, fut-il r^plique, Nahum est-il decet 
avis ? Parce qu'il resulte de 1'enquSte faite qu'au moment od les Juifs Gtaient 
captifs les idol&tres ne se preparaient k la fete que la veille, et ce jour seul fut 
interdit, tandis qu'auparavant l'enquete faite demontra que les idolitres se 
preparaient durant 3 jours, et les 3 jours furent interdits. Puisque R. Yoss6 
ne parait pas appliquer aux 3 jours le verset precite « Au matin ilsapportaient 
leurs sacriOces, etc. », k quoi se refere ce vorset ? Au regne de Jeroboam (bl&- 
m6 par Amos) : des que ce roi regna sur Israel, il commenga a d6tourner 
Israel du culte divin et Tengagea k se tourner vers les idoles, sous pretexte 
que celles-ci sont plus liberates, et permet ce que la Loi defend. Ainsi, il est dit 
(Isai'e, VII, 6) : Montons contreJuda, effrayons-le, battons-le en brdche ; et 
nommons pour roi au milieu <Teux le fils de Tabel. Or, dit R. Aba, nous 
avons eu beau chercherdans toute la Bible, et n'avons trouv6 nulle part un 

1. Gf. tr. Berakhdth, VIII, 7. 2. Litteralement : et vos dimes tous les 3 
jours. 3. Tossefta & ce tr., ch. 1. 



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CHAPITRE PREMIER 177 

hoinme du nom de Tabel ; on veut done designer par la celui qui cherche a 
faire du bien a ses serviteurs. En effet, la Loi dit (1 Sam., II, 28) : Choisis-le 
(Ventre loutes les tribus d' Israel pour me servir de prttre, tandis que de 
l'idol&tre il est dit (I Rois, XII, 31) : 11 fit des prttres de partie imp, le 
peuple ; e'est a-dire, explique R. Ila, des gens de rebut de la populace. La 
Loi a dit (Exode, XXIII, 18) : la graisse de Voffrandea ma fete ne devra pas 
sejourner jusqu'au matin ; mais pour Tidol&trie il est dit (Amos, IV, 4) : 
lis out offert leurs sacrifices au matin. La loi a dit (Levit. XIX, 6): Au jour 
ouilestoflertonlema7igera,nonlelendernain;msL\s pour le sacrifice k Tidole 
il est dit (Amos, ib.) : d 3 jours de vos dimes. La loi dit (Exode, ibid.) : Tu ne 
repandras pas pris dupain levS lesang de mon sacrifice; mais pour Tidol4- 
trie il est dit (Amos, ib.) : Pour I'oblation de V action de grdce vous faites 
des par f urns depain lev* * . La Loi dit (Deuter., XXIII, 22) : Si tu fais un 
xkbu a Vftternel ton Dim, ne tarde pas d le realiser ; mais pour Tidol&trie il 
est dit (Amos, ib.) : proclamez les dons, et publiez-les (sans souci du 
temps). 

R. Judan pere de R. Mathnia dit que la honte d'Israel est exposee dans 
ce verset (Osee VII, 5) : Au jour de notre roi, on a rendu malades les gou- 
vernants par le vin ; il a tendu la main aux moqu&urs. Le jour ou Jero- 
boam monta sur le trdne d'Israel, tous les israelites vinrent, et versle soir ils 
Tengagerent k adorer les idoles ensemble. Non, dit-il, vers le soir je parais 
ivre sans PStre, car tous ont bu ; si vous le voulez, allez et revenez k cet effet 
le matin, bien dispos, comme il est dit (ibid. 6) : Ils ont applique d dressei % 
des embUches leur cceur semblable d un four ; le boulanger a dormi tome 
la nuit. Or, croyez-vous bien que le boulanger (celui qui excite les passions) 
dorme la nuit ? Au contraire (ibid., 7): aumati?i, il brttle comme laflamme 
du feu. A leur arrivSe le matin, il leur dit : Maintenant je vois que vous 6tes 
bien disposes, mais je crains que votre Synhedrion (tribunal superieur) ne 
me condamne k mort. Ils repliquerent : « nous les tuerons », comme il est 
dit (ibid., 7): lis sonttous ichauffes comme un four et dtivorent leurs juges. 
R. Levi dit qu'en effet ils les tuerent, supposant (au premier verset precite 
d'Amos) une allusion au sens de cadavre, selon le terme horaonyme (Deut., 
XXI, 1) : Si Von trouve un cadavre. Selon R. Ila, les juges furent seule- 
ment destitues deleur dignite, si Ton explique en ce sens ledit verset : Au 
jour de notre roi % on a d6plac6 les gouvernants par Veftet du vin ; ainsi, 
e'est au jour oil nos gouvernants sont devenus des gens profanes. Qui les a 
pouss6s dans cette voie ? C'est la colere produite par le vin, dont ils etaient 
avides, en tendant la main aux moqueurs. Lorsque le roi voyait un homme 
probe, il faisait asseoir aupres de lui deux moqueurs impies, qui lui disaient : 
Quelle est la meilleure des generations ? Celle du sejour d'Israel au desert, 
repondait le juste. Mais, repliquaient ceux-ci, n'etaient-cepas des idoldtres? En 
raison de Taffection divine pour eux, repondait le juste, ils n'ont pas ete pu- 
1. Litteral. : Faites iumer vos ofirandes d'action de gr&ces avec du levain. 
T. xi 12 



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178 TRAIT* ABODA ZARA 

nis da crime d'idol&trie. Et ils disaient : tais-toi, car le roi veut agir ainsi, a* 
l'augmentant m6me, car les gens du desert ont fait un veau d'or, mais le roi 
veut en eriger deux, comme il est dit (I Rois, XII, 29) : /{ plaga Vun & Beth- 
el et V autre & Dan. L'orgueil de Jeroboam l'a pouss6 k agir ainsi. 

R. Yoss6 b. Jacob dit : k la fin d'une periode agraire de 7 ans (ou grande 
rGunion), le roi J6roboam monta sur le trdned'Isragl, comme il est dit (Deu- 
t6r., XXXI, 10): « Au bout de 7 ans, a la fete de Tan du repos agraire, a la so- 
lennite des tentes, lorsque tout Israel viendra pour voir la face de l'Eternel 
ton Dieu, dans le lieu qu'il choisira, tu liras cette loi en face de tout Israel 
k leurs oreilles. » Or, le roi se dit : lorsque nous monterons et que je devrai 
lire, les assistants diront que le roi de la locality * doit avoir la prominence : 
si je lis le second, c'est une honte pour moi ; si je nelis pas du tout, je serai 
m6pris6; si je laisse le peuple aller seul a Jerusalem, il m'abandonnera pour se 
ranger sous les ordres de Roboam, fiis de Salomoo, comme il est 6crit (I 
Rois, XII, 27) : Lorsque le peuple montera pour offrir des sacrifices dans 
la maison du Seigneur a Jerusalem, le cceur de ces gens se tournera vers 
lew maitre, vers Roboam. Pour y obvier, voici ce que Jeroboam fit : il 
dressa comme idoles deux veaux sur lesquels il ecrivit cet avertissement : 
« ils te tueront », en donnant Tordre a ses successeurs de regarder cet 6crit 
(et de se premunir). De m6me, dit R. Houna, il est dit (Ps. LVIII, 6) : II 
/S' rtentend pas la voix du devin, ducharmeur expert en charmes, en ce sens 
" qu'il avisait le roi futur k agir comme lui dans la voie du mal. 

R. Houna explique aussi ce verset (Os6e, V, 2) : On a invents des moyens 
profonds d'dgorger les rivoltis^n ce sens que Ton a appro fondi l'irapiet6en di- 
sant que le roi tuera celui qui r6v61eraitle sens de l'avis inscrit (que Ton pre- 
nait pour un ordre de rev6rer I'idole). De m&ne, dit R. Abin b. Cahana, on 
trouveque Jeroboam imagina une fixation fausse des jours de sabbat et des 
fetes (pour derouter les pel eria ages a Jerusalem), comme il est dit (I Rois XII, 
32) : Jgroboam inslitua une f£te au VIII e mois le quinze du mois pour la f&te 
c&ebree en Jud6e, et il monta a Tautel ; il agit ainsi a Beth-el pour sacrifie 
k une date imagined par lui. Or, il est 6crit : en outre, dans le m6me sens 
que en dehors des sabbats de Dieu (L6vit., XXIII, 38), en vue de leur ex- 
clusion. 

On a enseigne : si transgressant par megarde l'interdit on a trafique avec 
les paiens en ces jours, il est permis de jouir durevenu ; et mSme, ajoute R. 
Jacob b. Aha ou R. Yosse au nom de R. Yohanan, si c'est le jour de la solen- 
nite paienne. On a en effet appris : la seule permission en cas de fait accompli 
se refere aux relations avec un pai'en inconnu ; mais avec celui que Ton con- 
nait, c'est permis aussi en principe, parce qu'alors Techange commercial ne 
constitue qu'une complaisance. II est dit : si entrant dans une ville paienne 
on trouve ses habitants en r&jouissance, on prendra part a leur joie, afin de 
se montrer gracieux k leur egard. Unofficier ducenaire (ducenarius) avail of- 

1. Roboam, roi de Juda. 



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CHAPITRE PREMIER 47* 

fert k R. Judan Naci un plat (Naxos) plein de dinars, comme present de fdte; 
Rabbi accepta uoe piice et rendit le reste ; puis ilconsulta R. Simon b. Lakisch 
pour savoir s'il pouvait la garder, celui-ci dit de s'interdire un tel profit et de 
le jeter k la mer. Pourquoi cette se vSrite a l'egard d'un pai'en connu et lorsqu'il 
s'agit d'un fait accompli (d'une acceptation efifectuee) ? A moi aussi, rSpliqua 
R. Abahou *, une permission analogue a etedemandSepar R. Gamaliel b. Rabbi, 
s'il est permis d'aller au marchSdes paiens pour faire du commerce avec eux, 
et je l'ai defendu. Mais n'a-t-on pas enseign6 * qu'il est permis d'aller au mar- 
ch6 des paiens pour leur acheter des esclaves et des paiens ; sur quoi Resch 
Lakisch ajoute qu'il n'est pas seulement permis d'acheter des esclaves juifs, 
mais aussi des paiens, afm de les rapprocher ainsi du giron de la synagogue 
juive ? Pourquoi done defendit-il •£ Rabbi d'accepter le dinar ? Or, on com- 
prend qu'a R. Gamaliel, un homme inferieur, R. Abahou Fait interdit, afin de 
le premunir contre les fr6quentations dangereuses ; mais comment justifier 
cette craintea 1'egard de R. Judan Naci, un personnage important? Resch 
Lakisch agit ainsi a titre d'exemple (pour ne pas laisser entrainer les igno- 
rants a agir de meme k l'egard d'un inconnu). 

On comprend qu'il soit defendu de leur donner en location (en raison du 
profit ultSrieur k en tirer) ; mais pourquoi est-il defendu de louer d'eux ? II 
est a craindre que le proprigtaire paien qui oblige l'lsraelite l'entrafne chez 
Jui k I'idol&trie. On comprend l'interdit de leur prater; pourquoi est-il de- 
fendu de leur emprunter ? On craiDt les suites d'une complaisance. On com- 
prend la defense deles payer; pourquoi est-il defendu de faire se payer d'eux? 
Pour ne pas laisser croire au pai'en que l'influence de son idole lui a permis 
de s'acquitter. R. Aba b. Tablai dit au nom de Rab : s'il s'agit d'un pr£t en 
danger d'Stre perdu, il est permis de l'encaisser en ce jour. De m6me on a 
enseigne : un pr£t risqu6 est celui qui a et6 fait devant temoins, mais verbal 
(on peut l'encaisser) ; mais il n'est pas risque s'il y a contrat (et il est interdit 
de l'encaisser). Toutefois, malgrS le contrat on ne r&issit pas toujours k se 
faire payer le dft, et e'est risque. De quel pret garanti la Mischni parle-t-elle 
pour Tinterdire ? Le pret non base sur uq gage est risque ; mais celui qui est 
gage n'est pas risqug (et sera interdit). On trouve aussi un enseignement 
qui confirme le premier dire : un pr£t verbal par devant temoins est expose 
a 6tre perdu, non celui qui est r6dige sur contrat. 

On a enseign6 ailleurs 3 : bien qu'une femme puisse proceder a la confec- 
tion d'ornements pour sa toilette pendant les jours de f&te, selon R. Juda, 
elle ne devra pas s'enduire la figure de chaux ; car, malgrtf le profit futur, ce 
proc6de l'enlaidit pour le moment. R. Haninaet R. Mena justifient diverse- 
ment cette divergence d'avis : d'apr^s l'un, R. Juda et les autres docteurs dif- 
ferent d'avis au sujet de la chaux, que la femme enl&vera encore pendant la 
ftte, et tous admettent l'interdit de la chaux qui ne sera enlevee qu'apres la 

1. V. Graetz, Geschichte, t. IV (2* 6dit.), p. 483. 2. Tossefta,ch. 2. 3. Tr. 
Moed Qaton, I, 7. 



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180 TRAIT* ABODA ZARA 

file ; d'apres le second, il y a divergence d'avis au sujet de la chaux que la 
femme enlevera seulement apres la fete, et tous permettent l'usage de la 
chaux a enlever pendant la fete. Jusque )&, on ne savait pas qui a profess^ 
chacune de ces opinions ; mais de ce que R. Hanina ou R. Yoss6 dit au nom de 
R. Yohanan que R. Juda se conforme sous ce rapport a son propre avis, et 
comme celui-ci dit qu'un enlaidissement m&me momentane* compte comme tel, de 
m6me un chagrin d'un instant compte aussi (etmalgre la satisfaction ulterieure 
de r acquit, c'est une peine pour Tinstant de payer, et il est permis de se 
faire payer du paieo) ; done, R. Hanina a professe l'avis que la discussion entre 
R. Juda et les autres sages se refere a Implication momentan6e de la chaux, 
R. Juda tenant compte de Tenlaidissement partiel, et tous interdisent Tusage 
de la chaux a enlever apres la fete. — *. 

Selon les compagnons d f etude, R. Ismael (de notre Mischnd) defend aussi 
les dites relations avec les paiens trois jours apres les fetes idol&tres, car en ces 
jours ils donnent de grands festins de rejouissance considers comme actes 
d'idol&trie. R. Aba dit : Comme le pai'en sait qu'il est deTendu au juif d'avoir 
avec lui des relations commerciales en ces jours, sa joie de fete en sera amoin- 
drie. Qu'importc en fait entre le motif donne par les compagnons et celui de 
R. Aba? II y a une difference sur le point de savoir s'il est permis de lui ceder 
des objets avant sa fete qui ne se conserveront pasjusqu'4 la fete: dapres 
l'avis des compagnons, c'est interdit, de crainte que le produit vendu soit 
conserve et serve au jour m6me de la fete ; d'apres l'avis de R. Aba (qui ne ' 
se pr^occupe pas de la crainte de prolonger les festins), il est permis de ven- 
dre de tels objets. R.Judan dit que le versetsuivant confirme l'opinion des com- 
pagnons d'6tude 2 , en disant (NehSmie, IX, 1) : Le 24 du VII 9 mois les Israe- 
lite s'assemblbiwit pourjeHner et pleurer, vttus de cilice et ay ant des cen- 
dres sur eux; or, pourquoi cette r6union n'eut-elle pas lieu le 23, lendemain 
de fete? Parce qu'en ce jour on acheve de se rejouir ; et il n'est pas admis- 
sible que Tajournement e&tpour cause la coincidence de cette date avec unjour 
de sabbat, car le 23 de ce mois ne saurait tomber en un samedi,selon la regie sur 
le calendrier juif qu'un kippour (10 Tisri) ne saurait e*tre un dimanche. Aquoi 
bon cette derniere regie, et R. Hounia nemeprise-t-il pas celui qui tente de 
deplacer le jour de Kippour? (Pourquoi done ne pas supposer, qu'alors le 23 
Tisri fut un Samedi?) J'ai fait lecalcul, dit R. Yohanan b. Marieh, et note 
qu'en l'anneeinvoquee au livre d'Ezra le 23 Tisri n'Stait pas un samedi. 

3. Les jours consid6r6s comme fetes 3 des paiens sont les suivants: les 
calendes, les saturnales, l'anniversaire de l'arriv6e au pouvoir (xporos), le 
jour d'installation du souverain, -^vests, Tannifersaire de naissance ou de 

4. Suit un passage que Ton retrouve plus correctement que dans le present 
texte et traduit tr. Schabbat, I, 7 (t. IV, p. 24). 2. Savoir que le lendemain 
de fete est encore un jour de rejouissance. 3. En raison des Calendes, qui 
sont citees de suite apres, le mot arameen VH fait penser aux Ides (il est 6ton- 
nant que ni J.Levy, ni Fleischer n'indiquent cette etymologic). 



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CHAPITRE PREMIER 181 

deces. Tel est Tavis de R. Meir. Les autres docteurs diseni : seule, la mort 
accompagnee d'une combustion (? incineration) constitueun acte idolatre; 
sans elle, ce n'est pas de l'idol&trie. 

— * Rab dit que la fete des Calendes aete institute par Adam. Lorsqu'il 
vit la nuit s'allonger (en hiver), il s'ecria : Malheur a moi ! peut-Stre vient-il 
celui dont il est dit (Genese, III, 15): tu le blesseras, pour me mordre, et il 
est dit aussi (Ps. CXXXIX, 11): Les Unebres me couvriront. En voyant le 
jour s'allonger, il s'ecria: DTjSp c.-a-d. xaXov 8ta* (le beau jour). C'est confor- 
me a I'avis de celui qui dit : le monde a 6te cree au mois de Tisri ; car, 
d'apres l'avig contraire, disant que le monde a ete cree au mois de Nissan, 
Adam avait dft se reudre compte en hiver du mouvement de prolongation des 
naits. R. Yosse b. R. Aboun dit : I'avis d'apres lequel le monde a ete* cr6e au 
mois de Tisseri emane de Rab, car l'ordre des benedictions tel qu'il a 6te* 
6tabli par Rab pour la sonnerie du Schofar,a lasolennitS du nouvel an, debute 
par les mots « en ce jour ton ceuvre commence », souvenir du premier jour 
de l'existence du monde, cr66 a cette date 3 . Au dire de R. Yohanan, ce n'est 
pas Adam qui institua les Calendes ; mais prevoyant les guerres soutenues 
entre le royaume d'figypte et celui de Rome, ces peupies se dirent : Jusqu'a 
quandnouscombattrons-nous en guerre, x©Xs|/.6$?Etablissons la regie que tout 
gouvernement qui dira a son chef d'armee de se jeter sur son epee, et sera 
aussitdt obei, sera proclamS le superieur et dominera sur les autres. Le chef 
de l'armee egyptienne ne voulut pas se devouer ; celui de Rome etait un 
vaillant vieillard, no ram 3 Januarius, ayant 12 Gls. Si tu nous £coutes, lui dit 
le peuple, nous ferons de tes fils des dues, (duces) des gouverneurs, lizxpyo^ 
et des chefs de corps, orpar^XdcTY]?. Ilobeit et se transper^a de son 6pee. Sur 
quoi, retentit ce cri : Cakndm Januarii (qui devint un nom de fete). Le 
lendemain fut institue comme jour de deuil, jx£Xaiva Yjjxepa. R- Judan 
d'Antondar dit : celui qui seme des lentilles en ce jour ne les verra pas 
reussir. 

Selon Rab, aux jours de Calendes il est interdit d'avoir des relations 
commerciales avec tout paien; selon R. Yohanan, ces relations ne sont inter- 
dites qu'avec ceux qui celebrent cette fete etadorentainsil'idole. Aux jours de 
saturnales, les rapports sont interdits avec touspaiens. Selon R. Yohanan, soil 
aux Calendes, soitaux saturnales, le commerce n'est interdit qu'avec les paiens 
qui celebrent ce jour de fete. Les compagnons d'etudes demanderent : est-ce que 
lesfemmesdecesidolatres speciaux sont considerees comme eux (entrainant le 

1. En tete est un passage traduit au tr. Berakhoth, VIII, 7 (t. I, p. 148). 
2. Non dies, selon la transcription (fautive a notre avis) de Wf, donnee par les 
commentaires et le Iexique de Levy. II faut, pensons-nous avec un hellemiste, 
adopter le grec Ata (accusatii de Zeuc) dans le sens d'eclat, d'oti, par derivation : 
jour. La jonction de xaX6v a dies serai t barbare, quoiquil y ait des exemplesrab- 
biniques d'union d'un mot grec avec un mot latin. 3. V. Rabba sur Levitique, 
ch. 29. 



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!82 TRAIT* ABODA ZARA 

m6me interdit), ou non ?D' autre part, R. Abahoudemanda : est-ce que le mur 
-zsiyps, de C6sar6e est consider comme idole ? Puisqu'en cette ville, fut-il rgpon- 
du, il y a beaucoup de Samaritains, on suppose qu'ils adorent en ce mur une 
idole secrete. On demanda aussi si Ton adore le mur de la locality de Doqim? 
(question non r6solue). R. Bivienvoya a R. Zeira pourlui demander Tenvoi 
d'une petite toile provenant des saturnales de la ville de Besan. R. Bivi vint 
demander a R. Yosse* si, en cas de fait accompli, c'est permis ; il avait suppose 
qu'il serait autorise\ conformement a Tavis pr^cit^ de R.Yohanan 1 , quipermet 
le fait accompli; mais R. Yosse enseigna que c'est interdit, d'apres l'avis de 
Resch Lakisch. 

Rab dit : la fe"te des Calendes a lieu 8 jours avant le solstice d'hiver, et 
celles des Saturnales 8 jours apres. R. Yohanan dit: la fe*te duTropiqueTpoic.x5$ 
arrive au commencement du printemps, ou de Tequinoxe. R. Aba dit au nom 
de Rab: il y a 3 fetes d'idolatres a Babylone et 3 autres en Medie. Les 3de la 
Babylonie sont dites : Mohuri, Conuni, et Convetha. Les 3 de la Medie sont : 
Nussardi, Teriaski, Moharneki. R. Hounadit au nom de R. Nahman b. Jacob 
que la f6te de Nuruz a lieu en Perse le 2 Adaret le 20 Adar, en Medie. — Le 
tcrme Saturnale equivaut (par decomposition des syllabes) au sens de haine 
cachee d'un ennemi vindicatif, comme il est dit (Genese, XXVII, 41): Esau 
eprouva une haineprofonde pour Jacob. R. Isaac b. R. fileazar dit : a Rome 
on nommeles chefs secateurs (jaloux) d'Esatt, et Ton appelle la f6te princi- 
pale, xpatfora, le jour ou la monarchie domina k Rome. Mais n'a-t-on pas 
deja trouveune allusion a cesujet(a propos de Torigine des Calendes)? Oui, 
dit R.YossS b. R. Aboun; maisil s'agitd'une seconde reprise del'autoritea 
Rome. 

R. Levi dit 2 : le jour ou Salomon s'allia avec Pharaon Nekho roi d'figypte 
/en epousant sa fille), Tange Michel 3 descendit du ciel, planta dans la mer 
une tige, puis surgit un banc de sable, cupv.q, surlequel poussa un grand 
bois. Telle est Torigine de la grande ville de Rome. Aujourou Jeroboam (peu 
aprcs) erigca les 2 veaux d'or, Remus et Romulus survinrent au dit bois et 
construisirent 2 faubourgs de Rome. Enfin au jour ou filie fut enleve (jour 
malheureux pour Israel), un roifut proclame a Rome, comme il est dit (I 
Rois, XXII, 48) : 11 r£\j avait pasalors do roi en Idum€e (Rome) : le gouver- 
neur ctait vice-roi. Lejourde la naissancedes rois est une fete, comme il est 
dit (Genese, XL, 20) : 77 arriva au 3* jour, celui ou Pharaon (tail n$, etc. 
C'est \k un motif de rejouissance publique, en outre de la calibration indivi- 
duelle d'un anaiversaire de naissance, comme on rappelle aussi par un anni- 
versaire le jour de la morl. Puisquil est 6crit (Jeremie, XXXIV, 5): tu 
mourras en paix, et comme on a brilli des parfums pour tes pkres on m 
brillcrapour toi, etc., qu'y a-t-il en celade contraire k Tusage juif? Voici 
done comment i! faut completer noire Mischnfc: Tenterrement qui comportede 

1. Ci-dessus, § 4. 2. Siffri, section Eqeb; Rabba sur Cantique, I, 6. 
3. Designe d'ordinaire comme propose & la protection de Rome. 



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CHAP1TRE PREMIER 183 

1 encens el la combustion des effets personnels au mortest un acle d'idolatre; 
sansquoi, non. 

3. Le jour ou le paien se coupe la barbe ou les cheveux, ou le jour 
de son arrivee de lamer, ou le jour de sa delivrance de la prison, ou le 
jour auquel il fait k son fils le repas nuptial, c'est la le jour interdit, bien 
entendu a regard de cet homme seul. 

Est-ce que l'interdit se refere a « ce jour » seulement, ou a tout anniver- 
saire de ce mime jour? Puisqu'il est dit ailleurs que le commerce est interdit 
le jour oil se rase le paien, ainsi que son fils, il ne s'agit que de ce jour meme, 
non de l'anniversaire. Toutefois, on peut r6pliquer qu'il s'agit sans doute 
dans cetenseignement de ce que te paien et son fils se sont ras&lem&ne jour 
(par ce motif, il n'est pas question la de jour, et Ton n'en peut rien conclure). 
Mais n'est-il pas dit d'autre part que le commerce est interdit au jour de les- 
tin du paien et de celui du fils (ou il s'agit bien de ce jour seul) ? On peut r6- 
pliquer aussi qu'a Tinstar de la simultaneite de seraser entre le pere et le fils, 
on peut supposer qu'ils se sont tous deux maries le meme jour (et des lors 
chaque anniversaire serait interdit). Mais n'est-il pas dit que la relation est 
interdite au jour de sa naissance et k celle de son fils (soit forcement k 2 jours 
differents, bien que le texte nV,mploie pas le terme jowr)1 On peut encoresup- 
poser qu'ily a coincidence de 2 dates, s'il arrive qu'au jour m§me adopte par 
le paien pour sa fete il lui soit ne un fils, et il a reuni les 2 rejouissances (de 
sorte que Ton ne peut rien objecter de ce detail, et en somme la premiere 
question posee reste non resolue). On a enseigne 1 : II n'est pas permisde 
surprendre frauduleusement la pens6e de quelqu'un, ni d'insister i inviter 
quelqu'un sans en avoir 1'intention, ni d'accabler de presents celui qui n'ac- 
cepterait pas, ni d'ouvrir pour quelqu'un un tonneaude vin d6ja vendu k un 
boutiquier ; on semble ainsi exposer une piece k se g&ter, tandis qu'en reality 
on ne risque rien, vu 1'engagement de vente. On ne doit pas accabler d'offres 
de service quelqu'un dont on sait qu'il ne les desire pas ; on entend par 14 
qu'un maltre de maison p. ex. insiste pour inviter quelqu'un a sa table deja 
encombree d'hdtes, en lui offrant de lui trouver un autre coin pour le placer et 
l'engageanta se laver les mains. Alors, c'etait l'usage a Jerusalem de tourner 
le cdte droit du rideau k gauche (pour indiquer la cldture, faute de place) — 2 . 

&. Si une idole se trouve dans une ville, il est permis (aux jours de 
ftte) d'avoir des relations avec les paiens hors de la ville ; si au contraire 
ridole est au dehors, les relations sont permises a rinterieur. Est-il per- 
mis d'y aller en un tel jour ? Si la route mene uniquementi cet endroit, 
c'estdefendu ; maissi par la route on peut encore aller ailleurs, il est permis 
d'y passer. S'il y a une fete d'idole dans une ville, dont les boutiques sont 

1. Tossefta au tr. Baba Qamma, ch. 7 ; V. aussi J., tr. Demai, IV, 6. 2. Suit 
un passage traduit ibid. (t. II, p. 173). 



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184 TRAITS ABODA ZARA 

les unes orn6es de couronnes et d'autres ne le sont pas, cas qui est sur- 
venu a Beth-Schean (Scythopolis), les docteurs disent que dans les bouti- 
ques orn6es on ne devra pas aller ; mais il est permis d'aller dans celles qui 
ne lesontpas. 

Pourquoi s'il y a une idole a I'interieur de la ville celle-ci est-elle toute in- 
terdile ? (II se peut que tous les habitants ne voient pas l'idole ?) II s'agit, 
repond Resch Lakish, d'un marche (en raison du va-et-vient, tous apergoi- 
vent l'idole). Mais alors comment etablir une distinction entrel'intSrieuretrex- 
terieur ? Le commerce sera interdit a I'interieur, parce qu'alors l'idole profite 
de l'octroi ; mais au dehors, oft l'idole ne profite pas de l'octroi, c'est permis, 
et merae au dehors si l'idole profite des revenus du marche, le commerce avec 
l'idol&tre sera d6fendu. Cependant, on a enseigne { qu'il est permis de se 
rendre au march6 des idol&tres pour y acheter des esclaves, ou des servantes, 
oudu b6tail, et Resch Lakish ajoute qu'il n'esl pas seulement permis d'ac- 
querir des esclaves hebreux, mais aussi des esclaves paiens, parce qu'on les 
rapproche ainsi du giron de la synagogue juive (pourquoi done admet-il ici 
qu'en cas d'arriveea un tel marche, le commerce avec le paien soit interdit) ? 
En outre, pourquoi y est-il dit que si Tony achate un vetement il faut le 
brAler, ou que d'un animal acquis il faut arracher les sabots (le rendre impro- 
pre), ou jeter a la mer l'argent gagne en',un tel lieu? On concoil l'obligation de 
detruire le vfitement acquis, ou l'argent gagne ; mais pourquoi en est-il de 
meme pour Panimal, dontil est dit daos un autre enseignement (precit6) que 
Tachat est permis sur un marche paien ? On peut repondre qu'il s'agit d'une 
transaction faite la, entre deux Israelites. Mais n'a-t-on pas enseigne que l'ar- 
gent provenant de la vente de son esclave a des paiens sera d'un usage in- 
terdit ? (Cela n'implique-t-il pas l'achat prealable de l'esclave a un paien ?) 
La aussi on peut supposer que l'lsraelite vendeur a acquis l'esclave paien d'un 
autre Israelite. A l'lsraelite qui se rend au march6 paien pour se livrer au 
commerce, on peut acheter lorsqu'il y va, car on contribue ainsi a detourner ces 
objelsd'un mauvais emploi (des pratiques idolalres) ; & son retour, on ne doit 
pas trafiquer avec lui, car l'argent qu'il a provient de I'idolaMrie. Cependant 
avec les paiens (aux mains desquels cet argent ne constitue pas d'ioterdit), il 
est permis de trafiquer, soit a leur aller, soit au retour. R. Abafils de R. Hiya 
b. Aba ditau nom de R. Yohanan qu'a un paien aubergiste il est permis d'a- 
cheter. Quoi ! demanda R. Zeira, ce serait defenduau marche, et permis dans 
une auberge ? Ce n'est pas de marchandises, wpaY^aTeia, que parle R. Yoha- 
nan (celles-ci sont en effet interdites, donnant a l'idole un profit de percep- 
tion, non chez un proprietaire). Aussi, R. Aba fils de R. Hiyab. Aba vint 
dire au nom de R. Yohanan : il est permis d'acheter des marchandises 
geneles a un paien aubergiste. 

R. Yohanan ou R. Abahou au nom de R. Yohanan dit : un animal echange 

1. Tossefta, & ce tr., ch. 1 ; Cf. ci-dessus, § 1. 



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CHAPITRE PREMIER 185 

contre une idole devient interdit. Quoi ! s'ecria R. Hisda, si le paien s'age- 
nouille devant l'animal, celuici ne serait pas interdit au juif, et il le devien- 
drait en cas d'echange contre une idole? Sans doute, cette defense se r6fere 
seulement a une marchandise au moment de sa remise au marche paien (de 
crainle qu'au jour de la fSte idol&tre il y ait un echange avec l'idole sans per- 
p6tuit£ d'interdit pour Israelite). En effet, R. Zeira ou R. Abahou dit au 
nom de R. Yohanan : l'interdit d'un animal echange contre une idole se re- 
fere au principe de ne pas vendre de denree d'un paien au marche ido- 
l&tre. R. Abahou defend de se rendre par bandes d'israelites au marche, afin 
d'6viter, selon un enseignement, de saluer un paien en son jour de fete dans 
un endroit public, oil il pourrait en tirer de la consideration. Si Ton croise un 
paien ce jour sur sa route, on le salue brievement. R Hiya b. Abaenvoya 
quelqu'un lui acheter des sandales au marche de Tyr. Comment, lui dit R. Ja- 
cob b. Aha, ach6tes-tu au marche paien, malgr6 l'interdit ? N'y as-tu jamais 
achete un petit pain, repliqua R. Hiya ? C'est different, reprit R. Jacob, car 
R. Yohanan dit qu'il n'est pas d^fendu d'y acheter de la nourriture. R. Simon 
b. Yohanan fit demander a R. Simon b. Yogadaq s'il pouvait s'enquerir au 
sujet du marche de Tyr (savoir s'il a ete voue a ridol&trie) ? Oui, fut-il repon- 
du 4 . Le premier jeta alors 2 livres (litra) de poivre au fourneau £<jyap(ov 
(pour ne pas en profiter). II s'y rendit et y trouva une inscription disant: 
« Moi Diocletien, empereur, j'ai dedie ce marche de Tyr au genie protecteur 
de mon frere 2 Heraclius pendant huitjours. » R. Isaac b. Nahman demanda a 
R. l.lanina comment il faut considerer le marche de Gaza : Si tu es jamais alle 
a Tyr, repondit l'interpelle, as-tu vu qu'un Israelite et un paien soient asso- 
cies a la meme marmite, sans que Tun eprouve la crainte que le paien verse . 
un objet interdit dans la marmite? Quoi, fut-il replique, kune question faite au 
sujet de Gaza, le rabbin oppose une autre question ! Comme R. Hanina n'avait 
pas Thabitude de professer un avis sans Tavoir entendu enoncer par son mai- 
tre, il repondit d'une fagon evasive a la question qui lui avait ete faite. Aussi 
R. Yosse b. Aboun, ou Aba b. b. Hana dit au nom de R. Yohanan : on inter- 
dit le commerce avec les pai'ens seulement dans les marches semblables k ce- 
lui de Botna 3 . On a enseigne de meme : des 3 marches de Gaza, d'Acco et 
de Botna, pour le dernier seul il y a certitude de destination idolatre. 

« Est-il permis d'y aller en un tel jour? », dit la Mischn&. A un Israelite pas- 
sager, c'est d6fendu (il pourrait paraitre y aller dans un but d'idol&trie) ; un 
habitant de la ville peut y aller, sans soupgon. A une caravane, le passage 
par un tel endroit est toujours permis, car elle a Thabitude des voyages et d6- 
placements. — Quant aux « boutiques orn6es », quel ornement constitue l'in- 
terdit? Selon R. Yohanan, il s'agit du myrthe; selon Resch Lakisch, quel 
que soit l'ornement, il motive l'interdit. Selon l'avis restrictif de R. Yohanan, 

1. V. Brull, Jahrbucher, an I, p. 191. 2. De mon colteguo; Levi traduit: 
Mitkaisers, et rend ob^plN, non par Archelaus, mais par H6raclfe, ou Mercure. 
3. V. Neubauer, Geographic, p. 262. 



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i86 TRAITE ABODA ZARA 

tout le myrthe (quelque nombreux qu'il soit) sera defendu en ce cas ; selon 
Resch Lakisch, seul le supplement servant 4 orner sera d'un usage interdit. 
Voici comment il faut entendre le supplement : si au lieu de tirer du magasin 
5 hottes de myrthe, comme d'habitude, le paien a pris dix hottes ; en admet- 
tant que les 5 hottes forment l'ornement habituel, elles seules sont interdites, 
comme ayant servi 4 l'idol&trie ; mais le reste des 5 autres hottes forme un 
ornement ordinaire, et n'est pas defendu. 

5. II est defendu de vendre aux paiens des pommes de pin, <rcp6(ltXov 
ou des figues hAtives avec leurs tiges, ou de l'encens, ou un coq blanc. 
R. Juda dit : on peut lui vendre un tel coq parmi d'autres ; lorsqu'on 
veut le lui vendre seul, on lui coupe un ergot avant de le vendre, de 
fajon k evitertoute participation a Pidoiatrie pour laquelle on n'offre pas 
d'animal defectueux. II est permis de vendre tous autres objets qui ne 
sont pas d6sign6s (pour Fidol&trie) ; mais s'ils sont d6sign6s pour un 
culle d'idole, c'est defendu. R. Meir defend aussi de vendre aux paiens 
de bons fruits de palmiers, SoxtuXo?, les datles sauvages et les glands, 
Nicolai *. 

Simon b. Aba dit au nom de R. Yohanan : comme il s'agit de « figues h&ti- 
ves avec leurs tiges », les pommes depin devront aussi etre munies de leur 
queue. — « Ni de l'encens ». On a enseigne 2 : Si Ton en a une botte complete 
(destinge 6videmment au commerce), il est permis de la lui vendre. On en- 
tend par botte, dit R. Juda b. Bethera, un paquet d'encens d'au moins 5 
maneh. A un prStre idol&tre il est defendu de vendre une telle quantit6 
(qu'il emploiera entire a l'idol&trie) ; mais s'il estm6decin (ell'emploie comme 
remede), c'est permis. A un paien commercjant, il esl permis de vendre l'en- 
cens par grande quantity ; mais si ce marchand est soupgonne de vendre 
exclusivement pour l'idol&trie, c'est defendu. — « Ni un coq blanc » f dit 
notre Mischnft (il semble resulter de la que si l'acquereur a demands un coq 
ordinaire, on peut lui ceder un coq blanc). R. Hiya enseigne que m6me en 
cas de demande d'un coq ordinaire, il n'est pas permis de vendre au paien un 
coq blanc. Cependant, cet avis n'est pas une opposition, et il le faut 6noncer, 
ainsi que celui de la Mischnfi, : Si nous n'avions que l'avis exprim6 par la 
Mischnft, non celui de R. Hiya, on aurait cru qu'au cas seul de demande ex* 
presse d'un coq blanc, il est defendu de le lui vendre ; mais si le paien a de- 
mande un coq ordinaire, il est permis de lui vendre un coq blanc, m£me isole 
(non au milieu d'autres coqs) ; il faut done apprendre par l'enseignement 
de R. Hiya que, mSme en ce dernier cas, la cession d'un coq blanc est d6- 
fendue (saufau milieu d'autres). Si au contraire nous ne commissions que 
1'opinionde R. Hiya, non celle de la Mischafc, on aurait pu supposer qu'il 
est permis de vendre un coq blanc au milieu d'autres coqs, sur une de- 
m ande de coq ordinaire, mais au paien qui demande formellemeni un coq 

i. V. Pline, Historia natur., 1. XIII, c. 4. CI. t.'H, p. 139. 2. -CUprts, f 7. 



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CHAPITRE PREMIER 187 

blanc, il serait defcndu de le vendre meme au milieu d'autres ; c'est pour- 
quoi il faut l'avis contraire de la Mischna, outre celui de R. Hiya. R. Aboun 
b. Hiya dit au contraire qu'il y a divergence entre les 2 avis precites ; car si 
le paien demandait qui veut lui vendre un coq, sans parler de blanc, un tel 
pourrait etre ced6 ; ce n'est interdit que si la demande pr6cise un coq blanc, 
parce qu'il est isole, mais avec d'autres il est certes permis. La question, 
selon R. Aboun, est de savoir si le paien voyant courir sur le fumier des 
coqs dont Tun est blanc, demande a qui ils sont pour les acheter : est-ce que 
cette vue sufflt a constituer la determination du blanc et entraine l'interdit 
ou non? (Tel est le point en litige). — De ce que la Mischna dit de « couper 
un ergot pour le rendre defectueux », s'il y a un defaut spontane peut-on le 
vendre ? Non, car il resulte d'un verset que Tanimal defectueux de naissance 
est susceptible d'etre sacrifie a l'idole, comme il est dit (Malakhie, I, 8) : Si 
vous amenez une bete aveugle & sacrifier, n J y a-t-il pas mal ? — « R. Meir 
defend aussi de vendre aux pai'ens de bons fruits de palmiers, les dattes sau- 
vages et les glands ». R. Hama b. Ouqba explique le second terme par Ga- 
ryotis (xapuar:i$). Selon R. Eleazar b. Yosse, c'est une sorte speciale d'herbe 
dite Kl3Tn i . Si malgr6 l'interdit on a vendu ces especes, peut-on en cas de 
fait accompli jouir du montant ? Oui, conformernent a 1'avis ulterieur de R. 
Eleazar 2 , qu'en cas de fait accompli de construction d'une'basilique on peut 
jouir du montant paye. 

6. Dans les locality ou il est d'usage de vendre du menu betail aux 
paiens,on peut aussi le faire en ces jours ; mais ou ce n'est pas Tusage, 
il faut s'en abstenir. Nulle pari on ne doit ieur vendre du gros bitail, ni 
des veaux, ni m&medes Anons, entiers ou non (aux pieds rompus). R. 
Juda permet de vendre ces derniers, et Ben Bethera permet de leur ven- 
dre des chevaux 8 . 

7. On ne devra leur vendre ni ours, ni lions, ni aucun animal pou- 
vant causer un dommage public. On ne les aidera pas a eriger une basi- 
lique, PaaiXtxt}, ni un amphitheatre k gradins (gradus), ni des hippodro- 
mes, <rza.Ua, ni des tribunes de lutles, ^\ml; mais on peut leur construire 
des monuments et des salles de bain; seulement, arrivant a la voute ou 
il s'agira de placer l'idole, on cessera de cooperer. 

De ce qu'il est dit (§ 7) : « de ne leur rien vendre pouvant causer un dom- 
mage public », il resulterait que si ce danger public n'existe pas, il est permis 
de Teriger. Done, aux cas oil la Mischn& interdit seulement d'aller dans cer- 
tains endroits, elle adopte l'avis de celui qui dit : La vue des serpents, des 
magiciens, des sorciers, de toutes especes de jeux comiques, ou de plaisante- 
ries, est interdite & titre de s^jour de la moquerie ; car il est dit (Ps. I, 1) : 
line s 1 est pas assis par mi les moqueurs. De tels spectacles mfinent k la ne- 

1. Datte s&che, dit L6vy, s. v. 2. Ci-aprfcs, § 7. 3. Toute la Guemara 
de ce § 5 tet traduite tr.Peeahim, IV, 7 (t. V, p. hi); Cf. tr. Baba Qairaiia, VII, 10. 



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188 TRAIT* ABODA ZARA 

gligence de la Loi, puisqu'il est dit aussitdt apres (ib. 2) : // ria de desir que 
pour la loi divine. Aller au thS&tre (theatrum) est defendu, parce qu'il peut 
entrainera Fidol&trie, dit R. Meir; selon les autres sages, c'est seulement 
defendu a ce titre au moment oil les representations font allusion k ridolfc- 
trie ; sans quoi, ce n'est defendu qu'k tilre de s6jour de la moquerie (ce qui 
est moins grave). Se rendre au theatre *, aOn d'appeler au secours en faveur 
d'un homme en danger sur la scene (et susciter ainsi la pitie), ou dans l'inte- 
ret public, est un acte permis ; mais il est defendu de se joindre aux acteurs. 
Prendre place k l'hippodrome, ou ont lieu les executions humaines, c'est par- 
ticiperaun meurtre juridique ; R. Nathan le permet a cause des deux faits 
qui peuvent arriver, soit d'interc6der en faveur d'un condamne et de lui obte- 
nir la vie sauve, soit de temoigner (k la suite de l'execution d'un homme) que 
sa femme devenue veuve peut se remarier. Si malgre la defense de construire 
une voftte on a passe outre, R. fileazar permet en cas de fait accompli de 
profiter du salaire pergu pour ce travail 2 . R. Mena, au contraire, dit qu'il lui 
semble devoir interdire la jouissance d'un tel salaire, en punition de ce qu'un 
Israelite a erige toute la route devant servir de support a l'idole. 

8. II ne fautpas faire d'ornements aux idoles, ni collier, ni boucle, ni 
bague. II ne faut pas (pour les temples des idoles) leur c&Ier des immeu- 
bles, mais des objets d6tach6s. R. Juda permet de leur vendre des objets 
encore adherents au sol, & condition que ces objets seront d£tach6s 
plus tard. 

9. II ne faut pas louer aux paiens des maisons en Palestine, encore 
moins des champs. En Syrie, on peut leur louer des maisons, non des 
terrains. Enfin, en dehors de la Palestine, on pent leur vendre des mai- 
sons et louer des champs, selon R. Meir. R. Yosse dit qu'en dehors de la 
Palestine, on peut leur vendre des maisons et des champs ; en Palestine 
m6me, on leur loue des maisons, non des champs, et en Syrie on peut 
mfeme leur vendre des maisons et louer des champs. 

R. Aboun b. Hiya demanda : est-ce qu'au sujet de la vente du gros betail 
R. Juda est aussi en opposition avec le pr^opinant, et admet-il la vente d'un 
tel animal k condition de T6gorger (comme il « permet de vendre des objets 
encore adherents au sol, k condition de les detacher plus tard ») ? On trouve 
effectivement un enseignement ou il est dit que la raeme discussion existe au 
sujet du gros betail, et selon R. Juda 8 , il est permis de vendre un tel ani- 
mal a condition de l'egorger. 

R. Zeira (§ 9) au nom de R. Yosse b. Hanina, ou R. Aba ou R. Hiya au 
nom de R. Yohanan, interprete Texpression biblique tu n'cmras pas pitie 
d'eux (Deuteron., VII, 2), en ce sens : tu ne leur reconnattras pas de grftce, 
ou : tu ne leur feras pas de don gratis, ou encore : tu ne leur donneras pas de 

1 Tossefta, ch. 2. 2. V. ci-apr&s, § 5 fin. 3. V. tr. Bekhoroth, I, 1. 



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CHAPITRE PREMIER 189 

domicile fixe dans le pays i . Mais notre Mischnfc ne vient-elle pas de dire : 
« Selon R. Yosse, ea Palestine raSme on leur loue des maisons » ? II est per- 
mis de leurlouer des maisons, parce que Ton n'en tire pas de fruits, mais non 
des champs dont on tire des fruits. R. Yoss6 b. R. Aboun a professe qu'il est 
d6fendu de louer aux pai'ens un terrain pour une sepulture en Palestine, en 
vertu du verset precit6, prescrivant de ne pas faire reposer les pai'ens en Terre 
Sainte. Du menie texte on deduit la defense de leur donner des presents gra- 
iuits. Mais n'a-t-on pas appris 2 qu'il est arrive a R. Gamaliel, se trouvant en 
route, de voir a terre un petit pain ; il dit 4 son serviteur Tobie de le ramas- 
ser. Puis, voyant venir &lui un pa'ien, il lui dit : Mobgai, accepte ce petit pain 
en don. Aussitdt R. llai courut apres lui et lui demanda quel est son nom : 
« Mobgai, repondit-il. Et d'ou es-tu? Des locality d'habitants debourgs. Est- 
ce que jamais R. Gamaliel t'a connu? Non. » Ce fait prouve que R. Gamaliel 
avait devine le nom du passant par Inspiration du Saint-Esprit. 

II nous a enseignS trois objets : 1° il n'est pas permis de passer aupr6s des 
mets que Ton trouverait sur sa route, sans les mettre de c6t6 pour les 
preserver, 2° le pain leve d'un pa'ien est d'une consommation .permise apres 
la P&que de suite (quoique fait auparavant), 3° on doit suivre la route ou pas- 
sent la plupart des voyageurs. Toutefois, dit R. Jacob b. Zabdi au nom de R. 
Abahou 3 , cela n'a ete dit qu'en principe ; mais maintenant, il est permis de 
passer outre, de crainte que ces objets n'aient ete mis la dans un but de sor- 
tilege. 

A sa sortie de la ville de Kezib, un homme vint consulter R. Gamaliel pour 
obtenir de lui l'annulation d'un vceu. Le rabbin dit a son compagnon de re- 
pondre au consultant qu'ayant bu un quart de mesure de vin italien, il ne se 
sent pas en etat assez libre pour se prononcer. Bien, dit 1'autre. Le rabbin dit 
alors au consultant : prom&ne-toi un peu avec nous, jusqu'A ce que l'effet 
troublant du vin se soit pass6. Arrive a Techelle de Tyr, R. Gamaliel descen- 
dit dans une chambre, s'enveloppa la t&te pour mediter, s'assit pour juger et 
d£clara le vceu lev6 (rhomme liber6). Par ces paroles, nous apprenons : 
1° qu'un quart de mesure de vin peut rendre ivre, 2° que la marche calme 
l'effet du vin, 3° que Ton ne donne pas de consultation au sujet du vceu et que 
Von ne professe pas d'avis en etat d'ivresse, 4° enfin on ne libere personne 
d'un vceu en marchant, mais en siegeant la tete enveloppee. Selon R. Yoha- 
nan, il faut commencer par dire k l'auteur inconsid^re d'un vceu ces mots 
(Prov., XII, 18) : Ses paroles sont comme des pointes &6p4e (elles bles3ent 
faute de prudence). 

Apres Tinterdit par voeu de jouir p. ex. d'un pain, il y a double inconvenient, 
soit qu'on le mange, soit qu'on ne le mange pas 4 : si on le mange, on trans- 

1. Ces diverses acceptions sont comprises sous le m6me radical p. 2. V. 
B., tr. Eroubin, f. 64«; Tossefta 4 ce tr., ch. 2; Rabba sur L^vitique, ch. 37. 
3. V. J., tr. Demal, III, 3 (t. II, p. 160). 4. J., tr. Nedarim, IX, 1 (t. VIII, p. 

224). 



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190 THATTt A0ODA ZARA 

grease le voeu d'interdit ; si on ne le mange pas, on p£che contre son propre 
corps (par la privation). Que faire done? Se rendre chez un savant qui trou- 
vera le moyen de delier le voeu, comme il est dit (ibid., 18): la tongue (la 
decision) des savants gu&rit — *. 

R. Simon ou R. Abahou dit au nom de R. Yosse b. Hanina : une coiffeuse 
israelite ne devra pas coiffer une paienne en vertu de la rdgle preciWe de ne 
pas provoquer de gr&ce par mi eux. De mSme, un isra&ite ne devra pas etre 
le garQon d'honneur d'un fiancS paien, en raison du principe de « nepas sil- 
lier k eux » (m6me par la pensee). R. Isaac b. Gofta fit une objection devant 
R. Mena : puisqu'il est dej& dit (§ 3) que Ton ne doit pas prendre part k son 
festin, n'est-ii pas k plus forte raison defendu d'etre son gargon d'honneur? 
C'est pour dire que ce dernier, en le devenant, transgresse une defense nega- 
tive. R. Simon avaitdes vignes au Mont royal et demanda k R. Yohanan s'il 
est permis de les louer aux paiens? Non, rSpondit le rabbi, il vaut mieux les 
laisser en friche que de les louer aux pai'ens — 2 . 

10 (9). Cependant, rafime lorsqu'on a permis de louer aux paiens une 
construction, cette faculte ne s'&end pas aux demeures, car le paTen y 
apporterait son idole, comme il est dit (DeutSron., X, 22) : tu n'apporte- 
ras pas d' abomination dans ta demeure. Nulle part, on ne devra lui 
louer une maison de bains, car elle porterait le nom du propriStaire 
(tandis que le locataire s'y livrerait & des travaux le sabbat). 

11 r&ulte dc la Mischnd que, dans les locality oh il est d'usage de vendre 
aux paiens (hors de la Palestine), il est permis soit de leur vendre, soit deleur 
louer, m&me une demeure fixe. R. Aha ou R. Tanhoum b. Hiyaditaunomde 
R. fiteazar b. R. Yosse : ou la location est interdite, on ne pourra meme pas 
louer une petite piece, comme celles des ateliers, Bupjbtrj, k Tyr ; de sorte 
qu'en somme ce n'est pas la maison enti&re qui estseule interdite, mais m£me 
une chambre. Si de deux cours, est-il dit 3 , Tune est placee k Tint^rieur de 
I'autre, les produits qui se trouvent dans la cour interieure sont soumis aux 
dimes, non ceux dela cour exterieure. Mais si une cour a ete divis6e plus tard 
en deux, ou si de deux cours on a fait une seule, quelle sera la rggle pour la 
dime? (question non resolue). — R. Abin dit au nom des rabbins de la-bas 
(Babylone) : de ce que notre Mischnfc interdit la location du bain, « car il 
porterait le nom du proprietaire », il resulte qu'il est aussi defendu de louer 
au paien un champ situ£ au bord de la route (en vue du public) ; car dans ce 
terrain, portant le nom de son proprietaire, on se livrerait k la culture les 
jours de sabbat et de f&tes. 



1. Suit un passage traduit tr. Berakhoth, IX, 2 (t. I, p. 159). 2. Pour la 
suite et fin du §, d6j& traduite, voir tr. Demai, VI, 1 (t. If, p. 191). 3. Tr. 
Maasseroth, III, 6. 



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CHAPITREII 191 



CHAPITRE II 



1. II ne faut pas laisser chez les paiens (sauvages)un animal, car ils 
pourraient commettre sur lui un vice honteux ; une ferame ne doit pas 
rester seule avec eux, car ils sont soupgonnis de relations illicites. Meme 
un homme ne doit pas rester seul avec eux, car ils pourraient l'assassi- 
ner. 

Une femme isra&ite ne doit pas accepter les fonctions de sage-femme 
chez une paienne (suspecte), car elle 61&verait un enfant destine iservir 
des idoles ; mais on peut laisser une paienne accoucher chez une isra&ite. 
Une femme isra61ite ne doit pas devenir la nourrice du fils d'un paien 
(suspect), mais on peut laisser une paienne se placer comme nourrice de 
l'enfant d'un isra61ite, k la condition qu'elle reste chez la mfere *. 

R. Z$ira ou R. Abahou dit au nom de R. Yosse b. Hanina, R. Aba ou R. 
Ydna : l'avis de la Mischn&, craignant que l'animal serve k un crime contre 
nature, ne s'explique que selon R. fiteazar, qui dit 2 de ne pas acheter d'ani- 
mal par la susdite crainte (que les autres docteurs n'6prouvent pas). Mais, 
demanda R. Ydna, pourquoi ne pas s'efforcer d'expliquer la Mischnfc selon 
l'avis de tous, mSme des autres docteurs, dans le sens exprim6 par R. filgazar 
au nom de Rab 3 , que mSme celui qui autorise la vente du menu betail aux 
paiens defend de le laisser isolg chez eux, par crainte du crime pr6cite? Ou 
faut-il invoquer pour la permission le cas du fait accompli, et supposer 
qu'en principe l'isolement de Tanimal est aussi defendu paries docteurs? 
Cette question pourra 6tre rSsolue k Taide de ce qu'il est dit 4 : Si une femme 
a et£ retenue comme captive par des paiens pour cause d'argent, elle reste 
permise k son mari (sans etre soupgonnee de violence, bien qu'ici il soit 
d£fendu k une femme mariee de rester seule avec des paiens). Toutefois, dit 
R. Yoss6, on ne peut rien prouver de ce dernier cas relatif k la femme ; car 
elle a l'habitude de crier en cas de tentative de viol (et le paien qui le sait ne 
s'y expose pas, de crainte de perdre Targent qu'il reclame en la d6tenant). 
Ne peut-il pas arriver qu'il s'agisse d'une femme sourde-muette, qui ne peut 
crier ? Encore s'exprimerait-elle par signes. En somme, que rSpondre si Ton 
distingue entre le principe et le fait accompli ? On explique alors notre Mis- 
chnft (comme ci-dessus) d'apres l'avis de R. fileazar, qui dit de ne pas ache- 
ter l'animal d'un paien, par la susdite crainte. Les compagnons d'6tude ont 
suppose que R. £l£azar et les docteurs discutent seulement (sans 6prouver le 
80up$on en question) au sujet de la vache rousse, en raison du degre supg- 

1. EUe pourrait Tassassiner, dit Raschi, si elle le prenait chez elle. 2. Tr. 
Para, II, 1. 3. Cf . ci-dessus, 1, 6. 4. Tr. Kethouboth, II, 10. 



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192 TRAIT* ABODA ZARA 

rieur de gravity attache k celle-ci 1, et que Ton aurait traitee avec negligence ; 
mais de ce qu'& Tavis de R. £l6azar les sages ont oppose ce verset (Isai'e, 
LX, 7) : Toutes les brebfs de Qedar sont assemblies vers toi et seront agrees 
sur mon autel y il resulte qu'en ceci les autres docteurs adoptent l'avis de 
R. fileazar, qui ailleurs est d'un autre avis et craint le crime susdit. Mais, 
objecta R. Oschia, peut-on appliquer un sujet futur (tel que celui vise par le 
verset precite) k une question de fait accompli en notre temps, conteste par 
R. Eleazar? De meme, demanda R. Abin, comment refuter & Taide d'une 
question de mauvais penchant (s'annulaut plus tard) un point contemporain 
du maintien de ce penchant? Or, ajoute R. Oschia, pourquoi ne pas expliquer 
le dit verset d'apres tous (m6me selon R. fil6azar), conformement au dire de 
R. Houna au nom de Rab, sur ce verset (Zakharie, XI, 12) : lis firent pcser 
mon salaire montantd 30 pieces d 'argent; ce nombre est une allusion aux 30 
preceptes religieux accepts par les Noahides * ; a plus forte raison ne doit-on 
pas soupgonner les pai'ens de relations contre nature? Selon les autres sages, 
c'est une allusion aux 30 justes qui ne manqueront jamais k Tunivers 3 , car 
R. Nahman a dit au nom de R. Mena : le monde ne peut pas avoir moins de 
30 justes, autant que notre patriarche Abraham valait seul, en vertu des mots 
(Genese, XVIII, 18) : Abraham 6tait nw 4 . Pourquoi le nombre 30? Parfois 
la majority est en Babylonie, et la minorite en Palestine ; d'autres fois, la 
majorite est en Palestine et la minorite en Babylonie. G'est un bon signe pour 
Tunivers lorsque la majorite des justes est en Palestine (dont Intercession 
aupres de Dieu a ses bons effets partout). 

R. Hiya b. loulianos dit au nom de R. Oschia : k l'avenir les Noahides 
accepteront la charge d'accomplir tous les preceptes religieux, comme il est 
dit (Sophonie, 111, 9) : Alors je changerai les Uvres des nations en levres 
pureSy a fin gu'elles invoquent toutes le nom de VEternel ; plus tard toutefois, 
ils y renonceront, selon ces mots (Ps. II, 3) : Rompons leurs liens, et re- 
jetons au loin leur chaine* La premiere expression de ce verset fait allusion 
au noeud des phylacteres, et la seconde vise les cordons ou franges ausurplis 
d'office, tsilsith. R. Isaac et R. Am6, assis ensemble k la salle d'etude, oppo- 
sent a la crainte exprimSe par R. fileazar le verset suivant (II Chron., XV, 
11) : Us sacrifibrent en ce jour & rj£ternel en prenant du bulin (des pai'ens, 
sans craindre le crime en question). A cette objection il a 6te repliquS, sans 
que Ton sache si la replique emane des compagnons d'6tude ou de R. Am& 
que le butin cite la est celui que les Israelites avaientdejaen mains (sansqu'il 
soit sujet au soupgon). Mais n'est-il pas ecrit (I Samuel, VI, 15) : Les gens de 
Beth-Schames offrirent des holocaustes et sacrifibrent a VSternel des tau- 
reaux (quoique envoyes par des princes philistins)? Cecine prouve rien, car 
Ton ne tire pas de deduction de ce qui est arriv6 par les princes philistins, 

1. Cf. tr. Y6ma, I, 1. 2. V. Rabba sur Genese, ch. 98. 3. Ibid. ch. 35 ; 
Rabba sur Nombres, ch. 3. 4. Les 4 lettres de ce mot superflu repr&entent 
numgriquement : 10, 5, 10, 5=30. 



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CHAPITRE II 193 

t 

accompli miraculeusement ; et comme preuve qu'il y a bien la une demons- 
tration speciale, R. Abahou note au nom de R. YossSb. Hanina qu'en cejour 
de9 animaux femelles ont 616 sacrifiGs, selon ces mots (ibid. 14) : ils offrirent 
les vaches en holocauste d V&lernel. Ne peut-on pas opposer a I'avis de R. 
Eleazar ce verset (ibid. XV, 15) : Saul dit de les apporter d'Amalek, 6par- 
gni par le penple,... en sacrificed VEternell On ne deduit rien de ce qu'a 
faitSaul; car, dit Resch Lakisch, Saul n'eiait qu'une branche, x<£p<po;, de 
sycomore (improductif, sans importance). N'est-il pas 6crit (II Samuel, XXIV, 
24) : David achela la grange dujibusite (pai'en) ? II Tacheta (le boeuf), mais 
il nel'offrit pas. Mais n'est-il pas dit (ibid. 23) : Aravna ditau roi : VEtemel 
ton Dieu Vagreera (ce qui semble se referer a l'holocauste) ? Cet agriment se 
rapporte a la priere faite (mais non aux animaux recus, qu'il ne sacrifia 
pas). N'est-il pas ecrit (Levit. XXU, 25) : De la main d'un dtranger vous 
rCoffrirez pas lepaind votre Dieu sur tons ces objets difectueux? N'en r6- 
sulte-t-il pas la d6fense d'offrir ce que Ton aurait regu des pai'ens a l'6tat de- 
fectueux, tandis qu'il serait permis d'offrir d'eux ce qui est sans deTaut ? Quel 
compte R. Eleazar tient-il de ce verset? II l'applique a d&Iuire l'autorisation 
d'acheter, avec le montant des animaux deTectueux ainsi regus, d'autres ani- 
maux pouvant Sire offerts. Si done il est question du montant, e'est & Fop- 
pose de R. fileazar *. 

On a enseigng 2 : on ne placera pas d'animaux en d6pdt dans une auberge 
paienne, meme pas de m&les aupres des m&les, ni de femelles pr6s des femel- 
les, ni & plus forte raison des males aupres des femelles, ni des femelles aupres 
des m^les. Qu'y a-t-il & craindre en mettant des males aupres des m&les ? II 
peut arriver qu'une femelle d'une sorte arrive et ne trouvant pas Tabsent sera 
couverte par le mftle mis en depdt (et qui est h6te>og6ne). Qu'y a-t-il k crain- 
dre en mettant des femelles aupres des femelles? figalement un accouplement 
heterogene : si un mfcle arrive et ne trouve pas sa cong£n£re, il s'accouplera 
avec une autre presente. R. Haga'i dit au nom de R.Zeira:en somme, non 
seulement 1'animal d'un Israelite ne doit pas Stre depose chez le pai'en, mais 
encore a l'inverse celui d'un pai'en loue par un israelite, ne doit pas non plus 
etre place seul dans Petable d'un autre pai'en, son voisin, pour ne pas Stre la 
cause indirecte d'un p6ch6. S'il en est ainsi, on devrait dire qu'il ne convient 
pas au juif locataire de rendre I'animal au pai'en et de le laisser seul chez lui, oil 
un mal peat survenir? Non, onsoupgonne le pai'en de laisser accoupler I'ani- 
mal d'autrui, non le sien mSme ; car il sait qu'un tel accouplement provoque 
la sterilite, et il ne le laissera pas se produire. 

« On peut placer ses animaux dans les Stables des Samaritains. » Ceci 
prouve que les Samaritains ne sont pas soupsonnes de se livrer & des rela- 
tions illicites. En effet on a enseigne* 3 : une fern me peut rester seule avec 
deux hommes, fussent-ils tous deux samaritains, ou m£me un samaritain et 

1. Puisque, plus haut, il defend d'acheter un animal pour le montant. 
2. Tossefta & ce tr., ch. 3. 3. Tossefta, tr. Qiddouschin, ch. 5. 

T. xi 13 



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i9 | TRAIT* ABODA ZARA 

un esclave, mais elle ne doit pas resterseule avec le paien ; ni la bru de quel- 
qu'un, ou la soeur de celle-fci, ne doit resterseule avec lui, comme nulle autre 
femme situee dans un degrfe illicite de relation, a moins qu'il y ait deux hom- 
mes. — On a enseigne 4 : on ne doit pas vendre aux pai'ens, ni ep6e, ni 
armes, et on ne doit pas aiguiser leurs fers. Toutefois, ces defenses s'appli- 
quent seuiement k une ville entierement habitee par des pai'ens (s'il y a des 
Juifs, ils peuvent acheter des armes pour leur defense). Pourquoi la defense 
a une femme juive de rester seule avec un paien a-t-elle pour base la crainte 
d'une relation illicite, et ne craint-on pas qu'elle soit tu6e ? On suppose, dit 
R. Ame, que la femme est forte, capable de se defendre (mais susceptible 
d'etre seduite). En outre, une femme peut se dissimuler et se faire passer 
pour paienne, tandis qu'un homme ne peut pas se cacher et se faire passer 
pour Stranger (on le reconnaft au visage). On a enseignS : si un paien se joint 
k Tisraelite en route, celui-ci se placera a la droite (pour avoir le bras droit 
libre afin de se defendre). R. Ismael b. R. Yosse dit : si le pai'en porte une 
6p6e a sa ceinture (a gauche), Tisra61ite se placera k droite pour sa defense : 
si le paien est muni d'un baton (a sa droite), Tisraelite se placera a gauche 
pour la riposte. Quand on monte sur une colline avec un pai'en, ou si Ton 
descend dans une vallee avec lui, on s'arrangera chaque fois de fajon a 6tre 
au-dessus du paien (le precedant sur la montagne, ou le suivant dans la val- 
ine). L'israelite ne devra pas mediter devant le paien (en route), pour ne pas 
avoir alors la t6te trouble par ce voisinage, et il vaut mieux alors laisser le 
chemin libre. Si le paien demande au juif ou il va, celui-ci le d6routera par 
ses indications, comme Pa fait notre ancStre Jacob, repondant a Esaii en ces 
termes (Genese, XXXIII, 14) : jusqu'd ce que f arrive auprte de mon maitre, 
& Seir; tandis qu'en rSalite Jacob est M6 a Souccoth 2 . R. Houna dit qu'en 
effet on ne trouve pas que notre ancetre Jacob soit alle k Seir. Selon R. Ju- 
dan, fils de Rab, c'est une allusion a Tavenir dont il est dit (Obadia, I, 24) ; 
Ceux qui portent le secours monteront d la montagne de Sion, pour juger 
la montagne d'Esau. 

« Une israelite ne doit pas accoucher one paienne, car elle destine un enfant 
k devenir idol&tre ; mais une paienne pourra accoucher une israelite. » On a 
enseign6 aussi : une paienne pourra accoucher Tisraelite exterieurement 
(lorsque les assistants la voient operer), mais elle ne devra pas penetrer de la 
main dans la matrice de Tisra61ite, de crainte d'ecraser Tenfant au sein ma- 
ternel, ce qui equivaut k faire boire une boisson d'avortement. Si la paienne 
est une sage-femme de profession, peut-elle operer seule Tisraelite? C'est 
conforme a ce que dit R. Jacob b. Aha au nom de R. Yohanan 3 : si c'est un 
medecin habile, il est permis d'en user; de meme ici, on peut recourir a une 
paienne sage-femme de profession — « Une israelite ne devra pas allaiter un 
enfant de paienne ; car ce serait donner la vie k un futur idol&tre. » Ceci 
prouve, dit R. Yosse, que Ton ne doit pas non plus lui enseigner un metier. 

1. Tossef ta a ce lr., ch. 2. 2. Rabba sur Genese, ch. 78. 3. Ci-apr£s, §2 (3). 



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CHAPITRE II 195 

Ainsi, & Guiro, il y avait 2 families juives d'ouvriers, Pune de verriers, Fautre 
de menuisiers, x^w-co; ; la premiere, qui n'enseigna pas son metier aux 
patens, reussit, mais la seconde Tenseigna a d'autres et fut appauvrie. — 
« Une paiennepeut nourrir l'enfant d'une israelite », comme il est dit (Isai'e, 
XLIX, 23) : Des rois sm % ont tes ouvriers, et des princesses te serx^iront de nour- 
rices. On a enseigng : pour eiever un nourrisson, on peut l'allaiter par une 
pai"enne, ou par un animal impur, ou lui apporter du lait de n'importe ou, 
sans se soucier des impuretes ou immondices que mange cetle pai'enne, et 
d'oft provient le lait. 

2. On ne doit pas se laisser soigner par eux, quand on est malade, et 
on ne doit nulle part se faire raser par eux (c'est dangereux) ; c'est l'opi- 
nion de R. Meir. Les autres docteurs disent, qu'on peut se faire 
raser par eux dans un endroit public ou il y a du monde, mais non res- 
ter avec le paien en t6te-a-tete. 

R. Jacob b. Zabdi au nom de R. Abahou dit : par « guSrison d'argent » on 
en tend celle des bestiaux, et par « guerison des personnes » on entend celle 
du corps. R. Aba dit au nom de R. Juda : si Ton remarque une inflammation 
par suite du remede donne par le medecin paien, il est defendu de plus jamais 
en user. Ainsi, il est arrive k R. Ame de se rendre avec R. Juda Naci a Ha- 
math Guerar et d'avoir mal au doigt. Le medecin local paien lui appliqua un 
em pi it re ; mais comme le mal pen&rait plus avant, R. Ameenleva TemplMre. 
NVt-il pas connu l'avis de R. Jacob b. Aha au nom de R. Yohanan, disant 
que par un medecin de profession 1 il est permis de se faire soigner? II y a une 
distinction a noter : il permet d'ordinaire Tusage du remade paien ; mais s'il 
y a aggravation, apres avoir use de ce remede, R. Yohanan aussi defend d'en 
continuer Pusage. Peut-on se faire teindre les yeux par un tel medecin? C'est, 
dit Rab, s'exposer a la c6cite (il n'y engage pas); selon L6vi, on va jusqu'i 
s'exposer au danger de mort. Rab, n'ayant pas Thabitude de se teindre les 
yeux, ignorait les dangers de la mixture ; mais L6vi les connaissait par expe- 
rience. Mais, dit R. Aba, ne voit-on pas TopSrateur gotoer au collyre (colly- 
rium), preuve qu'il est inofifensif ? II est possible que Poculiste gotite le col- 
lyre lorsque celui-ci est bon, pour le montrer ; mais ensuite il y ajoute des in- 
grediens dangereux pour la vue. Ainsi, l'opium, Sxtov, est un remede dange- 
reux. La theriaque (theriaca) est interdite selon R. Simon ; mais R« Yohanan 
en permet Pusage — 2 . 

Un israelite qui rase la t6te d'un paien le rasera 3 jusqu'a la m^che de che- 
veux de Pocciput (vellera) ; arrive 1&, il s'abstiendra (en raison de la destina- 
tion idol&tre de cette partie). L'israelite qui se fait raser par le paien se re- 
gardera au miroir pendant ce temps (pour paraitre ainsi important et echap- 
per a tout danger) ; mais en se faisant raser par un Samaritain, cette prScau- 

1. Ci-dessus,§ 1. 2. Suit un passage traduit tr. Schabbath, XIV, 1 (t. IV, 
p. 154). 3. TossefU, ch. 3. 



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i9 6 TRAITE ABODA ZARA 

tion est inutile. On a permis trois choses dans l'&ole de Rabbi * : 1° de se 
regarder au miroir, 2° de se raser en se pia^ant devant le miroir, 3° d'appren- 
dre m6me aux fils k parler grec, en raison de leur service officiel k la cour. 
Un proselyte avant sa conversion avait et6 barbier et savant en astrologie ; 
comme tel, il savait qu'un jour des juifs verseraient son sang ; seulement il ne 
savait pas que cette effusion de sang aurait lieu au moment de sa conversion 
(par la circoocision). Aussi, chaque fois qu'un juif venait se faire raser, il le 
tuait. Combien tua-t-il ainsi? Selon R. Yosse, 80; selon R. Yoss6 b. R. Aboun, 
300. Lorsqu'apres sa conversion on le sut, on le pria de retourner parmi les 
siens (plutdt que d'avoir dans la communaut6 un tel assassin) — 2 . 

3. Voici les objets qui, appartenant k un paien, deviennent interdite, 
avec defense d'en tirer aucun profit : le vin et le vinaigre des paiens qui 
a d'abord 6t6 du vin (et a pu servir aux libations des idoles), Targile 
d'lladrien (contenant du vin), des peaux vives arracWes en face du coeur 
des animaux (en sacrifice idolatre). R. Simon b. Gamaliel dit : quand la 
d6chirure est ronde, la peau est interdite; si la dSchirure est longue, la 
peau reste permise k Pusage. De la chair que le paien va importer pour 
l'offrir k Tidole est encore permise: mais celle qu'il sort de chez lui est 
interdite, oar elle est k considerer comme sacrifice aux morts. Tel est Pa- 
vis de R. Akiba. II est defendu d'avoir des relations commerciales avec 
ceux qui se rendent k Pidoiatrie, mais c'est permis avec ceux qui en re- 
viennent. 

3. r # ^ ss 5 ou R. Yohanan dit au nom de Ben-Bethera: si du vin d'un 

paien est tomb6 dans une cuve (d'un Israelite), il faudra vendre tout le con- 
tenu de la cuve a un paien, en deduisant le montant du vin de libation k 
Tidole (pour n'en tirer aucun profit). 11 dit aussi au nom de R. Yohanan : le 
vin ordinaire du paien est d'une jouissance interdite aux isra&ites, sans 
toutefois qu'il soit d'une impuretS aussi grave que le vin d'oblation. Le vin 
mis en depdt chez un paien ne devra pas etre bu par l'israelite, mais il reste 
d'une jouissance interdite. R. Zeira demanda devant R. Yassa: faut-il que le 
paien lui ait assigne une place Cixe chez lui pour que la jouissance reste per- 
mise? Non, fut-il repondu, c'est la regie pour tout dep6t (memesans designa- 
tion de place). R. Abahou vint dire au nom de R. Yohanan qu'il y a 3 regies 
pour le vin du paien : 1° en voyant le paien verser le vin en libation a l'idole, 
il y a certitude d'idolatrie, et un tel vin est aussi gravement impur qu'un 
reptile ; 2° le vin ordinaire d'un paien est d'une jouissance interdite, sans 
etre d'une impurete communicative ; 3° le vin mis en ddpdt chez le paien et 
cachets ne peut pas etre bu, mais on peut en tirer parti. R. J£r6mie dit devant 
R. Zeira d'observer les termes de l'avis precedent, qui stipule la permission 

1. J., tr. Sabbat, VI, 1 (t. IV, p. 66). 2. Suit un passage traduit au tr. 
Guittin, IV, 6 fin (t. IX, p. 12). 3. En t&te est un long passage d6ja traduit 
au tr. Troumoth, VIII, 4 (t. Ill, p. 92). 



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CHAPITRE II 197 

de tirer parti de ce vin s'il 6tait cachete : il faut done croire que si le via n'Stait 
pas cachete, il serait interdit de le boire et meme d'en tirer aucun profit. 
Aussi R. fileazar enseigna qu'il est seulement permis d'en profiter si le vin 
a et6 place dans un coin special chez ]e pai'en (sans cela, non), et R. Zeira so 
rejouitde Tentendre s'exprimerainsi. 

On adit ailleurs 1 : « Si ledep6t des fruits a ete effectue chez un idoUtre, ils 
conservent le caractere de ses propres fruits (sans necessity de les liberer) ; 
selon R. Simon ils deviennent sujets au doute. » R. Hanania demanda devant 
R. Mane est-ce que ces fruits mis en d£p6t sont considers commeles propres 
fruits reels du pai'en? A ce litre, on comprend la dispense de les redimer ; 
pourquoi alors ne pas dire qu'en une autre place les fruits non redimes remis 
au pai'en restent soumis aux droits avec certitude (dans Thypothese qu'il n'y 
a pas eu d'echange) ? Oui, les fruits restent en leur etat ; seulement il n'elait pas 
convenable de la part de R. Hanina d'adresser une telle question a R. Zeira 
(k laquellc ce)ui-ci avait deja re*pondu, lorsque R. Hanina la posa devant 
R. Zeira). Quant au vin cachete d'un israelite confiSau pai'en, R. Hanania et 
R. Mena ont des avis divers a ce sujet: Tun le defend, l'autre le permet. 
Toutefois, ils ne discutent que sur le profits en tirer ; maistous dependent de 
le boire. Rab defend 4 objets dont les initiales sont rpan, et il permet 4autres 
ayant pour initiales ys'E'rv. Les 4 objets inlerdits meme cachetes sontiun 
morceau de poisson qui n'a pas de signe le faisant reconnaitre (s'il est d'une 
espece comestible, ou non) ; 2. la viaode, 3. le vin, 4. le bleu celeste 2 . Les 
4 objets permis sont: la tranche d'assa 3 , la sauce de poisson (malgre Tadjonc- 
tion du vin), le pain cuit par le pai'en, le fromage ; un simple cachet suffit 4 les 
aotoriser. R. Juda dit quel est le motif de Rab : quand Tinterdit emane du 
corps meme de Tobjet, il reste defendu, quoique sous enveloppe cachet6e ; 
mais lorsqu'il n'y a d'interdit que par crainte du melange, le cachet suffit a 
permettre Tobjet. R. Jacob b. Aha, R. Simon b. Aba, ou R. fileazar au nom 
de R. Hanina, R. Abaou R. Hiya au nom de R. Yohanan, ou R. Zeira, dit au 
nom de R. Josue b. Levi : il est permis d'user de tout depdt confie" sous un cachet, 
sauf du vin et de Targile d'Hadrien (qui en contient). R. Zeira dit au nom de 
R. Jer6mie d'adopter comme regie Tavis de R. Meir (ou Tanonyme de noire 
Mischnd), selon ce qui a ete enseigne 4 : l'argile d'Hadrien est defendu, et 
tout profit a en tirer est aussi defendu, selon Tavis de R. Meir ; les 
autres sages ne defendent pas d'en tirer parti. R. Jeremie demanda devant 
R. Zeira : est-il permis de se servir d'un tel argile pour soutenir les pieds du 
lit (bien que Ton ait ainsi un inte>6t k vouloir conserver la partie deTendue, 
ou le vin) ? R. fil^azar le permet ; R. Yohanan le defend. Pour soutenir 

1. Voir J., tr. Demai, III, 4 (t. II, pp. 161-3), oil la version est 4 corriger d'apres 
le present texte. 2. En raison de la haute valeur de ces 4 objets, on craint — 
meme s'ils sont sous enveloppe cachetee — que le palen les ait echanges contre 
des objets semblables contamines. 3. Coupee avec le couteau d'un paien. 
4. Tossefta a ce tr., cb. 5. 



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198 TRAITE ABODA ZARA 

les pieds de lit, peut-on uiiliser une ptece d'&offe teinte avec des cosses de 
produits interdits d'orla 1 (des annees primaires d'un plant), etla discussion 
precedente cst-elle aussi reproduite pour ce dernier sujet? R. Zeira fut ffiche 
contre R. Jeremie d'avoir voulu etablir ce parallele entre l'etofle teinte et 
l'argile d'Hadrien, et lui dit: mSme d'apres celui qui permet d'utiliser ladite 
argile, il serait defendu d'utiliser l'eloffe en question ; car dans l'argile, 
l'inlerdit (le vin) n'est pas visible a l'ceil nu, tandis que i'interdit est tres 
visible dans l'etoffe teinte avec des produits dont l'usageest defendu. 

« Et des peaux vives arrachees en face du cceur ». R. JerGmie dit au nom 
de Rab que l'avis de R. Simon b. Gamaliel sert de regie. En quoi consisle To- 
peration idol&tre? On arrachela peau de Tanimal encore en vie, et on lui en- 
leve le coeur que Ton offre aussit6t a I'idole. Comment reconnalt-on plus tard 
que la peau a ete enlevee de l'animal vivant et a servi a l'idolatrie? R. Houna 
dit : si la peau a 6te enlevee vive, le bord se plisse et s'arrondit ; si elle a ete 
ecorchee apres que l'animal a ete tue, elle s'etend; R. Yosse dit: de ce qu'il 
est dit que Facte d'idolatrie fait sur l'animal entraine son interdit il resulte 
que le fait seul d'avoir coup6 l'un des deuxorganes essentiels du cou (larynx, 
ou pharynx) comme culte a I'idole, motive l'interdit ; bien que Ton dise qu'un 
objet inanime (comme l'animal egorge) ne peutdevenir defendu pour cause d'i- 
dolatrie, ici i'interdit a pour cause l'acte prealable. « La chair apportee & Tusage 
d'un paien reste pennise». Cet avis, dit R. Aba ou R. Hiya au nom de R. Yo- 
hanan, a pour but des'opposer&l'avis de R. filiezerquidil 2 : la pens^edupai'en 
reporte tout a I'idole. — « Ce qui en sort est defendu ». C'est vrai, dit R. Abina 
au nom de R. Jeremie, lorsque celte chair a ete apportee a l'interieur du 
treillage, y.rfAkiq ; ^ais si on ne l'a pas rapportSe autant a l'interieur, la chair 
reste d'un usage permis, memeen etantrapportee de la. Cependantilest ques- 
tion ici d'une idole qui a des treillages ; mais pour I'idole qui n'en a pas, on con- 
sideretoutelamaison comme un treillis (elle est interdite). — « Ceuxqui vont 
aux idoles ». Pour ce dernier terme, dit R. Hiya au nom de R. Yohanan, on 
lit oann (ou rejetons), en ce sens qu'il s'agit de ceux qui amenentune grande 
idole aupres de la petite, ou l'enfant. Selon une autre version, notre Mischnfc 
a le terme msin. Celui qui adopte ce dernier terme y voit le sens d'idole ; 
celui qui adopte Tautre variante admet une juxtaposition d'idoles. — « Avec 
ceux qui viennent du marche, les relations sontpermises. » Toutefois, ensei- 
gne R. Abina, au nom de R. Jeremie, c'est vrai si au retour, ces gens ne vonl 
pas par bandes (ou procession), comme en allant; mais s'ils ont encore la 
mSme allure, les relations avec eux au retour sont interdites comme en allant. 

4. Le contenu d'outres des pai'ens, ou dans leurs cruches, filt-ce du 
vin provenant d'Isra&ites, est interdit, avec defense d'en tirer nul profit; 
tel est Tavis de R. Meir. Les autres docteurs ne d^fendent pas d'en tirer 
un profit. 

1. Tr. Orla, 111, 1. 2. Tr. Houllin, II, 7. 



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CHAP1TRE II *99 

Dans des outres neuves d'un paien, il est permis de mettrc du via * ; mais 
dans celles qui sont enduites de poix (mSme neuves), c'est interdit (en rai- 
son del'usage du fabricant d'y jeter aussitdt du vin pour modifier le gotit du 
vase). Si le paien les fabrique et les poisse, en presence d'un surveiliant is- 
raelite, ii est permis d'y recueillir du vin, sans rien craindre. N'y a-L-il 
pas a craindre qu a la poix employee par le paien, celui-ci n ait mele un peu 
de vin de libation idolatre ? Nod, dit R. Aba, il n'arrive pasau paien de faire 
de 1'obiation a Taide d'unobjet saii (comme Test le vin utilise en poissant les 
vases). Mais aiors a quoi bon la surveillance d'un Israelite pendant la fabri- 
cation ? Sans cette surveillance, on craindrait un echange des vases contre 
d'autres tout prSts (ou le paien verserait du vin de libation). Les cruches 
neuves de paiens (non encore utilisees)sont d'un usage permis meme poissees; 
les vieilles sont defendues meme si elles nesont pas poissees. Pourquoi done 
les outres sont-eiies permises & la condition speciale d'etre poissees, et les 
cruches en ce cas sont-elles interdites ? J'ai examine, repond R. Abahou, 
comment on procede pour poisser les cruches, et j'ai remarquc que J'on n'y 
joint pas du vinaigre ou du vin, tandis que Ton en met pour les outres. R. 
Jacob b. Aha dit au nom des rabbins : Lorsqu'on a mis dans les cruches du 
vin qu'il est dSfendu de boire, mais permis d'utiliser a un parti quelconque 2 , 
les cruches subissent la meme loi que le vin, et si dans ces cruches videes Ton 
verse a nouveau d'autre vin, celui-ci sera interdit comme boisson, mais per- 
mis a tout autre usage. De meme, apres l'avoir videe encore, le vin que Ton 
y verse reste interdit comme boisson, mais la cruche devient d'un usage per- 
mis a tout. Pourquoi le vin que Ton y verse reste-t-il interdit comme bois- 
son, quoique permis a tout autre usage, puisqu'il ne s'agit pas de vin de liba- 
tion m&me douteuse? Comme R. Moir, plus severe, defend aegal titre de le 
boire et d'en tirer parti, les autres sages admettent du moins la defense de 
boire levin contenu dans les cruches des paiens. R. Aba raconte que lorsquo 
R. Akiba est alle 4Cippori, on lui demanda quel est le moyen de rendreaptes 
au bon usage les cruches faites par des paiens. Voici, repondit-il, le moyen 
queje leurai conseille, e'est d'enlever la poix : puisqu'il est permis d'employer 
un tel vase non poisse, a plus forte raison doit-on pouvoir employer un tel 
vase dont 18 poix est d'abord enlevee. Lorsque je rejoignis mes compagnons 
d'etude, ils me dirent : ce raisonnement est mal fonde, car le vase interdit 
par Tapplication de la poix peut avoir absorb^ une parcelle du vin joint a la 
poix, et par suite il reste interdit meme apres Tenlevement dela poix. 

Si le paien a mis de Teau dans un vase, 1'Israelite peutTemployer a son tour 
pourdeleau, puis s'en servir pourgarder duvin, sans craindre que le paien en 
eftt fait au prSalable mauvais usage. De mSme, si le paien y a recueilli de la 
sauce d'objets confits ou de poissons (muriate), Tlsraelite peut s'en servir 
pour y mettre du vin, sans crainte. R. Yohanan alia au devant( arcavt*) de 

I. Tossefta, ch. 5. 2. Si p. ex. le paien Fa seulcmcni touche, non secoue. 



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800 TRAITE ABODA ZARA 

R. Juda Naci a Akko * ; 14 on lui demanda quel est le moyen de rendre aptes 
au boo usage les cruches des paiens ? Voici, repondit-il, le moyen que je leur ai 
conseille, commeil est permis d'employer au vin un tel vase si m&me le pai'en 
y a mis de la sauce ; or, selon R. Yoss6 au nom de R. Yohanan, comme la mi- 
se de la sauce suffit a rendre aptes ces vases en les faisant passer au feu, il 
n'y aura a plus forte raison nul autre meilleur moyen que le passage au feu ; 
selon R. Hiya au nom de R. Yohanan, il suffit de les tenir suspendus sur le 
feu, de m6me que plus haut il est dit qu'il suffit de depoisser les cruches. 
Mais en faisant passer les vases au feu, ne risque-t-on pas deles briser? Oui, 
et s'ils resistent, tantmieux. 

Les cruches non poissees sont interdites, selon R. Asse ; R. Ame en per- 
met Tusage. R. Jacob b. Aha dit que R. Asse objecta : dirons-nous qu'une 
petite cruche d'argile, parce qu'elle n'est pas poissee, n'absorbe rien (du vin 
paieo), tandis qu'il est notoire qu'elle absorbe ? De m6me, R. Aba dit que 
R. Schescheth demanda : dirons-nous que le vase de nuit n'a rien absorbe 
de son contenu ? Done, certes, si le paien y a mis du vin & conserver, on le 
suppose absorbe (et une telle cruche interdite). R. Jacob b. Aha ouR. Simon 
b. Aha ditau nomde R. Hanina : On remplit d'eau les cruches des paiens 
pendant 3 jours cons6cutifs, en changeant Teau chaque jour. R. Jacob b. 
Aha dit que R. Asse objecta : mais agit-on ainsi? (Peut-on y compter?) 
Aussi, R. Yosse de Malhya alia exposer ce sujet devant R. Mena et lui de- 
manda : en cas de fait accompli (du changement d'eau tous les 3 jours) et que 
Ton y a mis du vin, est-il permis de le boire ? Oui, fut-il rSpondu. Est-ce per- 
mis aussi en principe ? Non. R. Jeremie etant alle a Gublana 2 professa qu'il 
faut remplir les grandes coupes, ico-^pta, d'eau pendant 3 jours successifs, en 
changeant Teau tous les jours. II arriva a un Aram^en que son outre de vin 
se fendit ; un israelite recueilllit levin danssa cruche. On soumit aux rabbins 
la question de savoir s'il est permis de se servir de ce vase : ils repondirent 
qu'il faudra d'abord em plir d'eau le vase pendant 3 jours successifs, chaque 
jour a nouveau. R» Yassa etant alle a Tyr vit les paiens poisser de petites cru- 
ches que les Israelites achetaient ensuite. Qui vous l'a permis ? dit le rabbi ; 
ils allerent consulter R. Isaac et R. Mena, qui leleur dSfendit. 

5. II est d&endu d'utiliser les pSpins et les peaux de raisins des 
paiens, ni d'en tirer profit. Tel est Tavis de R. Meir.Les autres docteurs 
n'interdisent que les pepins verts, non les sees. 

6. Les saumures 3 et le fromage [provenant de Beth-On6q6 4 ]et la the- 
riaque des paiens sont interdits, avec defense d'en tirer nul profit. Tel est 
Tavis de R. Meir. Les autres docteurs disent qu'il est permis d'en tirer 
un profit indirect 5 . 

1. V. la grande Pesiqta, ch. 21. 2. Neubauer, ibid., p. 65. 3. Pour le 
sens de aXpivptc, voir notre note au t. V, pp. 323-4. 4. Les mots entre [], omis 
au texte jerusalemile, sont pris du tcxte Babli. 5. La Guemara de ce § est 



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CHAPITRE II 201 

R. Schescheth dit au nom de Rab : les parties du raisin encore fraiches 
sont inUrdites a toute jouissance;mais une fois seches on pcut meme les manger. 
Hais n'est-il pas dit plus loin (IV, 8} : « le vin est declare seulement de liba- 
tion (interdit) lorsqu'il a pass6 dans la cuve »,non s'il est encore dans le grain ? 
En effet, dit R. Aba au nom de R. Juda, il est question dans la Mischna du marc 
tire de la cuve. On a enseign6 ailleurs i : De m6me, du r6sidu neuf d'olives 
est susceptible d'impuret6 (donnant encore de l'huile), mais le residu vieux 
(d'oti il n'y a plus rien k tirer) reste pur. On Tappelle neuf durant toute la pre- 
miere an nee, et vieux apres ce delai 2. 

5. (7)R. Juda dit que R. Ismael demanda a R. Josue pendant qu'ilsvoya- 
geaient ensemble : pourquoi les fromages des paiens sont-ils interdits ? 
Parce que ceux-ci font coaguler le lait dans un estomac de bete crevee. 
Quoi ! rSpliqua R. Ismael, est-ce que l'estomac d'un holocauste ne comporte 
pas plus de gravite que celui d'une charogne ; et comme un jour IV 
vis fut exprirai qu'un cohen qui desire manger cette partie peut Tavaler 
crue, Tavis ne fut pas confirme, en disant que Ton ne doit pas en jouir 
sans que ce soit la uoe prevarication ? LTinterdit provient, dit R. Josue, 
du sSjour du lait dans l'estomac d'un veau offert 4 Tidole. Mais alors, r£- 
pliqua R. Ismael, pourquoi ne pas en interdire toute jouissance ? Son in- 
terlocuteur parla d'un autre sujet et dit : Ismael mon frere, lis-tu (au 
Cantique, I, 2) : les amours sont meilleurs que levin, dodekha ou do- 
daikh ? J'adopte cette demiere le$on, dit R. Josue. Non, fut-il replique, 
car le verset suivant autorise la premiere lepon (il ne faut done pas y re- 
garder de trop prfes). 

R. Jacob b. Aha ou R. Simon b. Aba dit au nom de R. Josu6 b. L6vi : 
R. Meir interdit de tirer parti des fromages de Beth-Oneqe, parcequ'il arrive 
desacrifler Id. des genisses k Pidol&trie. R. Yohanan Fayant entendu dit: 
notre maitre nous en a enseigne une bonne explication ; car, s'il est permis de 
coaguler le fromage dans l'estomac d'un animal, e'est different pour Tanimal 
sacrifie a l'idol&trie: il est interdit de profiter m£me de ses excrements. R. 
Yohanan demanda : si dans les instestins d'un tel animal on trouve un 
anneau, est-il aussi d^fendu d'en tirer parti? Non, dit R. Yoss6 : un anneau 
est un corps distinct, tandis que l'excr£ment fait partie integrante de IV 
nimal — 3 . 

Par le mot r»9TW de la Mischnd, on entend le sens dCavaler k l'etat cru. En 
ce cas, dit Resch Lakisch, ce n'est pas une prevarication d'en jouir, car 
cela Gquivaut k boire dans un verre sali. II resulte de cette r6gle ainsi donnSe 

traduite au tr. Troumoth, XI, 1 (t. Ill, p. 425). 1. Tr. Kelim, ch. IX, § 5. 
2. Tossefta au tr. Baba Qamma, ch. 6. 3. Suivent 2 passages d6j& traduits : 
1° tr. Be$&, I, 4 (t. VI, pp. 102-3); 2<> au tr. Berakhoth, I, 7 (t. I, p. 47); apres 
quoi se trouve r6p6tee par erreur la phrase initiale de ce §. 



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292 TIIAITE ABODA ZAKA 

que le fait de boire dans un verre sali un objet qui (k part cela) serait con- 
sacr6, ne coustitue ni une jouissance interdite, ni une prevarication. Pourquoi 
Resch Lakisch n'a-t-il pas Gnonce clairement un tel avis (au lieu d'y faire une 
allusion indirecte) ? C'est repondit R. Yohanan, parce qu'en certains autres 
cas c'est inter dit (et un abus etait a craindre) ; de plus, au moment d'etre 
interroge, R. Ismael 6tait encore jeune (et devant les disciples trop jeunes 
onne revele pas les motifs de la Loi).R. Honiadit que R. Hama b. Ouqba ob- 
jecta ceci : si Resch Lakisch cherchait a detourner la pensee de R. Isma&l 
par des mots couverts, il aurait aussi bien pu insinuer les 5 textes ambigus 
de la Bible *, qui suivent : 1° il est dit (Genese, IV, 7) : Si tu fais le bien, ne 
sera-t-il pas regu, texte qui peut s'expliquer au sens oppose, que Ton sera 
aussi re$u si Ton ne fait pas bien; 2° (ibid, XLIX, 6) : En lew colere ils out 
tue un homme, et ils ont enleve des boeufs pour leur plaisir; quil soit 
maudit, etc., aexpliqueraucontraire, qu'ii soit maudit quoiqu'il soit puis- 
sant*^ . (Exode, XVII, 9): Mo'ise dit ct Josue d'aller combattre contre 
Anialek le lendemain ; ou peut-6tre le lendemain se refere a la suite, disant 
qu'ii « sera plac6 le jour au sommet de la colline » ; 4°, (ibid., XXV, 34) : II y 
aura au chandelier quatre plats en forms d'amande, ses pommeaux et ses 
fleurs, oh Texpression « en forme d'amande » se refere peut-etre, non au 
mot precedent, mais a la suite. Enfin5°. Deuteron., XXXI, 16): Dieuditd 
Mo'ise : te voici coucM prbs de tes ancStres et tu te Iheras, etc., tandis que 
ce dernier terme, se referant peut-etre a la suite, peutsignifier : « ce peuple 
se leveraetforniquera». R. Tanhoumaajoute a ces divers textes le suivant 
(Genese, XXXIV, 7) : Les fits dt Jacob arrivdrent des champs en apprenant, 
etc., derniere expression a rapprocher peut-etre de la suite. « en l'apprenant, 
ces hommes se desolerent ». Pourquoi done, au lieu d'un exemple a double 
sens, le rabbin a-t-il enonceun tout autre sujet? La raison est, dit R. Ila, 
que pour certains sujets il faut fermer la bouche, comme il est dit (Cantique, 
I, 2) : 11 me baisera des baisers de la bouche (e'est-a-dire il me la fermera). 
R. Isaac interprdte ces mots (Deut., IV, 14) : Et ct moi Dieu a ordonne ; la 
conjonction et vise la double portSe des ordres, dont les uns m'ont ete don- 
n6s pour vous (avec faculte de vous les expliquer), et les autres me sont 
reserves a moi seul (sans faculte d'explication). R. Simon b. Halafta ou R. 
Hagai au nomde R. Samuel b. Nahman explique ces mots (Prov. XXVII, 26) : 
Les agneaux serontpour te v6tir,et les boucs sermt leprix du champ ; or,le 
premier mot peut aussi signiQer presser, en ce double sens : tant que les dis- 
ciples sont jeunes, il faut leur comprimer (restreindre) I'explication de la Loi ; 
lorsqu'ils seront grands etdevenus des boucs, on leur revelera les motifs de la 
Loi. Ceci conQrme Tavis de R. Simon b. Yohai" sur ces mots (Exode, XXI, 1) : 
Voici les jugementsque tu exposeras devant eux, D^n ; comme un tresor 
(reserv6 ) n'est pas decouvert devant chacun, de meme il ne faut s'appesan- 

1. V. Midrasch, Rabba sur Gen&se, ch. 80; sur Cantique, 1,2. 2. Jeu de 
mots entre ce terme chaldeen et son homonyme hebreu qui precede. 



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CHAPITRE 11 203 

tir dans l'etude de la Loi (et l'expliquer) que devant des hommes faits, aptes 
a Tapprgcier. 

6. Les objets suivants appartenant aux paiens sont interdits, sans qu'il 
soit defendu toutefois d'en tirerun profit indirect : le lait trait par des 
paiens, sans qu'un israelite Tait vu, leur pain et leurhuile ; toutefois 
Rabbi etson tribunal permettent d'user de leur huile ; tout aliment bonil- 
li par eux ou confit, pour lequel la sauce contient du vin ou du vinaigre ; 
du tritonhachS, dela sauce ou ne surnage pas de menu poisson, du petit 
poisson de mer (halec), un morceau d'assa, du sel d'une source saline ; 
tous ces objets sont interdits, mais il n'est pas defendu d'en tirer profit. 

l. Quelle est la regie pour les lupins prepares par les paiens ? Rabbi defend 
de les manger ; Gueniba le permet. II est comme moi, dit Rabbi, un vieillard, 
et tandis quej'ai dit que c'est defendu, il exprime l'avis conlraire (jen'y puis 
rien). R. Mena b. Tanhoum, 6tant alle a Tyr, permit de manger les lupins 
des paiens. Surquoi, R. Hiya b.Abaallantaumeme endroitrencontraR. Mena 
b. Tanhoum quiavait permis de manger des lupins. A son retour, il vint chez 
R. Yohanan, qui luidemanda ce quilui Gtaitarrive &Tyr : j'ai trouve, repondit 
R. l.iiya, que R. Mena permettait de manger les lupins de paiens. Ne Tas-tu 
pas menace d'anatheme ? Non, car c'est un homme important, capable de 
rendre douce l'eau de la mer. Ceci, repliqua R. Yohanan, n'est pas extraor- 
dinaire et prouve seulement que R. Mena sait calculer le retour p&riodique 
de l'beure a laquelle l'eau maritime rend gr&ce a Dieu, et alors elle est douce. 
Cependant, dit R. Isaac b. R. Eleazar, celui (R. Yohanan) qui avait voulu 
rabaisser R. Mena a faitau contraire son eloge; car, ajoule R. Yosse b. R. 
Aboun, c'est un calcul difficile, que R. Zaccai d'Alexandrie savait etduquel 
j'auraispu Tapprendre si je l'avais voulu (n'etait la perte de temps). Peut-on 
manger de leur p&te passee & l'eau chaude ? On peut resoudre ce point a l'aide 
de ce qu'il est dit : R. Ame etant alle avec R. Judan Naci a Hamath-Guerar, 
celui-ci permit la pate cuite des paiens. R. Aba b. Mamal demanda : pourquoi 
cette difference entre la pette et les lupins ? A la p&te, dit R. Yosse, il ne man- 
que que Taction du feu pour la rendre comestible ; aux lupins au contraire 
cela ne suffit pas, etle pai'en acheve la cuisson par ses mains. Pour les petits 
poissons sales, la cuisson des paiens n'est pas interdite, et on peut les em- 
ployer & la jonction symbolique des distances (le sabbat), et le m6me privi- 
lege, dit R. Aba aunomde R. Aha, s'Stend aux petitessauterelles comestibles. 
En general, dit R. Yosse b. R. Aboun au nom de R. Houna, ce privilege est 
applicable a tout aliment pouvant 6tre mange a l'etat cru. 

7. II est permis de manger les objets suivants des paiens : du lait 

trait par un pai'en en presence d'un israelite, du miel, un gateau de 

miel de la ruche ; meme s'ilegoutte encore, ce miel n'est pas un liquide 

1. En tMe sont 2 passages deji traduits, le l er long, au tr. Schabbath, I, 6 (t* 
IV, p. 18), le 2% tr. Schqalim, VI, 3 (t. V, p. 314). 



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204 TRAITE ABODA ZARA 

sujet k la propagation de l'impuretS; les objets confils auxquels il n'est 
pas d'usage de joindre du vin ou du vinaigre ; du Uilon non hache, de 
la saumure sans poisson ; une feuille d assa,des olives routes en gateau 
rond. R. Yosse dit : les olives dont les noyaux tombent aisSment sont 
interdites. Les sauterelles venant de la corbeille (vendues directement 
apres la cueillette) sont interdites ; mais celles qui viennent du reser- 
voir, axoO^xt), sont permises. II en est de meme pour Toblalion (que Ton 
craint d'avoir repue pour des aliments profanes). 

Selon R. Eleazar, la Mischnd. permet de manger « des objets confil s 
auxquels il n'est pas d'usage de joindre du vin ou du vinaigre, » parlant do 
ces mets vaguement, mais des mets auxquels on a joint avec certitude cet 
ingredient ; il est defendu de tirer aucun profit. R. Jacob b. Aha ou R. 
Hiya dit au nom de R. Yohanan : Si un israelite et un palen sont associes 
pour un pol-au-feu, TIsraeiite met la marmite sur le feu, et le palen la 
remue (ce qui est licite), lequel des deux devra reamer les aliments et les 
remettre pour la fin de lacuisson?Il est rationnel que TIsraeiite fasse cettc 
operation. Selon R. Benjamin b. Lewai, Tlsraelite devra la faire, lors 
meme que la cuisson aura atteint le tiers, comme pour le manger de Ben- 
Droussai. Alors, objecta R. Yosse, une fois que le tiers de la cuisson est 
obtenu, il est inutile de laisser TIsraeiite seul remettre la marmite; le paien 
aussi le peut. Par Halec *, dit Rab, on entend un mets d'une sorte dc 
harengs; selon R. Yohanan, le halec est la meme chose que le triton hache. 
R. Zeira Cahana b. Tahalifta, ou Hanan b. Aba, dit au nom de Rab : le jus 
de poisson est interdit, de crainte qu'il s'y joigne du jus provenant de pois- 
sons impurs. C'est vrai, dit R. Aba au nom de R. Juda, lorsque Teau n'est 
pas courante ; mais dans une eau courante le poisson pur ne va pas de 
pair avec Timpur. Quant au lac de Tiberiade, il est consider^ comme eau 
courante. 

R. Yoss6 R. Aboun dit que Ton entend par triton hache Tensemble de 
poissons haches au point d'etre mgconnaissables. Samuel dit : quant au 
Soclet?(^Y)To<;), on le met dans un recipient; s'il jette alors du jus, il est 
permis de le manger ; si non, il est defendu. On nomme « triton non hach6 » 
*e melange de poissons ayant encore la tete et Tarete dorsale. R. Eieazar dit 
au nom de R. Hanina : il est arrive" que, dans un bateau appartenanta Rabbi 
il y avait plus de 300 tonneaux remplis de melanges de poissons haches, et 
apres les avoir examines tous, il trouva dans un seul des poissons ayant 
encore entieres la tete et Tarete dorsale laissant reconnaftre Tespece pure ; 
sur quoi, Rabbi les permit tous. R. Jacob b. Aha dit que R. Asse fit cette 
objection : ne semble-t-il pas logique que ce tonneau seul (ou Ton a trouve 
des poissons entiers) soit permis, mais que les autres soient defendus? Non, 
il suffitd'un pretexte de permission, pour qu'en raison du doute on permette 

1. Designe au § 6 comme interdit. 



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CHAPITRE II 206 

d'user du total. Ainsi, comme uq objet achete s'etait trouv6 deterior6 1 , R. 
Hagat consulta k ce sujet R. Aba b. Zabda, qui lui dit : ce qui appartient au 
public ne devient pas interdit. R. Jacob b. Zabd6 dit que R. Isaac observa- 
ceci : lorsqu'une lettre de divorce est adressee de loin (a une femme en Pa- 
lestine), bien qu'elle porte les noms etrangers de GaTos 2 ou de Lucus (non 
Israelites), la lettre est valable, dans Thypothese que par exception ces noms 
ont £t£ adoptes par des Juifs ; on admet done le moindre pr6texte, et il en 
sera de meme ici. Oula Schikhfa a enseigne devant R. Dossa : le poisson 
impur se reproduit lui-meme ; tandis que le poisson pur depose ses ceufs 
pour le frai. Puis Oula enseigna encore devant le mSme : les ceufs et les 
entrailles de poisson (dont la provenance n'est pas facile a reconnaitre) ne 
doivent Stre consommes qu'apres avis d'un homme expert. Sur quoi, R. 
Dossa lui dit : renonce a Tune de tes deux assertions, qui se contredisent 
(car il resulte de la seconde opinion, au sujet des ceufs interdits, que le 
poisson impur a aussi des ceufs). Non, dit R. Zeira, tu n'as besoin de renon- 
cer & aucun de tes enseignements, car tous les poissons ont des ceufs, avec 
cette seule distinction qu'a la sortie du sein de la femelle impure, le petit nait 
a Tetat acheve. 

R. Aba dit au nom de R. Juda : on ajoute foi au vendeur qui declare avoir 
sal6 ces poissons (purs). Je sais distinguer, dit R. Aba devant Samuel, entre 
les intestins des poissons impurs et ceux des poissons purs : ces derniers ont 
les oeufs ronds, mais ceux des poissons purs sont allonges. Samuel lui mon- 
tra une taupe, t^Xtcy;, et lui dit : comment est-elle (pure ou non)? Elle est im- 
pure, repondit R. Aba (se trompant). Je ne suis pas f&ch6, repliqua le pre- 
mier, de ce que tu declares impure une sorte pure, mais je crains qus tu 
finisses par rSpondre pur sur ce qui est impur. On a enseignS 3 : on ne devra 
acheter des oeufs ou des entrailles de poisson que sur Tavis d'un homme com- 
petent (qui sait, d'apres ces fragments, distinguer les sortes pures) ; de 
meme, il iaut un lei avis pour acheter du bleu-de-ciel (avec certitude de 
nuance), ou du fromage de Bithynie, ou du vin de Syrie, ou de la viande 
sans designation d'origine. Tous ces objets peuvent etre consommes chez 
n'iro porte quel isra&ite, mSme non expert, sans crainte d'impurete (en raison 
de leur presence \k, on les presume purs). R. Aha ou R. Tanhoum dit au 
nom de R. Josu6 b. L6vi : on peut ajouter foi 4 Tisra&ite qui, vous envoyant 
de Tassa, dit ne pas l'avoir coupe avec un couteau de pai'en (interdit). R. Ja- 
cob b. Aha ou R. Jacob b. Idi, au nom dumeme, dit : on peut aussi croire 
Tisraelite qui declare d'origine pure le bleu-c61este pr^sente par lui. Chez 
R. L6vi de Sennabaris, les enfants vendaient des fruits presumes etre redi- 

1. Cf. tr. Troumoth, X, 9 (t. Ill, p. 121), ou la traduction est a corriger d'apres 
la pr&ente version. 2. Au lieu du mot Gaios, D"2, un copiste a mis D^U, 
rendu plus tard par Equivalent n33, foranger, de sorte que le texte serait inin- 
telligible, sans le passage paraltele du tr. Trovmoth (ibid.). 3. V. tr, Schab- 
bath, VI, 6. 



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206 TRAITE ABODA ZARA 

m6s (par confiance des clients envers ce R. Levi). R. Jacob b. Aha dit au nom 
de R. Yosse : Tesclave d'un homme digne de foi est egalement cru. Ainsi, 
comme Germanus l'esclave de R. Juda Naci avait du bleu-celeste a vendre, 
on le lui acheta par suite de la confiance qu'inspirait son maitre. De m6me, 
ajoute R. Yassa au nom de R. Yohanan, le serviteur d'un homme expert jouit 
de la m6me confiance que le maitre. 

Quant au sel provenant d'une source *, on peut au fond ramener a un meme 
point de vue les opinions diverses sur ce sujet, dont Tune declare que le sel 
noir est seul defendu, mais le sel blanc est permis ; tandis que l'autre avis dit 
au con tr aire que le sel blanc est defendu, mais que le noir est permis : la 
premiere opinion, qui defend le sel noir, craint l'immixtion d'un reptile noir 
contaminant le sel; l'autre opinion defend le sel blanc, craignant l'immixtion 
d'un reptile blanc. R. Hanania b. Gamaliel dit au nom de R. Juda b. Gama- 
liel qu'en Tun et l'autre cas il est defendu d'user de ce sel (par crainte du con- 
tact d'un corps Stranger inconnu). En efifet, dit R. Hanania, nous avions un 
voisin qui joignait au sel de la graisse de pore. — La regie applicable au 
d$me forme par l'arbre est le m6me pour son branchage en feuilles ; le treil- 
!age de lattes a la m6me rSgle que celui de bois disjoints; la toiture, c^l-p)* 
ou la couverture que doit avoir le four 2 ; de meme, la fossette ou la cavite 
sur la peau de la vache rousse, ayant des poils noirs ou blancs 3 ; enfin la 
place restSe impure d'une table de quoi poser les verres, ou de quoi placer les 
morceaux d'aliments 4 . Comme tous ces groupes de termes sontsynonymes 
entre eux, de m6me les expressions « olives comprimees » ou « olives rou- 
lees » s'equivalent. « Les olives amoliies sont interdites ». R. Hiyaau nom 
de R. Yohanan explique que e'est une sorte sp&iale, bien vite molle ; on jette 
du vinaigre dessus pour les raffermir et pouvoir enlever le noyau. 

CHAP1TRE 111 

1 . Toutes les idoles sont dune jouissance interdite, car on les adore 
au moins une fois par an 5 . Les autres sages ne declarent interdite que 
l'idole ayant en main un baton, ou un oiseau, ou une boule. R. Simon 
b. Gamaliel inlerdit toute idole qui a en main un objet quelconque. 

R. Hiya b. Aba dit que l'inierdit des jouissances des idoles a pour cause 
d'etre ador6es dans une grande ville comme Rome au moins deux fois dans 
une periode de 7 ans. S'il en est ainsi, elles devraient seulement etre inter- 
dites dans les localiles determinees ou on les adore, et rester d'une jouis- 
sance permise dans les villes ou on ne les adore pas ? R. Yosse repond : des 
lors qu'il yaune cause d'interdit pour elles dans une locality elles deviennent 

i. Ddendu au § 6. 2 Tr. Kelim, VIII, 9. 3. Tr. Para, II, 5. 4. Tr. 
KUim y II, 1. 5. C'est, dit le comment a ire, lorsque la terre est sise dans le 
signe du zodiaque correspondant & l'idole. 



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CHAPITRE HI 



207 



par ce fail interdites partoul. A quel cas se refere la discussion entre R. Meir 
et les autres docteurs ? S'il est notoire que les idoles ont 6t6 erigees a Pusage 
personnel des rois pai'ens, tous doivent s'accorder&eninterdirelajouissance? 
S'il est au contrairc notoire que Ton a edifie seuleraent ces statues par ordre 
des gouverneurs pour orner les places, tous devraient en permettre la jouis- 
sance ? La discussion se refere k une edification indeterminee : en ce cas, 
selon R. Meir, elle est faite a l'usage du roi (et entraine l'interdit) ; selon les 
autres docteurs, elle n'est en ce cas qu'un ornement permis. Aschian lc 
charpentier dit au nom de R. Yohanan : pourquoi les images, elx6vov, sont- 
elles d'un usage interdit ? Parce qu'au moment de les mettre en place, il est 
d'usage de leur offrir de l'encens (c'est un acte d'idol&trie). II est permis de les 
regarder, dit R. Yohanan, une fois qu'elles sont a terre (non plus debout), 
comme il est dit(Ps., XXXVII, 34) : tu verras le retranchement des impies. 
On ne devra pas regarder le samedi l'inscription courante placee au-dessous des 
bas-reliefs ou des images peintes, ni m£me les jours de semaine, en vertu des 
mots (L6vit..XIX, 4) :Nevous tournez pas vers les idoles ; mSmedesetourner 
vers elles c'est une adoration. Lorsque R. Nahum b. Simai' mourut^on couvrit 
avec des rideaux les images (portraits ?) exposees au mur, en disant : 
comme il avait l'habitude en son vivant de ne pas voir d'images, il ne les 
verra pas non plus etant mort. Mais les morts peuvent-ils done reconnaitre 
des objets ? 11 n'y a de difference, re pond it Resch Lakisch, entre nous vivants 
etlesjustes morts que la privation de la faculty de parler (les autres sens 
leur restent). R. Zeiraajoute: le mort entendl'eloge que Ton faitde lui comme 
au milieu d'un songe, et R. Aschian exprime le m£me avis. 

Pourquoi dit-on de Nahum qu'il fut un homme d'une saintete superieure? 
Pour n'avoir de sa vie regarde une image de monnaie 2 . Pourquoi notre 
maitre R. Juda est-ii surnomme saint? Pour n'avoir jamais vu sa circoncision. 
A la mort de R. Aha, on vit des 6toiles en plein midi (par obscurcissement 
duciel). A la mort de R. Hanan, les statues iv&ptarca se recourberent. A la 
mort de R. Yohanan, les images peintes se courberent, et Ton dit & ce 
propos que nulle image n'equivalait a son visage. A la mort de R. Hanina de 
Berath Horon, le lac de Tib6riade se fendit ; on dit que ce fait rappelait le 
m6me ph^nomene arrive lorsque ce rabbin, ayant proclamS l'annee embolis- 
mique, fut heureux de traverser le milieu du lac pour couper court et annon- 
cer le changement de l'annee. A la mort de R. Oschia, Timmondice (temple 
idolMre) de Tib6riade se renversa 3 . A la mort de R. Isaac V. Eiiascfrib* 70 
finteaux de maisons branlantes en Galilee tomberent en mines ; on dit qu'elles 
avaient servi jusqne-l^t par le m6rite de ce rabbin. A la mort de R. Samuel 
b. R. Isaac, les cedres de la Terre sainte furent dSracines 4 ; on raconte de 
lui qu'a la vue des fiances allant se marier, il prenait une branche de myrthe 
et dansait devant la fiancee. Comme les rabbins le bl&maient de ce manque de 

1. V. Rabba sur FEccl6siaste, IX, 1. 2. V. tr. Meghilla, 1, 13 ; tr. Sanh6drin, 
X, 5 (6). 3. V. Neubauer, ibid., p. 213. 4, V. J., tr. P6a, I, 1. 



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A 



208 v TRAITE ABODA ZARA 

dignity, R. Zeira intervenant leur disait ; laissez-le faire, car c'est un vieil- 
lard qui sait comment se conduire. A sa morl, un feu descendit du ciel, ser- 
vant de separation entre le lit fungraire et l'assemblee. Pendant trois heures, 
des tonnerres et des Eclairs sillonnaient la terre, en temoignage de la belle 
conduite du vieillard portant le myrthe. Une voix celeste se fit entendre et dit: 
Heias, il est mort Samuel b. Isaac, remarquable par ses bienfaits ! 

A la mort de R. Yassa b. Halafta, les ruisseaux a Laodicee laissaient per- 
cevoir du sang; c'etait, dit-on, une allusion a ce que ce rabbin avait parfois 
risque sa vie pour accomplir le precepte de la circoncision (malgre la defense 
du gouvernement). A la mort de R. Abahou, les colonnes de C6sar6e pleure- 
rent 1 . Les Cutheens (heretiques) disaient : ce n'est 14 qu'une manifestation 
de joie ; non, leur repliquerent les Israelites, les eloignes (comme les colonnes) 
* ne sauraient comme de plus proches (vous autres) manifester une joie qui ne 
reside que dans votre imagination. Lorsque R. Abahou fut sur le point de 
mourir 2 , il vit passer devant lui 13 rivieres de baume; pour qui tout cela, 
demanda-t-il ? Pour toi, lui fut-il r^pondu. Quoi 1 s'ecria-t-il, tout cela serait 
pour Abahou, et f avals suppose rriitre donn& de la peine en vain (Isai'e, 
XLIX, 4); aux justes Tfiternel montre ici-bas quelle sera leur recompense 
dans la vie future, de sorte que leur &me heureuse ira reposer en paix. Ainsi, 
le roi, ayant ordonne un grand festin, fait dessiner sur la nappe (mappa) les 
divers plats ; les invites en arrivant les voient, ont l'&me rejouie et en sont 
fort aises. Lorsque Zabdai b. Lewai', R. Yosse b. Patros et R. Josue b. Levi 
furent sur le point de mourir, chacun d'eux dit Tun des 3 versets suivants ; 
Tun dit (Ps., XXXII, 6) : Cest pourquoi tout hommepieux teprie; l'autre 
dit (Ps.,V, i 2): tous ceux qui se fient en toi se rSjouiront ; le 3 e dit (Ps.,XXXI, 
20) : Combien est grand le bien que tu reserves & ceux qui te rdvbrent — 3 . 
« Les autres sages ne declarent interdite (k toute jouissance) que Tidole 
ayant en main un baton, ou un oiseau, ou une sphere. » Le baton est le signe 
de la domination sur le monde : Toiseau est un signe important, selon ces 
mots (Isai'e, X, 14) : Ma main a trouve comme un nid la richessedes pen- 
pies; enfin, la sphere est le symbole du monde, fait selon cette forme. 

R. Y6na dit 4 : Alexandre le Macedonien voulut s'elever dans les airs; il 
monta, monta, jusqu'a ce qu'il vitle monde comme une boule et la mer comme 
un chaudron : c'est pourquoi on represente l'idole tenant a la main une boule. 
Pourquoi alors ne pas representer aussi Tidole avec un chaudron a la main ? 
Elle nedomine pas sur la mer ; l'fiternel seul domine a la fois sur la mer et 
sur la terre, et sauve l'humanite aussi bien sur mer que sur terre — 5 , 

/ 1 . On retrouve ces mots employes dans le m&me sens par 1'historien Eusebe de 

/Cesaree, qui raconte les persecutions subies par les premiers Chretiens; ce que 
rapporte Cesari, Morti dei persecutori delta Chiesa, p. 25 (cite par Lattes, Lessico 
Tabnudico, p. 24). 2. Rabba sur Genese, ch. 62; Tanhouma, section Waylii. 
i / 3. Suit un passage traduit tr. SAtg, \X*16Jm (I Hl^a, 344). 4. Traduction 
*' de M. Israel Levi, dans Revue de& fitudes juives, t. vil, p. 93. 5. Suit un 

passage traduit tr. Btrahhoth, IX, 1 (t. I, p. 155). 



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CHAPITRE ni 209 

Aux interdits deja enonc6s on ajoute T6p6e, la couronne eti'anneau; T6pee, 
car elle sert a tuer ; avec la couronne le roi se pare, et avec Tanneau les or- 
dres sont scell6s. Avec une bague ou est figure une idole, il est defendu de 
aceller *. R. Juda Stablit ces distinctions : si le cachet est creuse, il est d6- 
fendu d'en user ; s'il est au contraire en relief, il est permis de s'en servir. 
R. Hanioa b. Gamaliel dit : les membres de la famillc de mon pere signaient 
(ou scellaient) par des images, rcpoawxov. R. fileazarb. R. Simon dit:ilyavait 
toutes sortesde figures a Jerusalem, sauf des faces humaines. « R. Simon b. 
Gamaliel interdit toute idole qui a en main un objet quelconque », pourvu que 
ce soitun objet honorable; ainsi, un panier, des aiguillons ou des chiffons, 
sont des objets de m6pris ; mais le papier et le calam sont des objets convena- 
bles (interdits & ce titre si Tidole est sise dessus) ; quant au plumier, xaX«|jti- 
piov, c'est douteux. 

2. Celui qui trouve des fragments de vases simulant Tidole, peut les 
utiliser. Si Ton trouve une forme de main ou de pied, il est dtfendu 
d'en user, car il arrive gue de tels objets sont adores. 

R. Yosse au nom de R. Yohanan explique le motif de cette autorisation •" 
c'est que la plupart de tels fragments proviennent de vases en forme de tre- 
pied, SfX<ptxv) (ne suscitant pas la crainte de Tidol&trie). S'il en est ainsi, pour- 
quoi interdire « une forme de main ou de pied? » C'est que parfois « de tels 
objets sont adores ». II est 6crit (II Rois, XVII, 30) . Les habitants de Babel 
firmt Souccoth-Benoth (mot-a-mot : couvant des petits), ce qui donne Tidee 
d'une poule avec ses poussins ; les gens de Beth-Schamesch firent Nergal (le 
pied), en figurant le pied de Jacob ou de Joseph. Aussi est-il dit (Genese, XXX, 
il) : fai auguri que Dieu me benirait d cause de toi, et en effet (ibid. 
XXIX, 5) : VEternel binit la maison de Vegyptien & cause de Joseph. Puis, 
il est dit (II Rois, ibid.) : les gens de Hamath firent Ashima;ce dernier mot 
(un nom d'idole) signifie bouc, comrae il est dit (Levit., V, 16): le prStre pro- 
noncera le pardon sur lui par le holier du sacrifice de pecM. Puis (II Rois, 
ibid., 31) : Les Aviens firent Nabhan (Faboyeur) imitant le chien, et Tartaq, 
ou une forme d'ftne ; les Sepharviens brulaient leurs en f ants cm feu & Adar- 
melec et Anmelec, qui avaient la forme d'un paon, T aw; ou d'un faisan, 

Une idole brisee (spontanement) est interdite, selon R. Yohanan 2 ; mais 
R. Simon b. Lakisch permet d'en tirer parti. A quel cas se rapporte cette dis- 
cussion ? S'il s'agit de rhypothese que notoirement celui qui prend des frag- 
ments de Tidole les remettra ensuite en place et reconstituera Tensemble, 
tous en interdisent Tusage ; dans Thypothese contraire, tousdoivent en auto- 
riser Tusage. 11 n'y a de divergence d'avis qu'en cas indetermine sur Tavenir 
de Tidole brisSe : en ce cas, dit R. Yohanan, il y a presomption de restitution 
(et de maintien de Tidole) ; selon Resch Lakisch, on presume alors qu'il n'y 

1. Tossefta, ch. 6. 2. Gf. ci-apris, § 13. 

T. xi 14 



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210 TRAITE ABODA ZARA 

aura pas de restitution (et l'idole est annulee). R. Judan pere de R. Math- 
nia dit : si les fragments brisks n'ont pas 6t6 deplacSs, on presume leur re- 
constitution (et le maintien de Tidole). Mais, objecta Resch Lakisch a R. Yoha- 
nan, puisqu'il est ecrit (I Sam. V, 5) : Cest pourquoi les pritres de Dagon ne 
marchent pas sur le seuil de Dagon, n'est-ce pas une preuve qu'i Hdole eile- 
meme, alors brisee, on n'attachait pas de consideration? Non, repond R. Yo- 
hanan, ce verset prouve seulement que la plus grands deference idol&tre £tait 
r6serv6e pour le seuil. R. Jen§mie dit au nom de R. Hiya b. Aba : les nations 
du monde (les Philistins, selon le texte pr6cit6) ont r6v6re un seuil, et aux 
israelites ii est arrive maintes fois de se Iivrer & des idolatries de ce genre, 
com me il est dit (Sophonie, I. 9) : je punirai tous ceux qui sautentpar des- 
sua le seuil. Si Ton trouve une idole, dit Rab, il faut en briser un membre 
apres l'autre pour Tannuler ; selon Samuel, elle ne sera malgrS cela jamais 
annulee. R. Abin dit au nom de R. Simon : il est vrai que la forme de 
main ou de pied est interdite, lorsqu'elle n'-est pas sise sur un socle (basis) ; 
mais lorsqu'il y a en ce cas un socle qui fait defaut, c'est une preuve que la 
dite forme vient d'une idole brisee. 

3. Si Ton trouve des vases ou est represent^ le soleil, ou la lune, ou 
un dragon, Zpb.w, il faut les jeter 4 la mer. Selon R. Simon b. Gama- 
liel seulement au cas ou ces images sont figuries sur des vases pr6cieux, 
ceux-ci sont interdits; mais si elles sont sur des non-valeurs, il n'y a pas 
d'interdit. Selon R. Yosse, on peut les rSduire en poussi&re et les disper- 
ser au vent, au lieu de les jeter & la mer. Mais alors, fut-il r6pliqu6, cette 
poussifere redevient un engrais au champ ; or, il est dit (DeutSr. XIII, 
17) : rien de Vinterdit ne devra tester entre tes mains. 

La Mischn& defend seulement les vases sur lesquels est represents le so- 
leil, ou la lune ; done, l'image de toute autre planSte n'entraine pas Tinter- 
dit. De m£me, la MischnS, defend seulement la representation du dragon, non 
celle d'aucun serpent. On nomme dragon le reptile dont le cou est muni de 
filaments. De mfrne, R. Simon b. Azai' a dit : on appelle dragon Tanimal 
rampant, au cou muni de filaments. Aussi, un dessin qui ne reprSsente pas 
ces filaments est permis. Si Ton trouve une forme de dragon faite comme un 
rampant, elle est interdite ; si au-dessus de la forme du reptile est superpo- 
see celle du dragon (aisee k separer), on peut prendre la premiere partie 
pour l'utiliser, en rejetant la seconde, celle du dragon. Samuel dit : la coupe 
qui sert de base au dragon est interdite (comme socle d'une idole) ; si au 
contraire le dragon sert de base a la coupe, on peut tout utiliser (rien n'6- 
tant rev6re). R. Aba dit au nom de Rab : les morceaux d'un dragon brise 
peuvent Stre utilises ; mais un dragon entier qui a ete brise reste encore in- 
terdit apr&s le bris. Cependant, les debris (pr6cedemment permis) ne pro- 
viennent-ils pas d'un entier? Voici, dit R. Hiskia au nom de Rab, comment 
il faut computer cette proposition : si Ton a vu des gens se prosterner 



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CHAPITRE III 211 

devant un dragon complet, qui ensuite s'est bris6, les fragments deviennent 
interdits. 

A quel cas se r6fere la distinction Stablie par R. Simon b. Gamaliel dans 

la Mischn& entre lesobjets precieux et les non-valeurs ? S'il est notoire que 

ces objets sont adores, ils devraient etre interdits m6me en etant insigni- 

fiants ; s'il est au contraire notoire qu'on ne les adore pas, leur usage devrait 

etre autorise m6me s'ils sont precieux ? Cette opinion se r6f&re au cas inde- 

lermine (lorsqu'on ignore s'il y aeu adoration, ou non) : le plus ou moins de 

valeur du vase fait presumer si on l'a adore, ou non. R. Qrispa dit : les 

coupes sont tenues pour objets meprisables, car R. Hiya b. Aba avait une 

pofile a feu surlaquelle etait represents le symbole venere, ti^, de Rome. II 

alia demander k R. Yohanan s'il est permis de s'en servir ? Oui, rSponditce- 

lui-ci; des que l'eaua pass6 sur cetobjet, il n'est plus qu'un vase dSprecie 

(et non une idole). De m6me, une cruche k puiser de l'eau est un objet m6- 

pris6 des qu'elle a plonge dans l'eau. Au temps de R. Yohanan, on commen- 

Qa k avoir des peintures sur les murs, et les rabbins ne les dlfendirent 

pas. 

R. Yoss6 de notre Mischnfr objecta aux autres sages (ses contradicteurs) : 
N'est-il pas dit (Deuteron., IX, 21 j : Votrepiche commis en irigeant le veau 
d'ory qui a 6te r&luit en cendres et disperse, nonjetS&Ta mer? Ceci prouve 
seulement, fut-il repondu, que Moi'se voulut eprouverles israSlites de la 
m£me fa$on que les femmes soupconnSes d'adultere en leur faisant boire de 
ces cendre3, repandues dans Veau (Exode, XXXII, 20). Mais n'est-il pas dit 
(I Rois,XV, 13) : A. Naakha, lamdre du roiAssa, il enleva Vautoritt de 
reine,... il le reduisit en cendres, qu'il jeta dans le canal de Kedron, non a 
la mer ? Ces derniers mots, fut-il repliqu6, ne prouvent rien ; car il est dit 
d'autre part (ibid.) : Assaruina le bocage et le brilla, etc. N'est-il pas dit (II 
Rois, XVIII, 4) : Que Von morcelle le serpent d'airain dressi par Moise, car 
jusqu'd ce jour on Vencense, sans le jeter k la mer ? Ce n'est pas une idole, j 
puisque Moi'se l'avait elev6 ; seulement, comme k la vue de ce serpent des ( 
Isra61ites s'6garaient *, EzSkias le fit disparaftre {sans que ce soit une idole). { 
II est Scritd'une part (Il^anfueCV, 21) : Ils abwndonnerent Id leurs idoles, j 
que David et ses gens emportdrent, et d'autre part (I Chron. XIV, 12): * 
David ordonna de les brukr. Ces 2 versets ne se contredisent pas, selon les 
explications divergentes de R. Yoss6 b. Halafta et des rabbins. Selon Tun, le 
le l er verset se rSfere aux idoles de metal, incombustibles, qui furent 
emporties, et le 2 e aux idoles de bois, qui furent brUUes. Selon les autres au 
au contraire, ce qu'Ithai de Gath 2 annula comme idol&tre, Davidiefit empor- 
ter pour l'annuler, et ce qu'Ithai n'a pas annul6, David Fa fait brdler. Com- 
ment R. Yosse b. Halafta explique-t-il le l er verset, parlant d'emporter des 
objets d'usage interdit ? On suppose leur enlevement apres le bris des pieces. 

1. Ci. J., tr. Demai, III, 4. 2. V. II Samuel, XV, 19. 



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212 TRAIT6 ABODA ZARA 

4. R. Gamaliel allait prendre ses bains k Acco dans une maison de 
bains qui appartenait k la d£esse Aphrodite * (le temple de cette d6esse, 
ses pretres et le personnel etaient entretenus des revenus qu'on retirait 
de la maison de bains.) Un palen nomrae Proclus ben Philosopbos Iui de- 
manda comment il pouvail se permettre d'aller prendre des bains dans 
une maison affect6e au service d'une idole, quand la loi mosaique (ibid.) 
difendail de tirer le moindre profit des objets consacris aux divinit6s 
paiennes? Une fois sorti, R. Gamaliel rSpondit : Je ne vais pas dans le 
domaine de Tidole, c'est elle qui vient dans le mien ; onn'a pas construit 
la maison de bains en Thonneur de l'Aphrodite; c'est elle au contraire 
qui sert d'ornement a la maison de bains (c'est une maison publique, 
appartenant k moi com me k tout le monde). 

Ou bien encore, quelle que soil la somme d'argentque Ton te donnerait, 
tu n'entrerais pas devant ton idole k l'6lat nu, ou etant gonorrh£en, ou 
pour uriner devant elle; mais cette idole est sise k la rigole du bain, et 
tous urinent devant elle. Or, la Loi emploie Texpression leur$ diettx; 
done, ceux envers lesquels on se conduit avec respect, comme k regard 
d'un dieu, sont interdits, mais ceux que Ton ne traite pas avec les mSraes 
ggards sontpermis. 

A quel cas se refere la question posee par Proclus ? Si Ton consid6re cette 
question comme relative aux sujets traitant du bain, R. Gamaliel aurait dfi 
(ou pu) lui repondre de suite (m6me au bain) ; si Ton considere la question 
comme etraogfere, le rabbin n'avait pas a y repondre du tout ? Or, R. Jacob 
b. Idi au nom de R. Josue b. Levi dit 2 : au bain on peut s'occuper des regies 
qui le concernent, comme au cabinet il est permis de traiter des sujets qui s'y 
rapportent. Ainsi, R. Simon b. Eleazar s'etant rendu au bain avec R. Meir, 
il lui demanda s'il est permis de s'essuyer (le jour du sabbat) ? Non, fut-il 
rtpondu. Peut-on s'asperger d'eau ? Non. II parait au contraire interdit de 
traiter la ces sujets, puisque Samuel ayant demande k Rab s'il est permis de 
repondre amen sur une priere dans un endroit malpropre, Rab rSpondit que 
c'est dWendu, en ajoutant qu'il ne devrait m§me pas prononcer 14 cet interdit 
pouvant servir de r6gle. On trouve enseigne qu'il est permis de s'occuper aux 
susdits endroits des regies qui y sont relatives. Comment, en somme, la 
question de Proclus est-elle posee? Elle se refere bien aux regies du bain, 
repond Judan pere de R. Mathnia ; seulement, R. Gamaliel a differ^ sa reponse 
jusqu'a la sortie, parce qu'il n'est pas d' usage de repondre au bain. De m£me, 
dit R. Samuel b. Abdim6, la question posee est consideree comme faisant 
partie des sujets relatifs au bain ; mais R. Gamaliel n'a pas voulu repondre de 

1. Ce nom, dans Maimoni, au commentaire sur la Mischnd, est traduit KIHT 
=V6nus), pour lequel le ms. de Londres (Oriental mss , n° 2391) a exactement : 
fllHT. 2. V. J., tr. Schabbat, III, 4 (t. IV, p. 46). 



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CHAPITRE III 213 

suite, car la vapeur du bain est nuisible aux dents *. — Les compagnons d'e- 
tude, savoir R. Hama b. Yosse au nom de R. Oschia et R. Zeira au nom de 
R. Josugb. L6vi, disent que l'argument du Rabbi, d'avoir une tenue d6plac6e 
devant l'idole, n'est qu'une reponse evasive; sans quoi, Proclus eut pu r6pli- 
quer que le culte rendu a Baal-Phegor consiste a se d6couvrir devant lui (et 
pourtant c'est une idole). En r^alite, ne peut-on pas opposer cette idole a l'ex- 
plication de R. Gamaliel? Non, car « ceux envers qui on est respectueux sont 
interdits, non ceux que Ton ne traite pas ainsi » (tandis que pour l'idole de 
Belphegor, c'est le mode reconnu de son culte qui est tel). 

5. II est permis d'utiliser les monts et collines adores paries pai'ens, non 
ce qui se trouve sur ces lieux, caril est dit (Deut6ron., VII, 17) : Tu ne 
desireras pas V argent et lor sur elles (les idoles) pour le prendre. R. 
Yosse le Galileen le deduit 2 des mots leursdieux sur les montagnes (ibid., 
XII, 2) ; les montagnes ne sont pas des dieux. De m£me il est dit (ibid.) : 
leurs dieux sur les collines ; celles-ci nesont pas des dieux. Alors pour- 
quoi un bocageest-ilinterdit? Parce qu'il est de formation humaine, et 
tout objet artificiel est susceptible d'interdit. Je veux t'expliquer et com- 
menter ce passage, dit R. Akiba : partoutoii Ton trouve une haute mon- 
tagne, une colline Slevee et un bois verdoyant, sache qu'il y a 14 une 
idole. 

R. Zeira, R. Yassa, ou R. YossS b. Hanina dit au nom de R. Oschia : comme 
un verset (ibid. VII, 17), Tune desireras pas r argent ou I' or qui est sur 
elles, emploie l'expression «< sur elles », et un autre verset (ibid., XXIX, 16), 
V argent et V or qui est avec elles, a le terme « avec elles », n'y a-t-il pas con- 
tradiction ? Elk quoi bon cette divergence de langage? Comme sur elles, il 
n'y a que des objets specialement destines k servir d'ornement et par conse- 
quent interdits, de raerae ce qui est avec elles ayant la meme destination spe- 
ciale sera seul interdit (non ce qui norne pas l'idole). R. Yohanan dit au nom 
de R. Yanai : tout ce qui est importe a l'interieur du rideau de l'idole, lors 
m&neque ce n'est pas un ornement, comme parexemple une bourse d'argent, 
est interdit. Nous avons ainsi un signe, dit R. Yassa, faisant croire que l'avis 
precedent de R. Oschia (autorisant fusage de tout ce qui n'orne pas l'idole, 
tel qu'une bourse) est oppose a celui de R. Yanai", qui defend m6me l'usage de 
la bourse si elle est imports. En rSalite, loin de se contredire, les deux avis 
se confirment reciproquement, car de la comparaison des termes « sur elles » 
et « avec elles », on conclut a interdire seulement l'objet specialement destin6 
4 orner l'idole, k 1' exclusion du sac d'argent. Or, ce dernier devient aussi d6- 
fendu, selon l'avis de R. Yanai', s'il est imports pr6s de l'idole ; car, ajoute 
R. Aba au nom de R. Juda, m£me l'eau et ie sel que Ton importe sont suppo- 
ses servir i l'idole, le sel pour aplanir le terrain, et l'eau pour le laver ; done, 

1. Aussi, il est bon de ne pas parler. 2. Si fir i, section Reih, ch. 60. 



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214 TRAITE ABODA ZARA 

l'apport d'autres objeis n'est pas defendu a titre d'extension, mais aussi bien 

que Teau et le sel — *. 

L'oBuf devant lequel on s'est agenouille, selon Hiskia, ne devient pas inter- 
dit pour cela; R. Yohanan le declare interdit. R, Zeira dit que cette discus- 
sion se refere a un ceuf (en raison du doute si d'avance on le considere comme 
un 6tre vivant, ou non) ; les autres compagnons d'etude rapportent la discus- 
sion a des cailloux de riviere, de forme ovale, que Ton superpose pour les ado- 
rer. En effet, dit R. Houna, un verset confirme l'avis des compagnons, a savoir 
qu'il s'agit de cailloux arrondis de riviere, disant (Isai'e, LVII, 6) : Dans les 
pierres polies du torrent est tonpartage, Us sont ton sort, tu leur verses la 
libation (c'est done parfois une idole). L'avis de R. Hiskia a pour base ce rai- 
sonnement : « le bocage est interdit, parce qu'il est de formation humaine, et 
tout objet d'artifice humaine est susceptible d'interdit » (non les poussins, dont 
Teclosionde I'oeuf n'est pas un produit obtenu par I'homme). Tous reconnais- 
sent que des froments adores (objet de la culture humaine) sont interdits, car 
R. Haninab. Yassa dit au nom de R. Juda 2 : les racines du froment sont en- 
foncees au sein de la terre jusqu'a trois coudees, et celles des figuiers tendres 
s'implantent meme dans les rocs. La terre n'absorbe d'eau que selon son etat 
D'ou se nourrissent alors le caroubier et le sycomore?Une fois par mois, 
r6pond R. Hanina, une vapeur s^leve de l'abime et arrose ces racines, car il 
est dit (Isai'e, XXVII, 3) : Moi I'titerneljc la preserve, je r arrose parfois. 
Ceci prouve, enseigne R. Simon b. fileazar, que la terre absorbe seulement ce 

qui lui sert — 3 . 

« R. Akiba dit : je veux t'expliquer, etc. » Une version emploie ici a cet 
effet le mot Vila* (expliquer); selon une autre version, R. Akiba aurait dit : 
je veux exposer devant toi b^tfN. Le premier terme a le sens de « faire com- 
prendre » ; le second, celui d' « apporter ». R. Bourqui a enseign6 devant 
R. Mena : il resulte de cet avis que les Cananeens n'ont laiss6 ni une monta- 
gne ni une colline sans adorer la une idole. Mais n a-t-on pas dit plus haut 
qu'un objet vivant adore, sans devenir pour cela interdit a Tusage d'un parti- 
culier, sera defendu pour le culte divin, et comme il vient d'&re dit quetoutes 
les hauteurs ont servi tour a tour a Tidol4trie, comment le Temple de Jerusa- 
lem a-t-il pu etre construit? 11 l'a ete sur l'avis du prophete, selon ces mots 
(I Chron., XXI, 19) : David monta selon la parole de Gad, qui avail parte 
sur rordre de Vtternel. 

6 (8). Un propri6taire, dont la maison adossee 4 un temple d'idoles 
tombe en mines, ne devra pas la rSedifier. Comment done faire pour 
reconstituer son bien? II devra se placer d'abord en retrait de4 cou- 
dees du voisinage, puis reconstruire. Si le mur de separation est mi- 

1. Suit un passage traduit tr. Kilaim, VII, 4 (t. II, p. 293). 2. J., tr. Bera- 
koth, IX, 2 (t. I, p 166). 3. Suit un passage traduit au tr. 'Orla. I, 7 (t. Ill, 
p. 328'. 



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CHAPITRE III 215 

loyen aux deux proprietes, il pourra mettre en comple la moitie de ce 
mur. Le port des pierres, bois et mottes de terre, rend impur k T6gal du 
contact d'un reptile, car il est dit (Deuteron, VII, 26) : in V auras (Hdole) 
en abomination comme un ver. R. Akiba dit t : le contact de ces objets ^> 
rend impur comme celuTd'une femme menstruee, car il est dit (IsaYc, 
XXX, 22) : lu les rejelleras (les idoles) comme une femme impure, et tu 
leur diras de sortir. Or, de m6me que la femme menstruee rend impur 
celui qui la porte, de m£me ilen est de Tidole. 

— 2 R. Yohanan explique le cas de la Mischn§, (du voisinage de l'idole), en 
gupposant qu'un proselyte et un pai'en ont herite de leur pere pai'en deux 
maisons a mur mitoyen (et le second a garde l'idole). Pourquoi ne pas suppo- 
ser (simplement) qu'un idol&tre a conslruit un temple pai'en adosse au mur 
d'uo israelite? A cause de Tenseignementqui dit : Si une maison d'idol&tre a 
•te 6rig6e en l'adossant k celle d'un israelite, puis la premiere est tombee en 
ruines, celle de l'lsraelite reste d'un usage perm is ; mais si un proselyte et un 
pai'en ont Write de leur pere pai'en de maisons contigues, celle de l'lsraelite 
reste inlerdile malgre la ruine ulterieure de la maison idol&tre (en raison de 
son origine). On a enseigne aussi 3 : la maison idolatre, erigee en l'adossant a 
celle d'un israelite et plus tard ruinee laisse la maison israelite d'un usage 
permis; mais elle reste interdite au cas inverse, si Tisraelite a adosse sa mai- 
son a celle du pai'en (meme ruinee plus tard). En effet, dit R. Yosse, notrc 
Mischnfc le confirme par ces mots : « Si le mur de separation est mitoyen 
aux deux proprietes, il pourra mettre en compte la moitie du mur » (la moitie 
del'idol&tre persiste done en son etatdeTendu). 

7. Quant aux maisons, il y a trois categories k observer : une maison 
6rig6e en principe k l'idole est interdite. Si on Pa seulement enduite de 
ciment, ou pr£par£e pour l'idole par une renovation, il suffit k Tisraelite 
d'enlever ces changements pour utiliser la maison. Si le pai'en apres y 
avoir apporte une idolela remporte, la maison redevientpermise. 

8. II y a trois sortes de pierres : une pierre taillee dfes Forigine 
comme socle, pw^ic, est interdite. Si elle a 6t6 seulement enduite de 
cbaux, ou adaptee k Pidoiatrie par une modification, il suffit d'enlever 
le changement pour la rendre d'un usage permis. De meme, si apres 
avoir place une idole sur la pierre on la ensuite enlev6e, l'usage rede- 
vient permis. 

Rab et R. Yohanan exnJHjuent tous deux que la Mischn& ne parle pas du 
cas de F adoration d'unymaison, parce que la Mischnfi. se place au moment de 
Tentree des Israeliteyen Palestine. On concoit cette explication d'apres Rab, 
qui dit que la genu/fexion devant une maison suffit a l'interdire 4 , et selon lui 

1. V. tr. Sabbat, IX, 1 (t. IV, p. 116). 2. En tete est un long passage dej4 
traduit au memetr. (ibid.). 3. V. Tossefta, ch. 7. 4. Cf. ci-dessus, § 7. 



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216 TRAITE ABODA ZARA 

il a fallu dire pourquoi la Mischnfc se place hors de Tentree d'lsrael en Pales- 
tine ; mais d'apres R. Yohanan, qui dii qu'en cas de jouissance d'une maisoo 
consacreeau culte divinon necommet pas de prevarication, que la jouissance 
est du moins interditeen principe, la Mischnft devrait enoncer comme premier 
cas d'interdil Tadoration d'une maison (memesi elle n'est pas edifice dans ce 
but)? C'est que Tadoration d'une maison, quoique interdite en principe, est 
une defense susceptible d'annulation (en fait) ; tandis que la maison 6difl6e 
pour Tidole des Tentree d'Israel en Palestine reste toujours interdite, sans 
annulation ulterieure. Comment alors fait-on pourtirer parti dune telle mai- 
son idolatre ? Des que Ton a accompli le fait de renverser les piliers de la 
maison, elle devient permise. — Quant a ce q»T « il suffit d'enlever les chan- 
gements pour utiliser la maison », dit R. Ila au nom de R. E16azar, c'est seu- 
lement au cas ou le changement consistait a faire entrer Tidole dans la maison 
non Edifice dans ce but. Mais alors, selon lui, la 2 e categorie, parlant comme 
la 3* de Tapport de Tidole, ne constitue qiTune avec la derniere, de sorte qu'il 
y aurait seulement 2 categories, non trois? Dans la derniere categorie, il s'a- 
git seulement d'un apport momentane, et dans la seconde il s'agit d'un sejour 
que Ton supposait dSfinitif. 

R. Aba dit au nom de Rab : des termes de la Mischna (§ 9) il result© que 
la fabrication ayant pour but special Tidolatrie 4 est de suite interdite (m£me 
avaot Tadoration). Ainsi, dit R. Jeremie au nom de R. £l6azar t il en resulte 
qu'une coupe fondue pour Tidol&trie est iuterdite des lafusion. R. Ila ajouteau 
nom de R. Eleazar (sur Tassertion de la Mischnfl, relative a Tautel): pour Tin ter- 
dit, il faut que Tidole ait ete placee sur ce piedestal. Selon la conclusion tir6e 
plus loin de Tinterdit immediat des objets relatifs a Tidolatrie, que le piedes- 
tal n'est jamais annule, il est observe que Rab se contredit : ici il resulte de la 
Mischnfc qu'une coupe prSparee pour Tidole est de suite interdite, et d'autre 
part il est dit que le piedestal sera annule si Ton veut? On peut expliquer la 
MischnfiL d'ici d'apres Tenseignement suivant : L'idole d'un pai'en est interdite 
d'avance (des sa confection), et celle faite par un israelite Test apres Tadora- 
tion (or, Tavis de Rab, d'une annulation admissible, se rSfere k Tavis con- 
traire, que la fabrication d'un paien n'est interdite qu'apres adoration). 

Mais la discussion, au lieu de se rapporter a Tidole, se refere peut-etre aux 
ustensiles de Tidole ? En effet, repond R. Simon au nom de R. Eleazar, la 
discussion se refere aussi aux ustensiles de Tidole (qui, d'apres ce docteur, 
sont de suite interdits). Puisque, selon Tavis pr6cit6 de R. Ila au nom de R. 
fileazar, Tidole doit avoir et6 placee sur le piedestal pour etre interdite, il en 
resulterait selon R. Eleazar que la seconde categorie de pierre, parlant comme 
la troisieme de la superposition d'une idole, ne constitue qu'une serie avec la 
derniire, de sorte qu'il y aurait seulement deux categories, non trois ? Dans 
la derniere categorie, il s'agit seulement d'un support momentan6, et dans 
la seconde il s'agit d'un support suppose definitif. 

1. Ci. d-apres IV, 4. 



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CHAPITRE III 217 

9. II y a trois sortes d'arbres, phallus : un arbre plante en principe 
pour ridolfttrie est interdit. S'il a 6te seulement tailte et 6mond6 pour 
Tidole, puis on a modifie son aspect, il suffit d'enlever la partie modi- 
fi6e (etle reste est permis). Enfin si Ton a plac<5 au-dessous une idole, 
plus tard dStruite, il reste d'un usage permis. 

10. On appelle bocage sacre le bois sous lequel il y a une idole. Selon 
R. Simon, on nomme ainsi Tarbre que Ton adore lui-mfeme. 11 arriva un 
jour 4 Sidon qu'au-dessous de Tarbre ou on se livrait k Tidol&trie, il y 
avait un raonceau. Examinez ce monceau, dit R. Simon : ce qui fut fait. 
Onvit qu'ily avait \k une image. Puisque celle-ci 6tait adoree, dit-il, 
Tusage de Tarbre reste permis. 

R. Am6 dit au nom de R. Simon b. Lakisch (§9): si Ton a grave des dessins 
d'idole sur cet arbre, Tinterditne pourra pas 6tre annule ; et quoique ce soit 
evident, il afallu le signaler, pour dire que, meme apres avoir enleveces 
gravures, Tinterdit ne saurait etre annule, en raison de la plantation origi- 
nelle de Tarbre pour Tidol&trie. On a enseign6 : si Ton a greffe une branche 
d'un tel arbre d'idol4trie sur un autre, il suffit d'enlever la greffe, et le reste 
est d'usage permis ; et encore, dit R. Yanai, Tenlevement n'est necessaire, 
que si la greffe a eu lieu en vue speciale de Vidolfttrie. R. Ila dit au nom de 
Resch Lakisch : Tobligation d'enlever la partie modifiee de Tarbre, au cas 
ou on Ta taille et coupe pour Tidol&trie, subsiste seulement si Tidole a ete 
plac6e au-dessous de son feuillage (s'il a servi de d6me). Ce rabbin n'est-il 
pas en contradiction avec lui-meme : R. Am6 vient de dire en son nom que, 
meme apres avoir enleve les gravures idol&lres representees sur Tarbre, Tin- 
terdit ne saurait Atre annule, et maintenant on dit (avec moins de s6verit6) 
que si Tidole n'a pas 6te placee sous Tarbre, on n'est pas tenu d'y rien chan- 
ger pour Tutiliser ? C'est que la gravure comporte une severite particuliere en 
ce qu'elle est faite sur Tarbre meme (tandis qu'ici il s'agit des branches). R. Ua 
vient d'adopter pour condition que Tidole ait ete mise dessous. II en rSsulte- 
rait que la 2 C categorie d'arbres, en parlant comme la 3 e de la mise de Tidole 
au-dessous, ne constitue qu'une categorie avec la derniere, de sorte qu'il y a 
seulement 2 categories, non trois? Dans la derni&re categorie, il sVgit seule- 
ment d'une pose momentanSe, et dans la seconde il s'agit d'une pose pr6- 
sum6e definitive *. 

R. Hisdadit(§ 10) : la discussion de la MischndL se refere au cas indeter- 
mine (oft Ton ne sait si Tarbre qui abrite Tidole est aussi adore ou non). Or, 
il est admis qu'en cas de certitude d'adoration de la figure et de l'arbre tons 
reconnaissent Tinterdit de ce dernier ; si au contraire il est certain que Ton 
adore la figure seule, non Tarbre, tous declarent permis Tusage de Tarbre. II 
n'y ade discussion qu'au cas ind6termin6 : en cecas, selon R. Simon, on pre- 
sume Tadoration simultanee de la figure et de Tarbre ; selon les autres doc- 

1. Selon le raisonnement des §§ precedent et suivant. 



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218 TRAITE ABODA ZARA 

teurs, on n'adore alors que la figure, Don l'arbre. Mais alors comment expli- 
quer l'avis de R. Simon, disant : «c puisque l'image est adoree, I'usagc de 
Farbre reste permis? » Pourquoi d'une part conteste-t-il l'avis des autres doo 
teurs, puis prononce-t-il la regie selon leur opinion? (question non resolue). 

\\ (8). On ne doit pas s'asseoir h l'ombred'un arbre d'idole ; encas 
de fait accompli, on reste pur. On ne doit pas passer au-dessous de ce 
bois; en cas de fait accompli, on devient impur. Si les branches empie- 
tent sur la voie publique et que Ton passe au-dessous d'elles, on reste 
pur. Au-dessous d'elles, il est permis d'ensemencer des legumes verts 
dans la saison des pluies, non en ete; mais il n'est pas permis d'y 
semer de la laitue, ni Tete, ni Thiver. R. Yosse interdit meme de se- 
mer des legumes verts dans la saison des pluies, parce que les fleurs de 
l'arbre en tombant sur les semailles, leur servent d'engrais (et leur pro- 
fited). 

On a dit l&-bas (k Babylone) au nom de R. Hisda : il est defendu de se to- 
nir dans l'ombre de l'idole, non a 1'ombre de l'ombre. Ces deux mesures dif- 
ferentes sont determines l&-bas comme suit : tout l'espace qui serait couvert 
par l'arbre s'il tombait a terre et que son ombre touche constitue l'ombre de 
l'arbre; tout ce qui est ombre au-dela de cet espace n'est que l'ombre de 
l'ombre. Pourquoi la premiere est-elle interdite ? Parce qu'ainsi on tire un 
profit de Tidole. Pourtant, bien qu'il soit defendu de jouir d'un tombeau, il 
est permis de profiter de son ombre ; de meme, bien qu'il soit defendu de ti- 
rer un profit du sanctuaire meme, R. Yohanan b. Zaccai etait assis a l'ombre 
de cette construction 1 , et de la enongait ses lecons. Done, Tinterdit ne pro- 
vient pas de la defense d'en tirer un profit, mais de la gravity attachee a 
l'idol&trie. R. Abin dit au nom des rabbins de Babylone : de ces mots de no- 
tre Mischni, « si les branches empietent et que Ton passe au-dessous d'elles, 
on reste pur », il resulte que l'impurete de Tidole n'a pas un caractere aussi 
grave de propagation que celle d'un mort; le parallele n'est pas complet, car 
si Ton passait sous la toiture d'un tombeau qui s'etend j usque sur la voie 
publique, on serait certes declare impur. 

Gamaliel Zouga se fit accompagnerpar R. Simon b. Levi. Arrives k Tabnita, 
le premier lui demanda : pouvons-nous passer devant l'idole ? Passe et ferme 
les yeux 2 . R. Isaac b. Matna marchait soutenu par R. Yohanan. Arrives de- 
vant la statue de Bel, l'un demanda k l'autre : pouvons-nous passer? Passe, 
r^pondit le rabbi, et ferme les yeux. R. Jacob b. Idi marchait soutenu sur 
R. Josueb. lAvi; arrives devant l'idole maudite 3 , l'autre s'arrSta indecis 4 . 

1. V. B., tr. Pesabim, f. 26. 2. Voir Brull, Jahrbiicher, an I, p. 142 ;Cf. p. 
136. 3. Menahem de Lonzano, dans son Gommentaire ajoute : «C'est l'image 
de Rhodes; ainsi Texplique le Midrasch Samuel, ch. 49. » Du m£me coup sont 
rectifies les Editions fautives de ce Midrasch, qui ont la lecon Herodes, au lieu de 
Rhodes, observe M. Buber en note k ce passage (Hamsif, II, p. 329), et il invoque 
le temoignagne de Schwartz, Tebondth ha-are$, fol. 133*. 4. V. J., tr. Bcra- 



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CHAP1TRE III 219 

Quoi! s'ecria le premier, Nahum, l'homme le plus saint a passe, et tu ne le 
voudrais pas ! Passe, et ferme les yeux. Notre texte n'est-il pas oppose k Ta- 
vis de R. Yohanan 1, qui dit plus haut (§ 2) que les morceaux d'une idole bri- 
see sont aussi interdits? Or, n'est-il pas dit a ce sujet que lorsqu'on ne se 
propose pas de remettre en place les fragments brises (com me ici pour les 
feuilles tombantes), tous sont d'avis qu'il est permis de les utiliser? On peut 
r6pondre qu'ici il s'agit d'une idole erigee par un israelite (qu'onne peut ja- 
mais annuler;. Notre texte n'est-il pas en contradiction avec Rab qui defend 
seulement d'uliliser Tornement a Tusage de I'idole, non tout ce qui touche k 
Tidole? (Pourquoi d^fendre ici le feuillage?) C'est aussi qu'il s'agit d'une 
idole erigee par un israelite ; de celle-la on s'eloigne davantage (avec plus 
de s6verit£), en raison de l'aggravation du mal, emanant d'un israelite. 

12 (9). Si d'un bocage d'idole on a enleve du bois, il est defend u 
de s'en servir. Si ce bois a servi a chauffer le four, qu'il soil neuf ou 
vieux, il faudra dSmolir le four. Le pain cuit dans ce four est interdit k 
tout usage, et sice pain a 6t6 m616&d'autres, tous seront interdits. Selon 
R. Eli6zer, il suffira de prendre le monlant du profit et de le jeter k la 
mer. Toutefois, observferent les autres docteurs, iln'y a pas lieu k rachat 
pour Pidoiatrie. 

43. Si dans lebois consacr6 k Tidole on taille une navette, il est in- 
terdit d'en profiter ; si Ton s'en est servi pour tisser une Stoffe, elle ne 
potirra pas Stre employee. Si elle a 6t6 m6!6e& d'autres, et celles-ci k 
eur tour sont m&16es avec d'autres, toutes sont interdites. Selon R. 
EliSzer, il suffira de jeter a la mer le montant du profit. Non, fut-il 
repliquS, on nerachfete rien, de ce qui est a Tidoliitrie 2 . 

14. Comment procede-t-on a Tannulation de Tidole ador6e en un ar- 
bre? Si Tidoltttre a enlev6 de Tarbre des souches s^ches, ou des bran- 
ches vertes, ou s'il en a decoupe un baton ou une verge, fut-ce seule- 
ment une feuille, Tidole se trouve annutee. Si Tune de ces operations a 
6te faile en vue dft profit de Tarbre, il reste interdit ; si elle a eu lieu 
sans profit pour Tarbre (avec intention manifeste de rupture), Tarbre 
redevient permis. 

R. Hasdai* dit (§ 12), que la discussion entre R. filiezer et les autres doc- 
teurs, qu'il attribue au melange du bois interdit avec d'autre permis, le re- 
fere au cas ou Temploi de ce bois est indetermine. Or, s'il s'agissait de pren- 
dre seulement de ce bois pour le bruler au four et le chauffer, tous 
seraient d'accord a le permettre ; s'il s'agit d'utiliser la fum6e de la 
combustion pour secher les vases, tous s'accorderaient a Tinterdire (en rai- 

koth, II, 1 (t. I, p. 31) ; traite Schqalim, II, 7. 1. I/avis de la Mischn4, inter- 
disant m6me les feuilles de Tarbre ador6. 2. La Guemara sur ce § est tra- 
duite au tr. 'Orla, III, 1 fin (t. Ill, p. 350). 



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220 TRAITE ABODA ZARA 

son du profit direct tiredu bois). Done, la discussion porte sur le point de 
savoir si Ton peut Temployer au cas ind6termine. 

Rab dit (g 14) : si quelqu'un pour son propre usage a decoupe le bois 
d'idole, il peut Tutiliser, elle ainsi que sesornements * ; mais s'il Ta tailte en 
vue de Tidole (pour Tutilite de celle-ci), Tidole meme reste interdite, et ses 
ornements seront d'un usage permis. Selon Samuel, si e'est dans TinterSt de 
Tidole, elle et ses ornements restent interdits ; mais si le travail a ete accom- 
pli dans Tinter§t de Thomme, celui-ci pourra ensuite utiliser les ornements 
de Tidole, non celle-ci. Selon R. Yohanan (comme d'apres Rab), le travail fait 
pour Tidole laisse celle-ci interdite ; mais ses ornements deviennent d'un 
usage permis. 

CHAPITRE IV. 

1. R. Ismael dit : s'il y a trois pierres Tune 4 cdt6 de l'autre aupr&s 
d'un Mercure 2 , elles sont interdites; s'il n'y en a que deux, elles sont (Tun 
usage permis. Les autres docteurs disent : celles qui visiblement font 
partie de cette idole sont interdites; celles qui n'apparaissent pas comme 
telles, restent permises. 

R. Am6 dit que R. Ismael interdit la presence de 3 pierres juxtaposes a 
cdtedu Mercure, car elles constituent une petite idole a c6t6 de la grande ; les 
autres docteurs craignent que ce soient des pierres detachees de la base de 
la statue. Jusqu a quelle distance les suppose-t-on ainsi detachees et inter- 
dites? Selon R. Aba au nom des rabbins de 14-bas (de B ibylone), e'est jus- 
qu 1 ^ 50 coudees. En principe, la regie sur Terection dSfendue du Mercure 
est comme suit : Tidole se compose de 2 pierres c6te-&-c6te et d'une 
autre superposSe. Si apres avoir pose seulement la seconde pierre, un Israe- 
lite egorge un animal et son petit, on Tavertit de ce dernier interdit, et en 
cas de transgression, il subira (selon Tavis de tous) la peine des coups de 
lanierc, mais il ne sera pas lapide pour le crime plus grave d'idol&trie qui 
n'existe pas encore. Apres la superposition de la 3* pierre (Tidole etant cons- 
titute), T6gorgementd'un animal avec son petit en Thonneur de Tidole est 
Tobjet de la discussion entre R. Yohanan et Resch Lakisch quanti la penality 8 : 
en ce cas, dit R. Yohanan, si TIsraelite a ete avis6 qu'il commet le d£lit d'in- 
fraction k la loi sur Tegorgement de la mdre et de son petit, il subira la peine 
des coups ; s'il a ete avis6 qu'il commet le crime plus grave de Tiddlatrie, il 
sera lapide ; selon Resch Lakisch, mime si cet homme a 6t6 avise qu'il est 
defendu d'egorger un animal et son petit, il ne sera pas passible de la peine 

1. Tossefta, ch. 7 ; Cf. ci-dessus, § 12. 2. L'adoration consistait en ce que les 
passants plagaient des pierres &c6t6de cette statue V. Conder, Syrian stont-lore^ 
p. 265. 3. V. tr. Troumdth, IV, 1 ; tr. Ueghilla, I, 9; tr. Kethoubdlk, III, 1. 



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CHAPITRE IV 221 

des coups, car si on l'avait avisg du crime d'idol&trie il aurait a subir la 
peine dela lapidation (ce qui dispense de la pSnalite moindre,celledes coups)* 
Jusqu'ou s'£tend ia defense de jouir de ces pierres de Mercure? Si m6me on 
les emploie a former des ponts au-dessus des cours d'eau, ou des chemin 
sur une vallee (en viaduc), elles restent interdites par Jeur provenance ido- 
l&tre. 

L'adoration reguliere de Mercure consiste 4 lui jeter une pierre ; si au lieu 
de cela on s'est prosterne devant sa statue, est-on condamnable? Certes, re- 
pond R. Yoss6, puisqu'on lui donne ce nom meme de Mercure 4 en raison de 
la genuflexion, ou signe d'adoration accordee a Tidole. Ainsi il est dit (L6viti- 
que, XXVI, 1) : Vous ne placcrez pas dans votre pays une pieire ornee 
dHmages d'idol&trie 2 pour se prostemer sur elk ; or, sans la derniere ex- 
pression, on aurait pu croire qu'il est defendu dejuxtaposer deux pierres servant 
& deposer meme une hotte. G'est pourquoi il est dit de plus : pour se pros- 
terner sur e/fe,indiquant par la qu'une tetle genuflexion constitue l'adoration 
interdite. Sur elle il est defendu de s'agenouiller, mais le depdt d'une hotte 
est permis ; sur elle il est defendu de s'agenouiller, mais c'est permis sur les 
pierres du sanctuaire 3 . Rab recommandait aux gens de R. Aha, ainsi que R. 
Ame aux gens de sa maison, lorsqu'ils se rendent a l'assembtee religieuse 
tenue au jour du jeune, de ne pas s'etendre a terre selon leur usage & la 
maison (k cause des dalles de pierre qui garnissent le sol de la synagogue, 
afin d'eviter 1'interdit du verset prScite). Aussi, R. Yona en ce cas s'Stendait 
sur le c6te, ainsi que R. Aha (pour eviter de se prostemer). J'ai vu, dit R. 
Samuel, que R. Abahou s'etendait a terre comme d'ordinaire. Alors, dit R. 
Yoss6, je lui oppose le verset (pr&ite) : Ne mettez pas de pierre orrrfe 
£ images dans votre pays, pour se prostemer sur elle. R. Abahou rSplique a 
cette objection en disant que 1'interdit de ce texte n'a lieu qu'en cas de deter- 
mination d'une place pour s'y prostemer (comme au Temple) ; partout ail- 
leurs, cela ne fait rien. Mais il est dit (II Sam. XV, 32) : David vint jusqu'au 
sommet oil il s'agenouillalt devant Dieu (ou il s'agit certes d'une genu- 
flexion sur la pierre) ? C'est done permis? C'etait une genuflexion non faite k 
terre (et permise). Mais considere-t-on une genuflexion de cette sorte, non 
faite jusqu'a terre, comme rSelle? Oui, car il est dit (II Chron., VII, 3) : Us 
s'inclinerent la face & terre jusque sur la dalle et se prostern&rent ; on peut 
done parfois se prostemer sans toucher la terre. A la mesure du prosterne- 
ment, R. Abahou ajoute que Ton s'incline le temps necessaire a Tenoned des 
mots(Ps. CXVIII, 1) : Rendez grace a Internet, car il est bon; R. Mena 
ajoute encore la fin de ce verset : car sa favewr est infinie. 

R. Yohanan dit a R. Hiya b. Aba de Babylone 4 : vous avez rapporte de 

1 . Le nom de Mercoles, dans la Tosseita sur notre passage, est decompose en 
ces deux mots : Mar Qilos, Maitre de la louange. 2. Pierre symbolique, tra- 
duit M. le Gr. Rab. Wogue. Voir sa note d6taill£e sur ce mot, audit verset. 
3. Cf. Torath Cohanim, section Behdr. 4. J., tr. Sckebiith, I, 7 (t. II, p. 332). 




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222 TRAIT* ABODA ZARA 

votre contrge deux bonnes regies : 1° Ton se prosterne la face a terre aux 
jours de jeftne ; 2° vous organisez le com put de l'ann6e de telle sorte que le 
7° jour de la tete des Tentes ne puisse &tre un samedi. De plus, disent les 
rabbins de C6sar6e, on y ajoute 1'ajournement du Nouvel-an au lendemain. 
C'est conforme k I'avis de R. Ame de Babel, au nom des rabbins de la-bas, 
que le prosternement en ces jours n'est pas de rigueur ; il suffit de bien se 
pencher de cdte. R. Yanai' Zeiradit au nom de son p6re * : celui qui ne se sent 
pas aussi pur que Josu6 et n'a pas la certitude, s'il se jetait la face k terre 
pour supplier Dieu, d'elre exauc6 aussi bien que Josu6 et de s'entendre dire 
par ordre divin de se lever, fera mieux de ne pas tomber k terre. Toutefois, 
celte recommandation est faite a un particulier priant pour le public (non s'il 
prie seulement pour lui). 

« Les autres docteurs disent : les pierres qui sont visibles en m&me temps 
que la statue de Mercure sont interdites k titre d'idol&trie ; celles qui ne sont 
pas visibles du m6me coup d'osil restent d'un usage permis. » Celles qui sont 
visibles en m6me temps font partie du corps de l'idole (et ont dO. se detacher 
de celle-ci) ; ce qui n'est pas visible en m6me temps n'en fait pas partie. Pour- 
quoi interdit-on celles qui sont visibles en m&me temps, quoique d^tachees? 
N'est-ce pas contraire k I'avis exprime plus haut (IK, 2) par Resch Lakisch, 
qui dit : il est permis d'utiliser les fragments d'une idole bris6e, regie appli- 
cable aux pierres detachees de l'idole ? Cependant, il a et6 admis comme me- 
sure logique que si Ton se propose de rapporter les fragments k leur place 
primitive, ils sont interdits selon I'avis unanime de tous (de mfime, i'ensem- 
ble de la vue constitue une sorte de r6union interdite d'avance). L'avis 
exprime ici au sujet des pierres n'est pas non plus oppose k l'opinion de R. 
Yohanan, d'apr6s lequel les fragments d'une idole brisee, quoiqu'interdits en 
principe, deviennent aussi permis lorsqu'on ne se propose pas de les restituer 
dans leur ensemble ; car ici, en raison de la vue des pierres laissSes en place, 
on presume leur reconstitution en commun ; or, R. Judan, pere de R. Math- 
nia dit que si les fragments restent deposes en leur place, on les presuppose 
rSunis. R. Aba dit au nom de Rab : tantdt on en conclut que les fragments 
d'une idole brisee spontanement ne seront jamais annules de leur caractere 
idol&tre (malgr6 la rupture) ; tantdt on conclut que les vases servant a Tidole 
ne perdent jamais leur caractere d'interdit, malgre Tannulation. D'apr6sce 
dernier avis, il en est & plus forte raison de m6me pour l'idole meme ; d'apres 
Tautre avis, Finterdit subsiste seulement pour l'idole, non pour ses usten- 
siles. 

R. Samuel ou R. Abahou dit au nom de Rab : les pierres de la statue de 
Mercure qui ont et6 dispersees ne sont jamais affranchies de leur caractere 
idoi&tre, R. Yohanan, en l'entendant, dit:notre maftrenous a appris une bonne 
regie, car Facte d'adoration d'une idole, en lui offrant des comestibles, fait 
que ceux-ci ne pourront jamais perdre leur caractere idolitre. Comment an- 

4. J., tr. Taanith, II, 6 fin (t. VI, p. 158). 



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CHAPITRE IV 223 

nule-t-on ces pierres (en ce qu'elles ont d'interdit) ? R. Hiya b. Ada dit : on 
crache dessus en signe de m6pris de l'idole. Mais R. Hiya n'a-t-il pas ensei- 
gne que les pierres de Mercure m£me disseminSes ne sauraient Gtre annulees 
et gardent leur caractere sacr6 ? II est vrai, dit R. Pinhas, qu'elles gardent ce 
caractere ind61ebile lorsqu'elles ont ete jetees a l'idole ; mai* lorsqu'elles ne 
lui ont pas etejetSes (provenant de la dislocation d'une telle statue), elles 
peuvent Stre annulees. Ainsi, on le sait de ce que R. Simon b. Rabbi avait 
un Mercure dans son champ (erige par des pai'ens). L'inspecteur des bourga- 
des (burgarius ?) vint k passer : « comme j'ai appris, dit R. Simon, que le 
gouverneur &p%m doit passer ici demain, je te conjure sur ta vie de faire en- 
lever de la cet amas de pierre 4 .» Une fois que les pierres avaient 6te enle- 
levees et la place d£barrassee, l'inspecteur voulut prendre les pierres. Non 
lui dit le rabbi, elles sont amoi (apres qu'elles ont 6te disseminges, elles de- 
viennent permises). R. Hiya b. Aba, Tentendant, s'ecria : que la m&re est 
heureuse d'avoir un tel fils 1 (II approuva son ingeniosite 2 ). R. Hiya le grand 
ne vient-il pas d'enseigner que le Mercure, m£me apr6s sa dislocation, est 
annul6 comme idole? (Que nous apprend de plus R. Simon ?)C'est vrai;seu- 
lement apres l'avoir entendu enoncer par R. Hiya, R. Simon a confirme la 
regie par un exemple a l'appui. 

2. Si dans la tfete du Mercure on trouve de Targent, ou un vStement, 
ou des vases, ils restent d'un usage permis. Si l'on y trouve des ceps 
9paYsXXtov charges de raisins, ou des couronnes d'6pis, ou du vin, ou de 
Thuile, ou de la fleur de farine, ou tout objet dont le semblable est offert 
en sacrifice sur l'autel, c'est interdit. 

3. Si un jardin ou un Stablissement de bains appartient k une idole (k 
ses pretres qui Pexploitent), on peut en faire usage si Ton ne paie pas 
pour Tutiliser ; mais Ton ne doit pas en faire usage en payant 3 . Si le 
jardin ou le bain appartient k l'idole et k un particulier, on peut en tpus 
cas Tutiliser. 

R. Yonathan dit (§ 2) : en realite, non seulement « les couronnes d'epis » 
trouvees aupres d'une idole sont interdites, maisaussi les couronnes de roses. 
De m6me, dit R. Yoss6, non seulement si « dans la t£te du Mercure on trouve 
de Targent)), mais lorsqu'en t£te d'une idole quelconque m&nenon abriteepar 
une tenture, on trouve des vStements ou des vases, ils sont aussi permis k 
l'usage. 

En parlantdans la Mischnfi, (§ 3) de « paiement, » il s'agit de determiner si 
Ton fait ou non un versement au profit des pretres idol&tres. Des flfttes (fabri- 
quees pour le commerce), qui ont servi k l'idolatrie 4 , ne doivent plus 6tre 
vendues (tout profit en est interdit). Si le profit k en revenir est attribuS a la 

1. Proc6d6 ing6nieux pour arriver & faire annuler Pidole. 2. Cf. J., tr. 
Schebiith, IX, 9 fin. 3. Si Foffre n'6tait pas gratuite, elle servirait a glorifier 
l'idole. 4. Tossefta k ce tr., ch. 7. 



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224 TRAITS ABODA ZARA 

province, il sera permis de les vend re, malgr£ leur emploi dans un but- d'ido- 
l&trie. II est defendu delouer une boutique de l'idol&trie (a son profit) ; mais si 
le loyer a en tirer esl attribue a la province, il sera permis de fairecette loca- 
tion, malgre leur emploi dans un but d'idol&trie. Au collecteur d'argent qui 
quSte pour I'idoje, il est defendu de donner ; mais c'est permis lorsque sur 
cette collecte une part de benefice est attribute a la province, quoique la quete 
soit faite pour l'idol&Lrie. En effet, notre Mischn& le confirme, en disant : « Si 
le jardin ou le bain appartient a I'idole et a un particulier, on peut en tous cas 
l'utiliser. » 

4. L'idole faite par un palen devient de suite d'un usage inlerdit, et 
celle qu'a faite un isra61ite n'est interdite qu'apres I'adoration, un palen 
peut annuler son idole et celle fabriquee par un isra&ite (de fajon a 
rendre son usage permis) ; mais un isra61ite ne peut pas effectuer l'annu- 
lation d'une idole 6rig6e par un pai'en. En annulant reflet d'une idole, le 
mSme r6sultat est acquis pour les accessoires de I'idole ; mais Pannula- 
tion de ces derniers n'entraine pas le r&ultat pourTidole elle-m&me, qui 
est interdite. 

R. Simon b. Lakisch dit : notre Mischnfi. parle d'un ouvrier pai'en, qui fa- 
brique I'idole pour la vendre au marche ; elle « devient de suite interdite, » 
car il est certain qu'aussitdt apr&s son achevement le pai'en a du s'agenouiller 
devant elle. Mais, demanda R. Yosse, si Ton a cette certitude d'adoration, 
comment expliquer les termes de notre Mischn& : « L'idole faite par un pai'en 
devient de suite d'un usage interdit, et celle qu'a faite un israelite n'est inter- 
dite qu'apres I'adoration » ? Meme celle-ci doit etre interdite s'il y a eu adora- 
tion ? (Objection non rSfutee). R. I la dit au nom de Resch Lakisch : malgre 
l'avis prescrivant que Ton ne saurait rendre de la terre interdite, celui qui taille 
une image pour l'idol&lrie dans un bloc de pierre sera averti de la defense a 
chaque morcellement ; lorsqu'il arrachera le bloc, il sera passible de la p6na- 
lito des coups. On en deduit, dit R. Yosse, qu'en depit de l'avis qui declare 
rinapplication de 1'interdit d'idolfiLtrie aim objet anime, si quelqu'un sculpte 
(taille) une image pour Tidolitrie, il sera avise de la defense a chaque coup de 
marteau, %zp^y\ ; lorsqu'il auraacheve, il sera passible de la peine des coups 
(pour infraction d'une defense). « Une idole faite par un pai'en devient de 
suite interdite. » C'est pourquoi, on peut I'annuier. « Et celle qu'a faite l'is- 
ra61ite n'est interdite qu'apres I'adoration ; » aussi, on ne peut pas l'annuler. 
Au contraire, dit R. Zeira, il n'y a pas de consequence (ni lieu de dire « c'est 
pourquoi »), mais qu'au premier cas il n'est pas possible de proceder a l'an- 
nulation, etau second cas cela se peut. L'idole faite par le pai'en devient de 
suite interdite, car il est dit (Deut£ron., XII. 2) : Vous aniantirez^ avec re- 
dondance de cette expression, pour indiquer l'obligation immediate. « Celle 
qu'a faite l'Isra6lite n'est interdite qu'apres I'adoration, » comme il est dit 
(ibid., XXVII, 15) : Maudit so it I'homme qui fabrique une image taillteou 



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CHAPITRE IV 225 

de fonte, en abomination & V Eternal... et qui la place dans un lieu secret; 
done, lors de ce dernier acte en signe d'adoration, I'idol&trie devient effective. 
Une autre version renverse lesdites propositions et dit au contraire; l'idole 
faite par l'lsraeiite devient de suite interdite, car il est dit (ibid.): Maudit soit 
Chomme qui fabnque une image, etc., en ce sens qu'il est maudit des qu'il 
la fabrique. L'idole faite par un pai'en n'est interdite qu'apres l'adoration, car 
il est dit (ibid., XII, 2) : Vous antantirez tous les lieux ou les patens ont 
adori ; il fautdonc la realisation de cette derniere condition. R. Isaac b. Nah- 
man au nom de Samuel conclut a Tajournement de l'interdit pour l'idole faite 
par un pai'en, de ce qu'il est dit (ibid.) : Ceux que vous h&ritez, leursdieux, 
devront itre brUles ; e'est-a-dire si tu herites du bien d'un pai'en qui est une 
idole adoree, alors seulement il faudra la brftler. R. Yohanan au nom de R. 
Yanai' dit que le pai'en a la faculte de declarer l'idole nulle ; de ce qu'il est dit 
(ibid., VII, 25) ; tu ne convoiteras ni Vargent, nil 'or ', qui est sur elle, on con- 
clut que ce qui n'est plus rien (n'est plus consacre), tu peux Je desirer et le 
prendre, comme d'autres tels que le pai'en qui l'a annuls peuvent convoiter 
un tel objet. R. Yohanan dit k Bar-Droussai : va et brise toutes les idoles qui 
se trouvent aux bains publics, Zr^iaixt ; le messager allaet les brisa, sauf une. 
Pourquoi cette restriction ? C'est que, dit R. Yosse b. R. Aboun, un Israe- 
lite etait soupgonne d'avoir fait fumer Tencens sur cette idole (qui des lors ne 
pouvait plus jamais etre annulee, et il devenait inutile de la briser). 

R. Hiyab. Asche au nom deRab dit que Rabbi, etant assis, enseigna k 
son Gls R. Simon qu'un pai'en peut declarer nulle son idole et celles de son 
prochain. Cependant, luiobjecta le fils, lorsque tu etais dans toute la force de 
ton age (plus jeune), tu nous as enseigne que le pai'en peut declarer nulle son 
idole et celle d'un israelite (en cas d'association), et pourquoi sembles-tu 
changer d'avis? II n'en est pasainsimon fils, repliqua Rabbi 1 , car l'idole 
adorSe par un israelite ne pourra jamais etre annulee (elle reste indetebile, 
malgr£ l'association du pai'en, et je modifie mon premier avis). En effet, on 
a enseigne : Selon R. Simon b. Menassia, une idole adorge par un israelite 
sera desormais indelebile. Aussi Rab, pour conflrmer cette opinion, invo- 
que k l'appui ce verset ^ibid., XXVII, 15) : Soit maudit Vhomme qui fabriqus 
une image taillee ou de fonte, et qui la place dans un lieu secret, en ce sens 
qa'k jamais elle garde ce caractere, malgre l'annulation enoncSe. Bar-Qappara 
avait trouveun auneau sur lequel une idole etait figur£e. Un jeune arameen 
courut apres lui, voulant elever Tanneau en signe d'adoration ; mais Bar- 
Qappara Ten empScha, puis le frappant il l'incita en signe de mepris a cra- 
cher sur l'idole, ou a uriner sur elle ; k quoi l'aramgen ne consentit pas. II en 
resulte la preuve 1° qu'un pai'en a la faculte d'annuler m£me une idole de son 
prochain (puisque celle qui etait en question avait ete trouvee 2 ), 2° qu'il peut 
le faire sous l'effetde la contrainte 3 , 3° qu'il peut en reconnaitre la valeur 

1. V. ci-aprte, V, 8. 2. Elle etait done & un autre. 3. Bar-Qappara 
l'ayant frappe. 

T. xi 45 



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226 TRAITE ABODA ZARA 

(puisque Bar-Qappara ne put le convaincre), 4° qu'unc idole egaree aux 
mains (Tun Israelite n'est pas annulee pour cela (aussi le rabbi tenta d'obte- 
nir son annulation par le paien). Pourquoi ne pas considerer que cet objet, 
egare comme une idole delaissee par son mailre, etait une idole annulee de 
ce fait ? R. Zeira r6pond : lorsque par un fait conscient, le mailre la delaisse, 
l'isra61ite est aussi apte a la declarer annulee ; mais lorsque le maitre ou 
possesseur de l'idole ne Ta pas spontanement d61aiss6e, l'lsraelite nepourra 
pas l'annuler. 

Rab dit : un autel destine a l'idol&trie n'est pas annule et detourne de 
sa destination par le seul fait de l'annulation de l'idole qu'il supportait ; ii 
iaut done que l'lsraelite procedea. l'annulation de l'autel meme pour laren- 
dre effective (elle n'est pas admisc a titre spontane considerant l'autel 
comme une idole) . Alors, Rab nese contredit-il pas? Plus haut (III, 8), il 
est dit en son nom que, de la declaration d'interdit appliquee a la pierre tail- 
lee d'un bloc pour servir d'autel a une idole, on deduitqu'une coupe fondue 
pour servir k l'idol&trie est de suite interdite (meme avant son cmploi k titrc 
d'ustensile d'idole, comme l'autel est considere de m6me), tandis qu'ici on 
considere l'autel a Tegal de l'idole? L'avis de Rab ici se r6fere au cas ou Ton 
a encense l'autel (e'est alors une idole) ; tandis que plus haut, on ne suppose 
pas l'autel encense (etce n'est alors qu'un ustensile). Ou bien encore on peut 
supposer qu'aux deux cas il s'agit d'un autel encense, ; seulement, Rab est 
conforme en cela a son propre avis (non a celui de R. fileazar plus haut), qui 
en tire la deduction que l'objet fondu k l'usage del'idolatrie devient de suite 
interdit, R. Yohanan dit: on appelle un bloc unique de pierre, ou autel, un 
ensemble deplusieurs pierres. Aussi, dit Hiskia, une stele devient nulle (perd 
son caractere sacre) des qu'elleest ecornee ; tandis que dans un autel, il faut 
ebrScher chaque pierre. L'cnseignementprofesse plus loin par Hiskia s'oppose 
k son avis emis ici ; car du verset (Deuteron., XII, 3) : Vous renverserez leurs 
autels et briserez leur stiles, il conclut que chacun de ?es actes suffil, sans 
Gbrecher chaque pierre a part de l'autel. R. Zeira ou R. Isaac b. Nahman au 
non de R. Oachia, R. Hiya ou R. Aba ou R. £l6azar au nom du m6me, expli- 
quent ce verset (Isai'e, XXVII, 9; : e'est qu'il a mis en poussiere toutes les pier- 
res des autels comme des pierres & chaux, en ce sens qu'il faut les poursui- 
vre jusqu'a delruire tout germe d'eux en ce monde; tandis que du verset pr6- 
cit6 il resulte qu'il suffit, soitd'avoirbrise la stele, soitde Tavoir renversee (de 
facon qu'apres la dislocation chaque pierre isolee de l'autel soit une stele). II 
est ecrit (Levit., XXVI, 4) : Ne vous faites pas dC idole, ne vouscrigez ni image 
XailUe ni de fonte. N'est-ce pas le mSme sens (aire ou Sriger? (Pourquoi ces 
changements de termes ?) R. Ha dit que le texte emploie d'abord l'expres- 
sion faire, afin de donnerplus d'energie ensuite a l'expression criger, en ce 
sens que meme pour une idole tombee, il est defendu de la relever. Dememe 
il est ecrit (Deuteron., XII, 3) : Vous renverserez les autels et briserez les 
stbles; or, d'ou sait-on que la recommandation faite 41'egard de l'un s'adresse 



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CHAPITRE IV 227 

aussi a Tautre, qu'il faut briser 1'aulelet renverserlaslele? On lesait par jux- 
taposition des lermes, repond R. Aboun b. Hiya, en nous enseignant de plus 
qu'il faut briser, ou ecorner, ou 1 enverser chaque pierre a part. 

5. Comment annule-t-on Tidole? En lui coupantp. ex. le bout de To- 
reille, ou le bout du nez, ou TextremitS du doigt. Comprimer Tidole, 
sans rien lui enlever, suffit ft Tannuler. Cracher sur elle, ou uriner de- 
vant elle, ou la trainer dans la boue, ou jeter une ordure sur elle, ce 
n' est pas Tannuler. La vendre ou la mettreen gage, c'est Tannuler, se- 
lon Rabbi ; les autres docteurs ne sont pas de cet avis. 

6. L'idole que ses adorateurs ont delaissee pendant une p6riode de 
paix, est permise; mais celle qui a 6te abandonnee pendant la guerre 
reste inlerdite. Les piedestaux pw^si d'idoles pour les rois restent per- 
mis, car Tidole est erigee seulement pour le passage des rois. 

7. On demanda ft des anciens dans Rome : puisque Dieu ne se plait 
pas aux idoles, pourquoi ne les detruit-il pas? (Test que, repondirent-ils, 
si Ton adoraitdes objets inutiles au monde, Dieu les detruirait ; mais 
comme ils adorent le soleil, la lune, les etoiles, les planetes, les monta- 
gnes, les collines, Dieu ne perd pas le monde ft cause des insens6s. S'il 
en est ainsi, nSpliqu&rent les adversaires des Juifs, que Dieu laisse per- 
dre ce qui est inutile au monde et mainlienne ce qui lui est nScessaire? 
Nous aussi, repondirent les anciens, nous soutiendrions alors ceux qui 
adorent ces idoles et qui diraient : Vous voyez bien que ces objets du 
moins sont des idoles, puisqu'ils ne sont pas delruits ! 

II est vrai, dit R. Zeira, que Tannulation de Tidole par la vente est en litige 
entre Rabbi et les autres docteurs, lorsque la vente a ete faite avec calme ; 
mais lorsqu'elle a eu lieu a la suite d'un mouvement de colore, tous declarent 
Tidole annulee, car il est dit (Isai'e, VIII, 22) : II arriva qu'ayant faim et $'6- 
tantirrite, il maudil son roi, etc. Zeir b. Hinena dit au nom de R. Ijana- 
nia : la discussion porte sur le cas ou Ton a vendu Tidole par besoin (ayant 
besoin du metal qui la compose), mais lorsque Tacquereur peut avoir achete 
Tidole pour Tadorer, tous sont d'avis de ne pas la declarer annulee. R. Jere- 
mie dit au contraire au nom deRab qu'il y a discussion en cas de vente pour 
Tadoration ; mais si c'est pour utiliser le metal, tous la considerent comme an- 
nulee. R. Jacob b. Aha dit au nom de R. Yohanan qu'ils sont tous d'accord, 
et R. Ila dit aunom de Resch Lakisch qu'ils sont en* desaccord (enonciation 
vague, sans designation de cas) ; or, cet avis de R. Yohanan correspond a 
celui que vient d'exprimcr R. Hanina, et celui de R. Resch Lakisch a Tavis 
precitede R. Jeremie, autrement dit : selon le premier, la discussion de la 
MischM se refere au cas de la vente de Tidole par besoin du m6tal, mais 
tous s'accordent ft ne pas admettre Tannulation en cas de vente pour Tadora- 



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M 1 



228 TRAIT6 ABODA ZARA 

lion; d'aprJs le second, la discussion a lieu au cas inverse, de vente pour 
r adorer, et sanscela I'idole estannulee. 

On a enseignS (§ 6) : certaines idoles un moment d61aiss6es, comme pen- 
dant la guerre de Josue, restent interdites, et d'aulres qui paraissent aban- 
donees aussi provisoirement que sous Josue, deviennent permises parl'a- 
bandon dgfinitif. De m6me, oo apprend qu'est-ce qui sous la guerre soutenue 
par David 6tait d6clar6 permis (ou idole annulee), et ce qui a ce moment gtait 
interdit : Dans le premier ordre d'idees il est dit (Deuteron.,XX, 17) : tu les 
extermineras ; d'autres delaissees, comme sous Josu6, sont permises si elles 
n'avaientqu'un usage momentanS. Sous la guerre de David, on peut se ser- 
vir de I'idole annulee, p. ex. de celle annutee par lthaide Gath * ; tan 16 1 a l'epo- 
que decette guerre, elle reste a jamais interdite (lorsque le maitre de I'idole 
n'a pu revenir k elle). 

Si quelqu'un (§ 7) vole de la semence et la sdrae \ elle ne devrait pas fruc- 
tifier ; ou un adultere ne devrait pas engendrer de b&tard ; pourtant la repro- 
duction a lieu, Dieu laissant le monde suivre son cours naturel, sauf k citer au 
j ugement futur les d&inquants. R. Zeira dit : si la Bible employait l'expression 
| « comme les idoles seront ceux qui les adorent, » on pourrait objecter que Ton 
/ ne voit pastes adorateurs du soleil devenir comme lui, ni les adorateurs dela 
H lune devenir comme elle ; mais il est dit (Ps. CXV, 8) : Comme elles, sont 
'% ceux qui les fabriquent (ils seront aussi imp uisjp rfs).* Selon R. Mena, on 
pourrait aussi expliquer l'expression « comme elles seront ceux qui les ado- 
rent, » conform6ment au ver3et (Isaie, XXIV, 23) : La lune rougira, le so- 
leil aura honte. R. Nahman dit au nom de R. Mena : un jour, I'idole se tour- 
nera contre ses adorateurs, crachera sur eux, les rendra honteux, puis dispa- 
i raftra du monde, car il est dit (Ps. XCVil, 7) : Tous les adorateurs & image 
I rougiront. Enfia, dit R. Nahmaa au nom de R. Mena, un jour I'idole viendra 
* rtgenouiller devant l'fiternel, puis disparaitra de la terre, selon les mots 
(ibid.) : tous les faux dieux se prosterneront devaat Lui. 

6. On peut achejer d'un paien un pressoir de vin, bien que celui-ci 
-j prenne 4 la main aes grappes k remettre sur le tas de raisins. Le vin 
n'est consid6r6 comme interdit a tilrc de libation qu'apris la descente 
dans la cuve ; apr&s cette descente, ce qui est dans la cuve est interdit 3 , 
et le reste est permis. 

11 est vrai, enseigne R. Hanan, que « Ton peut acheter un pressoir de vin 
d'un paien » aussi longtemps qu'un israelite n'enapas d6tourn6 les yeux ; 
mais ce n'est plus permis une fois que l'lsraelite a detourn6 les yeux. En 
outre, lorsque la Mischnfc parle vaguement de « prendre k la main », il s'agit 
do prendre simultanement le vin et des raisins « k remettre sur le tas » (sans 
separation) ; mais quelle est la r&gle si Ton prend d'une part le raisin, et, 

1. CI. ci-dessus, III, 3 fin. 2. Tbssefta k ce tr., ch. 7. Voir Derenbourg 
Essai, etc., p. 339. 3. En cas de contact d'etranger. 



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CHAPITRE IV 229 

d'autre part lc vin ?(Ce dernier devienl-il interdit, ou non ?) Non, et meme le 
reste dans les caviWs du pressoir au-dessous des grappes est permis (consi- 
ders comme joint) ; mais le vin qui est aux cdt6s (et distinct) est defendu. R. 
Yoss6 b.Aboun ditau contraire aunom de R. Yohanan : par la prise des 
grappes pour les mettre sur le las, le vin se desagrdge, et il est susceptible de 
servir aux libations d'idole. Si les fissures d'un pressoir de vin ont ele bou- 
ch6es par le paien k l'interieur, le vin qui en decoule sera interdit, et il ne 
sera permis de le boireque si les reparations ont ete faites du dehors ; k l'in- 
terieur, c'est interdit, car il est impossible qu'il n'y ait pas une fente qui ne 
soit humide et qui, par le contact du paien, ne contamine tout le contenu de 
la cuve. 

R. Houna dit au nom de Rab : ce qui coule du pressoir gquivaut k la cuve 
(et en cas de contact d'une paienne, le tout sera contamine). En toute autre 
circonstance, objecta R. Zeira, on ne considere pas le rayon comme joint ; 
pourquoi done ici le considere-t-ou comme tel (au point que le contact d'une 
fente equivaut au contact de toute la cuve) ? R. Houna pense que (malgrS le 
maintien de la distinction au point de vue de FimpuretS) la contamination de 
la cuve du vin rend le tout interdit, meme ce qui coule du pressoir; mais a 
Finverse, sicet 6coulement est devenu interdit, la cuve n'est pasinterdite pour 
cela. R. Aba n'est pas de cet avis ; selon lui, malgre la contamination de la 
cuve, ce qui coule du pressoir n'est pas entache ; mais si l'ecoulement du 
pressoir est enlach6, la cuve le sera aussi. Quant au dire de R. Houna au 
nom de Rab, que l'ecoulement du pressoir equivaut k la cuve, il faut Tenten- 
dre en ce sens qu'il y a Equivalence entre le pressoir et la cuve ; done, selon 
R. Houna, la seule distinction a etablir est dans le fait me'me de la contamina- 
tion, et que si celle-ci a atteint le pressoir, la cuve n'est pas touchee (contrai- 
rement k l'avis de R. Aba). On a dit l&-bas (k Babylone) au nom de Rab : le 
contact du vin par un paien rend le vin interdit k toute jouissance. Toutefois, 
dit R. Nahman b. Jacob, il faut pour cela que Ton voie des gouttes do vin 
s'echapper de ses doigts (preuve que le paien Fa secou6). Un aramSen 6tant 
tombe dans une cuve de vin, on demanda k R. Houna si le vin devient ain&i 
interdit ; il r6pondit qu'on peututiliser ce vin, k la condition de le laissor s'e- 
couler de son propre poids (sans le secouer). Mais, objecta R. Hanina, par 
le fait que l'arameen a forcement e tend a la main en tombant, il a dft secouer 
le vin? Si Ton gprouve cette crainte, rSpondit R. Houna, que Ton apporte des 
paniers d'osier k placer Sous la main 6tendue, de fagon a isoler cette place du 
reste et laisser 6couler le vin de la. Simon b. Hiya demanda k R. Hiya b. Rab: 
k partir de quand le paien rend-il le vin impropre k Tusage? Lorsqu'il con- 
fesse l'idol&trie (on craint alors qu'il fasse des libations de vin k Tidole). R. 
Oschia 1 6non§a alors une contre proposition et dit : cette distinction entre la 
connaissance ou l'ignorance de 1'idoiatrie est effective au sujet de celui qui 

1. Cf. GraBtz, Geschkhte, t. IV, p. 430 ; Zuckermandl, dans Monatschrift, 
t. XXIII, 1874, p. 229. 



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230 TRAITS ABODA ZARA 

prend unegrappe de raisin avec du vin (ce dernier alors n'est pas seul) ; mais 
en dehors de ce cas , meme 1' enfant pai'en &ge d'un an rend le vin contamine 
par son contact. Est-ce qu'en y portant la bouche (en le buvant), le pai'en 
contamine aussi le vin, ou non ? Selon R. Ada au nom de R. fileazar, le pai'en 
ne le contamine pasainsi ; selon R. JSremie au nom de R. Abahou, le vin est 
aiasi contamine. En effet, on a enseignS 1 , selon Tavis de ce dernier: si l'ins- 
pecteur (pai'en) du marchS 2 a goule au vin, soit & l'aide d'une coupe, soit 
par un tuyau aspirateur, et qu'il remet le reste au tonneau, le tout devient in- 
terdit. Selon R. Ada au nom de R. fil^azar, Tinterdit en ce dernir cas a lieu 
a cause de la remise par le pai'en ; selon R. Jer6mie, le contact par la bouche 
motive l'interdit, meme si l'lsraelite remet le reste. 

(9) On peut aider le pai'en a comprimer le vin au pressoir, mais non 
a le vendanger. A Flsra&ite qui se livre k ce travail dans un 6tat d'im- 
purete, on ne pr&era pas d'aide ni pour comprimer, ni pour vendanger; 
mais on peut amener avec lui des tonneaux (vides) k son pressoir, ou 
les retirer de la (remplis). 

R. Ydna dit : il est vrai qu'il est permis a l'lsraelite d'aidcr le pai'en k fou- 
ler les grappes au pressoir (sans souci de propager i'impurete), lorsque le pai'en 
a deji foul6 le pressoir en long et en large ; mais lorsque cette marche n'a 
pas encore eu lieu en tous sens, ce n'est pas permis. R. Yosse objecta que si 
Ton tient compte de cette derniere marche, il y a lieu de rectifier la premiere 
partie del'enseignement suivant 3 : « d'abord, on d^fendit de vendangeravec le 
pai'en, ni d'aider Pisra61ite & fouler le raisin s'il travaille k l'etat impur ; mais on 
put aider le pai'en a fouler ; puis, modifiant cet avis, on defendit de fouler le 
raisin avec le pai'en, ni de vendanger avec l'israelite travaillant a l'etat impur, 
mais ce fut permis avec le pai'en, et Ton put lui amener des tonneaux neufs, 
non des vieux. Tel est l'avis de R. Meir. Selon les autres docteurs, on peut 
lui amener tous tonneaux vieux ou neufs, a condition de ne pas les per- 
dre de vue; apres quoi, le vin est contamine. » Or, s'il n'est permis 
d'aider qu'a la fin d'une marche dejd, effectuee par le pai'en, des l'abord cette 
aide au paien devrait Stre defendue ? R. Ydna, pour justifier de ne pas jux- 
taposer les deux sortes de travaux, dit que la vendango donne deja Taptitude 
a la propagation de l'impurele ; selon R. Yosse, ce n'est pas le motif, et Ton 
pourrait au conlraire faire valoir que c'est une simple impurete au degr6 se- 
condaire, non legale (done, il est seulement recommande de ne pas aider a 
susciter le mal). L'opinion de R. Yosse est confirmee a l'aide de ce qu'il dit, 
au nom de R. Ila 4 : II serait juste delaisser petrir la pate sans prdcaution de 

1. Tossefta a ce tr., ch. 8. 2. C'est le sens donn6 au mot ayopovifio;, par 
Lattes, dans ses Giunte al Lessico. 3. Tossefta, ibid. En raison des obscurites 
de ce passage, le commentaire de R. Mose Margolith propose des interversions de 
phrases et de rabbins cites, se basant sur le passage parallfcle du Babli. Voir la 
Monatschrift, ibid., p. 320. 4. Cf. tr. Halla, III, 2 fin (t. Ill, p. 292). 



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CHAPITRE IV 231 

purete, en vertu du texte biblique (Nombres, XVIII, 8) : Je Cai confie lesoin 
demes ofjrandes; c'est-a-dire l'oblation doit-Stre preservee de tout contact 
impur, non les produits sourais. Mais&quoi devra-t-on appliquer l'undesver- 
sets suivants (ibid.; 28) : Vous en offrirez V oblation divine au pontife Aron ? 
Cela veut dire qu'en principe il faut agir en sorte de roffrir au cohen dans 
un etat digne de lui (pur) ; mais comme ici ce n'est plus possible, puisqu'elle 
est impure, on pourra continuer de traiter la p&te sans purete. 

9. Au boulanger qui travaille k l'Stat impur on ne devra aider ni a p6- 
trir la piHe, ni k preparer le pain ; mais on pourra Paider a transpor- 
ter les pains chez le marchand, Tzp^rip — i . 

10. Si un paien se trouve plac6 a cot6 d'une cuve de vin, au cas ou 
il a une cr&mce sur ce vin, celui-ci devient interdit (par crainte d'un con- 
tact defendu) ; si non, le vin reste permis. Si le paien est tombd dans 
cette cuve et en a 6te remont6 mort, ou si le paien a mesurd ce vin k 
l'aide d'un tube, ou si k l'aide d'un tuyau il a rejetS une guepe du vin, 
ou si avec la paume de la main il a frapp6 sur les vagues du vin en fer- 
mentation, tous cas qui sont survenus, il faut vendre le vin, selon Tavis 
des docteurs. R. Simon en permet Tusage. Si le paien a pris le tonneau 
et dans un mouvement de colere Ta jcte dans la cuve, fait qui est arriv6, 
les docteurs ont permis de le boire. 

R. Schescheth dit au nom de Rab quel'intcrdit est justify « si le paien a 
une creance sur ce vin » (il y a presomption que le paien aura touchg); mais 
s'il n'a pa3 de creance sur la cuve de vin, Ton ne craint rien, car c'est l'usage 
des creanciers de se tenir aupres des pressoirs ou des greniers de leurs debi- 
teurs. Les compagnonsd'etude ont suppose que, d'aprescelui qui specific dans 
la Mischn£, l'obligation d'avoir une creance sur la cuve, on la suppose assez 
proche du paien pour qu'il puisse la toucher en etendant la main ; selon 
l'autre interlocuteur, il sufGt d'une creance quelconque, meme sur une cuve 
sise en dehors de la portee de la main, pour constituer la crainte d'un contact 
interdit. Cependant, R. Aba n'a-t-il pas dit plus loin (V, 9) au nom de R. 
Schescheth : comme en faitd'impureles pouvant provenir de la presence d'un 
homrae du vulgaire on adrnet pour limile la place a atteindre en etendant la 
main 2, on admet la meme limite d'espace pour le vin pouvant §tre conta- 
ining par la presence d'un paien, non au-dela ? Done, evidemment , Tinterdit 
nesubsiste que si la cuve est a la portee dela main, et il n'y a de divergence 
que sur le point de savoir si la creance doit se referer&ce vin, ou non. 

R. Abin dit au nom de Samuel que I'avis de R. Simon (qui danslaMis- 
cbn& permel d'user du tonneau) sert de regie. Le meme dit au nom de 
Samuel : je professe un tel respect pour I'avis de R. Simon, que lorsque celui- 

1. La Guemara sur ce § est ddyk traduite au tr. Schebiith, V, 9 (t. II, p. 375),' 
2. V. Ir. Toharoth, VII, 4. 



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232 TRAITE ABODA ZARA 

ci permet l'usage du vin, il est permis aussi de le boire, et lorsqu'il le defend 
il est memo d^fendu d'en tirer nulle jouissance. R. Jeremie dit au notn de 
R. Abahou qu'un fait de ce genre etant survenu, il fat resolu qu'ii est per- 
mis de boire ce vin selon Tavis de R. Simon. R. Samuel dit au nom de R. 
Abahou : le pai'en ne con ta mine pas le via en le jetaat en Fair (ce n'est pas 
un mode de libation idol&tre) ; mais s'il a touche le vin de TIsraelite dans 
un mouvement de colere, est-ce une intention de rendre ie vin impropre par 
libation, ounon?On peut r&oudre cette question par le fait suivant : Un 
arameen avait dispose ses recipients devin dans la salle du pressoir ; un Israe- 
lite survenant y versa du vin sans la permission du pai'en, qui, irrite, prit une 
cruche xoX£o; et la versa dans lacuve. Le fait fut soumis a TapprSciation des 
autres rabbins qui repondirent: le pai'en ne rend pas le vin impropre par liba- 
tion en un mouvement de colere. R. Jeremie dit au nom de R Hiya b. Aba : 
Si le pai'en coupe le vin de TIsra6lite avec de l'eau chaude, ce vin devient in- 
terdit (sujet au soupgon de contamination) ; mais si on le coupe d'eau froide, il 
reste d'un usage permis. Pourtant (dit R. J6remie), je jure sur ma vie n'a- 
voir jamais autoris6 un tel melange. R. Yassa, 6tant all64 Tyr, vit ses coreli- 
gionnaires boire du vin coupe d'eau chaude par les paiens, et il leur deman- 
da qui le leur avait permis (il ne les approuva pas). 

11. Si un Israelite a traits avec purete levin d'unpaien, qu'il laisse dans 
le domaine de ce dernier, dans une maison ouverte sur la voie publique, 
dans une ville ou il y a igalement des paiens et des Israelites, ce vin 
reste d'un usage permis. S'il ne demeure 14 que des paiens, ce vin sera 
d6fendu, k moina que Tisraelite n'ait installe un gardien aupr&s du vin ; 
celui- ci n'a pas besoin de rester assis pour le surveiller, il pourra m£me 
aller et venir, et levin restera permis. Selon R. Simon b. fiteazar, tous les 
domaines des paiens sont considers de mSrae (et lorsque Tisraelite seul 
dispose de la cldture, tous sont d'avis de permeltre Tusage du vin qu'elle 
contieni). 

12. Si un Israelite a traitS avec puret6 le vin d'un pai'en, qu'il laisse 
dans le domaine de ce dernier, et celui-ci lui 6crit un acte disant : c j'ai 
repu de Targent de toi, > le vin reste permis. Mais si Tisraelite veut em- 
porter ce vin, et le pai'en s'y oppose jusqu'a reception de la somme sti- 
pule, fait qui est survenu & Beth-Schean, les docteurs interdisent l'usa- 
ge de ce vin. 

R. Abahou aunom de R. Yosse b. R. Hanina dit : enrSalite, Tavis de la 
Mischna ne se refere pas seulement k « une maison ayant une porte ouverte 
sur la voie publique, » mais aussi a une maison dont une fenStre est ouverte 
sur la rue (et dont la porte donne sur une cour), potirvu qu'elle ait au moins 
4 palmes carres a une hauteur de dix,. et qu'cn outre elle soit munie de 
ptmtres, partout closes. Si Tisraelite a un grand arbre sterile (qui lui sert pour 



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CHAPITRE V 233 

inspector la vue), dira-t-on qu'il suffit de voir l'isra61ite monter et descendre 
sur cet arbre pour 6carter tout soupgon de la part du pai'en, que sans cela 
1 'emplacement est coDsidere comme hors de vue et interdit ? (Question non 
r£solue). R. Aba dit au nom de R. Juda : la MischnA (parlant d'une « ville oil 
il ne demeure que des pai'ens ») interdit le vin, « k moinsque l'israelite ait ins- 
tall^ un gardien aupr&s du vin », et que la ville entouree d'un mur soit munie 
d'une porte avec verroux. Comment a-t-on enseigng* que si m£me le sur- 
veillant n'arrive qu'& certains moments, cela suffit? (Qu'importe alors la pr6- 
caution de la cloture ? Done, elle n'est pas indispensable). On a enseigng : si 
un palen et un Israelite ont en m6me temps emmagasine leur vin dans un 
faubourg, raptox^, de la ville, ce vin pourra fitre bu, lors m&rae queles gar* 
dienssontdes pai'ens, et les tonneaux fussent-i Is ou verts, car les libations & 
Tidole n'ont pas lieu en ce cas. R. Ila dit au nom de R. Yanai' : l'acheteur est 
considere & l'egal du locataire. On a dit en efifet : soit l'acheteur, soit le loca- 
taire d'un emplacement dans la propriete d'un pai'en, peuvent user du vin lors- 
que ce vin est a l'israelite, et qu'un Israelite y demeure, k condition d'avoir 
en main la clef du magasin, et d'avoir cachets le tonneau. Sile vin estau pai'en, 
mais un israelite y demeure, le vin est aussi permis dans les mfimes condi- 
tions de possession de la clef et du cachet ; si l'israelite n'y demeure pas, le 
vin devient interdit, lors m&me que l'israelite a en mains la clef et que le 
tonneau est cachete. — A l'6cole de R. Ila au nom deR. Yanai, on conteste 
Pavisde R. Simon b. fiteazar ( que « tous les domaines de pai'ens soient con- 
siders de m^me >>) ; cette opinion ne se rapporte pas au commencement de la 
Mischnd, (que le vin est permis meme dans une ville oil il y a seulement des 
pai'ens), mais a la suite de cette Mischnfc, ou il est dit : « Si un israelite a 
traite avec purete le vin d'un pai'en, qu'il laisse chez ce dernier, etc., le vin 
reste permis ; mais si l'israelite veut emporter ce vin, etc., e'est interdit » (la 
distinction admise par les autres docteurs rie Test pas par R. Simon, qui I'in- 
terdit en tous cas, par crainte d'un contact probable du crfoncier). 



CHAPITRE V 

4 . Un ouvrier (Israelite) lou6 par le pai'en pour travailler avec lui au 
vin de libation ne pourra pas jouir de son salaire. Si l'ouvrier a 6t6 
engage pour accomplir un autre travail, lors mftme que le pai'en l'au- 
rait charge A un moment de faire passer un tonneau de vin de liba- 
tion d'un endroit en un autre, Touvrier pourra toucher le salaire. 

Pourquoi ce salaire est-il interdit ? N'est-ce pas une somme donn6e comme 
un montant dft k ce titre ? En efifet, repond R. Abahou au nom de R. Yohanan, 
e'est par une sorle d'amende que Ton a defendu de payer le salaire de cette 

1. Tossefla, ibid. 



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234 TRA1TE ABODA ZARA 

facon. Oa a enseigne * : les &niers et les porteurs, comme ious ceux qui sont 
occupes & des travaux de 7 e annee, peuvent etre pay6s par des produits de 
la m6me ann6e. Selon R. Zeira, il s'agit la de travaux relatifs a des fruits per- 
mis ou abandonn6s, et par le paiernent du salaire en produits de 7° annee on 
entend que les ouvricrs pourront prendre de ces produits eux-memes, 
sur lesquels ils travaillent. Quant a I'enseignement exprime par R. Yoha- 
nan aux disciples de R. Yanai', de ne pas se faire payer en nature pour un 
travail accompli, mais en argent, c'est une opinion exprimee au nom de R. 
Juda et de R. Nehemie. Selon R. Ila, il s'agit de travaux accomplis pour des 
produits interdits (comme idol&tre). De meme, R. Abahou a dit au nom de 
R. Yohanan; lorsqu'un ouvrier a transports du vin taxe d'idolatrie,on le paie 
en lui donnant de ce vin (qu'il ne pourra pas consommer), pour le punir de ce 
transport par une telle amende. Si l'ouvrier a ete loue pour transporter un 
tonneau apres l'autre, il pourra etre frappe d'amende sur ce tonneau m6me 
(etre paye par le meme produit, que Ton ne peut pas consommer), jusqu'au 
montant du salaire dQ, non au-dela. S'il lui a pay6 soq salaire en terrain, ce 
dernier aussi devient interdit. Bien que partout ailleurs il soit admis 2 qu'un 
sol ne peut pas Stre interdit, ici il Test par amende. II en est dememe si, pour 
le salaire, il lui donne un animal ; bien que partout ailleurs il soit admis 
de ne pas pouvoir considerer un animal vivant comme tombant sous le coup 
de Tinterdit, ici il le sera. Si pour lui payer son salaire (restreint), il lui 
donne un tonneau entier (au-dela de son dil), tout le tonneau devient-il inter- 
dit par ce fait, ou l'est-il seulement pour le montant du travail fait au vin 
de libation ? Certes, si l'ouvrier isra&ite travaille pour le seul plaisir d'obli- 
ger le pai'en, on prendra une hypoiheque sur les biens de l'ouvrier en equi- 
valence du salaire que Touvrier aurait touche (et le punir d'autant) ; mais s'il 
travaille une demi-journee interdite etune demi-journee permise, pourra-t-il 
toucher le montant de ce dernier travail, ou non ? Est-ce comme s'il venddu 
profane etde la seconde dime en la meme locality, ou le vendeur a le droit 
de determiner a son gre ce qui est profane et ce qui est sacre, et en sera-t-il de 
meme ici ? On peut resoudre la question de ce qu'il est dit 3 : Si on loue un 
mercenaire charge d'apporter du vin a un malade, ou des fruits, on lui doit le 
salaire s'il aapporte un objet, et on ne lui doitrien s'il n'a rien apporte ; mais 
s'il lui a dit d'aller prendre dans tel et tel endroit pour le malade, soit du vin, 
soitune pomme, il est oblige de payer ce journalier en tous cas, que celui-ci ait 
apporte Tobjetou non; il lui doit payer son derangement, bien quele message 
n'ait pas tout a fait reussi, et il en est de meme ici, le derangement devant 
etre paye pour la peine prise au travail permis. R. J6remiedemanda: Si l'ou- 
vrier a ete loue pour briser des tonneaux de vin de libation et le rejeter, 
quelle sera la regie ? Meme en ce cas, le salaire est defendu (puisque le pro- 
prietaire a prefere les briser que de les laisser se perdre). Asse dit : le 

1. V. J., tr. Schebiith, VIII, 6 (t. II, p. 406). 2. Cf. ci-dessus, III, 5. 
3. Ibid., § 4 (p. 404). 



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CHAPITRE V 235 

montant du via d'oblation ced6 par un paien a un autre est interdit au juif ; le 
montant d'uoe idole vendue de mSme peut servir, selon R. Jonathan ; mais 
R. Yohanan l'interdit. II y a un enseignement venant confirmer chacun de 
ces avis: en faveur de l'avis deR. Yohanan, on peut citer l'enseignement 
ou il est dit qu'un paien, debiteurde l'israelite, ne devra pas lui dire d'attendre 
pour ce paiement jusqu'aprSs la vente du vin d'oblation, ou la vente del'idole ; 
car il est a supposer qu'il y a eu un simple 6change du montant, qui est in- 
terdit (c'est conforme a l'avis de R. Yohanan qui defend Tusage d'une telle va- 
leur). Un autre enseignement confirms I'd vis de R.Jonathan: siun paien doitde 
Targent a un israelite, il peut vendre du vin del'oblation, ou une idole, pour 
lui donner le montant, et l'acceptation n'est inlerdite que pour l'apparence (au 
fond, c'est perm is). Tous reconnaissent que les echanges provenant d'ido&trie 
sont defendus; quelle est la regie pour l'echange de l'echange ? C'est un point 
en litige, dit R, Hanina, entre R. Ismael et les autres sages : R. Ismael b. 
R. Yosse permet de l'utiliser ; les autres sages le defendent. Selon R. fil6a- 
zar b. Oschia, les autres sages se basent sur ce qu'il est dit (DeutSron. , VII, 
16) : tu seras en anathbme comme die; ils interpreted ces mots en ce sens 
que l'equivalent de l'idole meme (son echange direct) est comme e£fe(non l'e- 
change d'echange). Que replique a cela R. Ismael? Selon lui, repond R. Yosse 
b. R. Aboun, on tient compte de la repetition de l'expression comme elle, et 
m£me l'echange de l'echange est interdit, par application de ce verset(ibid., 
XIII, 18) : qu'il ne reste en tes mains rien dece qui est en anathdme (pas 
la moindre parcelle). 

2. Si le paien a louS un &ne d'un isra&ile pour s'en servir au trans- 
port du vin de libation, le montant de la location sera interdit & Tis- 
ra61ile ; mais si Tine a et6 loue pour que le paien puisse s'asseoir des- 
sus, lors mSme que celui-ci y aura depose sa cruche de fin, Xayyvos, te 
montant de la location sera d'un usage permis. 

3. Si du vin de libation est tombe sur les raisins, il suffit de les laver 
et ils restent d'un usage permis ; mais s'ils etaient fendus (de sorte que 
le dit vin a pu y pen&rer), ils deviennent interdits. Si en tombant sur 
les figues ou les dattes il leur communique le gout, elles deviennent in- 
terdites. Ainsi, il est arrive a Baitos ben Zonin d'amener de loin des fi- 
gues seches dans un bateau, et comme des lonneaux de vin de libation 
furentbrises et renverses sur ces figues, lecas fut soumis & la decision 
des docteurs, qui permirent de les consommer. Voici la regie (au sujet 
du melange avecdes ofcyets consacrSsaux idoles) : lorsque l'objet interdit 
communique en cecas son goutaux aliments, le tout sera defendu ; au cas 
contraire toutle melange sera permis ; p. ex., si du vinaigre interdit tombe 
dans la bouillie. 

•i. Si un paien aide un Israelite & deplacer des cruches de vin d'un 



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s~ 



236 TRAITE ABODA ZARA 

endroit k I'aulre, on pourra s'en servir au casoii levin est prfeum^ devoir 
6tr&pr6serv6 (surveilte), m&ne si Tisra^lite s'est absent^; si celui-ciTa 
avisS qu'il va s'&oigner, ftit-ce seulement le temps de percer la ptecc, dc 
la refermer et de sicher, levin devient interdit. R. Simon b. Gamaliel dit : 
il faut, pourl'interdit, que le pai'en ait eu le temps de lever la bonde, de 
la replacer et sScher. 

Quelle quantity de charge le pai'en peut-il placer sur I'&ne loue (§ 2), sans 
que le monlant de la location soit interdit ? Taut que l'&ne ne regimbe pas 
par ce surcroft de charge. 

La Mischn& (§3) permet les raisins « s'ils n'etaient pas fendus », lorsque 
la queue n'est pasdetacheo ; mais si elle Test, on considere les grains comme 
fendus 1 . A quel titre defend-on les raisins fendus sur lesquels esttombedu 
vin de libation? Est-ce 4 titre de melange du vin interdit avec celuiqui estper- 
mis, ou de melange avec une cuisson? Si c'est k ce dernier titre, tous Tinter- 
disent ; si c'est seulement k titre de melange de vin defendu avec d'autre per- 
mis, c'est un sujet en litige entre R. Meir (qui le defendrait) et d'autres sage3 
quilepermettent 2 . R. Yohanan dit : il est vrai que « si du vinaigre interdi 
tombe dans la bouillie.celle-ci reste d'un usage perrais », au cas ou cet aliment 
est chaud (le vinaigre lui est alors nuisible) ; mais, pour de la bouillie froide, 
le m61ange est interdit, car c'est Phabitude des gens de Cippori d'agir ainsi 
(c'estdonc avantageux), et k cet effet on le nomme : un mets de cresson. Si 
Taliment apres avoir ete chaud, puis refroidi, rcgoit le melange de vinaigre 
interdit, est-il encore interdit ? (Le vinaigre produit-il en ce cas un bon eflet, 
ounon ?)Non, ce n'est plus dSfendu en ce cas ; sans quoi, il faudrait aussi 
declarer cot aliment interdit par le melange meme, s'il est chaud, puisqu'il 
refroidira plus tard — 8 . 

R. Samuel dit (§ 4) : II est arrive qu'un pai'en aidait un israelite k dSplacer 
des cruches de vin d'un endroit k fautre. On soumit le fait a R. Abahou, qui 
r^pondit que ces cruches sont desormais interdites. On dit qu'il s'agit la de 
cruches ouvertes (c'est la cause de Pinterdit). En realite, dit R. Zeriqan, il ne 
s'agit pas seulement de cruches pleines (facilement accessibles au toucher si 
elles sont ouvertes), mais aussi de cruches vides ; car le porteur peut les 
secouer de fagon a toucher levin de la main, puis remettre la cruche sur l'e- 
paule. Bien que, logiquement, Pavis de R. Simon b. Gamaliel paraisse peu 
severe (puisqu'il adopte pour condition d'interdit que le pai'en ait eu le 
temps de lever la bonde, etc.), il comporte cette gravity de plus que parfois la 
mesure de temps pour restituer la bonde est inf6rieure au mode de bou- 
chagedont parlent les autres sages. R. Juda b. Pazi dit au nom de R. Am6 : 



1. Le contact avec l'int&rieur du grain devient alors possible. 2. Selon eux, 
le melange donne un goftt fficheux, et en raison du d&avantage, il n'est pas de- 
fendu. 3. Suit un passage dej& traduit tr. Troumoth, X, 2 (t. Ill, p. 116). 



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CHAPITRE V 237 

uuoeufcuit venant des Samaritains est permis 1 ; k quoi R. Jacob b. Aha 
ajoute au nom de R. fileazar que les aliments cuits par les Samaritains sont 
d'un usage permis. Toutefois, c'est seuleraent vrai pour les aliments aux- 
quels on n'a pas l'habitude dejoindreduvinou du vinaigre ; mais lorsqu'il 
est notoire que Ton en met, il est dgfendu meme de tirer nulle jouissance de 
ce mets. Ainsi, Ton a enseigne 2 : en principe, il etail defendu de boire le vin 
d'Ogdor, k cause de voisinage du village de Paghesch ; celui de Borgatha, 
k cause du voisinage de Birath-Soriqah ; celui d'En-couschith, a cause du 
voisinage du village de Salem (chacune des premieres local it6s, samaritaines, 
devient interdite parle voisinage palen). Plus tard, revenant sur cesd6cisions, 
onditque dans une cruche ouverte a Pacces des paiens, le via est toujours 
d6fendu ; dans une cruche fermee, il est permis. Quant a un recipient perce 
de trous, qu'ensuite on a bouchg, on le suppose ferme ; R. Isaac b. Haqoula 
le consid^re comme 6tant reste ouvert (et d'un usage interdit ). R. Hanina 
dit : je sais determiner si on Pa ouvert ; si la cire pos6e k PoriQce pour la 
clore est intacte, celaprouve quon n'a pas ouvert; au cas contraire, e'est 
unindice qu'on Pa ouvert. 

LorsqueR. Simon b. fil6azar se renditdans uneville de Samaritains et que 
le maitre d'ecole vint le voir, R. Simon lui demanda d'apporter une cruche 
de vin ferm6e (a cause du sejour des Samaritains). L'instituteur repondit : tu 
as une source d'eaupres de loi, dont tu peux boire (Pavisant indirectementde 
ne pas boire de leur vin suspect). Comme R. Simon insistait pour avoir du 
vin, et que malgre la mSme reponse r&teree par Pinstituteur, le rabbin rede- 
mandait du vin, Pinstituleur lui dit: Si tu es le mattre de ta passion, je te 
r6p6te qu'il vaut mieux pour loi boire a la source d'eau ; si la passion te do- 
mine, je te rappellerai ce verset (Proverbes, XXIII, 2): Tu te metlrais le cou- 
teau & la gorge ; sache done t'abstenir, car les Samaritains par leur contact 
ont deja rendn le vin impropre k la consommation. R. Ismael b. R. Yosse etant 
alle k Neapoiis (Naplouse) regut la visite de Samaritains et leur dit : je veux 
vousprouver que vous ne vous agenouillez pas devant la dite montagne (celle 
de Garizim), mais devant les idoles sises au-dessous d'elle, car il est ecrit 
(Genese, XXXV, 4): Jacob cacha les images sotts lebocagepi^s de Sichem s . 
II entendit leurs voix chuchoter et se dire de se lever le lendemain pour arra- 
cher les ronces. II comprit qu'ils voulaient le tuer (pour se venger de ce que 
le rabbi avait d6voite leur idol&trie) ; il se leva done de grand matin, les de- 
vanga, et quitta la locality. 

R. Aha se rendit a Emmaus et y mangea de la patisserie (des Samari. 
tains). R. Jeremie mangea de leurs pois chiches. R. Hiskia mangea de leurs 
sauterelles comestibles. R. Abahou defendit de boire leur vin, selon Tavis de 
R. Hiya, R, Ass6, et R. Am6, qui ayant passe par le mont royal virent un Sa- 

1. CI. ci-dessus, II, 8. 2. Cf. J., tr. ScheMith, V, 5.. Voir Neubauer, ibid., 
p. 173. 3. Cf. Rabba sur Genfcse, a ce verset, ou chap. 21 et 32; sur Deut&r., 
ch. 3. 



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238 TRAIT6 ABODA ZARA 

maritain soup$onn6 d'accointance avecles paiens, eten firent part a R. Aba- 
hou. Celui-ci leur dit: ne trouverions-nous qu'un motif, il sufflt a justifier 
Tinterdit. Selon d'autres, voici la raison : une veille de sabbat, on ne trouva 
pas de vin dans toute la Samarie ; a la fin du sabbat, on trouva que toute la 
ville 6tait pourvuepleinementpar le vin que des Arameens avaient apport6 
et que les Samaritains avaient accepts. Selon d'autres, voici la cause d'inter- 
dit: Lorsque Diocletien arriva en Palestine, il donna l'ordre a toutes les na- 
tions de faire des libations de vin aux idoles, a Texception des Juifs; les 
Samaritains ayant fait des libations, leur vin fut declare interdit. Selon 
d'autres enfin, on trouva que les Samaritains avaient une forme de colombe 
qu'ils adoraient, en lui versant du vin. Les Cuthgens (Samaritains) de 
Cesaree object6rent a R. Abahou : Vos ancSlres n'avaient a regard des ndtres 
que des doutes de suspicion ; pourquoi n^prouvez-vous pas du moins les 
memes doutes ? Vos ancetres, r6pondit-il, n'ont pas eu une conduite facheuse 
comme vous l'avez eue (et a la suite de laquelle vous avez die cousideres 
comme suspects). On a enseigne ailleurs * : la Palestine (y compris ses villes 
paiennes) est tenue pour pure, ainsi que ses bains. De m£me ie pays des 
Samaritains est pur, ainsi que ses bains, ses habitations, ses sentiers. Pour 
ces derniers, il y a presomption qu'ils adoptent seulement les voies reconnues 
pures; leurs bains le sont aussi, car, dit R. fileazar b. R. Yoss6, on les croit 
s'ils disent que l'eau de ces bains n'est pas puisee, mais courante ; cependant, 
on ne les croit pas (sans verifier) pour la mesure exigible de 40 saas, car ils 
interpreted autrement que nos sages le verset (Levit., XI, 36) , toute source, 
fosse, ou amas d'eau, en ce sens : aussi bien qu'une source purifie, si petite 
qu'elle soit, de m&me un bain purifie, quelque petite que soit son Vendue. On 
demanda a R. Abahou: comment faut-il considfirer la patisserie des Samari- 
tains? II rSpondit: ilserait a desirerde pouvoir interdire jusqu'a boire leur 
eau. R. Jacob b. Hanina dit : aux Cuth6ens de Cesaree il est permis de pra- 
ter a int6ret (les considerant comme des paiens). S'il en est ainsi, objecta R. 
Yossd, on ne devrait pas avoir 6gard a leur pate (et, la traitant comme celle 
des paiens, la dispenser de toute redevance) ; or, nous voyons les rabbins se 
preoccuper de la crainte que leur pate ne soit pas liber6e des pr&evements 
16gaux. 

5. Si quelqu'un depose son vin dans un char (carrum), ou en bateau 
pour un long transport (conduit par un paien), et prenant les devants il 
arrive au pays par un chemin de traverse (compendiaria), il pourra 
user de ce vin laisse hors de sa vue ; mais s'il Tavise qu'il va s'eloigner, 
tut-ce seulement le temps de percer la pifece, de la refermer et laisser 
sScher, le viA est interdit. R. Simon b. Gamaliel dit qu'il faut, pour 
Tinterdit, que le paien ait eu le temps de lever la bonde, de la remettre 
et de laisser sScher. 

1. Tr. Miqwaoth, VIII, 1. 



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CHAPITRE V 239 

6. Si un isra&ite a dans sa boutique un pai'en, bien qu'il s'absente 
parfois, il pourra user de son vin (sans craindre que le paien 1'ait con- 
taurine), sauf avis contraire. R. Simon b. Gamaliel dit: ilfaut avoir eu le 
temps de debonder la ptece, la refermer et laisser secher. 

7. Si & la table d'un proprietaire israelite un paTen est invite, et apres 
que Ton a mis des cruches de vin sur la table et d'autres sur le trSpied 
3eX©ot^ (reserve), le maitre sort un moment, le vin reste sur la table (en 
presence du pai'en laisse seul) devient interdil; le reste est permis. Mais 
si le maitre lui a dit de se verser a boire tant qu'il voudra (mettant le 
tout 4 sa disposition), m&neles autres cruches de vin seront interdites. 
Les tonneaux ouverls sont interdits ; les tonneaux fermSs ne sont interdits 
que si Tabsejice a dure pendant le lemDs suffisant k lever la bonde, la 
replacer et laisser secher. 

8. Si un corps d'arm^e arrive en ville, lorsqu'on est en 6tat de paix, 
les tonneaux ouverts deviennent interdits, et ceux qui sont ferm6s seront 
permis ; lorsqu'on est en etat de guerre, tous les tonneaux restent per- 
mis, car les palens n'ont pas le temps alors de consacrer le vin a l'idole. 

9. Des ouvriers israelites qui ont re<?u d'un pai'en 1'envoi d'un ton- 
neau de vin de libation peuvent lui dire de leur donner le montant en 
espfeces ; mais s'ils conslalent la consecration du vin aprfes que celui-ci 
est entre dans leur domaine, le vin sera interdit. 

R. llanina (§5) raconte qu'il est arrive un jour qu'un chariot contenant des 
denrees appartenant a la maison de Rabbi et s'61oignant a 616 perdu de vue 
sur un espace de 4 milles. Le fait fut soumis aux rabbins, qui permirent de 
consommer cesobjets (le vin compris). On dit que cela s'elait pass6 sur la 
voie publique (strata) de Sidon, qui est constamment parcourue par des Israe- 
lites et ne donne lieu a aucun soupgon. R. Hanina, pour motiver 1'ecart de 
toutsoupgon, dit que souvent le conducteur voit sur la route de nombreux 
buissons ; de loin il suppose que ce sont des hommes, et craignant d'etre vu, 
le pai'en se gardera de toucher au vin. 

La MischnU (§ 6) est meme conforme a Tavis severe de R. Meir *, qui dit 
(au sujet du soupgon d'impurete, doot la presence d'une femme du vulgaire 
est atteinte dans une maison d'un homme instruit) : s'il y a deux femmes du 
vulgaire, soit que leur travail de mouture ait ete interrompu, soit qu'il ne Fait 
pas 6te, la maison est consideree comme devenue impure par ce contact. Or, 
R. Haraa dit au nom de R. Yosse b. Hanina : ou suppose que dans la cour 
de cette maison une separation basse separe le compagnon de Thomme du 
vulgaire, sans qu'ils se perdent de vue ; en ce cas, au point de vue de la pu- 
rete stricte, la crainte de contamination subsiste, mais le vin echappe a la 
crainte du contact paien. Est-ce que cette derniere distinction est seulement 

1. Tr. Toharoth, VII, 3. 



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240 TRAITfe ABODA ZARA 

emise selon R. Meir, qui est d'un avis severe pour la question de purete, et 
Test moins pour le vin gard6 par uq paien ? Non, cet avis est conforme aussi 
k l'opinion des autres docteurs, qui sont aussi plus s6v6res pour la question 
de purete que pour celle du vin susceptible de servir aux libations. 

On a suppos6 (§ 7) que a ce qui est sur la table est interdit », si c'est k la 
portee du paien, et « sur le trepied c'est permis », coiume Stant hors de la 
portee du paien (lors rafime que sa main peut i'atteindre). Mais R. Aba n'a-t- 
il pas dit de m6me plus haut (IV, 11), au nom de R. Scheschelh : com me en 
fait d'impuret6 on a adopte pour mesure la possibility d'atteindre Tobjet pa r 
l'extension du bras, on a adopts la m&me mesure pour determiner si le vin 
laisse aupres d'un paien est suspect d'avoir 6Le touche par lui et desting k la 
libation? II faut done entendre ainsi notre Mischn& : « ce qui est sur la table 
est interdit », si e'est k la portee de la main du paien ; « ce qui est sur le tri- 
pled est permis », a la condition formelle d'etre place en dehors de la portle 
du paien. 

Les piedestaux 6riges durant les persecutions religieuses (§ 8) sont tous in- 
terdits 1 , car il est impossible qu'un israelile ait echapp6 k la contrainte de 
Tidol^trie. Done, l'idole une fois adoree par l'isra&ite est ind^lebile k jamais 2 . 
II en resulte, complete R. Yosse, qu'il en est ainsi pour l'adoration par con- 
trainte. R. Yohanan commente ce passage de notre Mischnd, : « en temps de 
guerre, tous les tonneaux sont permis » ; il n'y a pas d'interdit, m6me les 
tonneaux ouverts restant permis (faute de temps pour les pai'ens de se livrer 
alors k des libations). Non, dit R. Zeira, il peut y avoir des cas oil les ton- 
neaux sont interdits (si, les ayant laiss6s ferm6s, on les trouve ouverts) ; car 
certes si le paien y touche, il ne le dira pas au maftre israelite, comme en n'y 
arrivant pas, il ne le dira pas non plus, sachant qu'il ne lui en sera pas tenu 
compte (done, vu le doute, il y a defense). R. Ame dit au nom de R. Yoha- 
nan : la distinction entre la paix et la guerre se refere k l'arm6e (au second 
cas seul, le soldat inquiet ne peut pas faire de libation}, Un serpent ayant 
poursuivi un paien, celui-ci en fuyant tomba dans une cuve de vin; on de- 
manda aux rabbins si, par ce contact, le vin devient interdit. Non, rSpondi- 
rent-ils, il reste permis ; car au moment de fuir, le paien n'a pas eu le temps 
de faire une libation prejudicielle. 

Pourquoi « les ouvriers isra61ites qui ont re$u du vin de libation peuvent- 
ils en toucher le montant » (§ 9) ? Ne doit-il pas 6tre interdit, comme vin de 
libation, k toute jouissance ? II s'agit, repond Bar-Qappara, de renvoi de vin 
en mesures (et avant de le recevoir, ils demandent le montant). 

10. Lorsqu'un israelite vendant son vin k un paien, a convenu avec 
celui-ci du prix de vente avant de mesurer (verser) le vin dans les outres 
du paien, ce dernier dfes lors a pris possession de son bien, et Pisra6- 
lite pourra disposer librement du montant de la vente ; mais si le vin a 

1. Tossefta k ce tr., ch. 6. 2. Cf. ci-dessus, IV, 4. 



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CHAPITRE V 241 

£t6 mesurS avant Paccord pour le prix, le montant da prix 4 toucher de- 
vient interdit 4 l'israelite, comme representant un objet dont il n'est pas 
permis de tirer un profit. Si Ton a pris l'entonnoir et vers6 avec cet ins- 
trument dans le verre du paien, puis versS de nouveau dans le verrede 
l'isra&ite, et qu'un obstacle empSche l^coulement entier du vin, celui-ci 
sera interdit. En transvasant du vin de sa cruche dans celle du paien, le 
premier reste d'un usage permis, mais le second est interdit. 

1 — Par « obstacle 4 l'ecoulement entier du via », on entend une sorte d'6- 
cla boussure, comme on retrouve lem&meterme dans les mots (Osee, VI, 8) : 
souiltee de sang. Ceci est certain que si l'israelite tient ouvert l'entonnoir et 
le paien verse le vin, celui-ci devient interdit selon l'avis de tous ; si le paien 
tient ouvert l'entonnoir, et l'israelite y verse le vin, R. Ass6 l'interdit (attri- 
buant au paien l'acte de transmission) ; R. Am6 le permet (Pattribuant 4 
l'israelite). Mais si le paien lient l'embouchure de l'outre, et Tisra^lite l'aide 
au transvasement, c'est un sujet en litige, dit R. J6r6mie au nom de R. Zeira. 
Entre qui, demanda R. Mena au nom de R. Yosse ? Entre R. Ame qui le per- 
met et R. Asse qui le defend. Enfin, lorsqu'un israelite tient l'outre, et le 
paien aide 4 verser, on a suppose que, selon tous, il sera permis de boire ce 
vin. Non, dit R. Samuel, le fait entier est interdit, car parfois Fisra61ite re- 
14che un peu ses mains, et il se trouve alors que le transvasement est entie- 
rement effectuS par le paien ; mais lorsque le paien fait pencher l'outre pour 
verser le vin du haut en bas, il n'opere pas la transmission d'un vase 4 
Pautre (aussi, lors du transvasement d'un vase 4 l'autre, le premier reste 
permis). 

11. Le vin de libation communique son interdit 4 tout objet auquel il 
est m616, quelque petite que soit sa part ; 1'effet de propagation est le 
m6me pour le vin sacre mfele 4 d'autre vin, ou de l'eau de libation m&- 
16e a d'autre eau. Le melange de vin sacr6 avec de Teau, ou de Teau de 
libation avec le vin n'est interdit, que si la parcelle d6fendue communi- 
que son gotit au reste. Voici la rfegle : en cas de similitude d'esp&ces, la 
moindre parcelle d'interdit suffit 4 contaminer le reste ; mais en pre- 
sence d'une espece difiterente, il faut qu'il y ait propagation de gout pour 
provoquer l'interdit — a . 

12. Les objets suivants, quelques minimes qu'ils soient, communi- 
quent leur interdit : le vin d'oblation, ridol4lrie, les peaux arrachSes en 
face du coeur, le boeuf lapide, la genisse au cou rompu (pour meurtrier 
inconnu), les oiseaux offerts par le 16preux, la chevelure d'un NazarSen, 
le premier rejetond'un 4ne, la viande dans du lait, les animaux profa- 

1. En tAte est un passage traduit au tr. Qiddouschin, I, 4 (t. IX, p. 223). 
2. Toute la Guemara de ce § est traduite au tr. 'Orla, II, 11 (t. Ill, p. 341). 

T. xi 16 



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242 TRAITfi ABODA ZARA 

nes 6gorg£s au parvis du Temple; en tous ces cas, la moindre parcelle 
propage l'interdit. 

13. Si du vin de libation est tombe dans une cuve pleine, tout le con- 
tenu devient interditi la jouissance. Selon R. Simon b. Gamaliel, il est 
permis de vendre le tout iun paien, saufi defalquer le prix du vin de 
libation. 

L'interdit du « vin d'oblation, de FidolAtrie, des peaux arrachees en face 
du cceur » est justifie, parce qu'il est dit (DeutSron., XIII, 48) : il ne devra 
rien tester entre tes mains de ce qui est anathematise. II Test pour « le bceuf 
lapid6 » ; comme il est dit (Exode, XXI, 18) : le bceuf sera lapidi* On ne 
connait pas encore la defense de manger sa chair 1 ; mais de ce que la Bible 
ajoute : il ne sera pas mange, on sait qu'il est dGfendu d'en tirer nulle jouis- 
sance. Pour la « genisse au cou rompu », on le sait par correlation des ter- 
mes Id (usit6s pour la morte, Nombres, XX, i, et pour la genisse, Deut6ron., 
XXI, A) ; or, comme le premier cas comporte l'interdit de jouissance, il en 
sera de meme au second cas. Les « oiseaux offerts par le lepreux », sont inter- 
dits des T6gorgement, car il est dit (Deuteron., XIV,11) i^ous mangerez tout 
oiseau pur, k l'etat vivant ; puis (ibid., 12): Voici ceux dont vous ne mange- 
rez pas, se reterant a I'egorgement. Peut-etre au contraire l'interdit se r6- 
ftre-t-il 4un tel animal vivant? Non, dit R. Yohanan au nom de R. Ismael, 
la Loi n'enl&ve guere la faculte de tirer un profit d'un objet vivant. De la « che- 
velure d'un Nazireen », il est dit (Nombres, VI, 18) : on lamettra sur le feu 
qui brUle sous le sacrifice pacifique (avec defense d'en tirer nul profit). Pour 
« le premier rejeton d'un &ne », on le sait par deduction de la genisse au cou 
rompu ; comme celle-ci devra Stre ensuite enterree, avec defense d'en tirer 
profit, il en est de meme pour le rejeton de l'&ne, que la loi proscrit du m&me 
terrae. « La viande dans du lait. » On a enseigne 2 : de ce que la Bible le 
d6fend 3 fois (Exode, XXIII, 49; XXXIV, 26; Deuteron., XIV, 21), elle vise 
1° la cuisson, 2° la consommation, 3° toute jouissance quelconque. « Les ani- 
maux profanes egorges au parvis du Temple » ; c'est que, dit R. Yohanan au 
nom de R. Ismael, aux termes de la Loi, on doit egorger le sacrifice divin 
dans son Temple, et le profane au dehors ; en cas d'interversion, on est pu- 
nissable (par l'interdit de tout profit). Mais est-ce le retranchement, ainsi que 
la p6nalite d'une transgression negative qui en est (Jjeduite du m£me coup? 
Non, dit R. Ismael, on procede a une deduction par a fortiori, mais sans 
appliquer de penalite. Pourquoi dans Enumeration de la Mischnd ne compte- 
t-elle pas l'interdit de la charogne? La Mischnft, rSpond R. Yosse b. R. Aboun, 
n'6nonce que les interdits a toute jouissance, et ce n'est pas le cas pour la 
charogne. Mais, fut-il objecte, le levain est une consommation interdite de 
mSme a P&ques? Elle Test sous peine de retranchement, et les objets 6oonc6s 

1. V. J., tr. 'Orla, III, 1 (t. Ill, p. 347). 2. Mekhilta, section Mischpaiim, 
h. 10. 



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CHAPITRE V 243 

ici ne sont pas dans ce cas. R, Yosse demanda au Dom de R. Hanina : est-ce 
que les interdits a toute jouissance sont susceptibles d'etre annuls par m6- 
lange avec d'autres ? On ne peut pas r6pliquer que le boeuf lapidS n'est pas 
non plus susceptible d'annulation, car ses morceaux sont grands; ni parler 
<Tun oiseau m&le a d'autres, puisqu'il est question mfime de chevelure (pour 
laquelle la question d'importance ne saurait prevaloir). Lorsque dans T6tude 
on vintau trait6 'Orta, R. Jacob objecta a R. Yosse la Mischna suivante * : 
« Si Ton tisse dans une 6toffe un fil long de Tintervalle de 2 doigts avec de la 
laine du premier ne d'animaux, il fautla brftler; si Ton emploie la mGme 
quantite de cheveux d'un nazirSen, ou des poils d'un rejeton de l'ftne pour 
*aire un sac, il faut le br&ler » (Pourquoi done tes questions ?) En effet, re- 
pondit R. Yoss6, si on nous l'avait rappele la 2 , e'eftt ete bien (raaintenant, il 
est trop tard). 

13. Si dans un foss6 d'eau il est tombS du vin d'oblation, des idoles, 
le tout devient interdit 4 la consommation. R. Simon b. Gamaliel auto- 
rise seulement en ce dernier cas de vendre le tout k un paien, en dSfal- 
quant la valeur de ce vin. 

R. Yoss6 ou R. Yohanan dit au nom de Ben-Bethera 8 : si du vin d'obla- 
tion est tombe dans une cuve pleine d'autre vin, on pourra vendre le tout i 
un paien, sauf a defalquerle montantdu vin d'oblation. R. Samuel b. Nathan 
dit au nom de R. IJama que l'avis de R. Simon b. Gamaliel sert de rdgle. R. 
Yassa dit : un des rabbins, en sortant de la salle d'&udes, dit avoir entendu 
discuter R. Yohanan et Resch Lakisch sur le point de savoir si l'avis de R. 
Simon b. Gamaliel sertde regie, ou non, et ils ont ajoute : R. Simon b. Ga- 
maliel reconnait que si du vin d'oblation est tomb6 dans un mets, il rend le 
tout impropre (en raison de l'utilile du vin pour l'aliment cuit). R. Aboun 
dit au nom de Rab : les autres sages s'accordent a dire comme R. Simon b. 
Gamaliel que si un tonneau de vin d'oblation se trouve m6l6 k d'autres ton- 
neaux de vin intact), on pourra vendre le tout a un pai'en, sauf k d6falquer le 
montant du vin d'oblation. R. Zeira dit devant R. Am6 : si R. Aboun ne 
s*6tait pas exprimS ainsi, nous ne l'aurions pas su, et Ton aurait eu des 
doutes k ce sujet dans F&ole (si meme ce point avait 6t6 r6solu), ne sachant 
si les sages avaient adopte l'avis de R. Simon b. Gamaliel, ou si celui-ci avait 
adopt6 l'avis des autres sages. R. Judan dit que R. Zeira savait ce qu'il en 
est (quel avis avait et6 emis au nom de Rab) ; seulement, il a fait comme un 
homme qui, i remission d'un avis, suppose un doute k ce sujet 4 . 

1 4. Une cuveenpierre, badigeonnSe de poix par un paien, sera pure aprfes 
avoir iti essuy^e. Si elle est en bois, Rabbi present seulement de l'es- 
suyer aussi (de la laver et laisser sScher) ; les autres sages prescrivent 

1. Tr. 'Orla, III, 3 (t. Ill, p. 351). 2. Lors de l'ttude dudit traite. 3. Cf. 
d-dessus, II, 3. 4. Cf. tr. Y6ma, 1, 1 ; tr. Yebamoth, IV, 11. 



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244 TRAITE ABODA ZARA 

d'enlever la poix. Enfin, si elle est en argile (qui absorbe le liquide), 

malgr6 fenl&vement de la poix, elle reslera interdite. 

45. Quandon prend des ustensiles de cuisine qui ont servi iun paien, 
il faut baigner (tremper dans Teau) ce qu'il est d'usage de baigner, ou 
passer k l'eau chaude ceux pour lesquels c'est l'usage, ou blanchir au 
feu ceux pour lesquels c'est l'usage ; dans cette derniere caiSgorie sont 
la broche et le gril, eax<ipa. Quant aux couteaux, il suffit de les repas- 
ser pour qu'ils soient purs. 

Le premier cas de la Mischnd. (§ 14), traitant de « la cuve de pierre », est 
con forme k I'avis de Rabbi. Au cas suivant, « de bois », il y a discussion entre 
Rabbi et les autres sages. Enfin le dernier cas, « si la cuve est en argile », 
est contraire k I'avis de Rabbi, car on enseigne 1 : Si la cuve, TSpuisette et 
l'entonnoir sont d'un paien, Rabbi permet de boire le vin qui a passe par 
ces ustensiles ; les autres sages le defendent. Toutefois, Rabbi reconnait que 
le vin des cruches de pai'ens est interdit ; et le motif de cette distinction, qui 
fait d£fendre celles-ci et permettre les autres, est que dans celles-ci on met 
du vin pour le conserver, et dans les vases precites on le fait seulement pas- 
ser. R. Yoss6 dit au nom de R. Yohanan que I'avis de Rabbi sert de regie, 
d'accord avec R. Yosse b. R. Aboun. Des vases en plantes de papyrus, 
rcdbcupoc, qu'un paien a enduits de poix, font Tobjet d'un litige entre Rabbi 
et les autres sages ; car il est dit (ibid.) : Si le pressoir est devenu impur, et 
Ton veut le purifier, il suffit pour cela d'essuyer les balais collecteurs 2 , les 
lattes et la bille de fond; mais le treillage de sarments, ou de lin, ou en bois, 
ou d'6corce 8 , ou de fils, ou de joncs devraStre renouvele tous les ans; selon 
R. Simon b. Gamaliel, on les renouvellera a chaque elaboration par la cuve 
ou le pressoir (cela depend des vendanges plus ou raoins frequentes). On a 
enseigne (ibid.) : selon R. Simon b. Gamaliel, si Ton veut obtenir une puri- 
fication immediate de ces objets, on les place dans un canal dont le courant 
d'eau est rapide, ou dans une riviere courante, et ce pour une periode de 
temps. Comme il suffit d'essuyer ensuite ces objets pour les rendre purs, on 
proc&de de m£me pour ce qui est sujet au contact soupQonne du vin d'obla- 
tion. De combien de temps se compose la p&riode ? Selon R. Yosse au nom 
de R. Yohanan, c'est un demi-jour et une demi-nuit ; selon R. Hiya, c'est un 
jour ou une nuit. II n'y a pas de discussion entre ces 2 avis : le second se 
r6fere au moment de l'equinoxe (ou le jour et la nuit onl la mSme mesure) ; 
le premier avis se ref&re au solstice d'ele ou d'hiver. 

Quant & « Tachat d'uslensiles de cuisine qui ont servi a un paien » (§ 15), 
les objets dont on sait qu'ils serventau manger, comme les coupes, devronUtre 
rinces k Teau froide, et cela suffit pour la purete ; mais les marmites et les ponies 
servant k la cuisson devront 6tre nettoyees a Teau chaude, et si Ton se sert de 

1. Tossefta k ce tr., ch. 9. 2. Le commentaire a le mot roman : NSlpD^H, 
escoule. 3. Ibid., iws (? piel). 



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CHAPITRE V 245 

n'importe leqael de ces objets meme avantde Tavoir fait passer aubain, ou a 
Teau chaude, ou au feu, il sera term pour pur. R. Oscbia ajoute qu'apres avoir 
rinc6 la coupe, il faut lui faire prendre un bain de purification. Ainsi, R. Am6 se 
rendit avec R. Juda Naci a Hamath-Guerar, et ils emprunterent des lingots d'ar- 
gent aux habitants pa'iens d'Osinise i pour fabriquer des ustensiles ; ils consul- 
tant R. Jeremie au point de vue de l'impurete, et il dit qu'il faut placer ces 
vases dans un bain, car ils proviennent (par la matiere premiere) de l'6tat im- 
pur du pai'en, pour passer a l'Stat saint d'Israel. Sortons, dirent-ils, pour ap- 
prendre 2 ; ce qu'ils firent, et ils entendirent R. Jacob b. Aha ou R. Simon b. 
Aba dire au nom de R. Yohanan : le bain n'est exigible que pour les vases 
achet6s, non pour Temprunt, et Ton en conclut que la regie est pareille pour 
les vases. De m&me R. Oschia, lorsqu'il achetait des ustensiles, les baignait. 
Pourquoi est-il dit d'une part qu'il faut les purifier au feu, et d'autre part 3 qu'il 
suffit de les faire passer a I'eau chaude? Le nettoyage des vases provenant 
des pai'ens est plus grave que le contact impur pour les saintet6s. Pour pu- 
rifier un couteau, il suffit de Tenfoncer 3 fois en terre. (Test vrai, dit R. Aba 
au nom de R. Juda, pour un petit couteau ; mais un grand devra 6tre blanchi 
an feu, et avec une telle force que les etincelles jaillissent. 

1. Nom a ajouter a la geographic du Talmud. 2. M6me locution, tr. Sche- 
biith, V, 6; tr. Sabbat, II, 5. 3. Tr. Zebahim, XI, 7. 



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TRAITE HORAIOTH 



CHAPITRE PREMIER 



4. Lorsque PassemblSe doctrinale a enseigne de transgresser l'unedes 
prescriptions 6nonc6es au Pentateuque, puis sur cette declaration un 
particulier commet par erreur cette transgression, soit qu'il ait agi en 
me'me temps que les membres de ce tribunal, soit apres eux, soit qu'ij 
ait agi ainsi isol&nent sans eux, il est absous ; car il a suivi ledit tribu- 
nal. Si apres le faux enseignement profess^ par le tribunal, r erreur a 6t6 
reconnue par Tun de ses membres, ou par un disciple qui est apte i 
enseigner la doctrine religieuse, un particulier a commis par erreur cette 
transgression, soit qu'il ait agi en mSme temps qu'eux, soit apr&s eux, 
soit isolement sans eux, il est coupable, puisque son erreur ne depend 
plus alors du tribunal. Yoici la regie : lorsqu'on est responsable de son 
erreur, on est coupable de l'avoir commise ; mais lorsqu'elle depend 
seulement du tribunal, on est absous. 

II est dit (Levitique, IV, 27) : Siun individu d'entre le peuple piehepar 
inadvertance, en faisant une des choses que I'Eternel defend de faire et se 
trouve ainsi en fauie; il y a dans ces termes 3 exclusions (ou motifs de dis- 
pense). Ainsi, en vertu de la premiere expression, celui qui decide la trans- 
gression par son propre mouvement est coupable, mais celui qui suit le tri- 
bunal est absous. Partout il est admis que lorsqu'apres une restriction il vient 
une seconde restriction, elle a un but d'extension ; comment done admet-on 
3 exclusions successives? II y a cette difference ici, r6pond R. Mathnia, qu'il 
y a 3 restrictions (seulement, pour 2 restrictions successives, la seconde a une 
portee d'extension) — *. 

D 'apres 1'avis de R. Israael qui n'applique pas ledit verset aux gens passibles 
du sacrifice d'expiation ou du pgche commis avec certitude, apres que la so- 
lenuite* du grand-pardon s'est 6coulee, on comprend la deduction de dispense 
pour avoir suivi le tribunal ; mais d'apres R. Akiba d'ou le sait-on, puisqu'ij 
applique ledit verset aux gens passibles du sacrifice d'expiation ou de p6che 
commis avec certitude apres recoupment de la solennite* du grand-pardon ? 
Or, on a enseignS * : malgr6 le pardon effe.ctu6 k la solenniU du Kippour, 

1. Suit un passage traduit tr. Troumdth, VIII, 4 (t. Ill, p. 86). 2. Siflra, 
section Wayy{qra y ch. 6. 



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CHAPITRE PREMIER 247 

ceux qui itaient tenus d'offrir des sacriflces d'expiation ou de p6ch6s commis 
avec certitude doivent les offrir encore, apres le jour du Kippour, et ceux qui 
6taient soumis & des sacrifices pour p6ches douteux soot dispenses de les 
offrir en raison de ce qu'il est dit (ibid., 28) : ou si son piche lui est connu 
(non en cas de doute), il offrira, etc., meme si la solennit6du Kippour s'est 
gcoulee depuis l'obligation contractee (puis done que R. Akiba justifie ainsi 
l'application de ce verset, de quel verset deduit-il la dispense du sacrifice 
pour celui <|ui transgresse une prescription en se fondant sur le tribunal ?) On 
le salt de ce qu'il est dit (ibid.) : « Si un individu d'entre le peuple p6che par 
inadvertance, en faisant une des choses que l'fiternel defend de faire et se 
trouve ainsi en faute, » d'ou Ton conclut qu'il y a 3 sortes d'exclusions (ou 
motifs de dispense), et entre'autres celui qui decide la transgression par son 
propre mouvement est coupable, mais non celui qui pour cela se base sur le 
tribunal. 

Le tribunal n'est coupable de son enseignement faux que si d'abord il a 
connu la r&gle exacte, qui ensuite lui echappe, en raison de l'expression bi- 
blique : siunsujet lui dchappe, en ce sens qu'il s'agit d'un sujet connu 
d'abord. On comprend cette explication seloni'avis de R. Ismael 1 , qui inter- 
preteladite expression ence sens qu'il a su d'abord (d une certaine fagon) et 
maintenant sail, autremeat ; ainsi deux connaissances diverses sont exigi- 
bles pour qu'il y ait culpability ; mais puisque R. Akiba interprete ailleurs 
qu'une connaissance diverse prealable est exigible du redoublement de l'ex- 
pression s'il lui ichappe, en ce sens qu'entre deux connaissances de la regie, 
il devra y avoir un etat d'oubli pour constituer la faute, d'ou le sait-on ici ? 
On le sait du mot superflu sujet qui suit, et Ton dit que la regie devra avoir 
ete connue d'abord, puis oubliee, pour qu'il y ait culpability. Le tribunal est 
seulement coupable s'il enseigne d'annuler une partie du precepte biblique, 
et de maintenir le reste (non s'il a enseigne d'abolir le precepte entier ; ce 
qui e&t ete sans effet). Toutefois, dit Samuel, il n'y a pas de culpability si le 
tribunal a declare permettre une telle infraction ; mais s'il a seulement pro- 
fess6 une dispense de penalite, il n'en est plus de m6me (et Ton est coupa- 
ble). II n'y a de culpability que si i'enseignement inexact 6mane du tribunal 
supgrieur qui si^ge au Temple a la cellule des pierres taill6es 2 . Le motif en 
est, dit R. Yohanan, qu'il est 6crit (Deut6ron., XVII, 10) : selon ce quHls le 
diront de Vendroit que VEternel ckoisira (allusion au siege ordinaire de ce 
tribunal). R. Menab. Tanhoum dit 3 : lorsquece tribunal est compost de cent 
assistants, ils devront tous avoir professe I'enseignement inexact pour qu'il 
yaitculpabilite. Ailleurs il est dit que, selon R. Zeira (pour l'embolisme de 
l'annge lunaire), il faut que tous les juges assistants aient adopts un seul et 
m&me motif en vue de leur decision, tandis qu'ici (pour I'enseignement 
inexact) faut-il que tous les membres du tribunal se soient decides par le 
m6me motif ? (Question non resolue). 

1. J., tr. Schebouoth, I, 2. 2. Tr. Pesabim,VII,6. 3. Tr. Sanhedrin. 1, 2 



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248 TRAITJfi HORAIOTH 

« Si un particulier est all6 et que, sur leur avis, il a p6ch6 par inadver- 
tence, etc. » A quoi bon parler d'inadvertance ? Peut-il y avoir intention vo- 
lontaire de malice, lorsque l'enseignement m6me Stait inexact par erreur? 
G'est pour apprendre que si I'erreur du particulier provient de Tenseigne- 
ment inexact du tribunal, en ce cas seul, il y a dispense (non si i'erreur pro- 
vient du particulier lui-meme ; quoique dejd. autorise par le tribunal, il est 
alors coupable). R. lmi dit au nom de R. Simon b. Levy *: la Mischn&,en par- 
lance d'un Sieve aptea enseigner », vise un savant tel que Ben-Azai, tou- 
jours assis auprSs des docteurs. En quel cas suppose-t-on un tel enseigne- 
ment 6manant de lui ? Supposer qu'il sait toute la Loi, mais qu'il ignore un 
point sur lequel il s'est exprime avec inadvertance, n'est pas admissible k 
regard de Ben-Azai' ; en supposant au contraire'que le disciple qui s'est trom- 
p6 savait ce point particulier de doctrine aussi bien que Ben-Azai', sans sa- 
voir autant le reste, ce disciple 6quivaut k Ben-Azai, et il ne peut avoir pro- 
fesse a faux que sciemment ? 11 faut done supposer qu'il s'agit d'un disciple 
sachant tout, y compris le point en question, aussi bien que Ben-Azai' ; seule- 
ment, par une erreur d'interpretation, il fait dire que la Loi ordonne de sui- 
vre les avis du tribunal, m6me en ses errements. Mais s'il commet une telle 
erreur, on ne saurait le comparer k Simon Ben-AzaY ; or, on a enseigne : 
il ne faut pas croire que si les juges disent de la droite que e'est la gau- 
che, ou de la gauche que e'est la droite, qu'il faille les 6couter, parce qu'il 
est dit (ibid.) : (Taller d droite ou & gauche, e'est-a-dire s'ils disent bien que 
la droite est k droite et la gauche k gauche, puis se trompent, il est notoire 
qu'on ne doit pas les ecouter 2 , et lorsque ensuite on adopte pourtant leur 
avis inexact, e'est une faute commise sciemment. En somme quelle est 
la regie ? Certes, repond R. Yoss6 au nom de R. Ha, e'est une faute volon- 
taire (et pourtant le sacrifice expiatoire est dti, k l'oppos^ des fautes con- 
scientes ordinaires ) ; car d'habilude ia faute involootaire est dispensee de 
penality, etla faute commise sciemment entrafne la culp&bilit6, tandis qu'ici 
la faute meme commise sciemment est dispensee de la peine, parce qu'elle a 
pour cause la decision du tribunal 3 . 

Les compagnons d'elude au nom de Samuel expliquent quandun particulier 
fautif par erreur est coupable : si ce particulier contribue k la majeure partie 
de la communautg, (la Mischna ne lui impose alors de participer k l'obligation 
que si I'erreur a ete causee par le tribunal) ; mais tout particulier qui aagi 
parinadvertance, de son propre mouvement, est dispense de sacrifice. Selon 
R. Yohanan au contraire, tout particulier qui a peche par sa propre faute est 
jenu d'offrir en sacrifice une brebis ou une ch^vre. Contre l'avis pr^cite de 
Samuel, ne peut-on pas objecter que, par le maintien du sacrifice general de 
lacommunaute pour I'erreur publique, il arrivera que les particuliers fautifs 

1. Ci-apr6s, §§ 2 et 5. 2. V. le Judaism*, parle gr. Rab. Klein, p. 76, note 4. 
3. II n'y a done pas de penality observe le commentaire, mais obligation de sa- 
crifice comme pour toute autre erreur. 



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CHAPITRE PREMIER 219 

soumis au devoir d'un sacrifice special, seront pardomtes par l'effet de deux 
sacrifices, le general et le parti cuher ? R. Zeira r6pond au nom de Samuel 
qu'il faut l'entendre ainsi : le particulier qui est fautif de son propre fait ne 
participe pas au sacrifice d& par la coramunaute pour enseignement errone 
du tribunal, sauf en cas de suspension du public, auquel cas le particulier ne 
doit rien. Ainsi, lorsque la majeure partie a mangg de l'interdit permispar le 
tribunal, ce dernier fera offrir le taureau ; sinon, lorsque la minority seule 
aura mange, les particuliers offriront individuellement un sacrifice. 

Pour tout enseignement errone du tribunal 1 , l'offre d'un taureau est dfte, 
et les particuliers ne doivent rien ; si cet enseignement n'entrafne pas le sa- 
crifice du taureau (n'ayant pas entrain^ la majority de la communaute), les 
particuliers fautifs doivent leur offre speciale. Samuel explique cet enseigne- 
ment selon qu'il s'agit de majority ou de minority : si la majorite de la com- 
munaute a mang6 de l'interdit, comme le tribunal fera offrir un taureau en 
raison de Terreur generate, les particuliers seront dispenses des sacrifices in- 
dividuels, si la minorite seule en amang6, le tribunal n'offrira pasle sacri- 
fice collectif du taureau, et par suite les particuliers devront sacrifier une bre- 
bis ou une ch&vre. R. Yohanan explique Tenseignement selon que la majority 
a suivi la doctrine professee par le tribunal : si celui-ci a profess^ d'abolir le 
principe entier, comme le tribunal n'offrira pas alors le sacrifice collectif du 
taureau, les particuliers offriront le sacrifice individuel ; lorsque, au contraire 
le tribunal a profess^ une abolition partielle de precepte, avec maintien par- 
tiel, il doit le sacrifice collectif pour cette erreur, et le particulier n'y est pas 
soumis. De m$me, Samuel explique a sa fajon l'enseignement suivant : au lieu 
de concluredu texte biblique invoque (Lgvit., IV, 27) 4 une triple exclusion, 
on deduit que non seulementun particulier est coupable, mais plusieurs le 
seront aussi, en raison des mots « gens du peuple » ; encore aurait-onpu sup- 
poser que la minorite coupable de la communaute serait soumise au sacrifice, 
en raison de la dispense eventuelle du tribunal, etsi la majorite a p6cW, elle 
serait absoute, en raison de l'obligation d'offre incombant alors au tribunal ; 
e'est pourquoi il est dit : « gens du peuple, i que la minorite ou la majorite 
ait p6ch6, les effets seront les m6mes. Or, R, Yohanan (n'admettant pas que 
la minorite fautive offre des sacrifices individuels) l'explique ainsi : si la mino- 
rite de la communa ut6 a peche sans instruction fautive du tribunal, les par- 
ticuliers devront des sacrifices individuels, car en un tel cas le tribunal 
qui a professeavec erreur n'est pas soumisau sacrifice du taureau. R. Samuel 
dit qu'en cas d'avis inexact profess^ par le tribunal et suivi par la minorite, 
les particuliers devront offrir une brebis ou une chevre (et il est juste qu'A 
dSfaut d'enseignement ils soient aussi soumis au sacrifice pour leur p6ch6 
spontane) R. Yohanan les dispense. On comprend le motif de l'avis de 
Samuel, parce que d'une obligation (celle qui nalt par l'enseignement) il d6duit 
l'obligation individuelle; mais comment l'expliquer selon R. Yohanan, qui dd- 
1. Tossefta & ce tr., ch. 1. 



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250 TRAIT* HORAIOTH 

duirait une obligation pour l'erreur individuelle d'apris an cas de dispense 
(I'enseignement inexact suivi par la minority? (question non r&olue). — 
Contre l'avis precis de Samuel (disant que le particulier fautif, en presence 
d'un enseignement erron£ du tribunal, est dispense de sacrifice), on peut 
opposer cette opinion 1 : du verset (ibid., 23), ou si on lui fait connaitre le 
pichi qu'ilacommis ;il devra offrir,etc., on conclut a I'exclusion duren£gat 
(parce qu'il n'y a pas eu un detournement de savoir, et s'il avait eu lieu, le sa- 
crifice serait dti, comme il devrait 1'Gtre pour le particulier fautif de son fait). 
De mdme, on peut lui opposer l'enseignement d6ja cit6 (au commencement) : 
dece verset (ibid., 27),St unindividud'entre le peuple pdche par erreur,etc., 
on conclut a r admission de trois motifs de dispense; lorsqu'on ade son propre 
fait commis une erreur, on en est responsable, et le sacrifice 6st d& ; lorsque 
la faute depend seulement du tribunal, on est absous; or, dans l'hypothese 
admise, le particulier coupable ne d£pendaitpas du tribunal, et pourquoi est- 
il absous? En effet, cet enseignement est en contradiction avec l'avis de 
Samuel, et Ton ne saurait admettre que l'avis oppose (celui de R. Yohanan, 
prescrivant en ce cas 1' obligation du sacrifice individuel). 

2. Si apres un lei enseignement le tribunal reconnaissant son erreur 
renonce k son premier avis, soit qu'il ait oflert aussit&t le sacrifice d'ex- 
piation, soit qu'il ne I'ait pas encore offert, puis un particulier commet 
la transgression d'apres la premiere sentence, selon R. Simon, celui-ci 
sera absous ; selon R. fili6zer, il est en 6tat de doute. En quoi consiste 
ce doute? Si k la suite de cet acte ledit particulier reste chez lui, il sera 
condamnable (tenu d'offrir le sacrifice de p6ch6); s'il part pour un 
voyage d'outre-mer, il sera absous. Je reconnais en ce cas, dit R. Akiba, 
que ce particulier est plutdt digne d'etre absous que d'etre condamn£. 
Pourquoi, demanda Ben-Azai, cette distinction entre le voyageur et le 
s£dentaire ? Ce dernier, fut-il repondu, aurait pu apprendre la renoncia- 
lion du tribunal k sa sentence, tandis que le voyageur ne pouvait pas 
Fapprendre. 

R. Imi dit au nom de R. Simon b. Lakish : la Mischnft (§ 4), parlant d'un 
juge qui avise de l'erreur ses collegues, a en vue un homme de grand savoir 
tel que Simon Ben-Azai, siegeant parmi eux. De quel cas s'agit-il la ? Si ce 
savant superieur est parvenu a convaincre ses collegues et k les detourner de 
leur opinion, leur enseignement se trouve cerles annule; si au contraire les 
autres collegues l'emportent sur lui, son opinion se trouve annulee, et sa 
refutation ne sert k rien. Done il s'agit du cas ou chacun maintient son avis, 
et leur opinion n'a pas de valeur aupres de lui, puisque ses collegues ne l'ont 
pas emporte sur lui, mais elle conserve sa valeur de decision aupres du public, 
puisque le savant preeminent n'a pas convaincu les autres juges (tout autre 

1. Siflra, section Wayyiqra, ch. 9. 



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GHAPITRE PREMIER 251 

alers qui suit l'opinion des juges est dispense du sacrifice, en raison du partfege 
des avis). N'est-ce pas en opposition avec ce qu'a dit R. Mena b. Tanhoum 
(§ 1), que si le tribunal 6tait compost de cent juges, tous devront professor le 
mftme avis pour la validity de leur avis ? R. Mena explique notre Mischn& en 
disant que le savant sup6rieur n'a pas si6ge avecles autres juges. Mais si Ton 
suppose qu'il n'a pas si6g6, son absence devrait empftcher que le tribunal se 
prononce, et dds lors il n'y aurait pas eu d'enseignement? On peut rgpliquer 
k cela d'aprisl'avis de Rabbi qui dit: le jugement du tribunal est seulement 1 
suspendu si le plus influent des juges est absent (mais pour l'absence de tout 
autre, on ne suspend pas le prononc6). Comme R. Mena b. Tanhoum dit que 
si cent juges stegent au tribunal tous doivent professor leur opinion, faut-il 
que la renonciation k leur premier avis soit unanime? Ou suffit-il que la 
majority du groupe present y renonce ? 11 va sans dire que la renonciation par la 
majorite suffit; mais il s'agit de sa voir de quelle majorite il est question si 
elle sera composee de ceux qui ont professe d'abord, ou de ceux qui restent 
lors de la renonciation? Et voici pourquoi on le demande: si par exemple 
cent juges sont alles pour sieger, puis dix meurent ; en supposant que la 
majorite des premiers soit necessaire, ilfaudra une renonciation par 51 juges; 
si au contraire la majority est constitute par les renongants, une renonciation 
par 46 juges sufflt (question non r6solue)[ — 2. 

Les rabbins de Cesarge disent que R. Hiya et R. Amesont en disaccord sur 
ce point: selon Tun, on attribue r6ciproquement l'opinion de Tun k l'autre ; 
d'apres l'autre, on suit les opinions telles qu'elles viennent d'dtre 6mises (le 
sacrifice expiatoire design^ puis devenu impropre, selon R. Yohanan, sera 
ajourne pour cette cause ; selon Resch Lakiscb, il ne le sera pas). Celui qui 
suppose des interversions d'avis ne tient pas compte des objections 6mises. 
D'aprds celui qui dit de ne pas ajourner un sacrifice expiatoire ainsi d6sign£, 
lorsque le tribunal autorise ensuite un inlerdit, qui recevra ce sacrifice non d& 
alors ? Faudra-t-il attendre que le tribunal revienne sur son jugement inexact ? 
Non, on peut supposer qu'un cohen aura commis l'erreur, k la suite ila ofifert 
le sacrifice, et a obtenu le pardon. Mais si l'erreur a 6W redressee par un 
horame sup6rieur comme Simon Ben-Azai, comme il y a certitude d'obligation 
du sacrifice sans que ce soit un cohen, qui recevra le sacrifice ? En ce cas, il 
faut attendre que le tribunal revienne sur son jugement prSalable. D'aprds 
celui qui dit de ne pas ajourner un sacrifice d6sign6 dans lesdites conditions, 
dira-t-on que la naissance d'un nouvel enseignement du tribunal, apres la 
transgression de l'interdit, 6quivaut a l'enseignement qui a provoqu6 le d61it, 
defagon a joindre les deux enseignements? Voici comment nait l'enseignement 
d'interdit : si par exemple une communaute mange par m6garde (sans avis) de 
la graisse d&endue, sur quoi chaque delinquant d6signe le sacrifice individuel 

1. Au lieu du mot TiSl, seulement (correct au § 4), le texte a TiSa, & Lod, ce 
qui ne signifie rien ici. 2. Suit un passage traduit tr. Guittin, VII, 1 (t. IX, 
p. 45). 



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252 TRAITE HORAIOTH 

d'une brebis ; certes, malgre l'enseignement ulterieur du tribunal qui aulorise- 
rait un lei manger, chaque sacrifice individuel reste d& ; mais quelle 
est la rigle au point de vue de la communaut6 ? Par suite de l'enseignement 
officiel qui autorise ce manger, le sacrifice d6sigo6 auparavant n'est-il plus dtl 
comme offre individuelle en raison de 1'obligation nouvelle qui incombe d£- 
sormais au tribunal pour Facte public? Ou ce dernier est-il dispense si Ton 
ne tient pas compte de l'enseignement nouveau, mais seulement de Facte 
erron6 de chacun individuellement? Certes, il n'est pas douteux que l'en- 
seignement nouveau suscite le sacrifice general du taureau; reste & 
savoir si Ton reunitun enseignement greffe sur un autre, et voici comment: 
si p. ex. le tribunal declare que la graisse du rognon de droite est permise, 
mais il interdit celui de gauche et celle qui couvre les entrailles ; si ensuite 
le tribunal renonce a cet avis et enseigne l'inverse (que la graisse du rognon 
de gauche est permise, mais il defend celle de droite), et la majeure partio de 
la communaute a mang6, tant selon le premier enseignement que d'apr6s le 
second ; or, si les deux enseignements, tous deux faux, sont joints, le tribu- 
nal ne doit qu'un sacrifice public du taureau, etsion ne les joint pas, les deux 
sacrifices sont d\ls? (question non resolue). — Joint-on deux enseignements 
relatifs k unemSme transgression? Voici comment: le tribunal ayant per- 
mis d'6gorger hors du Temple des sacrifices pacifiques et de les manger au 
dehors, la majeure parlie des fideles ayant egorge et mange au dehors, est-ce 
une simple transgression, ou est-elle double? Selon R. Meir 1 , on est une fois 
coupable ; selon R. Simon *, on doit deux sacrifices. De meme, si k la 
suite d'un enseignement errone du tribunal, la minority des fideles 
mange ce qui est interdit, puis sur un nouvel enseignement, d'autres 
fideles en minority en mangent aussi ; selon R. Meir, ils seront 
passibles de sacrifice (par conjonction des deux minoritfe en une majorite); 
selon R. Simon (qui n'admet pas cette jonction), ils sont dispenses 3 . —Quant 
k l'addition de R. Simon, si apr6s l'enseignement le tribunal reconnait son 
erreuret renonce k son premier avis, et soit apres l'offre du sacrifice, soit 
avant, un particulier com met ladite transgression, celui-ci n'est pas coupa- 
ble, et selon R. Meir il est passible du sacrifice. Sur quoi R. Zeira explique 
qu'il y a divergence d'avis au sujet de l'intervalle de temps n6cessaire pour 
entendre le tribunal y renoncer : R. Meir exige le temps qu'il faut pour cons- 
tituer la culpabilite ; R. Simon exige un plus long temps, pour pouvoir se 
convaincre de la renonciation (jusque \k, le delinquant est absous). En effet, on 
a enseign6 de mftme : si le tribunal a profess^ son avis au march6 supdrieur, 
et le particulier se trouvait au marche inferieur, ou si le tribunal 6tait dans 
une maison et le particulier dans une chambre de grenier, il n'est pas passible 
du sacrifice jusqu'A, ce qu'il ait entendu le dit avis du tribunal. — L'opinion de 

1. II est d'avis (ci-apr&, III, 3) de tenir compte du p£ch6 seul. 2. II tient 
compte de la connaissance ulterieure. 3. De l'offre publique, non du sacrifice 
privS. 



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CHAPITRE PREMIER 253 

R. Akiba(dans la Mischnft) est une faconde dire qu'il y a encore doute. II s'agit, 
explique R. Aboun b. Hiya, de celui qui est place entre deux frontteres, celle 
de la Palestine et celle defext6rieur ; ce commencement de mise en route 
suffit pour dispenser — * . 

3. Si un tel tribunal professe 2 la renonciation k un precepte biblique 
fondamental, disant p. ex. qu'il n'est pas question de menstrues dans 
la Loi, ou pas du Sabbat, ou pas d'idol&trie, les membres sont absous 
(en raison de l'impossibilit^ d'induire en erreur). S'ils enseignent d'an- 
nuler certains pr^ceptes relatifs k ces sujets et d'en conserver d'autres, 
ils sont coupables. Ainsi, s'ils disent p. ex. ; la regie au sujet des mens- 
trues est dite dans la Loi, mais que celui qui cohabite avec une lemme 
pendant qu'elle observe ses jours de puret£ sera absous ; ou bien la rfegle 
du Sabbat est exprimee dans la Loi, celui qui transporte encejour 
un objet d'un domaine particulier dans un domaine public est absous, 
ou bien encore la defense de l'idolfttrie est 6nonc6e dans la Loi, mais celui 
qui se prosterne devant une idole est absous ; en ces cas, les membres 
dudit tribunal sont coupables. Or il est dit (L6vitique, IV, 13) : un fait 
leur a echappi; pour un fait de detail, il y a absolution, non pour une 
question fondamendale. 

R. Hiskia dit : Ton deduit du terme fait (ibid.) qu'une abolition partielle 
est effective (et entratne une pSnalite), non le fait entier aboli. R. Ila arrive k 
la mSme conclusion en expliquant de m£me le terme (partitif) des priceptes 
(ibid.), par exclusion du precepte entier qui serait aboli. Mais est-ce bien 
ecrit ainsi, dans le mode partitif? (N'y a-t-il pas fait, ou precepte, absolu ?) 
C'est conforme kce qu'a dit R. Ame au nom de R. Yohanan 3 : on retranche 
au commencement du mot une lettre pour Tappliquer k la fin (et, selon le 
mSme procede, on retire ici du mot precedent la lettre a, de, pour la sup- 
poser jointe au mot precepte). De meme, dit R. Hanina au nom de R. J6re- 
mie 4 , il arrive parfois de deplacer une expression du milieu d'une phrase, 
pour les besoins de Interpretation ; ainsi, il est dit (L6vit., 11,6): tu verseras 
sur elle (sur Toffrande) de Vhuile ; c'est un sacrifice de farine; et, depla- 
$ant le terme sur elle, on conclut par extension que, surtoutes les offrandes 
de farine il faut verser de Thuile. — Comment la Mischnfi. compte-t-elle, k 
titre d'abolilion partielle, le fait d'absoudre « celui qui cohabite avec une 
femme pendant qu'elle observe ses jours de puret£? » (N'est-cepas oppos6 au 
texte formel de la Loi, qui defend une telle cohabitation?) 11 s'agit du cas, 
fut-ilr6pondu,ou le tribunal permet la cohabitation durant la nuit (que le 
texte 16gal ne defend pas en propres termes) et la defend le jour. De mSme, 

1. Suit un passage traduit tr. Pesahim, VII, 6 (t. V, p. 103). 2. V. tr. Yeba- 
moth, X, 2. 3. J., tr. S6ta, V, 1 (t. VII, p. 278). 4. V. ibid, (ou la version 
est & corriger d'apr&s la pr&ente page) ; Cf. B., tr. Menalioth, f. 75*. 



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9M TRAIT* HORAIOTH 

comment la Mischnft admet-elle parmi les abolitions partielles l'absolution de 
« celui qui transports le jour du Sabbat un objet d'un domaine particulier 
dans un domaine public? » (N'est-ce pasoppos6 au texte formel de la Loi 
qui defend le transport en ce jour?) 11 peut s'agir du cas restrictif, repondit 
Samuel b. Aba, oh le tribunal permet ce transport sur une coudee, et le 
defend sur deux. De mftme, n'est-ce pas une abolition formelle (contraire aux 
termes de la Loi) d'absoudre « celui qui seprosterne devant une idole?» II 
peut s'agir du cas oh les rabbins permettent de se prosterner sans etendre 
les mains et les pieds, ce qui est defendu sous la denomination de genu- 
flexion. Est-ce que le transport n'est pas un objet capital defendu par la Loi? 
II peut s'agir, dit R. Samuel b. R. Isaac, du cas ou le tribunal a permis de 
porter une figue seche, et defendu de porter deux 1 ; c'est conforme 4 l'avis 
disant que l*entr6e et la sortie constituent un m6me interdit (deduit du mfime 
texte), & 1'oppose de l'avis contraire disant que ce sont la deux sujets dis- 
tincts, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'objecter que c'est abolir le pr6cepte fon- 
damental de 1'apport, ou entree. 

R. Yoss6 explique pourquoi l'enseignement du tribunal est nul (et n'en- 
tratne pas de sacrifice) s'il abolit un precepte capital : ce n'est pas qu'il pro- 
fesse qu'il soit permis de manger de la graisse, car il sait l'interdit, mais il 
suppose que la Loi autorise le tribunal a enseigner quelle sorte est defendue 
ou non. R. Aboun b. Hiyaobjecta: si le fait de permettre par erreur une 
graisse interdite n'est pas une abolition capitale, il arriverait d'autoriser 
aujourd'bui une quantity d'une olive, demain le double (jusqu'a permettre le 
corps entier de l'interdit) ? Non, car il suffit de prendre pour exemple le 
prophete incitateur * (pour lequel il n'y a de culpabilite qu'en cas d'incita- 
tion a abolir un precepte 16gal): on aurait pu croire qu'il y a lieu de l'6couter 
s'il engage les Israelites & ne pas mettre de phylacteres en ce jour, sauf 
& les porter le lendemain (soit une abolition partielle) ; c'est pourquoi il est 
dit (ibid., XIII, 6) : de les suivre, en entier, non en partie. Or, malgre l'abo- 
lition proposee d'un precepte biblique pour un jour, elle n'est pas tenue 
pour une abolition totale ; de m&me elle ne Test pas ici pour l'autorisation du 
tribunal de permettre un interdit special. R. Mena conclut de meme en cilant 
cette autre r£ponse: sur l'objection faite plus haut de I'abolition du principe 
de transport, Samuel b. Aba rgpond qu'il s'agij. du cas ou le tribunal permet 
ce transport sur une coudee, non sur deux ; or, on pourrait aussi remar- 
quer que la permission de transporter sur une coudee est (pour eel espace) 
une abolition capitale, et pourtant on nela consid&re pas comme telle; il en 
sera done de mSme ici pour une certaine graisse permise. 

A. Si apr£s l'enseignement erron6 du tribunal, Tun desmembresrecon- 

nait Terreur et dit aux autres quils se sont trompes, ou si le plus 61ev6 

d'entre eux 6tait absent, ou si l'un d'eux 6tait soit un elranger, soit un 

1. C'est 1& le sujet de distinction, sans distinguer entre l'entr6e et la sortie. 
2. Tossefta au tr. Sanh6drin, fin. 



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CHAP1TRE PREMIER 255 

b&tard, soii un descendant des tribus afGliees sous JosuS, ou un vieillard 
sans enfant, ils sont absous, car le terme communauti est usit6 ici 
(ibid.) et ailleurs (Nombres, XXXV, 24); il y a done similitude entre 
Ies deux, et dans toutes deux les membres devront £tre aptes k ensei- 
gner pour 6tre responsables. 

La Mischnft, specifiant que la presence du juge le plus elev6 est exigible, 
emane de Rabbi qui a dit (§ 2) : le jugement du tribunal est seulementsuspen- 
du si le plus influent des juges est absent. Or il si dit (Nombres, XV, 24) : 
// arrivera que si des yeux de la oommunauti % ete. ; celui qui represente « les 
yeux de la communaute * » (ou le plus influent) a son importance sur le juge- 
ment. II est 6crit aussi (ibid., XI, 16) : lis se plaeeront Id avec toi; pour sin- 
ger avec toi, ils devront te ressembler, et comme tu n'es ni stranger, ni des 
tribus affiliees, ni b&tard, les autres juges ne devront etre ni des etrangers, ni 
des membres des tribus affiliSes, ni des b&tards. On comprend la defense 4 re- 
gard de l'etranger proselyte, admissible a sieger ; mais se peut-il que le tri- 
bunal nomme juge un b&tard ou un descendant des tribus affiles ? II peut 
arriver, dit R. Houna, que par transgression de la rggle un tel homme ait 6te 
nomm6 (alors, son enseignement est sans effet). R. Hanania et R. MenarSpli- 
quent diversement k Tobjection surle mode de nomination: Tun suppose qu'un 
tel individu s'est trouvS parerreur faire partie des 70 juges du tribunal ; Tau- 
tredit qu'iletait en dehors des 70 juges et siegeait parhasard k c6t6 d'eux 
lors de Tenseigoement inexact. Ce dernier avis, ne supposant pas de nomina- 
tion incorrecte, s'explique ; mais comment justiOer l'avis oppose? On suppose 
le cas d'un fait accompli, car s'il n'est pas des 70 juges, son enseignement est 
aussi nul que celui d'une pierre. 

5. Si le tribunal a pris une decision erron^e et d'aprfes elle tout le 
peuple a accompli la mfime faute, les juges devront offrir un taureau 
en expiation ; si les membres de ce tribunal ont profess^ une trans- 
gression sciemment, que d'autres ont suivie par ignorance, ils devront 
offrir en expiation une brebis et une chevre. S'ils ont profess^ une doc- 
trine inexacte par erreur et d'autres Font adoptSe sciemment, ils sont 
absous. 

Notre Mischn& n'est-elle pas opposee a l'avis de R. Simon b. Lakisch ? 
Puisque R. Am6 dit au nom de Resch Lakisch 2 que cette Mischn&, parlant 
d'un juge qui signale 1'erreur k ses collogues, a en vue un homme de grand 
savoir tel que Simon b. Azaf stegeant parmi eux, ne sont-ils pas comme 
agissant sciemment ? (Et pourtant leur enseignement a de la valeur et motive 
l'offre d'un taureau ?) Par contre, on peut objecter k Resch Lakisch la 
dispense de la Mischnft si le tribunal a 6mis sciemment une opinion fausse 
suivie par d'autres erronement (tandis que Resch Lakisch, en un tel cas, impose 

1. V. ci-aprte, § 8. % Ci-dessus, §§ 1 et 2. 



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256 TRAUft HORAIOTH 

au tribunal le sacrifice public du taureau) ? Or, peut-on appeler transgres- 
sion consciente Terreur commise par un particulier d'avoir suivi sciemment 
la rdgle inexacte 6nonc6e par le tribunal, de sorte qu'ici la Mischnft dispense 
le tribunal d'oifrir un sacrifice public (k Toppose de Resch Lakisch)? II s'agit, 
rSpondent les compagnons au nom de Resch Lakisch, du cas ou. la majeure 
partie de la communaut6 n'a pas suivi la regie Praise par le tribunal (alors, 
la minority, coupable, est soumisei des sacrifices individuels). R. Zeiraau 
nom de Resch Lakisch dit : il s'agit de ceux qui se sont opposes au tribunal 
(voili la cause de dispense pour le tribunal). Entre ces deux motifs, il y a 
une difference pratique au cas od des individus ayant adopts la r6gle Tont 
ensuite rejetee : selon la raisou donn£e par R. Zeira, Topposition faite ensuite 
justifie la dispense du sacrifice public ; selon les compagnons, I'acceptation pre- 
miere suscite Tobligation contractee du sacrifice. 

6(5). Si les membres de ce tribunal ont profess^ une doctrine, et d'apr&s 
l'6nonc6 de cet avis la communaute ou la plupart de ses membres Font 
suivi en fait, les membres dudit tribunal sont tenus d'offrir un taureau ; 
s'il s'agit d'idoiatrie, ils devront ofirir un taureau et un bouc. Tel est 
l'avis de R. Meir. Selon R. Juda, les 12 tribus d'Israel offriront 12 
taureaux, et s'il s'agit d'idol&trie elles offriront 12 taureaux et 12 boucs. 
Selon R. Simon, elles offriront 13 taureaux, et s'il s'agit d'idolAtrie, 13 
taureaux et 13 boucs, savoirun taureau et un bouc par chaque tribu 
et autant pour le tribunal — ! . 

7. Si k la suite de l'enseignement inexact profess^ par le tribunal, sept 
tribus ou la plupart des leurs ont execute cette transgression, les mem- 
bres de ce tribunal devront offrir un taureau, et s'il s'agit d'idol&trie, 
ils offriront un taureau et un bouc. Tel est l'avis de R. Meir. Selon R. 
Juda, si sept tribus ont commis un p6ch£, elles offriront sept taureaux 
et les autres tribus qui n'ont pas p6che offriront pour elles ensemble 
un taureau, car m&me ceux qui n'ont pas pech6 doivent apporter une 
expiation pour les pecheurs. Selon R. Simon, elles offriront huit tau- 
reaux, et s'il s'agit d'idol&trie huit taureaux et huit boucs, savoir un 
taureau et un bouc pour chaque tribu qui a p6ch6, et autant pour le 
tribunal. 

8. Si le tribunal d'une tribu a profess^ un enseignement inexact, que 
d'aprfes cet avis la dite tribu a suivi, cette tribu seule sera condamnable, 
non les autres tribus. Tel est l'avis de R. Juda. Les autres docteurs 
disent : on est seulement coupable pour fait accompli k la suite de l'en- 
seignement doctrinal du tribunal sup6rieur (de Jerusalem) ; car il est 

1. La Guemara sur ce § est traduite au tr. Pesahim, VII, 6 (t. V, p. 102). 



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CHAPITRE PREMIER 557 

dit (L6vitique, IV, 13) : si toute la communauli <F Israel a pichi par 
inadvertence etc.,, non si l'ensemble d'une seule tribu ap£ch£. 

On a enseignS * que R. Simon b. fileazar dit au nom de R. Meir (§ 7) : 
si six tribus ont pech6 constituaDt la majority des fideles, ou sept tribus 
(majority sur 12), mfrne sans constituer la majority du nombre g6n6ral, elles 
sont soumises k I'obligation du sacrifice. Toutefois, dit R. fileazar, R. Simon 
b. fileazar a seulement present Tobligation de l'offre pour six tribus consti- 
luant la majorite du nombre total ; mais si cinq tribus sont fautives, elles 
sont dispenses du sacrifice, m6me si elles constituent la majorite. En effet, 
dit R. Yoss6 b. R. Aboun, un enseignement s'exprime dans le m6rae sens : il 
faut la moitie au moins du nombre des tribus, pourvu qu'elles contiennent 
la majorite du nombre total des Israelites (done, malgrS ce nombre formant 
la majorite, il faut au moins 6 tribus). De mSme a Tinverse, il faut au moins 
la moitie du nombre total des Israelites, s*il est compos6 de la majority des 
tribus. R. Yosse b. R. Aboun observe que, dans le mSme ordre d'idSes 
on a pose la question au sujet du pontife oint *, afin de savoir si l'enseigne- 
ment doit emaner d'un grand tribunal (de 23 mem b res), ou d'un petit tribu- 
nal (3 k 5 membres). 

Quant a la divergence des avis de la Mischnfi. (§ 7), en voici la raison : 
selon R. Meir, le devoir de 1'offre incombe au tribunal ; selon R. Juda, le 
devoir incombe a la communaute ; selon R. Simon, ce devoir incombe k Tun 
et il'autre. R. Meir fonde son opinion sur ces mots (L6vit., IV, 15) : s'il 
dchappe un fait « aux yeux » de Vassemblte, compares aux termes analo- 
gues de ce verset (Nombres, XV, 24) : si « des yeux » de la communautS, 
etc. ; comme au premier verset (malgr6 Texpression assembUe) le sacrifice 
incombe au tribunal, de m§me le public d6signe au second verset vise le tri- 
unal. R. Juda fonde son avis en tirant parti de l'analogie des mots « yeux » 
dans les mfimes versets, pour conclure k Tinverse, qu'a l'instar de Pobliga- 
tion (nee du crime d'idolatrie) pour le public d'offrir le sacrifice, e'est aussi 
le public qui l'offre en d'autres cas de delit public. Enfin R. Simon fonde 
aussi son avis sur l'analogie des termes dans les mSmes versets, et comme 
d'une part la d6duction tiree de Tanalogie aboutit k Tobligation du sacrifice, 
pour le tribunal, tandis que d'autre part elle aboutit a cette meme obligation 
incombant aux fideles, il conclut que le tribunal d'un cdte, comme les fideles 
de leur cdt6, offriront tous le sacrifice dft. D'apres celui qui assigne un tel 
devoir au tribunal, il va sans dire que les membres se cotiseront pour subve- 
nir aux frais du sacrifice ; mais s'il incombe aux fideles en general, d'ou le 
tirera-t-on?C'estun point en litige; car on a enseigne 3 : Les percepteurs 
font a cet effet d'avance des collectes aupr&s des fiddles, selon Tavis de R. 
Juda ; d'apres R. Simon, on tirait ce sacrifice du prelfevement fait k la 
cellule des offrandes (dont le prepose, representant le proprietaire, pouvait 

1. Cf. B., tr. Menahoth, f. 45. 2. Ci-apres, II, 4. Le commentaire propose 
de reculer cette phrase au § suivant. 3. Tossefta au tr. Scheqalim, ch. 2. 
T. xi 17 



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258 TRAIT* HORAIOTH 

exercer rimposition des mains sur Tanimal). En outre, si Tobligation incombe 
au tribunal, celui-ci pourra par ses membres faire rimposition des mains 
sur le sacrifice ; mais si ce dernier doit Smaner des fiddles, & qui reviendra la 
charge d'imposer les mains? Ce sera, comme il a ete enseigne, k une dele- 
gation de trois hommes par tribu, assistee du chef du tribunal, que reviendra 
la charge d'imposer la main sur la t6te du taureau. 

De ce qu'il est dit (L6vit., IV, 15) : leurs mains, on d6duit que les mains de 
chacun devront Stre imposees isolement *, etde ce qu'il est dit ensuite: sur la 
t6te du taureau, on voit la un terme de specialisation, savoir que rimposition 
est exigible sur la t£te du taureau, non sur la t6te des boucsofferts pour expier 
Tidolfttrie. Tel est l'avis de R. Juda ; selon R. Simon, pour le taureau, Tim- 
position est exigible par les vieillards, mais elle ne Test pas pour les boucs 
offerts en expiation de l'idol&trie ; car, dit R. Simon, tout sacrifice public 
d'expiation dont le saug est offert (asperge) a rinterieur du temple, exige 
rimposition. Contre R. Juda (qui ne Texige pas pour les boucs offerts k la 
suite de Tidol&trie) on objecta ce verset (II Chron., XXIX, 23) : Us firent ap- 
procher du rot les boucs & expiation, ainsi que devant Vassemblie, et ils 
imposbrent leurs mains. Or, n'6taient-ce pas les boucs offerts en expiation 
de l'idol&trie ? Ce n'est la, repond R. Hiya au nom de R. Yohanan 2, qu'un 
enseignement momentane, daus un but de zele religieux, qui ne fait pas loi 
pour toujours. — R. Yohanan demanda : est-ce que pour Tun des fideles, 
mort apres le delit accompli, on offrira un sacrifice ?Certes, fut-il r£pliqu6, 
puisqu'il est^crit (Ezra, VIII, 35): Ceuxqui parmi les exiles revinrent de 
la captivitt offrircnt des holocaustes d VEternel Dieu d' Israel..., des sacrifi- 
ces tf expiation au nombre dedouze (pour expier le crime d'idol&trie perp£- 
petre sous Sed£cias, bien qu'un grand nombre des delinquants fussent morts 
) depuis). Pourquoi, a la fin de ce verset, est-il encore question d'holocauste, 
tandis qu'auparavant on parle de sacrifices expiatoires ?C'est precis6ment en 
vue deTanalogieaetablir entre eux: comme l'holocauste n'est pas consomm6, 
ces sacrifices sp^ciaux n'ont pas ete non plus manges (mais briiles), car, dit 
R. Juda, ils ont ete offerts pour expier l'idolatrie. Toutefois, disent R. His- 
kia, R. Jer6mie, et R. Hiya au nom de R. Yohanan : ce n'est la qu'une regie 
momentanee 3. 

Rappelant l'avis prSalable que pour le taureau rimposition est exigible par 
les vieillards, mais elle ne Test pas par eux pour les boucs offerts en expiation 
de Tidol&trie, R. Jteremie se demande par qui alors se fait rimposition? R. 
Jgremie crut supposer qu'en ce cas R. Simon Tassigne aux descendants 
d'Aron (aux Cohanim). Non, lui dit R. Yoss6, car R. Hiya a enseigne: dece 
qu'il est dit(L6vit., IV, 15) ils imposeront la main, au pluriel, non au sin- 
gulier, on y voit une extension de ce devoir applicable a Toffre des boucs pour 

1. V. Siffra, section Wayyiqra, ch. 4; Cf. Tossefta au tr. Menahoth, ch. 10. 
2. Cf . J., tr. Nidda, I, 5 (f. 49b fin). 3. En fait, le crime commis avait eu lieu 
sciemment, et il 6chappait au devoir du sacrifice. < 



I 



A 



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CHAPITRE II 259 

l'idol&trie ; or, il ne pourrait s'sgir d'exclure les vieillards, nommgs formelle- 
ment dans ce texte. Aussi, R. Yosse procede par interpretation &Ia deduction 
inverse: de ce qu'il est dit (ibid., XVI, 21) le vivant, on conclut que celui-ci 
devra dire impose par un cohen, non le bouc d'idol&trie (lequel du moins sera 
impost par les vieillards). Quel compte R. JSremie tient-il de ce verset? Selon 
lui, ce verset indique que seul le bouc vivant (du grand pardon) devra etre 
impost par Aron, ou le grand-pr6tre, mais le bouc d'idol&trie devra l'etre 
par un simple cohen (non par les vieillards). — R. Zeira dit au nom de R. 
Hamnona d'adopter l'avis de R. Meir (ou l'opinion anonyme) dans cet ensei- 
gnement 1 : Si d'apres l'enseignement faux du tribunal l'assemblee a mal agi, 
on aurait pu croire que celle-ci est tenue d'offrir le sacriDce; c'est pourquoi 
il est dit (ibid., IV, 13)... la communaute } et ilsont agi; l'enseignement devra 
Smaner du tribunal, et Taction se fera par la communaute. Pourquoi, s'ecria 
R. Meir, le tribunal ayant agi d'apres sa propre inspiration, n'obtiendrait-il 
pas le pardon par un taureau ? Si ce sacrifice sert k expier la faute qu'ils ont 
suscitge par leur doctrine, k plus forte raison ils devraient aboutir au meme 
point pour d'autres? Ce mode d 'expiation suffit pour d'autres, fut-il repondu, 
parce qu'ils se referent au tribunal qui a suscitele delit, tandis que le tribunal 
ne peut pas reporter sur autrui la cause de la faute accomplie, que les juges 
ont enseignSe. Si le tribunal sait s'etre trompe dans son enseigoement, mais 
il ne sait plus ce qu'il a enseignS, dit R. Zeira au nom de R. Hisda, ou si le 
tribunal doute mSme s'il s'est trompe, on aurait pu croire qu'il doit un sacri- 
fice ; c'est pourquoi il est dit (ibid., 14) : sile pichd est notoire; il faut que la 
faute soit certaine. Pourquoi ne pas decider qu'en tous cas il y a culpability, 
quelle que soit la faute, qui en tous cas existe? C'est conforme a l'avis de R. 
Josue qui exige la connaissance du peche pour le sacriGce k offrir ; ainsi, le 
tribunal ne sait plus ce qu'il a enseigne, si c'6tait un sujet d'idol&trie, ou 
d'aulre precepte ; si c'est de Tidoldtrie, le sacrifice exigible est un taureau ; 
pour d'autres preceptes, c'est un bouc. En presence de ces doutes et du 
changement de sacrifice qui en resulte, le tribunal est absous. 



CHAPITRE II 

4. Lorsqu'un pontife oint a professd un enseignement inexact pour 
soi-mfime, si c'est par inadvertance et qu'il ait accompli le fait par m&- 
garde, il offrira un taureau en expiation. S'il a pris la decision par me- 
garde et Ta ex£cut6e volontairement, ou s'il l'a prise sciemment et Ta 
executee par megarde, il sera absous ; car la decision d'un pontile oint a 
son 6gard equivaut k Tenseignement professe par le tribunal pour le 
public. 

1. CI. ci-apr£s, II, 3. 



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280 TRA1T6 HORA10TH 

Comme la Bible parle d'abord d'une personne quelconque (ibid., 3), puis 
sp6ciBe le pichi commis par le pritre oint (ibid.), il en resulte que ce der- 
Dier sera considers a l'Sgal d'un particulier, en ce sens que si un homme prive • 
mange de l'interdit en vertu de l'enseignement professe par le tribunal, il est 
dispense du sacrifice 4 ; de mSme le pretre oint sera absous dans un cas ana- 
logue. Mais si ce prfitre est compart 4 un homme priv6, on devrait dire qu'4 
l'instar de ce dernier, soumis a l'obligation du sacrifice, s'il a mang6 de l'in- 
terdit sans Vinspiration du tribunal (de son propre mouvement), le pr&tre oint 
qui a mange de l'interdit par son propre enseignement erron£ devrait £tre 
tenu d'offrir le sacrifice expiatoire ? C'est pourquoi il est dit (ibid.) : selon le 
pichi dupeuple, 6tablissant un paraltele entre sa faute et celle du peuple, et 
comme ce dernier est seulement passible du sacrifice du taureau, s'il a mal 
agi d'aprts l'enseignement errone du tribunal (avec dispense de ce sacrifice 
en cas d'action erronee par sa propre cause), de m6me le prttre oint sera 
seulement condamnable si, apr£s avoir mal enseigne par ignorance, il con- 
somme de l'interdit par suite de son erreur professee a tous. Selon un ensei- 
gnement, le peuple dont il est question ici vise le tribunal, et voici en quoi 
consiste la comparaisou : comme ce dernier, le pr&tre oint n'est pas coupable 
4 moins d'avoir profess^. Mais (poussant plus loin l'analogie) ne peut-on pas 
dire : comme apr&s l'enseignement faux du tribunal, si d'autres l'ont suivi, le 
tribunal est astreint 4 offrir un taureau ; de mSme, si le prStre oint a mal 
enseign6 une rtgleque d'autres ont adoptee et mise en pratique, le prStre 
oint doit-il aussi un sacrifice pour expier le p6ch6 dont il est cause ? C'est 
pourquoi il est dit (ibid., 2) : qu'il a commis, c*est-a-dire il offrirale sacrifice 
expiatoire pour le p£che qu'il a commis lui, non pour le plche des aulres. Se- 
lon un autre enseignement, le mot peuple en question ici vise l'assembtee 
des fiddles, et par cornparaison, 4 l'instar de celle-ci, le pr£tre oint n'est pas 
astreint au sacrifice 4 moins d'avoir profess^. Mais (par suite de cette ana- 
logic) ne peut-on pas raisonner ainsi : comme au cas ou l'assemblge induite 
en erreur par d'aulres (par le tribunal) sera soumise au sacrifice en cas de 
delit, de mfime le pr£tre oint, qui renseigne a faux par autrui commet par 
erreur le d$lit, sera passible du sacrifice ? Non, car il est dit : qu'il a com- 
mis, c'est-4-dire il offrira le sacrifice expiatoire pour le peche qu'il a commis 
par son propre enseignement, non par la faute d'autrui. Toutefois, dit R. Ja- 
cob au nom de R. fileazar, il faut que ce prStreoint sache discourir sur les 
questions de doctrine; sans quoi, il n'y a pas lieu de supposer qu'un igno- 
rant professe des enseignements legaux. — Si un pretre oint a mang6 de 
l'interdit en vertu d'un enseignement erronS du tribunal, il est dispense du 
sacrifice ; si c'est par suite de l'enseignement d'un autre oint, il est coupa- 
ble. Au premier cas, il est absous, parce que l'enseignement des autres n'a 
pas d'effet sur lui , mais au second cas il est coupable, 6tant admis qu'il par- 
tage l'avis de son coll6gue. 
4. CI. ci-dessus, 1, 1. 



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CHAPITRE II 261 

2. S'il a pris une decision pour lui seul et l'a seul exScutde, il n'offrira 
aussi de sacrifice que pour lui seul. S'il a profess^ un avis pour le pu- 
blic et agi avec les autres, il recevra le pardon en meme temps que la 
communaute (par le sacrifice commun) ; comme le tribunal n'est cou- 
pable que s'il enseigne d'annuler une partie de prescription religieuse 
et de maintenir le reste, il en est de mfime du pontife oint. Pour HdolA- 
trie aussi, ilya seulement culpability loreque l'enseignement dit d'annu- 
lerune partie et de conserver le reste. 

Si le tribunal a Snonce un enseignement erron6 (permettant par exemple 
une certaine graisse, mais defendant telle autre), et apres lui le pretre oint a 
profess^ le meme avis d'autorisation partielle et de defense partielle, seule- 
ment en intervertissant la partie permise par le tribunal avec celle defendue 
par lui, prStre oint, il est evident que cela Squivaut (par la permission accor- 
dee tour a tour a chaque partie de graisse interdite) k l'abolition de la defense 
entiere de manger la graisse (un tel enseignement est nul). Mais si le pretre 
oint a le premier professe une erreur partielle, puis le tribunal a enseign6 
comme lui une autorisation partielle, saufqu'il a interverti les parties per- 
mises etcelles qui sont defendues, dira-t on aussi qu'il en r6sulte une aboli- 
tion complete du principe, ou bien dira-t-on : puisqu'il a le premier profess6 
la regie, que son enseignement a ele repouss6 par celui du tribunal, le der- 
nier pr^vaut, et il n'y a pas d'abolition totale ? (Question non resolue). — 
Au cas 0C1 le tribunal a enseigne d'une fagon, et le prfitre oint a professe en- 
suite le meme avis, il est certain que pour une transgression, comme par 
exemple une consommation interdite, accomplie en vertu d'un avis du tribu- 
nal, il est absous; mais pour la meme infraction survenue apres que le tribu- 
nal eCit renonce k son premier avis, est-il passible du sacrifice ? (Le considere- 
t-on comme ayant pris lui-meme une decision qu'il a executee avec respon- 
sabilit6 du fait, ou est-il suppose avoir suivi la premiere autorisation du tribu- 
nal ?) Certes, dit R. Yosse, il suffit de se referer k notre MischnA, disant : 
a S'il a pris une decision de lui seul, il n'offrira aussi de sacrifice que par lui 
seul, parce qu'aprds s'6tre decide seul, il a agi de meme ; si done il y avait 
eu une decision anterieure du tribunal, celui-ci en serait responsable. Toute- 
fois, on peut conclure a Tinverse par la seconde proposition : « S'il a pro- 
fesse un avis pour le public et agi avec les autres, il sera pardonn6 avec la 
communaute (par le sacrifice commun) ; il en est ainsi en raison de la com- 
munaute d' action, tandis qu'en cas de renonciation par le tribunal, l'ensei- 
gnement 6manerait du pretre oint lui-m&me qui serait soumis de son cdt6 au 
sacrifice. 



3. Comme il y a seulement culpabilite en cas d'ignorance du fait et 
d'accomplissement par megarde, il en est de meme du pontife oint. 
Ainsi pour l'idol&trie. 



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262 TRAIT* H0RA10TH 

4. Comme le tribunal n'est coupable que s'il enseigne une rtgleerro- 
nee dont Texecution volontaire entraine la peine du retranchement, et 
l'accomplissement par megarde sera passible d'un sacrifice d'expiation , 
il en sera de meme du pontife oint. Ainsi pour Tidol&lrie : II n'y aura 
culpability que si Tenseignement erron6 vise un detail dont Tex6cution 
volontaire entraine la peine du retranchemen ,, et Taccomplissement par 
m6garde est. passible d'un sacrifice d'expiation *. 

R. Zeira dit au nom de R. Je>emie : est-ce que cette Mischnfc, emane de 
R. Meir 2 , ou de l'interlocuteur de R. Meir (de R. Simon), imposant des 
sacrifices distincts au tribunal et a I'assemblee ? Elle est bien de R. Meir, 
rSpond R. Yosse, qui est d'avis que Obligation incombe au tribunal seul. 
R. Mena dit aussi que c'est conforme a R. Meir. Or, on a enseigne ailleurs 3 : 
si d'apres l'enseignement errone du tribunal I'assemblee a agi, puis un mem- 
bre du tribunal est mort, sescollegues sont dispenses de roffrande ; si un 
raembre de Tassemblee meurt, I'obligation persiste. Contre R. Simon qui 
est d'avis dans ce cas d'im poser un sacrifice tant au tribunal qua Passem- 
blee, R. Meir r6plique ainsi : si le sacrifice offert par le tribunal a pour 
but d'expier le delit commis par d'autres (par Tassemblee), il doit a 
plus forte raison suffire a expier Terreur commise par le meme (par le 
tribunal). Non, fut-il observe* : le sacrifice sert de pardon a d'autres, qui 
peuvent attribuer leur faute au vrai promoteur (au tribunal fautif), tandis que 
celui-ci ne peut attribuer a nul autre l'erreur commise (etil doit l'expier par 
un sacrifice a part). R. Je'remie demanda deyant R. Zeira : est-ce que la 
Mischna est del'avis de Rabbi, qui dit qu'en fait d'idolatrie l'acte accompli par 
megarde par le prelreoint suffit a entrainer Tobligation du sacrifice ? Car se- 
lonles autres docteurs,ilfaut aussi Tignorance du fait pourqu'un tel prfitre 
soit condamnable en fait d'idolatrie ? Non, repondit R. Houna, c'est d'apres 
1' avis des autres docteurs que s'exprime la Mischna : ilne faut pas croire 
qu'il y a divergence d'avis a 1'egard du pr&re oint pour Tidolatrie, ou Rabbi 
prescrit le sacrifice pour Facte seul accompli par megarde, tandis que les autres 
docteurs exigent aussi pour la culpabilite l'ignorance du fait defendu. A la 
question faite par R. Jeremie, R. Houna repondit de la meme facon interro- 
gative : est-ce parce qu'ala fin le texte mischnique ne repete pas les mots : 
« ainsi pour le prStre oint » ? A cette objection on peut repondre que dans la 
Mischna pr6c.edente ( § 2), on ne r6pete pas non plus a la fin «le pretre oint», 
et pourtant tous s'accordent a dire que ce dernier est compris dans la regie; 
de m§me ici, sans le repeter en toutes lettres, la Mischna le comprend dans 
Tobservation relative a l'idolatrie *. 

1. La Guemara sur ce § 4 est deja traduite au tr. Yebamoth, IV, 15 (t. VII, 
p#74). 2. En ce sens que I'obligation incombe au tribunal, comme il est dit ci- 
dessus. 3. V. ci-dessus, I, 8, fin. 4. II faut, selon les autres sages, les 2 
etats reunis, Tignorance du fait et raccomplissement par megarde. 



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CHAPITRE II 263 

5. (4) Le dit tribunal n'est pas coupable pour avoir enseigne eironS- 
ment une inexactitude, soit k 1'egard d'un precepte affirmatif, soit k 
regard d'une defense relative au Temple. 11 ne sera pas assujetti k Toffre 
du sacrifice douteux de pech6, ni pour un precepte affirmatif, ni pour 
une defense concernant le Temple; mais il sera coupable si son ensei- 
gnement inexact concerne un precepte ou une defense au sujet des mens- 
trues, et il est passible d'un sacrifice douteux de p<5ch6 pour un pr6- 
cepie affirmatif, ou pour une defense k ce sujet. Le precepte affirmatif 
k ce sujet consiste p. ex. k se tenir eloigne d'une femme menstruSe, et 
comme defense negative il y a p. ex. la loi disant de ne pas s'approcher 
d'une telle femme. 

6. II n'est pas coupable si son enseignement inexact se rS&re 4 une 
audition de voix * , ou k une Snonciation de paroles, ou k une impuret6 
concernant le Temple et ses saintetes. II en est de meme du Naci (exi- 
larque) qui aurait commis une erreur analogue. Tel est l'avis de R. Yoss6 
le Galileen. R. Akiba dit : le Naci est coupable dans tous les cas, sauf 
s'il s'agit d'une audition, car le roi n est pas juge * et n'est pas jug6 ; il 
ne peut pas etre temoin, et nul ne temoignera k son sujet. 

— 3 . N'est-on pas coupable pour la transgression de n'importe quelpr6cepte 
biblique? (d'oCi vient done la distinction etablie dans la Mischn&?) Certes, 
r6pond R. Mathnia, seulement la Mischna. ne rapporte que des sujets compa- 
rables entre eux. Ainsi, si quelqu'uu entre au Temple a l'etat impur, il est 
coupable; s'il entre a l'etat pur et devient impur sur place, au cas ou il a pris 
le chemin le plus long, il est coupable ; s'il a pris le plus court, il est absous. 
De mSme, celui qui a des relations avec une femme impure est coupable; si 
en ayant des relations sexuelles avec une femme pure, elle lui declare etre 
tout a coup devenue impure, et qu'il se retire par la voie la plus longue, il est 
coupable; s'ilse retire par la voie la pluscourte, il est absous. En quoi consiste 
a ce moment le moyen le plus bref ? A se laisser refroidir (se calmer avant de 
se retirer). Quelle est la formule de precepte afGrmatif au sujet de la loi des 
menstrues? Elle est exprimee, dit R. Abin, dans ce verset (Levit., XV, 31) : 
VoVfS detournerez * les fils (T Israel de leurs impuretes. R. Jonathan fit 
demander k R. Simon b. R. Yosse b. Leqonia ; d'ou sait-on qu'il y a une 
defense interdisant la relation avec une femme devenue impure ? A cette 
question, l'interpell^ voulut lui jeter des pierres, f&ch6 de recevoir une 
question que presque un enfant suivant lescours al'ecole resout chaquejour. 
Que me demandes-tu la, lorsqu'il est 6crit (ibid., XVIII, 19) : Tu rtapprocheras 

1. V. Siffra, section Wayyiqra, ch. i et 4; Cf. ci-apres, III, 3. 2. V. San- 
h6drin, II, 3. 3. En t6te du § 5 est un passage deja traduit ci-dessus, au tr. 
Scheboudth, II, 4 (5). 4. Litteralement : Vous les aviserez (en cas d'impureU 
imprevue, il ne iaut pas se retirer subitement, mais se calmer d'abord). 



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264 TRAITfe HORAIOTH 

pas d'une femme d Vital impur de ses menstrues pour dScouvrir sa nuditi ? 
Ce n'est pas, repondit R. Jonathan, ce que je demande, et il va sans dire que 
celui qui a des relations avec une femme impure est coupable ; mais il s'agit 
desavoir si, enayant des relations avec une femme pure, celle-ci declare 6tre 
devenue tout a coup impure, eUqu'aussitdt l'homme se retire subitement, s'il est 
coupable de n avoir pas attendu un etat plus calme. Sur ce point, repondit 
R. Simon, il nous faut sortir toi et moi, afin d'aller apprendre au dehors la 
solution de ce point 4 . Us sorlirent et entendirent une voix s'exprimer selon 
l'enseignement enonce par Hiskia, disant: par le verset (ibid., XV, 24) si un 
homme cohabite avec elle, etc., on sait que celui qui cohabite avec une femme 
impure est coupable; mais si en ayant des relations avec une femme pure 
celle-ci declare Stre devenue tout k coup impure, et qu'aussitdt Thomme se 
retire, est-il coupable de n'avoir pas attendu? Oui, parce qu'il est dit (ibid.): 
son impurete se communique & lui, et malgre la separation « sur lui sera 
l*impuret6 ». Que faire ? R. Oschia ou R. Juda dit au nom de Samuel: se 
refroidir. Si Ton n'y parvient pas aisement, dit R. Yosse, il faut appliquer la 
defense « d'approcher » et « de se s6parer » (brusquement). (Test ainsi qu'op- 
procher et se retirer sontparfois synonymes, dit R. Houna au nom de R. Aba, 
ainsi qu'il est dit (Isaie, LXV, 5) : Qui disent : retire-toi, ne m'approche pas, 
car je suis plus saint que toi. On s'imaginera, dit R. Zeira, voir un fer 
s'enfoncer dans la chair, ainsi que dans tout le corps (qui se calmera). Selon 
R. Tanhouma au nom de R. Houna, on enfoncera les ongles des doigts dans 
le mur, pour se calmer par la diversion. II est dit (Gendse, XLIX, 24) : Son 
arc est dans sa force ; c'est-i-dire, selon R. Samuel b. Nahman, son arc 
(membrum ejus) s'est etendu, puis s'est retire 2 . R. Aboun dit : le bras, comme 
pour se diss6miner, a fait sortir les ongles des doigts, selon ces mots 
(ibid.) : Ses bras et ses mains ont ite ren forces. R. Houna dit au nom de R. 
Mathna : cet ancStre se proposait un acte de violence ; mais en apercevant 
Timage (etxovtov) de notre patriarche, il se calma aussitdt, par la main du 
puissant de Jacob (ibid.). Selon R. Abin, il vit aussi Timage de Rachel, k la- 
quelle il est fait allusion ainsi (ibid.): quiVa aussi fait le pasteuret la pierre 
d'Isra$l. 

R. Yohanan dit quel est le motif de dispense par R. Yoss6 le Galileen 
(§ 6) pour le Naci et le prStre oint; c'est le verset (Levit., XIV, 21) s'il est 
pauvre et rCa pas la facultesuffisante, etc., il n'offrira qu'une faible offrande 
a presenter ; or, ceci s'applique au lepreux susceptible de devenir pauvre, 
non au prStre oint qui n'est jamais menace de pauvrete. Resch Lakisch cite 
ce verset (ibid., V, 5) : Si par mrgarde il commet lune de ces fautes ; celui 
qui est apte a devenir coupable de loutes ces fautes encourt aussi la res- 
ponsabilitg d'une partie, non celui qui ne saurait les encourir toutes (comme 
le pretre oint, inapte k 6tre declare pauvre). S'il en est ainsi, demanda R. 

1. CI. ci-dessus, tr. Aboda Zara, V, § 15 fin. 2. V. Rabba sur Gen&se, ch. 
87 et 96. 



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CHAP1TRE II 26* 

Isaac, ni le Naci ni le prfitre oint ne devraient jamais pouvoir fttre d6clar6s 
impurs par la plaie, en raison de ce que, par suite de leur rang, il ne leur 
arrive pas de se contaminer, pas plus que d'etre frappes de pauvretg. De 
mSme R. Oschia (r6pliquant k la deduction du preopinaat, qu'il faut 6tre 
apte k 6tre passible pour tous les d61its en question, avant d'etre condamne 
pour Tun d'eux) objecto ceci: puisque une femme, non admise a temoigner, 
n'est pas coupable par l'audition d'une voix, elle ne devrait pas non plus etre 
punissable pour venir au Temple a Tetat impur? Or, on trouve que la femme 
est condamnable de ce fait *. — R. Yoss6 dit au nom de R. Yohanan pour- 
quoi R. Akiba absout aussi le pr&tre-oint, en vertu du verset (VI, 13) ; Voici 
le sacrifice d'Aron el de ses fils, un dixidme cTEpha, c'est-&-dire il offrira ce 
dixi&me seul, non un autre. Mais, demanda R. Zeira devant R. Yassa, ce 
prStre ne peut-il jamais donner d'offrande volontaire? Gertes, fut-il r6pondu, 
c'est ainsi : k titre obligatoire, il ne l'offre pas, mais k titre de don volon- 
taire, c'est possible. Selon le meme R. Akiba, il faut admettre que notre 
Mischnft dit (pour ju3tifier la dispense relative k l'audition) : « le roi n'est 
pas temoin etn'assigne pas autrui comme tel. » 

7. Pour tout pr6cepte religieux dont l'infraction volontaire est passi- 
ble de la peine du retranchement, la transgression par mfigarde est 
passible d'un sacrifice d'expiation. En ce cas, le particulier devra offrir 
une brebis ou une chevre; le Naci coupable offrira un bouc ; le pontife 
oint ou le tribunal, qui s'est trompS, offrira un taureau. En cas d'ido- 
14trie, le particulier, ouleNaci, ou le pontife oint offrira une ch&vre; 
mais le tribunal coupable de l'enseignement erron6 offrira un taureau 
et un bouc, savoir le taureau en holocauste et le bouc en sacrifice de 
pecb£. Lorsque dans les cas de la mSme categoric il y a doute, avec 
sacrifice du mfime genre, le Naci et le particulier qui se sont trompgs 
sont tenus de l'offrir ; mais le pontife oint et le tribunal en sont dis- 
penses. Lorsque dans les memes cas il y a lieu d' offrir le sacrifice de 
p6ch6 dd avec certitude, le particulier, le Naci et le pontife oint sont 
astreints k l'offrir, mais les membres du tribunal en sont dispenses. 
Pour un enseignement errone concernant l'audition de la voix, l'6nonc£ 
des levres, une irapuretS toucbant le Temple et ses saintetes, le tribunal 
est dispense, tandis que le particulier, le Naci et le pontife oint sont 
tenus d offrir le sacrifice, sauf que le grand prfitre n'y est pas soumis 
lorsqu'il s'agit d'impuret6 relative au Temple et k ses saintetes. Tel est 
1'avis de R. Simon. Quel sera ce dernier sacrifice ? Le sacrifice pro- 
portionnel aux moyens. Selon R. filiezer, le Naci est tenu d'offrir un 
bouc. 

i. Voir Ltvitique, XII, 4. 



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266 TRAIT* HORAIOTH 

« En cas de doute, avec sacrifice du mSme genre, le Naci est lenu de Tof- 
frir », car il est dit (ibid., IV, 17) : si une personne piche par inadvertance; 
cette tournure superflue a pour but d'englober le Naci dans Tobligation. 
Pourquoi ne pas l'6tendre aussi au prStre oint?C*est que dans ce verset il s'agit 
d'un « peche par erreur » ; il faut que la culpabilite provienne de l'acte accom- 
pli par erreur, tandis que pour le pretre oint il faut de plus Tignorance du fait 
en le professant. D'apres Rabbi, qui dit (§ 3) qu'en fait d'idol&trie le prStre 
oint est meme coupable pour le seul fait du pech6 par erreur, on justifle la 
deduction prScitee comme suit: celui a qui le peche par erreur en toutes choses 
suscite la culpability est soumis au sacrifice, iTexclusion du pretre oint non 
sujet k la culpabilite pour tout en cas dep6ch6 par erreur. Le m6me mot per- 
sonne, r6p6te ensuite (ibid., V, 15), implique l'extension du sacrifice d'expia- 
tion dil avec certitude, au Naci et au prStre oint. Pourquoi le premier verse 
invoque iraplique-t-il Textension du sacrifice au Naci seul, tandis qu'au s6cond 
verset on voit une extension s'appliquant aussi au pretre oint? C'est qu'il est 
dit (ibid., VI, 10): comme le sacrifice expiatoire et comme le sacrifice de 
d6lit: de ces termes comparatifs on deduit qu'il y a analogie entre les cas 
d'obligation, et comme le premier sacrifice doit pardonner et effacer (annuler) 
le p£che commis, de m£me le second sacrifice doit produire le meme effet en 
cas de certitude seule ; tandis que le sacrifice dil pour delit douteux suscite 
bien le pardon, mais n'annule pas la faute, reservee jusqu'apres certitude (il 
en resulte done une extension moindre, non applicable au pretre oint). 

Quant k la suite, il faut reconstituer le texte de laMischnfc ainsi: « lis sont 
tenus d'offrir le sacrifice, sauf que le grand pretre n'y est pas soumis s'il s'agit 
d'impuret6 relative au Temple eta ses saintetSs, selon Pavisde tous; le Naci de- 
vient coupable pour enseignement errong concernant I'audition de la voix, selon 
l'avisde R. Simon. » R. Yohanan justifie l'unanimite des voix k dispenser le 
grand-prfitre, de ce qu'il est dit (ibid., XXI, 12) : line devra pas sortir du 
Temple, ni profaner, etc. ; si done il lui est arrive de sortir, il ne sera pas pro- 
fani de ce que, par erreur, il est rentrS au Temple impur. R. Aschian, R. Yona, 
ouR. Abounb. Cahanaobjectent qu'il est dit (ibid., 14): uneveuvc, une femme 
repudtee ou dishonors, une courtisane, aucune de celles-ci il rCipousera . 
est-ce k dire que si, malgr6 l'interdit, il Spouse Tune d'elles, le pretre ne se pro- 
fane pas ? (done, comment annuler au verset precite l'expression qu'il ne se pro- 
fane pas ? Et alorsd'oii vient que le grand-pretre ne soit pas coupable pour im- 
puret6 relative au Temple?) C'est, repond Hiskia, parce qu'il est dit (Nombres, 
XIX, 20) : Cette dme (personne) sera relrancMe du milieu de Vassemblie ; 
ceci s'applique k l'homme dont le sacrifice gquivaut a n'importe quel membre 
de l'assemblee, non au pretre oint dont le sacrifice differe, en cas de faute, de 
celui des autres Israelites. Mais pourquoi ne pas excepter le Naci, dont le sa- 
crifice differe aussi des particuliers? C'est vrai, mais du moins le jour de Kip. 
pour il se confond avec celui des particuliers, tandis quele pretre oint a une 
offrande sp6ciale en ce jour. Mais ne peut-on objecter que ses freres, les autres 



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CHAPITRE III 267 

prttres, different aussi de Tassemblee par le sacrifice en ce jour? (Et pourtant 
°n ne les exclue pas ?) Du moins ils ressemblent a la communaut6 aux jours or- 
dinaires de Pannee. A Pobjeotion precitee, « pourquoi ne pasexcepter le Naci », 
R. Judan b. Schaiem repond : le point d'egalit6 entre le Naci et un simple 
particulier est que, pour le sacrifice de Tun et pour celui de Tautre, on repand 
le sang hors de Tenceinte reserv6e (sur I'autel exterieur). — Selon R. Yoha- 
nan, R. fiiiezer ne contredit le preopinant (disant que « le Naci est tenu d'of- 
frir un bouc ») que pour le d61it involontaire d'impurete au Temple, dont Tin- 
fraction volontaire comporte le retranchement. S'il en est ainsi, demanda R. 
Oschia, pourquoi R. fiiiezer n'est-il pas aussi d'un avis contraire, pour le cas 
d'egalite entrele Naci et un particulier tel que le sacrifice expiatoire fixei ? R. 
Yona repond que, selon Thypothese de R. Josu6, R. filiezer ne considere pas 
le Naci k Tegal d'un simple particulier pour les questions d'impuret6, parce 
que le Naci est en dehors de ces questions, 6tant tenu par sa situation comme 
toujours riche sous ce rapport 2. Puisque Ton raisonne ainsi, ditR. Mena, il 
devrait aussi y avoir une distinction formulee par R. Eli6zer au sujet de Ter- 
reur concernant Taudition de la voix, ou Tenonce des l&vres ; or, on a enseigne 
au contraire: R. fili6zer et les autres docteurs s'accordent k dire que, pour 
Terreur concernant Taudition de la voix ou Tenonc6 des levres, le Naci n'of- 
frira pasde bouc, mais une ch&vre ; il n'y a de disaccord entre eux qu'au sujet 
de Timpurete relative au Temple et a ses saintetes ; pour ce dernier point, dit 
R. Eliezer, comme le delit volontaire serait passible du retranchement, pour- 
quoi le Naci ne devrait-il pas offrir un bouc, au lieu d'une chevre qui lui est 
assignee? A quoi il fut replique : on pourrait alors demander aussi pourquoi le 
le prStre oint qui a commis une erreur d'idol&trie n'offre pas un bouc au lieu 
d'une chevre (c'est que la Loilefixe ainsi ; il en est de meme pour le Naci en 
fait d'impurete). 



CHAPITRE HI 

1. Si un pontife oint a pech6, et avant qu'il ait offert le sacrifice 
d'expiation il a ete remplac£ dans sa dignite pontificale, ou de m6me si 
un Naci ayant pech6 est remplacS dans ses fonctions avant Poffre du sa- 
crifice du, le premier devra offrir un taureau, et le second un bouc. Si 
un pontife oint qui n'est plus en fonctions, ou un Naci qui a cessS d'etre 
chef a commis un p6ch6, le premier devra offrir en sacrifice un taureau, 
et le second se reglera comme un simple particulier 3 . 

1. • Pour l'idol&trie, dit la Mischn&, le particulier, le naci, ou le pr&re oint, 
offre (6galement) une chevre » ; et au lieu d'une chfevre, ne devrait-il pas oflrir 
un bouc, cTapres son sacrifice en toute autre faute? ± Aussi, m&ne en ce 
point, on le traitera comme pour tout p6ch6, et il devra oflrir un bouc. 3. La 
Guemara sur ce § est d<y* traduiteau tr. SanMdrin, II, 4 (t. X, p. 244). 



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268 TRAITE HORAIOTH 

2. S'ils ont peche avant leur nomination, le sacrifice dft ensuite par 
eux sera celui <Tun simple particulier. SelonR. Simon, s'ilsse sont rendu 
compte du peche commis avant d'etre nommes i leurs fonctions, ils 
sont soumis au devoir du sacrifice ; si c'est aprfes, ils en sont dispenses. 
Par Naci, on entend le roi, car il est dit (L6vitique, IV, 22) : sHl acr 
complit Vun de tons les preceptes de V Internet ton Dieu ; or, le prince 
seul n'a au-dessus de lui que c l'fiternel son Dieu >. Par pontife oint, on 
entend le grand-pr&re consacre par l'huile d'onction, et non celui qui 
se distingue par la superiority du nombre des vetements (8 au lieude A). 
Entre le pontife oint et celui qui se distingue par la superiority des ve- 
tements, il n'y a d'autre difference que le sacrifice d'un taureau pour 
toute infraction aux preceptes religieux * ; entre le pontife en exercice 
et celui qui est retire du service, il n'y a de difference que dans le sa- 
crifice du taureau au jour du grand pardon; et dans l'offre du dixi£me 
quotidien d'epha (4 la charge du premier). L'un et Tautre sont astreints 
au meme service le jour du grand pardon ; ils sont tenus de n'epouser 
que des vierges, avec defense de s'unir k une veuve ; ils ne doivent pas 
se rendreimpurs pour un de leurs parents morts, nise decouvrir la teie, 
ni se dechirer les vetements (en signe de deuil), et au decfes de Tun 
d'eux, Thomicide par megarde quitte la ville de refuge etrentre chez 
lui. 

Les compagnons disent : R. Simon dispense ceux qui ont connaissance du 
peche aprds 6tre nommes, parce que les grandeurs servent & expier les pe- 
ches 2 . Selon R. Yosse, le motif est qu'il n'y avait pas egalite entre le p6ch6 
et sa connaissance dans i'etatde 1'individu (d'abord simple particulier, puis 
ayant une situation eleveej. Entre ces deux motifs divers, il y a une difference 
pratique sur le point de savoir si R. Simon conteste aussi le commence- 
ment de ce c ha pit re (§ 1) : « Si un pontife oint a peche, et avant qu'il ait 
offert le sacrifice d'expiation il a ete remplace dans sa dignite pontificale, 
ou de m6me si un Naci ayant p6che est remplace dans ses fonctions avant l'of- 
fre du sacrifice d&, le premier devra offrir un taureau, et le second un bouc » 
(d'apres le second motif seul, traitantde l'inegalite d'etat du pecheur, R. Si- 
mon conteste aussi cette regie). S'ils ont commis un peche douteux (et, apr&s 
avoir connu ce doute, ils out ete nommes a des situations superieures, puis 
ont su avoir peche avec certitude), tous les dispensent, soit d'apres celui qui 
donne pour raison que les grandeurs font expier les peches, car comme elles 
provoquent le pardon pour les peches certains, elles les provoquent aussi pour 
les eas douteux ; soit d'apres celui qui donne pour raison l'inegalite d'etat 
entre raccomplissement du peche et l'instant ou on le connalt ( et la aussi l'i- 
negalite est flagrante). De meme, il y a une distinction & etablir entre les 2 

i. V. tr. Meghilla, 1, 9 (t. VI, p. 219), 2. V. J., tr. Biccourim, III, 3. 



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CHAPITRE III 269 

motifs en cas de p6ch6 avant la nomination, sum d'un autre p£ch£ apris 
la nomination, puis cet individu fautif a 6te remplace dans sa dignity (et 
n'ayant connaissance du peche qu'apris ce remplacement) : d'apres le premier 
motif, disant que les grandeurs font expier les pechgs, cette sorte d'expiation 
ne se refere qu'au premier peche, commis avant la nomination, el pour la 
suite Tindividu sera condamnable ; d'apres le second motif, d'inegalite d'6tat 
entre le peche et sa connaissance, 1'homme fautif est coupable pour le premier 
peche accompli dans cet 6tat d'egalite, non pour les autres peches. La m£me 
distinction existe en cas de peche concernant Taudition de la voix ou remis- 
sion deslevres, ou une impurete relative au temple et a ses saintetgs : d'apres 
le premier motif, d'expiation par les grandeurs, celles-ci produisent en tous 
cas leur effet (le second motif, d'inegalite d'etat, n'est pas en cause, puisqu'en 
tous cas pour ces trois fautes le sacrifice d'holocauste proportionnel est dft). 
R. Malhnia dit : les grandeurs ne font jamais expier le p6ch6 qu'apres avoir 
connaissance de cet etat de superiorite 4 . Ainsi, lorsque quelqu'un mange de 
la graisse interdite equivalente a une demi-olive avant d'etre promu & une 
dignite, et une autre quantity d'une demi-olive aprfo dtre promu & cette 
dignite, fftt-ce dans un mfime etat d'ignorance de l'interdit, on ne joint pas les 
deux moities d'interdit, et 1'homme reste dispense du sacrifice, en raison de 
rin£galile des deux situations de 1'homme 8 ; mais si Ton doute avoir mange 
une quantity interdite d'une demi-olive avant la nomination, et autantapr£s 
la nomination, le deiinquant sera passible d'un sacrifice expiatoire du doute 
(par jonction en ce cas des deux moities d'interdit). Se peut-il que pour le prin- 
cipe certain onsoit absous 3 , et que pour le doute on soit punissable? Cer- 
tes, cela se trouve que, pour le doute, on soit plus severe que pour la certi- 
tude. Ainsi, quelqu'un mange deux fois la valeur interdite d'une olive dans un 
meme etat d'ignorance, puis sait avec certitude avoir peche pour la premiere 
quantity, le second p6che reste a- part i l'etat douteux 4 . R. Jacob Drdmia 
(du Midi) demanda alors pourquoi un sacrifice ne sufQt pas & expier les deux 
fautes? N'est-ce pas un dilemrne? Ou la seconde consommation est de la 
graisse interdite, deiit expie par le sacrifice deja offert en vertu d'un m6me etat 
d'ignorance, ou elle ne l'est pas ? Voici la raison, repond R. Yoss6:des 
que pour un peche il y a lieu d'ofTrir l'expiatoire du doute, ce savoir du doute 
determine le sacrifice & offrir specialement (sans tenir comptede l'etat primi- 
tif d'ignorance pour le premier peche). II existe en effet ce fait que pour le 
principe certain de peche, on est plut6t exempte (par l'offre d'un seul sacrifi- 
ce), tandis qu'en cas de doute on sera passible d'un second sacrifice ; done ici 
aussi (au cas pr6cite des deux moities d'interdit, mangees avant et apr&s la 
nomination), la certitude suscite la dispense, maisle doute suscile la culpabi- 

1. L'effet est nul en cas de doute si le peche a eu lieu avant la promotion a la 
dignite, ou apr&s cela. 2. Dans chaque etat, cet homme serait soumis & une 
oflre difierente. 3. Par disjonction des 2 moities. 4. Le sacrifice dfl plus 
tard de ce chef n'est pas expie par le 1" sacrifice. 



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270 TRAITfi HORAIOTH 

lite. Si quelqu'un a mang6 la valear interdite d'une olive avant d'etre promu 
a une dignite, et autant apres, en uq m6me etat d'ignorance, il est passible 
d'une seule offrande. S'il y a doule d'avoir mange cette quantite avant la no- 
mination et autant apres, en un m&me etat d'ignorance, on ne doit qu'un sa- 
crifice ; si c'est en deux etats d'ignorance, on doit deux sacrifices. S'il a mang£ 
la quantite de3 olives, en supposant n'avoir mange que 2 olives, puisil se sou- 
vient d'avoir mange' d' a vantage ayant deja designe un sacrifice, e'est un point 
en litige : R. Yohanan dit que ce sacrifice expiant la faute partielle sert 
aussi k expierle tout ; Resch Lakisch n'est pasde cet avis, et exige un sacri- 
fice A part pour le reste — *. 

Tous reconnaissent (R. Yohanan et Resch Lakisch) que si le sacrifice desi- 
gne pour la premiere consommation interdite, existe encore au moment ou 
Ton se rappelie les delits suivants d'avoir mange de I'interdit, il faut repousser 
cette victime, qui ne suffit plus a expier le tout, et Ton en choisira une autre. 
Que fera-t-on de la victime repouss6e? Elle reste comme suspendue pour Fex- 
piation, dit R. Yosse (lorsque apres avoir erre il lui sera venu un defaut, on 
la vendra pour acheter avec le montant une autre victime k sacrifier). R. Zeira 
dit au contraire : tout animal qui n'apparaft plus ni en nature, ni en equiva- 
lent (ne pouvant pas 6tre 6gorge pour 6tre mange), devra de suite perir. — Si 
quelqu'un a mange de I'interdit 5 fois le montant d'une olive, apres avoir §t6 
promu k une dignite, il a eu des doutes sur ses delits, et il en a acquis la 
certitude apres avoir et6 remplace dans cette dignite, selon l'avis de Resch 
Lakisch, il sera dispense du sacrifice (en raison de l'inegalite d'etat entre le 
doute et la certitude) ; selon R. Yohanan (qui ne tient pas compte de lacon- 
naissance douteuse), cet homme est coupable pour la certitude des delits 
commis. Est-ce bien ainsi que Resch Lakisch, admettant comme vraie la con- 
naissance douteuse, concluta la dispense au lieu de l'obligation du sacrifice? 
II faut done rectifier ainsi cette regie : Si quelqu'un mange de I'interdit 5 fois 
le montant d'une olive, apres avoir et6 promu a une dignite, il a eu des doutes 
sur ses debits, et il en a acquis la certitude apres avoir ete remplace dans cette 
dignite; selon l'avis de Resch Lakisch, la connaissance du doute est vraie, et 
elle fixe l'obligation du sacrifice d'expiation 2 ; selon R. Yohanan, la connais- 
sance du doute ne compte pas pour la fixation du sacrifice, et le delinquant en 
est dispense 3 . 

Si quelqu'un a mang6 de I'interdit la valeur d'une demi-olive avant d'etre 
promu, ou apres avoir 6te promu, enfin une troisteme moitte apres avoir et6 
de nouveau remplace, le tout dans un m6me etat d'ignorance, quelle sera la 
regie ? Suppose-t-on une jonction entre la premiere et la derniere moitie 
d'interdit, de fagon k justifier l'obligation du sacrifice ou non?On peutr6sou- 
dre cette question a l'aide de Tenseignement suivant : Si quelqu'un a devant 

1. Suit un passage traduit au tr. Schebouoth, II, 1. 2. Par suite de l'Sgalit 6 
d'6tat du delinquant entre le moment du delit et celui ou Ton en a connaissance, 
le sacrifice est du. 3. Suit la r6p6tition de la phrase initiale de cet alin&t. 



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CHAPITRE III 271 

soit trois morceaux degraisse iaterdite de la grandeur d'une olive, il mange un 
premier morceau, ensuite le second en ayant oublie le premier, puis se sou- 
venant du premier mangg, oubliant le second, il mange le troisieme morceau, 
apres quoi il a conscience de tous les trois delits ; selon R. Yohanan, il faut 
un sacrifice special pour le premier d61it (que Ton a connu k part), et un autre 
pour le second d61it (qui englobe le troisieme), avec dispense pour le troisieme 
delit (expie avec le second). Selon R. YossS, le second dSlit pourra etre rel6- 
gue au gre du delinquant, soit avec le premier, et 6tre expi6 par le premier 
sacrifice, soit avec le troisieme, en raison de sa connexite d'oubli, soit avec 
Tun, soit avec l'autre (mais pour le troisieme, il faut en tous cas un sacrifice k 
part, n'ayant rien de commun avec le premier). Les compagnons d'etude com- 
parent cette succession d'oublis au cas de celui qui a mange tour k tour 4 
morceaux interdits de la grandeur d'une demi-olive (il a mang6 par exemple 
la premiere moitie dans le mdme etat d'oubli que la deuxieme moitie, mais il 
sesouvient du premier delit, non du second, puis, dans le meme etat d'oubli 
du second, il mange la 3 e moitie, en fin au moment de se rappeler le 2«, ou- 
bliant le 3°, il mange la 4° moitie; apres quoi, il se souvient de tous les d6- 
lits) ; si le delinquant est un homme habile, il n'offre qu'un sacrifice; si non, 
il en offre deux. Voici comment: s'il offre d'abord un sacrifice i pour le 
premier d&itdti. (ou les premiere et deuxieme moities), il offrira un second 
sacrifice pour les suivants (pour le 3 e et 4 e ) ; s'il est plus habile, il offre un 
sacrifice pour les d6lils intermediates (2 e et 3 e , qui survenus dans un seul 
6tat d'oubli peuvent 6tre joints pour le sacrifice expiatoirc), et il sera dis- 
pense" d'offre pour le premier et le quatrieme delit (de moiti£). 

R. Yosse compare cette meme succession d'oublis k celui qui a mange des 
morceaux interdits Equivalents chacun a une olive entiere (avec les memes in- 
termittences d'oubli et de rappel que plus haut) ; si le delinquant est un 
homme habile, il n'offre que deux sacrifices; sinon, il en offre trois. Voici com- 
ment (k l'inverse de l'expose precedent) : il offre d'abord le sacrifice pour le 
l ,r et le 2 e d61it (qui sont connexes par le m6me oubli), puis un second pour 
les 3 e et 4 e delits, conjointement ; mais s'il offre d'abord le sacrifice pour les 
5 delits interm6diaires (2 e et 3 e ), il faudra de plus un sacrifice special pour le 
premier delit et un autre pourle 4 e (soit en total 3 sacrifices). R. Isaac de- 
manda : puisque dans les intervalles qui separent ces consommations inter- 
dites on adopte pour mesure le temps de manger un demi-pain, admet-on la 
r£p6tition de cette mfime mesure comme se confondant en une ? R. Yosse" r£- 
pond : si c'est la tout ce que R. Isaac a demande, ce n'est pas serieux ; il n'est 
pas dit que la jonction d6pende du temps de manger plusieurs demi-rpains 
(mais du temps qu'il faut pour un seul). Ainsi, certes, ce n'est rien si quel- 
qu'un mange une quantity interdite de la valeur d'une demi-olive, pendant le 
temps qu'il faut pour manger un demi-pain, et une m£me quantity pendant 
un espace de temps analogue; de meme, si Ton a mange plusieurs morceaux 

1. II peut disposer k son gr6 de l'ordre des expiations. 



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£72 TRA1T6 HORAIOTH 

interdits de la grandeur d'uDe olive entiere, chacun pendant I'espace de 
emps du manger d'un demi-pain, en un meme etat d'ignorance, le tout n'en- 
tratne qu'une culpabilite. Les rabbins de Cesaree disent i : au lieu de compa- 
rer notre cas a celui de la consommation des graisses interdites, on peut le 
comparer k 1'etat des travaux interdits au jour du Sabbat ; par exemple si 
Ton a cousu un fil dans une Stoffe et un autre fil dans une autre piece, il va 
sans dire que Ton est absous, car chaque travail n'est qu'une moitie d'ceuvre ; 
et de meme en cousant plusieurs ills dans plusieurs Stoffes, en un meme 6tat 
d'ignorance, on n'a commis qu'un pedte. Or, (revenant k la question de de- 
part, au sujet de la consommation de 3 moities d'interdit), bien qu'entre Tun 
et l'autre de ces interdits partiels l'obligation d'un nouvcau sacrifice soit sur- 
venue *, pourquoi ne pas supposer la jonction entre la premiere et la derntere 
moitte, dans le m&ne Stat du d&inquant ? L'analogie n'est pas fondee, rgpond 
R. Aboun; pour la question de jonction des interdits partiels, il ne survient 
au milieu qu'une obligation de sacrifice (sans variation), tandis qu'ici il y a au 
milieu un changement de sacrifice, par suite de la promotion du delin- 
quanU une dignite. 

Si quelqu'un mange de Tinterdit de la grandeur d'une olive avant d'etre 
promu k une dignity, autant aprfcs la promotion, en fin la mSme quantity aprts 
avoir 6te remplace dans cette fonction 8 , selon les compagnons d' etude disant 
que les grandeurs font expier les peches, la promotion servira a expier le 
premier delit, mais il faut un sacrifice pour le 2 e et 3 e d61it. D'aprts R. Yoss6 
au contraire, tenant compte de l'in6galite d'6tat entre l'accomplissement du 
p6dte et sa connaissance, le d61inquant est coupable pour les i premieres 
fautes (survenues et connues lorsqu'il 6tait promu) ; mais il est absous pour la 
3% qui a eu lieu lors du changement d'etat. S'il a mange une quantite d'une 
olive en doutant si c'est avant la promotion ou apres, ou bien en doutant si 
c'est avant d'avoir §te converti au judaisme ou apres, ou bien en doutant s'il 
avait deja les signes de puberte (duo pilos) ou non, il devra offrir le sacrifice 
expiatoire pour doute. S'il a mang6 une quantity d'une olive d6ja sujette au 
doute (par les raisons susdites), et de plus il ignore si, au moment de la man- 
ger 4 , la fete du Kippour (ou tout manger est interdit) 6tait d6ja survenue ou 
non : certes, la solennite du Kippour avec ses sacrifices aura expie ce peche 
douteux ; mais si ie manger a eu lieu le soir de ce jour, lorsqu'il y a doute ai 
le jour etait deja ecoule ou non, ce doute sera egalemeot expte par la solen- 
nite du Kippour, selon les compagnons d'Stude. R. Mathnia au contraire dit : 
en cas de doute, le sacrifice offert a la solennite du Kippour ne fait jamais ex- 
pier qu'un delit d6ja accompli (non celui qui surviendrait ala fin de ce jour). 
Une Mischna 5 confirme l'avis oppose des compagnons, disant que 

1. J., tr. Sabbat, 1, 1 (t. IV, p. 3). 2. Le 2 e d61it, accompli apres la pro- 
motion de Findividu a la dignite, exige un sacrifice different. 3. Voir au 
commencement de ce §. 4. La veille au soir du Kippour. 5. Tr. Krith6th, 
IV, 1 et 2. 



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CHAPITRE III 273 

le Kippour fait expier chaque doute survenant m§me en ce jour, a Si Ton 
doute avoir mange ou non de la graisse interdite, ou bien Ton ignore si un 
travail accompli Ta 6t6 un jour de semaine ou de Sabbat, on offrira le sacri- 
fice expiatoire pour doute; en fin, lorsqu'on se livre au travail vers Tissue du 
jour dusabbat, ou du jour du grand pardon, sans que Von puisse prSciser que 
la nuit soit deja arrivee, autorisant le travail, R. fileazar impose l'obligation 
d'un sacrifice expiatoire; R. Josu6 en dispense. » Or, ce dernier avis est en 
tous cas justifle : si lors du d£lit commis au crepuscule, il faisait encore jour, 
la solennite du Kippour Fa expie; s'il faisait deja nuit, il n'y a pas eud61it. 
Cependant ne reste-t-il pas la question premiere du doute d'avoir mange de 
la graisse interdite ? R. Yosse b. R. Aboun repond qu'il s'agit la d'un manger 
permis — *. 

Si quelqu'un mange 5 morceaux de la grandeur d'une olive en un m6me 
6tat d'ignorance, et apprenant le premier delit commis, il designe aussitflt 
un sacrifice en expiation, puis ayant conscience du second delit il d6signe 
aussi pour Texpier un sacrifice, et de m6me pour le 3 e , le 4 e et le 5« 
delit commis : selon R. Yohanan, aprSs avoir eu successivement connais- 
sance de tous les delits, le premier sacrifice seul suffit & les expier tous, et 
le montant des 4 autres victimes designees devra 6tre verse au Tresor sacr6 
comme don volontaire. Selon Resch Lakisch, la derniere victime seule, 
designee apres la connaissance de tous les 5 deliis, est la vraie expiation, 
et les qualre pr^cedentes seront repoussees (ajournees). R. Hisda et R. 
Hamnona sont en disaccord sur le m6me sujet; R. Hisda adopte Tavis de 
R. Yohanan, tandis que R. Hamnona adopte l'avis oppos6 de Resch Lakisch. 
Le premier dit au second : II semble que la Mischo& pr&itee confirme son 
avis et conteste le mien, en disant : « Comme pour le manger reit6re de 
graisse interdite en un seul 6tat d'ignorance, on n'est qu'une fois passible 
du sacrifice, de mSme on ne devra qu'un sacrifice de doute pour leur 
ignorance r^petee ; mais si entre ces delits divers on en a eu connaissance, 
il faut au premier cas un sacrifice expiatoire pour chaque delit, et au second 
cas un sacrifice de doute pour chaque acte ». Or, il n'y a pas 14 d'argument 
en ta faveur, car si l'expression de ce texte, « la connaissance entre les 
delits », se referait au doute, il serait d'abord question du point principal, 
ou sacrifice de doute, puis du sacrifice expiatoire dti. pour la certitude 
(et non & l'in verse). Cependant, dit R. Hinena, ce texte se r6fere k plusieurs 
cas (soit pour la connaissance certaine, soit pour celle qui est douteuse). 
II est dit (L6vit., IV, 22) : St le )>rincepiche (employant pour on le mot itta) . 
R. Yohanan b. Zaccal Texplique ainsi : Heureux * le temps oh le Naci offre 
e sacrifice expiatoire. II regrette la faute involontaire, et a plus forte raison 
je d6lit volontaire. Si le Naci ofTre le sacrifice dii, a plus forte raison alors 
le simple particulier roffrira. Par le terme Naci, on e&t pu croire qu'un chef 

1. Suit la reproduction de presque une page du texte pr&Ment, p. 270-1 
intervertie. 2. Sens habituel du mot en question. 

T. xi 18 



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274 TRAITfi HORAIOTH 

de famille comme Nahschon doit aussi oEfrir un bouc, le cas echtSant; c'est 
pourquoi il est dit (ibid.) : s'il accomplit Vun des preceptes de Vfiternel 
son Dieuy et ailleurs ii est dit (Deuteron., XVIII, 19) : pour qu'il apprenne 
& craindre VEternel ton Dieu; de Tanalogie de cette derniere expression 
dans les deux versets, on deduitqu'a l'inslar de la suprematie il s'agit ici 
d'un Naci supSrieur (chef de tribu, nun chef de famille). II est dit aussi 
(EcclSs., VII 1, 14) : Ily a, WN, desjustes, ce qui sigoifie : Heureux les jus- 
tes qui ont en ce bas-mondele sort des impies; malheur a ces derniers qui 
ont ici-bas le sort des jusles ! Le roi d' Israel et le roi de Juda sont 6gaux, 
sans sup6riorit6 del'un sur I'autre, puisquMl est dit d'eux (I Rois, XXII, 10) : 
lis etaient... dans une grange, en signe de simplicite*. R. Yoss6 b. R. 
Aboun dit : on considere seulement ces rois jusqu'& Jehu ft Is de Namschi, 
selon ces mots (II Rois, X, 30, ou XV, 12) : Ilsse sont assispour toi, sur le 
trdne d'Israel. Mais a partir de la, ce sont des brigands ou arbale triers 
(ballista). R. Houna dit (au sujet de l'huile d'onction) : durant les 6 mois 
oil David fuit devant Absalon, il seconduisitenhommeprive — f . 

II est dit (Levitique, XXI, 13) : Et il epousera une femme qui soit vierge ; 
done, il (le grand-prfttre) y est tenu, non le roi ; il, non un Naci ; mais la con - 
jonction et sert k Stendre cette obligation au prStre oint pour la guerre. De 
rexpression «c en sa virginite 3 », on conclutfc Texclusion d'une fille de se- 
conde adolescence, dont les indices de virginity se perdent. Cependant R. 
fileazar et R. Simon declarent que mftme le manage d'un grand-prfttre avec 
une telle personne est valable. — 4 . 

3. Le grand-pr&tre, en cas de d£ces d'un de ses six parents les plus 
proches, dichirerases v&ements d'en bas, iTinverse d'un simple par- 
ticulier qui en cas de deuil les dSchire par le haut. Le grand-pr£tre en 
&at d'Onan (jusqu'4 Tenterrement d'un de ses proches qui est d6c6d6) 
offrira les sacrifices qui lui incombent, mais ne devra pas manger de 
saintetes ; tandis que le simple particulier ne devra en ce cas ni offrir de 
sacrifices, ni manger de saintetes 5 . 

A (7). Tout objet frSquefit passe avant celui qui Test moins 6 , comme 
une saintete superieure passe avant Finferieurc. En presence du taureau 
oflfert par le pontife oint et de celui qu'offre une communaut6 fautive, 
le premier devra fetre traite avant le second en tous ses details acces- 
soires. 

1. Gf. tr. Sanhedrin, I, 6 ; Tanhouma, section Ki-Tissa* 2. Suivent des pas- 
sages traduits, le l er tr. Schqalim, VI, 1 (t. V, p. 300), le 2« tr6s long, au tr. Me- 
ghilla, I, 10 (t. VI, p. 219-220). 3. Ce terme en h6breu a la forme du pluriel. 
V. J., tr. Yebamoth % VI, 4; VIII, 2; Siffri, section Emdr. 4. Suit un passage 
traduit au tr. Troumdth, VIII, 2 (t. Ill, p. 87). 5. La Guemara sur ce § est 
traduite au tr. Moid Qaton, III, 8 (t. VI, p. 344). Cf. tr. Sanhtdrin, 11,4. 
6. CI. tr. Scheqalim, VIII, 6; tr. Soucca, V, 6 fin; tr. Zebahim, X, 1. 



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CHAPITRE III 275 

Si un homme et une femme ont tous les deux besoin d'etre nour- 
ris, Thomme passe avant la femme ; il en est de mftme si tous les deux 
ont perdu quelque chose, et qu'il s'agit de savoir s'il faut s'occuper de la 
chose perdue de Thomme, pour la lui rend re, ou de celle de la femme. 
Si un homme et une femme ont tous les deux besoin d'etre v&tus, ou s'ils 
soot tous deux prisonniers et qu'il s'agisse de les racheter, la femme passe 
avant Thomme ; si Thomme et la femme sont tous les deux exposes k 
etre violes par Tennemi, il faut racheter Thomme 1 avant la femme. 

Puisque Tun effectue le pardon * et Tautre en beneDcie, il est bon que le 
premier precede Tautre, comme il est 6crit (ibid., XVI, 17) : // obtiendra le 
pardon en sa faveur, pour sa maison et pour toute la communauti d'ls- 
rael. Si le don offert par un prfitre oint et celui du Naci sont en concurrence, 
le premier passera d'abord; en presence du don de la communauti et de celui 
du Naci, celui du Naci aura la preeminence ; mais si en presence du don d'un 
prfitre oint se trouve celui de la communauti, lequel des deux passera le pre- 
mier ? On peut savoir la rgponse de ce qu'il est dit : si en presence du don 
d'un prfitre oint se trouvent des boucs offerts en sacrifice d'expialion pour 
crime involontaire d'idol&trie, ces derniers passeront d'abord, parce que leur 
sang est asperge sur Tautel du sanctuaire d'interieur. Or, pour cette der- 
ntere consideration seule, ils out la preeminence ; cela prouve qu'en cas de 
concurrence du don d'un pr£tre ointet de celui de la communaute, le premier 
Temporte. 

S'il y a en presence trois victimes, le taureau offert pour expier le crime 
d'idol&trie, le bouc qui Taccompagne, et un autre sacrifice expiatoire, 
quelle victime sera offerte en premier? II est juste que le taureau precede le 
bouc (selon Tordre biblique), et que le bouc precede un autre sacrifice 
expiatoire (en raison du privilege d'aspersion du sang & Tinterieur) ; d'autre 
part, tout sacrifice expiatoire doit precdder le taureau offert pour Tidol&trie 
(qui est un holocauste, passant apr&s) ; comment done faire ? R. Yoss6 
repond : comme on ne peut pas, faute d'ordre chronologique, offrir le bouc 
avant le taureau, celui-ci Tevince ; des lors, il reste en presence le taureau 
avec Tautre sacrifice expiatoire, lequel precede Tautre. Enfin, le taureau 
offert pour Tidol&trie (quoique holocauste) precede le bouc qui doit Taccompa- 
gner, selon Tordre prescrit par la Bible. R. Samuel frere de R. Berakhia 
demanda : S'il en est ainsi (que Tordre biblique importe avant tout), les 
taureaux offerts lors de la neomenie devraient aussi prec6der le bouc expia- 
toire offert en m&me temps, etant cites les premiers dans le texte, et pour- 
tant le sacrifice expiatoire precede en principe Tholocausle ? II n'y a rien & 
deduire de la, repond R. Aba Mare, car le mot expiation (usit6 pour 

1. Le crime, dit M. Rabbinowicz, commis sur un homme par la pederastie, ee t 
encore plus horrible que de violer une femme. 2. Le premier taureau, celui 
du pretre oint. V. Tosselta & ce traite, ch. 2. 



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276 TRAITfi HORAIOTH 

ridol&trie) est dSfectucux de la lettre k, et par suite ce sacrifice rTa pas la 
priorit6 sur Pholocauste. Pour la neomSnie il est dit (Nombres, XXVIII, 15) : 
Un boucpour sacrifice expiatoire en Vhonneur de VEternel, d oflrir outre 
Cholocauste perpituel et sa libation; ce rapprochement indique que 
l'expiatoire sera offert apres le quotidien, mais avant les taureaux addition- 
Dels. 

Eq presence du sacrifice offert par un homtne et de celui d'une fetntne *, 
celui de Phomme precede. Toutefois, ce n'est vrai qu'en presence de deux 
sacrifices 6gaux; mais si la femmeoffre un taureau et l'homme un chevreau, 
celui de la femme passe le premier. Ainsi, dit R. Piohas au nom de R. 
Oschia, si l'esclave offre un taureau et le mailre un bouc, Toffrande de l'es- 
clave a la priorite. De m6me, Dotre Mischnfi, dit seulement: « En presence du 
taureau offert par le pontife ointet de celui qu f offre une communaute fautive, 
le premier devra 6tre traite avant le second en tous ses details accessoires. » 
II est arrivg que R. filiezer, R. Josue et R. Akiba se rendirent dans la ban- 
lieue d'Antioche au sujet de la collecte des aumdnes* pour les savants 3 . I 
y avait 14 un certain Aba Juda qui faisait largement le bien. Un jour, il 
perdit de sa fortune, et voyant arriver les rabbins pour la collecte, il se cacha 
d'eux par honte de ne pouvoir plus donner autant que jadis. II rentra chez 
lui, le visage malade. Pourquoi cette mine, lui demanda sa femme ? Nos 
maftres sont 14, dit-il, et je ne sais que faire. Sa femme qui etait plus pieuse 
que lui, dit : il te reste un champ ; vends la moitte, et donne le montant 
aux qu&teurs. II alia, agit ainsi, se rendit vers les rabbins, et leur donna 
son aumdne. lis pri&rent pour lui et dirent : « Aba Juda, puisse la Provi- 
dence te reconstituer ce qui te manque. » Apres leur depart, il alia cultiver 
son demi-champ qui lui restait. Pendant la culture, sa vache trebucha et se 
brisa une patte. Aba s'avanga alors pour aider la b£te & remonter ; et 
Dieu lui ouvrant les yeux, il vit un tresor. Pour mon biea, dit-il, ma vache 
s'est brisee la patte. A leur retour, les rabbios demanderent de ses nouvel- 
les. Qui peut voir Aba Juda, fut-il repondu, devenu si riche en bceufs, Anes 
et chameaux ! 11 est revenu a son elat primitif de fortune. II se rendit aupres 
des rabbins et les salua, leur disant : « Yotre pri^re a produit des fruits 
multiples ». a Bien que d'autres aient donne plus que toi, lui dirent-ils, 
nous t'avons de suite inscrit en tftte du registre (t4[A3?) des donateurs. » lis 
l'engagerent alors k venir s'asseoir aupres d'eux, et on lui appliqua ce verset 
/Proverbes, XVIII, 16) : Le present d } un homme lui fait faire place et le 
conduit devant les grands. 

R. Hiya b. Aba faisait la qufite en vue de fonder la salle d'etude k Tib6- 
riade ; il y avait la un membre de Tecole de Bar- Selene, qui donna une livre 
d'or. R. Hiya le grand le prit et le pla;a pres de lui ; on lui appliqua alors le 

1. Tossefta au tr. Zebahim, ch. 10. 2. Ce mot (quoi qu'en dise M. Neubauer, 
dans sa Gtographie, p. 312) n'est pas douteux. 3. CI. Rabba sur L^vitique, 
ch. V; sur Deuttronome, ch. IV. 



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CHAPITRE III 277 

verset precit6 : « le don d'un horn me lui 61argit la place, etc. » : R. SimoA b. 
Lakisch monta aBogra, od se trouvait parmi les principaux un hommeruse ; 
cet homme n'etait pas trompeur, loin de la. Mais il avait des raffinements 
dans l'accoraplissement des bienfaits religieux, et apres avoir observ6 com- 
bien la communaut6 avail donn6 en total, il versait une somme 6gale com me 
dob. Resch Lakisch le fit asseoir aupres de lui, et on lui appliqua le m6me 
verset prScite. 

« L'homme passe avant la femme, etc. » C'est vrailorsqu'il s'agit pour Tun 
et l'autre, ou de nourriture, ou de vfitements; mais s'il s'agit de donner & 
manger & l'homme et de vfitirla femme, lequel des deux passera le premier? 
On peut r6soudre cette question k l'aide de ce qu'il est dit : Selon R. Josue 
b. L6vi au nom de R. Antigonos, s'il faut d'une part donner des vetements a 
la femme d'un compagnon d'etudes, et d'autre part de la nourriture & un 
homme du vulgaire, le v§tement de la dite femme devra prec6der la nourri- 
ture a donner k l'homme du vulgaire. Or, on a fait valoir la superiority du 
devoir d'habiller la femme, en supposant que le compagnon ait de quoi se 
nourrir ; mais s'il s'agissait de faire vivre l'un et v&ir l'autre, le devoir de 
nourrir precederait l'autre. 

Si un individu a perdu un objet et que son pere en ait perdu un aussi, ne 
pouvant pas s'occuper des deux objets k la fois, il peut s'occuper d'abord du 
sien. Si un disciple a perdu un objet et que son maitre aussi en ait perdu 
un, le disciple peut s'occuper d'abord du sien. Si son pgre a perdu un objet 
etson maftre aussi, ne pouvant pas s'occuper des deux k la fois, il doit s'occu- 
per d'abord de celui de son maitre : car son pere lui a donne des biens ter- 
restres, mais son maitre l'a reDclu digne du monde futur. Enfin si son pire 
est un homme instruit, il doit s'occuper d'abord dela perte de son p&re — *. 
Qu'importe que le pere ait une egale valeur, car le maitre a toujours la sup£- 
riorite d'avoir rendu le fils digne du monde futur ? II s'agit du cas, rSpond 
R. Yosse b. R. Aboun, oft le fils a puis6 la moitiS de son savoirchezle maitre 
et l'autre moiti6 chez son p6re, qui possede alors la superiority d'avoir donn6 
lejour&son fils. Silep&requi n'a donne quelamoiti6 del'instructioni son fils 
a perdu un objet, et la m^re r^pudiee par le pere (n'Gtant plus soumise k ce der- 
nier) a aussi perdu un objet, duquel lefilsdevra-t-il s'occuper? D'abord dup&re; 
ouest-ce seulement dft lorsque le pere lui a donn6 toute l'6ducation ? De 
m£me, si le maitre qui l'a instruit k moitie a perdu un objet, et la mire repu- 
di£e a aussi perdu un objet, duquel le fils devra-t-il s'occuper d'abord? Est- 
ce du maitre, ou faut-il pour cette prominence que le maitre ait fait son 6du- 
catioQ complete ? (questions non resolues). Lorsqu'un fils se trouveen pre- 
sence de la perte d'un objet k lui, de celle de sa m&re, de celle de son pere, 
enfin de celle de son maitre, voici quel sera l'ordre des priority : D'abord 
son bien, puis celui de son pere, puis celui de la mSre, puis celui du maitre # 
Mais laMischn&no dit-elle pas^formellement : « L'homme passe avantlafemme 
1. MischnA, tr. Bdba Mecia, II, 11 (t. X, p. 99). 



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278 TRAITfi BORAIOTH 

s'ils out besoin tous deux d'etre nourris, ou qu'on leur restitue leur perte » ? 
Ne va-t-il pas sans dire qu'il faut rendre le bien du p6re, avant celui de la 
m6re ? En effet, cela ne ferait pas doute s'il n'6tait pas question du maftre ; 
on vient done dire que, m&me en presence du maitre, la mere passe d'abord. 
Si tous quatre, le fils, le pere,la mdre, et le maitre sont captifs, Tordre de 
d&ivrance sera le suivant : lui, la mere, le maftre (qui a tout enseigne), le 
pere. Bien qu'aux termes de la Mischnfi, on sache qu'en fait de captivity la 
femme passe avant l'homme, il a fallu en parler ici k cause de la presence du 
maitre, pour lui assignor son rang en ce cas — *. 

« Si tous deux sont exposes aux violences, il faut racheter l'homme avant 
la femme » ; car pour la femme e'est un fait naturel, mais pour l'homme e'est 
contre nature. II est arrive que lorsque R. Josu6 alia k Rome 2, on lui dit 
qu'un enfant de Jerusalem, au teint ros6, aux beaux yeux, de jolie mine, 
ayant des cheveux bouctes, 6tait expose k subir un viol contre nature. 
R. Josu6 alia four s'en rendre compte, et k peine arrive a la porte od habitait 
Penfant il s'6cria (IsaTe, XLII, 24) : qui a livri Jacob en proie, et IsarBld 
ceux qui lesouillent ? PTest-cepas I'Eternel! Aussitdt Tenfant repondit en con- 
tinuant (ibid.) : Cest envers lui que nous avons ptchi, en refusant de mar- 
cher dans ses votes et d'ob&r &sa loi. R. Josu6 fondit alors en larmes etjura, 
en attestant le ciel et la terre, qu'il ne quittera pas la locality avant d'avoir 
rachet6 cet enfant ; ce qu'il fit au prix d'une grande somme, et il renvoya 
l'enfant en Palestine. A lui s'applique ce verset (Lamentations, IV, f) : Les 
chers enfants de Sion, qui dtaient estimds eomme le meilleur or, etc. 

8. Un cohen passe avant le tevite 8 , celui-ci passe avant d'autres Israe- 
lites; ceux-ci passent avant un batard. Le b&tard passe avant le nathin*, 
celui-ci passe avant T6tranger proselyte, lequel passe avant Tesclave 
affranchi. Toutes ces preferences se rapportent aux hommes qui ne se 
distinguent entre eux par aucune autre chose. Mais si le bitard est un 
savant, et si le grand prgtre est un ignorant, le savant batard passe avant 
le grand prfetre ignorant. 

Le savant passe avant le roi 5 , celui-ci avant le grand prfitre, celui-ci avant 
le proph&te, celui-ci avant le pretre oint pour la guerre, celui-ci avant le chef 
de la section de service, celui-ci avant le chef de famille 6 , celui-ci avant le 
gouverneur du Temple, celui-ci avant le tresorier, celui-ci avant le simple 
prdtre, celui-ci avant le levite, celui-ci avant le simple israelite, celui-ci avant 
le b&tard, celui-ci avant le nathin (descendant des tribus vouees au culte sous 
Josu6), celui-ci avant le proselyte, celui-ci avant 1'esclave affranchi. Cet 
ordre de priorite est vrai entre gens egaux de valeur, mais si le b&tard est 

1. Suit un passage traduit tr. Moid Qaton, III, 7 (t. VI, p. 340); Cf. tr. Baba 
Mecia', II, 13. 2. Cf. B., tr. Guittin, f. 58. 3. Cf. tr. Guittin, V, 9. 
4. Descendant des tribus soumises sous Josu6 au service du culte. V. Jos. Jacobs, 
Babylonian and oriental Record, t. II, p. 256. 5. Tossefta k ce tr., ch. 2. 6. 
Pr6pos6 au service du jour. 



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/h- tee 



P-A-Mu 



f 



CHAPITRE III 279 

instruit et le grand prfitre ignorant, le premier aura le pas sur l'autre. Le 
savant passe avant le roi, est-il dit ; car un savant mort n'a plus son equi- 
valent, tandis que pour un roi d6cede on peut choisir un isra&ite quel cod que 
apte k regner. R. Yohanan dit : pendant toute la dur6e des quarante jours que 
Moi'se passa au mont Sinai', il apprenait la Loi, puis l'oubliait, et a la fin elle 
lui fut conced6e en don. Pourquoi tout ce procede, et ne la re$ut-il pas de 
suite ? Afln d'encourager les faibles d'esprit, qui s'imagineraient devoir re- 
noncer a une etude trop pGnible pour savoir se Tapproprier de suite — *. 

« Le roi passe avant le grand-pr6tre,» car il est dit (I Rois, I, 33): Vousferez 
monter & cheval monfils Salomon, (puis) le grandpritre Sadok, etc. Le grand 
prfitre passe avant le prophete, car il est dit (ibid., 34): Ld le pritre Sadok 
Voindra, (ensuite) le prophbte donnera au roi, etc. ; ainsi le nom de Sadok / 
se trouve prec6der celui de Nathan. R. Yona dit au nom de R. Hama b. Ha- / 
nina 2 : le prophete recourbeles mains et les pieds pour elre assishumblemen^' I 
devant le grand-prStre, comme il est dit (Zakharie, HI, 8): Ecoute dqnCd \ 
Josv4 grand-pritre, toi et tes compagnons assis devant toi; et q£ n'pst'pas 4 f 
dire que ces « compagnons Staient de simples particuliers, pujjWja'iUest dit [ 
ensuite: ce sont des gens de mir acle ,ycette expression n'est applicable qu'A » 
un prophete, dont il est dit (Deuteron.f XUI, 2) : S*il te donne un signe, ou 
un miracle. — Le prophete precede le pr&re oint pour la guerre ; celui-ci 
passe avant le chef de section, celui-ci avant le chef de familie, celui-ci avant 
le gouverneur du Temple, celui-ci avant le tresorier, celui-ci avant le simple 
pr§tre, celui-ci avant le levite, celui-ci avant le simple israelite. Pourquoi une 
distinction entre le levite 8 et le simple Israelite? (Ne sont-ils pas au m6me 
rang pour le degre de purete?) II y a une distinction, r6pond R. Aboun, au 
moment oil les prfitres se rendenti l'estrade (alors, les 16vites les desservent 
et sont tenus k une grande purete). R. Aboun dit : en presence d'un proselyte 
et d'un renegat qui veut redevenir juif, ce dernier aura la priority, a cause 
du fait survenu* . On se h&tera de chercher k Spouser une proselyte, et il n'est 
pas n&essaire de deploycr autant de hate k 6pouser une esclave affranchie ; 
car il y a pr6soraption que la proselyte s'est abslenue de la prostitution, tandis 
que pourlesclave il y a presomption d f abandon. Pourquoi chacun s'empresse- 
t-il de couriraprfis une souris 5 , en vue de la tuer? C'est qu'elle a pour but 
unique de faire du mal au monde (meme sans profit pour elle). 

R. Yohanan dit: on ne peut ajouter foi a la croyance religieuse d'un 
esclave qu'a. partir de la seizieme g6n6ration desa conversion 6 . Ainsi (II Rois, 
XXV, 23) : Ismal'P filsde Mathania, filsd'Elischamah, de la raceroyale, 

1. Suit un passage traduit tr. Berakholh, II, 8 (t. I, p. 49). 2. Voir Rabba 
sur Nombres, ch. VI. 3. V. J., tr. Nazir, VII, 1 fin. 4. Selon le commen- 
tate Pni-Moschi, voici quel « fait survenu » est vise ici : devant R. Josud b. Pe- 
rahia, J6sus aurait oflert de retractor ses doctrines herStiques, si ce rabbin ne 
l'avait pas repouss6; ce refus, grave par ses cons6quences, a 6t6 regretti. 
5. V. tr Baba Mecia', III, 8. 6. Voir Raschisur IChroniques, II, 35, et supple- 
ment au Maguid, an VII, f . 20. 7. Ayant pour souche une esclave afranchie. 






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280 TRAITfi HORAIOTH 

vint et frappa GedaliadMifpa. R. Josue b. L6vi dit : si uq chef (ignorant) 
et un vieillard instruit sont en presence, ce dernier aura la priority, car deji 
les chefs sont des vieillards, comme il est dit (DeutSron., XXIX, 9) : Vous ites 
tous places aujourd'hui devant Vfiternel, vos chefs de tribus, vos anciens; 
etil est 6crit (Josue, XXIV, 1) : Josui assembla tous les vieillards d'lsrael & 
Sichem, etil appela les anciens d 'Israel, ses chefs, etc. Ainsi, Moise a fait 
passer les chefs avant les anciens, et Josu6 a fait passer les anciens avant les 
chefs ; e'est que sous Moise, tous 6tant ses disciples, le legislateur a pu placer 
les chefs avant les anciens, mais sous Josu6, tous les magistrats n'etaient pas 
ses disciples, et il a dft placer les anciens avant les chefs. D'autre part comme 
Moise n'avait pas besoin d'eux pour la conquete de la Palestine, il plaga les 
chefs avant les anciens ; mais Josue ayant besoin d'eux pour Taider a conqu&rir 
la Palestine, plagaldfe anciens avant les chefs ; ou encore, comme Moise n'a- 
vait pas k se fatiguer pour T6tude de laloi, il pla^a les chefs avant les anciens, 
mais Josue devant se donner de la peine pour celte etude plaga les anciens 
avant les chefs. 

R. Josue de Sikhnin ditau nom do R. L6v\: Moise, pr^voyant par Teffet de 
Tesprit saint qu'lsrael aura la primaut6 dans le gouvernement ayant ses chefs 
k latSte des services mit les chets avant les anciens. — On a enseigne : celui 
qui sait exposer r6gulierement la Mischnft passe avant celui qui l'approfon- 
dit, sans ordre. R. Samuel, frere de R. Berakhia demanda: suffit-il de 
savoir reciter la Mischnfi. comme R. Am6, ou aussi bien que d'autres de ses 
contemporains? Que demandes-tu-la de R. Am6, lui fut-il r6pliqu6: e'est 
pr6cis6ment Thomme qui r6unit tous les avantages de savoir par coeur et 
savoir approfondir. Ceci prouve que laconnaissance de la Mischnfi. passe avant 
celle de la Bible, et cet avis sertd confirmer ce qu'a dit R. Simon b. Yohal 1 : 
l'occupation qui consiste k etudier le texte biblique est un raerite, sans &tre 
capital. Les autres docteurs considerent T6tude de la Bible k l'^gal de celle 
de laMischniL R. Samuel b. Nahman dit : l'elude de la Mischnd. passe avant 
celle du Talmud, comme il est dil (Proverbes, XIV, 7): acquiers la sag esse, 
acquiers V intelligence ; la premiere expression se r6fere k la Mischni, et la 
seconde au Talmud (ce qui indique Tordre de priorite). Selon R. Yohanan, le 
Talmud est superieur a la Mischnd, selon ces mots (ibiJ., XVI, 16) : V acqui- 
sition de la sagesse est meilleurcque l'or } et celle de V intelligence vaut mieux 
que V argent ; c'est-a\-dire en arrivantau second savoir (au Talmud), le prece- 
dent perd sa valeur. Comment R. Yohanan, qui explique ainsi ce dernier 
verset, peut-ii justifier le premier verset invoqu6 par R. Samuel b. Nahman, 
a Tappuideson opinion? II compare les dites gradations a Teau, qui ne coiHe 
pas cher, et au vin qui co&teplus; mais comme il est impossible d'exister 
sans eau, on en parle avant le vin. Comment R. Samuel b. Nahman justifie-l- 
il, selon son avis, I'explication de R. Yohanan? Selon lui, leveret en question 
peut donner une idee de la proportion du sei et du poivre : le premier qui est 

1. V. J., tr. Berakhdth, I, 5 fin (t. I, p. 1G) ; tr. Sabbat, XVI, i (t. IV, p. 161). 



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CHAP1TRE III 281 

indispensable est pourtaat meilleur marche que le second ; voila le motif de 
Tordre de priority. 

II faut toujours s'efforcer davantage de se livrer k l'6tude de la Mischna 
qui celledu Talmud* Toutefois, e'est seulement vrai aussi longtemps que le 
maitre n*a pas fail pen6lrer dans la meraoire les testes mischniques 1 ; mais a par- 
tir du moment od ce resultat est obtenu, il faut de preference porter ses investi- 
gations sur le Talmud. R. Samuel fils de Ft. Yosse b. R. Aboun interprdte ce 
texte(ibid., XXVIII, 11) : Uhommc rlchepeut etresage, mais le pauvre qui 
est intelligent lesondera; « Thomme riche » est le talmudiste, et « le pauvre 
intelligent » est le maitre en Aggada (legendes). Or, ceci ressemble a deux 
individus qui entrent en ville, Tun muni de pieces d'or, l'autre de menue mon- 
naie; le dernier trouve plus vite a achelerdes aliments pour sonentretien que 
le premier (et Pallegoriste parTint^t qu'ilsuscite attire rattention).De mfime, 
R. Aha interprete ce verset (ibid., XVI, 11) : la balance et le tribuchet juste* 
sont de VBternel, et tons lespoids du sachet sont son oeuvre; la « balance », 
e'est la Bible; « le trebuchet » correspond a la Mischna; « juste* est le 
Talmud ; «de Ffiternel » sont les passages additioonels 2 ; « tous les poidsdu 
cachet sont son oeuvre », car tous tirent leur recompense d'un mdme sac. R. Aba 
b. Cahana s'etant rendu dans une localite, trouva R. Levi occupe k expliquer 
ces mots (Ecctesiaste, VI, 2): Lei est Uhomme auquelDipu donne la riches se, 
des biens f des honneurs, qui ne manque rien de ce que son dme desire ; 
mais Dieune le fait pas maitre den manger, car un Stranger le mangera. 
Par la « richesse » on entend la Bible (la source de toute etude) ; les « biens » 
sont les regies doctrinales; les « honneurs » sont les passages additionnels ; 
« il ne manque rien a son arae de ce qu'il peut d6sirer », savoir les grands 
textesdela Mischna, tels que ceux de R. Houna, ou de R. Oschia, ou deBar- 
Qappara; « mais Dieu nele fait pas maitre d'en manger », ceci s'appliquea 
Pallegoriste, qui n6 prend sur lui ni de defendre, ni de permettre un point 
douleux, ni de declarer impur, ni de declarer pur; a car un Stranger le 
mangera », e'est le Talmudiste (qui par son savoir approfondi arrive k fixer 
les regies pratiques). R. Aba b. Cahana se leva, embrassa R. Levi sur le 
front, et lui dit : Comme tu as eu le bonheur d'exposer la loi Slant debout 
(jeune), de meme tu auras le bonheur de l'expliquer elant assis (dans ta 
vieillesse). Si Ton veut nommer des anciens, par qui commence-t-on les 
nominations? Par le pays de Tiberiade (le Nord) ou par le Sud(la Per6e)? 
R. Simon repond par ces mots (Juges, I, 2): Juda montera d 9 abord (oncom- 
mencera par la Jud6e 3 , au Sud). Non, dit R. Mena,le verset precite n'indique 
la priority que pour partir en guerre ; mais en fait de nomination des 
anciens, on commence par ceux qui voient le visage du roi (Esther, 1,14), qui 
sont assis au premier rang dans legouvernement — *. 

1. V. Rabba sur L6vitique, ch. XXI. 2. Premier emploi de Texpression 
Tossafoth. 3. Voir aussi le supplement au Maguid y an IX, f. 24. 4. Suivent 
2 passages d6ja traduits, le 1*' tr. S6ta t IX, 16 fin (t. VII, p. 344), le & au tr. 
Sabbat, XII, 3 (t. IV, pp. 140-1). 



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TRAITS NEDDAH 



CHAPITRE I 



4. Schammai dit 1 : il suffit k toutes les femmes de se prSmunir (au 
point de vue de l'impurete) depuis Tinslant ou eiles constatent Tarriv^e 
des menstrues. Hillel dit: on compte depuis le dernier examen jusqu'i 
Tavant-dernier (oil la femme etait encore pure), y eAt-il m&ne plusieurs 
jours d'intervalle *. Les autres docteurs n'admettent ni la premifere opi- 
nion ni la seconde ; mais its sont d'avis de reduire k un jour l'intervalle 
de temps entre un examen et l'autre ; de m&ne la journ6e, si les exa- 
mens sont encore plus rapprochSs, sera reduite de sorte que Ton comp- 
tera seulement du dernier examen 8 , et non loute la duree de la journte 
(de 24 heures). Pour toute femme qui constate sa periode r6guli£re, il 
suffit de se pr6munir depuis cette constatation. Si quae coitum passa sit 
per testes 4 , cela Squivaut k un examen formel, et entraine la diminution 
de la dur6e d'un jour complet 5 , ou bien celle-ci rSduit l'intervalle qui 
s'est 6coul6 entre un examen et 1' autre. 

Qu'entend-on par les mots « il leur suffit de se pr6munir depuis l'instant 
ou elles constatent Tarrivee des menstrues »? C'est qu'elles ne contaminent 
pas r6troactivement (avant cette constatation) les objets purs. « Les autres 
docteurs n'admettent ni la premiere opinion ni la seconde » , ni celle de 
Schammai, parce qu'il ne met pas de limite a son avis, ni celle de Hillel, parce 
qu'il depasse toute limite probable (sans mesure). « lis sont d'avis que 
l'intervalle d'un jour sera reduit par l'intervalle d'un examen & l'autre (si cet 
intervalle de temps est moindre), et l'intervalle de temps entre un examen et 
l'autre sera r6duitau minimum d'un jour ». Yoici comment on entend la pre- 
miere de ces reductions de temps : Si la femme s'est examinee le V jour dela 
semaine, le lundi, puis elle voit arriver sa p6riode le 5 9 jour, jeudi, on ne 
considerera comme contamine par son contact que ce qu'elle aura touchy depuis 
un jour, ou depuis le mercredi. Voici comment on entend la seconde reduc- 
tion : Si la femme s'est examinee le matin, et vers le soir elle s'apergoit 6tre 

1. Gf. tr. Edouyoth, 1, 1. 2. Ce qu'elle a touch6 dans cet intervalle de temps 
devient impur par doute. 3 Soit par demi-journee si l'examen a lieu soir et 
matin. 4. C.-a-d. les draps, quibus mulier se abstergit ; 1° ante congressum 
cum marito, 2° poetea. 5. Voir ci-aprfcs, II, 2. 



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CHAPITRE PREMIER 283 

menstrule, la contamination retroactive ne remonte qu'au matin du mfime jour. 
On a enseigne ailleurs 4 : « Si Ton tronve un reptile crev6 dans une impasse, 
tous les objets purs sont d6clar6s impurs, en remontant jusqu'a Pinstant oft 
quelqu'un a declare avoir examin6 Timpasse alors qu'il n'y avait pas de rep- 
tile ». Or objecta R. Am6, cette Mischnd. est-elle opposSe a Schammat, qui 
n'admet pas ici d'effet retroactif d'impuret6? R. Yosse repond : si en etablis- 
sant un parallele entre la femme et Timpnsse on declare la Mischnfi, precipe 
oppos6e a Schammai, elle Test aussi k Hillel, qui reconnait que Timpasse, 
balay^e chaque jour, ou lavSe par un cours d'eau passager, sera pure jusqu'i 
ce moment. Au contraire, selon Tavis de Schammai', comme la femme est 
d'ordinaire soumise au lavage de ses organes par la miction, elle est dans le 
mftme cas que Timpasse balaySe chaque jour ou Javee par un (tours d'eau 
passager. 

On congoit la pr£somption de purete lorsque apres un examen la femme se 
irouve completement seche ; mais s'il resulte de Texamen qu'elle adu sang 
de couleur pure, elle sera interdite k sou mari, dit R. Arae au nom de Rab, 
ou R. Aba au nom de R. Juda, jusqu'a ce que la source (organum) soit com- 
pletement seche (de crainte de confusion ulterieure). Undocteur, nomm6R. 
Toubi, dit au nom de R. Abahou : en un tel cas, la femme doit rester sdparee 
de son mari au moins la duree d'un jour (par precaution). R. Jacob b. Aha 
dit : lorsque je suis descendu la-bas (k Babylone), j'ai entendu au contraire 
dire par tous les rabbins qu'en ce cas la femme reste permise a son mari de 
suite. Les disciples avaient suppose, qu'd, Tinstar de Tavis du dernier inter- 
locuteur, autorisant la femme en ce cas de s'unir au mari, Tintervalle de temps 
entre un examen et Tautre sera reduit a un jour, et de m&me celui qui est 
d'avis qu'au dit cas la femme soit interdite a son mari, on ne suppose pas le 
m£me intervalle de temps reduit a un jour. En reality, il n'en est pas ainsi, 
et mSme d'aprSs celui qui declare alors la femme interdite, Tintervalle de 
temps est reduit k un jour ; seulement, la relation de la femme avec le mari 
est interdite, par precaution, de crainte que la femme voyant du sang de 
couleur pure le confonde plus tard avec du sang defendu. S'il resulte de 
Texamen qu'il y adoute, il est evident qu'on ne comptera pas ce moment 
d'examen comme pgridde reducible a une journee 2 . Mais a cette vue mSmede 
sang douteux, suppose-t-on un effet contaminant pour la journee qui precede? 
On peut le savoir de ce qu'il est dit 8 : Pour la vuedu sang 6manant d'un 
individu aux organes bouchgs, ou d'un androgyne, it suffit de se premunir 
depuis Tinstant de cette constatation de sang (sans retroactivity). Que faut-il 
conclure de la? C'est que, dit R. Yosse, comme Tindividu aux organes 
bouches et Tandrogyne sont des cas douteux pour le sexe, ainsi que la journee 
prgcedant la constatation du sang est interdite par simple doute, les sages ne 

1. MAme traits, VII, 2. 2. En raison du doute, dans Tintervalle de temps 
entre cet examen et un examen ult&ieur prouvant Timpurete, tout contact sera 
impur. 3. Tossefta a ce tr., ch. i. 



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284 TRAITfe NIDDAH 

tiennent pas compte d'un doute fond6 sur un autre derate ; de m&me, si la 
constatation se refftre k un sang douteux, com me la journee pr6c6dant cette 
constatation n'est interdite qu'a titre douteux, les sages ne tieonent pas compte 
d'un doute fondg sur un autre doute. Houna b. Hiya dit : l'extension d'in- 
terdit k la journee qui precede la constatation du sang de menstrues ne se 
r6f6requ'aux comestibles de saintetes, non aux autresobjets de stride purete 
(p. ex. l'oblation). Mais, objecta R. Hisda, n'a-t-on pas enseigne 4 qu'un 
jour on donna k une jeune fille dans Iyteld l'ordre de s'examiner k 3 p6riodcs 
successives, pendant lesquelles elle ne constata rien ; apr&s quoi, elleconstata 
la vue du sang. Sur ce, on consulta les sages pour savoir s'il faut compter 
une pgriode retroactive d'impurete, et ils repondirent : il suffit k cette jeune 
fille de se pr6raunir depuis Finstant de la constatation (non auparavant). Or 
y a-t-il des saintetes k Iyteld ? Done, I'avis precitS de Houna se refere ides 
mets profanes traites sur le pied de puret6 des saintetes (non comme la purete 
moindre de l'oblation). 

N'a-t-on pas enseigne 2 que des aliments profanes, quoique traitds sur le 
pied de saintete, restent profanes ? En effet, I'avis precit6 de Houna doit se 
referer k desobjets servant k se purifier des eaux de lustration, dont le degre 
de purete est plus grave que celui des saintetes 3 . On a enseigne: les objets 
touches par la femme dans la journee qui a precede la constatation seront mis 
de cflt6, non brtltes. R. Zeira se rejouit de cette tradition, car on trouve un 
6nonc6 analogue, disant 4 : la vue d'une tache 5 de sang motive Timpurete re- 
troactivement, icrfpurete qui frappe les aliments, les liquides, les couches, les 
sieges; la femme est trouble dans son compte des poriodes (ignorant quel 
est le point de depart), et elle rend impur retroactivement celui qui a coha- 
bits avec elle. Celle qui constate Tapparition du sang de menstrues aura rendu 
impur ce qu'elle a touche depuis un jour; elle rend impurs les aliments, les 
liquides, les couches, les sieges ; elle n'est pas troublee dans son compte, et 
elle ne rend pas impur le mari qui cohabite avec elle; selon R. Akiba, elle 
rend retroactivement impur son mari. Dans l'un et l'autre cas (pour Timpu- 
rete retroactive k la vue d'une tache, ou pour celle de la journ6e pr6c£dant la 
constatation), les objets contaraiDes seront mis de cdte, non bruits 6 . On a en- 
seigne aiileurs (k Babylone) : dans la journee anterieure k la constatation, la 
femme contamine aussibien un objet en se couchant dessus qu'en le touchant. 
L*homme qui a eu des relations avec une telle femme, est-il considere comme 
ayant cohabite avec une femme menstru£e, ne rendant pas impur Tobjet qu'il 
remue, ni les vases d'argile? Non, on trouve enseigne qu'un tel homme rend 
le vase d'argile impur, en le remuant. 

Puisque par doute les objets touches par la femme depuis la veille de sa 
constatation sont declares contamines, quelle est la r£gle pour le contact des 

1. Ibid.; Cf. ci-aprts, § 5. 2. Tr. Toharoth, II, 8. 3. Voir Ir. Haghiga, 
II fin. 4. Tossefta, ch. 9. 5. Plus grave que le sang intone. 6. Conclu- 
sion analogue k celle de l'enseignement precite. 



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CHAPITRE PREMIER 285 

objets sur la voie publique? On le sait de ce qu'il est dit 4 : la femme enceinte 
et celle qui nourrit un enfant sont tou jours permises k leur miri respectif ; de 
mSme une femme qui k periodes fixes a ses regies, I8o?, peut, horsde 14, se 
livrer a son mari; les autres femmes non reglees restent aptes k la cohabi- 
tation de leur mari, et par leur contact elles auront rendu impure les objets 
touches la veille de la vue du sang. Done, en cas de contact certain dans la 
rue, l'impuret6 est contagieuse. R. Judan demanda : si une femme a examine 
sa chemise lematin, qu'elle trouve pure, et verslesoirelle Iarevoitet y trouve 
une tache de sang, il est Evident que la chemise devient seulement impure a 
partir du moment de la conslatalion ; mais est-ce que la femme m^me (qui n'a 
pas examine le corps) devra faire remonter son impurete a la journee prSce- 
denle? Quoil (quelle question?), puisque la femme m6me ne recommence k 
6tre impure qu*en raison de la constatation faite sur la chemise, laquelle est seu- 
lement d6clar6e impure k ce dernier moment, en remontant jusqu'4 l'examen 
precedent, la femme aussi ne sera impure qu'& ce moment et pour la periode 
retroactive d'un jour. — « Si la femme prend les draps en attestation d'exa- 
men, post congressum, cela gquivaut a un examen formel » . Voici sous quel 
rapport : la femme s'est examinee le matin ; k midi elle a eu une relation ma- 
trimoniale, un drap 6tant tSmoin, vers le soir, elle a vu Papparition du sang; 
en ce cas, il n'y a d'impuret6 retroactive qu'a partir du moment du coi't. L6vi 
dit: la Mischn4 se refere au t^moignage du drap utilise apres i'acte marital; 
mais pour le drap utilise avant cet acte, on suppose la femme troublee chez 
elle et n'ayant pas bien examine (cela ne compte pas). R. Aboun dit au nom 
de R. Zeira : la Mischna se refere au cas du drap vu avant la relation matri- 
moniale, non au drap vu apres, parce qu'alors une goutte infime de sang peut 
disparaitre dans le sperme. 

2. Sous quel rapport suffit-il k la femme de sobserver depuis l'instant 
dela constatation de son etat? Si elle 6tait p. ex. assise sur son lit 
occupSe k tenir des objets purs, et apr£s s'gtre levSc elle remarque son 
6tat de menstruSe, elle est dSsormais impure ; mais les objets qu'elle a 
tenus jusque-14 restent purs. Bien que Ton ait dit que (pour une fem- 
me non regime) on compte en arrifere un jour complet d'impuret6, la fem- 
me ne compte ce jour que depuis l'instant ou elle a vu. 

(3). R. Eliezer dit: en 4 cas, il suffit aux femmes de se prlmunir de- 
puis la constatation des menstrues : si une vierge, ou une femme en- 
ceinte, ou une nourrice, ou une femme &g£e, a constat^ Papparition des 
menstrues, elle n'est impure (pour les cboses sacr£es) qu'i partir du mo- 
ment de cette constatation. R. JosuS dit : je n'ai entendu l'avis de R. 
Eitezer que pour la vierge. Cependant, comme r&gle on adopte l'avis 
de R. Eli6zer. 

1. Tosseita, ch. 3. 



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2$6 TRAITE N1DDAH 

« R. Josu6 dit n'avoir entendu l'avis de R. Eli&er que pour la yierge ; 
cependant, comme regie on adopte l'avis de R. Eliezer ». Mais, observa ce 
dernier *, onnedit pas a quiconque n'a pas vula nouvellelunede venir attestor 
sa presence,^ celui qui l'a vue il appartient de l'attester. De meme, tu peux ne pas 
avoir entendu 1'opinion de R. Eliezer en ses details, tandis que je l'ai entendue 
Aussilonglemps que R. Eliezer v6cut, l'avis de R. Josue servit de r6gle ; mais 
a partir de la mort de R. Eliezer, R. Josue adoptal'usage de proclamer com- 
me rSgle l'avis de R. Eltezer (41a mSmoire de ce dernierj. En quel cas sup- 
pose-t-on ces divergences d'avis ? Au casou R. Eliezer a entendu un avis 
exprim6 par un seul, tandis que R. Josu6 a entendu l'avis oppos£ sur le m6me 
point par deux personnes, et certes aussibien en son vivant qu'aprgssa mort, 
l'avis de R. Josu6 doit l'emporter ; si au contraire R. Josu6 a entendu un avis 
exprime par un seul, tandis que R. Eliezer a entendu l'avis oppose formula 
par deux autres, certes aussi bien en son vivant qu'apr£s sa mort l'avis de 
R. Eliezer doit l'emporter. Aussi Ton a enseign6 : si Tun dit avoir entendu 
exprimer un avis par 2 personnes, tandis que 2 autres disent avoir entendu un 
avis d'une personne, Tindividu isole qui a entendu un avis de 2 personnes 
l'emportera sur les 2 autres qui ont entendu un avis d'une personne. II faut 
done supposer une Sgalite d'audition entre les interlocuteurs, savoir que cha- 
cun d'eux a entendu exprimer l'avis par une personne, ou chacun l'a enten- 
du de deux ; seulement il y avait divergence de raison, et celle qui n'avait 
pas et6 accueillie du vivant de l'adversaire le fut apres la mort de celui-ci. 
D'ofli vient que cette raison lui parut alors peremptoire ? II la reconnut com- 
me il est dit (dans une bral'tha) : Pour les 4 femmes dont les sages ont dit 
qu'il leur suffit de se prgmunir depuis l'instant ou elles constatent l'arrivge 
des menstrues, la vue d'une tachede sang motive une r&roactivite d'une p6- 
riode impure, sauf pour une enfant non encore en &ge d'avoir ses periodeset dont 
la tache est nulle . Tel est l'avis de R. Meir. Selon les autres sages, pour les 4 
categories de femmes susdites, la regie est la m6me ; mais pour une enfan 
qui arrive k l'&ge d'avoir ses periodes, la tache sera traitee k l'lgal de la 
constatation du sang d'impuretg : comme pourcelle-ci il suffit de se pr6mu- 
nir depuis cet instant, sans periode retroactive, il en sera de mfime pour la ta- 
che (sans remonter au dela s ). II a fallu en parler, dit R. Yanai' k cause de la 
frequence du flux sanguin chez une enfant 3 ; or, si m6me pour celle-ci il est 
admis qu'i) lui suffit de se pr6munir depuis l'instant de la constatation de 
l'impuretg, il en sera k plus forte raison de m£me pour les autres femmes, 
non soumises k cette frequence. De ces deductions il resulte que R. Josu6 
ayant renonc6 k son premier avis, finit pas reconnaltre la raison de l'avis sui- 
vi par R. Eliezer. 

3 (4). On appelle vierge la femme qui n'a jamais vu de sang de sa vie, 

1. Tossefta ch. 1. 2. Bien que chez les femmes ordinaires cette vue com- 
porte une periode retroactive d'impurete. 3. Pouvant tore un motif d'aggra- 
vation. 



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CHAP1TRE PREMIER 287 

quoique marine. Une femme est lenue pour enceinte & partir du moment 
ou l'enfant se r6v61e, et elle est nourrice jusqu'i ce qu'elle sfevre l'enfant. Si la 
femme le fait allaiter par une nourrice, ou si elle le sfevre de bonne heure , 
ou si l'enfant meurt, selon R. Meir, elle rendra impur pendant un jour 
complet avant la vue ; d'apres les autres docteurs, elle ne rend impur 
qu'A partirdu moment de la vue (non r&roactivement). 

II faut completer ainsi notre Mischnd. : « on nomme vierge la femme qui n'a 
jamais vu de sang de menstrues en sa vie, quoique marine », car elle est 
vierge en ce sens qu'il n'y a pas eu de sang par la premiere union, mais elle 
n'a plus sa virginite. 11 arrive tantdt qu'une femme reste vierge par le d6fau 
de la vue du sang, tout en n'ayant plus sa virginite ; tantdt au contraire elle 
l'a encore, sans la virginity du sang, et voici comment : la vue du sang une 
premiere fois, avant le mariage, en constitue la virginity comme celui dela 
virginity s'echappe par l'union marilale, et il est suivi de la constatation du 
sang de menstrues. On a enseigne 1 : il y a 3 sortes de virginites, celle de la 
femme, celle du sycomore vierge, celle du sol. Une femme vierge est celle qui 
n'a jamais cohabits avec un homme ; le sycomore vierge est celui qui n'a 
jamais eu de branche coupee ; un sol est vierge si Ton n'y a pas cultive le 
moindre sillon. Selon R. Simon b. Gamaliel, il suffit de ne pas y voir la trace 
d'un creuz. — « Quoique marine », est-il dit, et e&t-elle 616 enceinte, ellepeut 
se trouver vierge du sang de menstrues. De mSme, « une femme est tenue 
pour nourrice » est-il dit; si mfimeelle a des pertes pendant 8 jours pour un 
gar$on ou 14 jours pour une fille, c'est du sang de la couche et non de 
menstrues. Est-ce a dire que d'avance ces pertes auront une telle designation? 
La femme a-t-elle un sortilege en main pour savoir s'il lui naitra un gar$on 
ou une fille (soit une duree de 8 ou 14 jours pour la perte) ? Non, on veut dire 
qu'apres Ja couche accomplie, pour un gargon la duree sera de 8 jours, ou 
pour une fille elle sera de 14 jours. « Quanta la nourrice qui a sevre le petit, 
elle ne rend impur qu'a partir du moment de la vue du sang», si toutefois 
elleacesslde voir du sang de purete, ainsi qu'il a 6W enseigne 2 : apris la 
cessation du sang de purete, une femme n'a plus rien vu, et plus tard elle a 
vu du sang; le cas fut soumis auz sages, etils repondirent : elle ne rend 
impur qu'i partir du moment de la vue du sang. D'apres Rab qui dit que les 
2 sortes de sang (pur et impur) proviennent d'une m6me source, sauf que la 
Loi le declare pur, on comprend que Ton se preoccupe de la cessation du 
sang de purete (afin de pouvoir constater la vue nouvelle) ; de m&ne d'apris 
R. Yanai', qui dit que les deux sortes de sang proviennent de la m6mo source, 
sauf qu'il change d'aspect pendant la p6riode pure, il importede savoir quand 
cette derniere cesse, pour indiquer l'impuret6 depuis la constatation nouvelle. 
Mais d'apres L6vi, qui attribue k ces sangs 2 sources differentes, qu'importe 
la cessation ? N'e&t-elle m6me pas lieu, il suffirait de declarer l'impurete 

1. Tosseita au tr. Schebiith, ch. 3. 2. Tossefta & notre tr., ch.3. 



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S88 TRAITfi N1DDAH 

possible depuis la constatation de sa presence ? R. Mena rSpond: R. Levi a pour 
motif qu'il faut craindre une confusion possible entre le sang pur et le sang 
impur {et il exige une precaution). Selon R. Yosse b. R. Aboun, Levi aurait 
pa rgpliquer aussi k Tobjection faite, par cet enseignement (§ 4) : « R. Yoss6 
dit qu'il sufflt k une femme enceinte et k une nourrice de compter depuis la 
constatation de I'apparition » ; or, on a dit que Ton reunit le temps de la 
grossesse et celui de l'allaitement pour constituer les 3 periodes, celle de la 
couche, du sang de purelS, et de celui des menstrues ; done, il leur attribue 
une seule source — * . 

A (5). Une femme est consid6r6e comme £tant en retour d'ige, lors- 
que 3 6poques successives se sont passees pour elle sans flux k un Age 
assez avance ; R. Eltezer dit: pourtoute femme dont 3 £poques ont pass£ 
sans resulat visible, il suffit de compter depuis la constatation. De mfeme, 
dit R. Yoss6, cela suffit, dans la m£me limite de temps, pour la femme 
enceinte et pour une nourrice. 

R. Meir a dit (§ 2) : lorsque pour un motif quelconque la mere n'allaite pas 
son enfant, « elle rendra impur pendant un jour complet avant la vue » : car 
en raison de la formation du lait, le sang manque. R. Yosse au contraire (jus- 
tifiant l'avi8 des autres sages) dit: e'est k cause de la douleur de la couche 
que le sang s'est retire (et « elle ne rend impur qu'a parlir du moment de la 
vue »). II se trouve qu'il en re suite a la fois un allegement et une aggrava- 
tion de I'avis de R. Meir, ainsi qu'un allegem